‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 30 sur 41 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Hetour de M. Neckcr.

M. Neckcr, rappelé de son exil, avait recueilli sur sa route les témoignages d'une joie universelle. En desc^idmit de voiture , il se présenta à rassemblée, se rendit ensuite chez le roi, et annonça le projet de faire son entrée le lendemain à Paris* Les citoyens Taccueillirent avec de vives acclamations, son rappel faisant naitre trop légèrement Tespoir que, grâce k ses conseils, les intérêts généraux, dont il paraissait le représentant» l'emporteraient désormais sur les intrigues de cour et sur les violences aristocratiques. A rHôtel-de-Ville, le ministre obtint aussi les applaudissements et les félicitations des représentants de la commune de Paris et de l'assemblée des élec« teurs, ainsi que d'un nombre considérable d'habitants de la capitale. Se livrant alors à un mouvement de sensibilité, il sollicita la grâce du baron de Bézenval, qui par suite de l'irritation populaire, excitée moins peut-être par les ordres qu'il avait donnés comme commandant de la première division militaire que par son dévouement connu pour les princes et sa liaisoA intime avec les Polignac, avait été arrêté h peu de distance de Paris, au moment oii il se rendait en Suisse. La démarche de M. Necker était peu calculée , dit M. de Lamcth, car, au lieu de profiter de son ascendant pour quelqu'objet d'un intérêt général , il se bornait, dans une position si favorable, à solliciter une espèce de jugement que n'avaient pas le droit de prononcer ceu^ auxquels il s'adressait.

Cependant une foule de citoyens de toutes les classes rem«

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plissait la place de Grève. Pour les associer à ce qui se passait dans l'intérieur de la Maison Commune, on cria des balcons : Amnistie, grâce, pardon. Ces mots, qui n'expliquaient pas quel était le genre de pardon, et à qui il devait être accordé, produisirent le plus fâcheux effet. Les citoyens, uniquement amenés par le retour de M. Necker, ignoraient ce qui se passait à THôtel-de-Ville, et ne pensaient guère au baron de Bézenval. Os sipaginèrent que c'était eux qu'on engageait à solliciter leur pardon : alors un mécontentement universel s'empare des esprits ; on s'exaspère, on s'écrie : < Quoi ! c'est nous qui sommes les coupables ! c'est à nous à demander pardon de ce qu'on a voulu nous égorger ! » Des cris, des clameurs s'élèvent de toutes parts, les propositions les plus violentes se succèdent. Il ne s'agissait de rien moins que de forcer les portes de l'Hôtelde- Ville pour réclamer justice. Ce ne fut qu'avec une peine extrême qu'on parvint, après les plus vives instances, à calmer la multitude et à lui faire comprendre la véritable signification de ces mots : Grâce, amnistie, pardon.

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