VI PRÉFACE
de l'antiquité, et Tacite, après avoir énuméré, dans son magnifique langage , les événements naturels qu'il va raconter, ajoute : « Il y eut des prodiges sur la terre et dans le del; les destins s'annoncèrent par la voix du tonnerre et par mille présages heureux , terribles/équivoques, manifestes. » Quelle théologie que celle de Tacite ! Il ajoute, ce qui fait peu d'hon* neur à sa philosophie : « C'est peu de connaître dans l'histoire cette portion de faits et d'événements le plus souvent subordonnés au hasard, il faut en em^^ brasser encore Tenchainement et les causes. » Et que sont pour lui cet enchaînement et ces causes ? la volonté des hommes , la lutte des intérêts et des ca* ractères.
Tacite a recours aux dieux et aux prodiges pour expliquer les événements; il ne voit que les lois physiques, les lois morales lui échappent.
Nous savons, nous, que l'intelligence suprême, I^slatrice de l'ordre éternel , est en même temps I^slatrice souveraine de l'ordre moral comme de l'ordre physique. Les philosophes anciens parlent souvent du destin et de la nature. Pour nous, il y â des rapports nécessaires entre Dieu et rhomme,^t entre ^ hommes, et c'est par l'observation de ces
^hÉi^ACE. VU
rapports ou de ces lois que Dieu conduit la société à sa fin nécessaire.
Pour les modernes point de hasard , point de de vins y point de présages; dans le champ de la politique tout ce 'que Tbomme sème lève infailliblement, et tout marche selon la liberté de Thomme et les vues de Dieu. Le présent est écrit dans le passé, l'avenir dans le présent.
Tile-Live rapporte les augures , les présages et tous les contes consacrés par la superstition : le bouclier tombé du ciel, l'aventure de Corvinus, le rasoir de Tarquin, la ceinture de la Vestale; Tacite croit aux miracles de Vespasien et aux oracles de Séra-< pis; sous Nerva , il parle du devin de Tibère et des leçons que ce prince en avait reçues dans Tart de prévoir l'avenir. Plutarque, sous Trajan , croit aux songes de Sylla et à l'horoscope de Pyrrhus. Il dit que les têtes des bœufs que Pyrrhus venait d'im-^ moler, après avoir été coupées, avaient tiré la langue et avaient léché leur propre sang.
Les prodiges chez les modernes sont l'enfante^ ment des faits par les idées» et les conséquences infaillibles de l'erreur ou de la vérité.
La religion chrétienne nous découvre I9S pre-»
;nii PRÉFACE.
R^iers principes que Dieu a établis pour le fondement de l'ordre de la société des hommes , et les sources de toutes les règles de la justice et de l'équité.
U est certain que les nations modernes sont initiées aux secrets de la Providence , et le progrès de l'humanité est une loi révélée au monde ac^ tuel (1).
(1) Voici quelques fragments de la phttosophie de Thistoire de ScUegel. ^ On peut mesurer la distance qui existe entre Tacite et Schlegel :
— La philosophie doit avoir pour objet le rétablissement de la nature divine dans l'homme.
-i*- La rfhabiUtation complète vers laquelle s'adiiamine progressif vement et graduellement le genre hnmain ne peut avoir lieu que lorsque la lumière pure de la vérité éternelle aura pleinement éclairé le monde et la science; événement heureux, objet de tout espoir chrétien et de toutes les promesses divines, et qui ne verra son accomplisseipent que dans la dernière période de Tunivers.
— Dans ma dix-huitième leçon , en étudiant Tesprit du siècle , je termine en faisant luire Tespoir d'une régénération universelle.
— L'objet de la philosophie de Ihisloire est le rétabUss^nent dans rhumanité entière de Timage divine qu'elle a perdue. Elle doit en marquer historiquement la marche par les degrés de la grâce accordée à chacun des grands périodes de Tunlvers, depuis la révélation primitive jusqu'à l'époque intermédiaire de Jéeus-Chriât ou de l'amour, et depuis celle-ci jusqu'à la consommation des temps.