‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 31 sur 41 · CHAPITRE XXVra · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVra

Qui de M. le duc d'Orléans , de M. Nedier on de la cour a causé ces éyénementst

Écoutons sur cette question M. de Montlosier dans ses Jlfômoires : Avec l'esprit d'investigation qui m'a été donné , on comprend que je devais m'attacher à rechercher, non pas précisément les causes morales de l'agitation dont j'étais témoin , je les connaissais assez , mais les intrigues particulières qui avaient pour objet d'en détourner ou d'en diriger les flots. A cet égard j'ai été pendant longtemps très-embarrassé. Quand

j'interrogeais mes amis de tous les partis et de toutes les classes, ceux-ci accusaient le duc d'Orléans; les troubles lelir paraissaient une machination de ce prince , une trame pour s'emparer de la couronne ; ceux-là accusaient, non précisément Louis XVI , mais une partie de la cour ; les troubles leur pa- • raissaient la machination de quelques courtisans , pour avoir un prétexte de dissoudre les états-généraux, et recouvrer ainsi les avantages de l'ancien régime ; d'autres accusaient diversement M. Necker et la vanité de certains chefs du tiersétat, qui espéraient obtenir l'abolition de toutes les anciennes distinctions , et qui , dans l'exaltation de cette espérance , ne craignaient pas de pousser le peuple aux plus grands excès.

En recherchant soigneusement l'un après l'autre ces foyers de trouble , j'ai pu reconnaître en cÈaque point de l'exagération, dans tous quelque vérité.

Et d'abord , il me paraît diflBcile de nier que M. le duc d'Orléans n'ait été pour quelque chose dans ces mouvements! Tout ce qui lui appartenait y figurait d'une manière trop positive pour qu'on puisse croire , malgré les apologies qu'il lui a convenu de publier, qu'il y ait été totalement étranger. Mais si , à raison de diverses circonstances , on peut soupçonner quelque participation de sa part , il me semblait que c'était plutôt par l'effet d'une ancienne bouderie contre la cour que par un dessein arrêté d'envahissement de la couronne. De premières attitudes une fois prises , quelques personnes auprès de lui ont pu imaginer qu'il en ressortirait naturellement , et par la seule force des choses , un mouvement qui le mettrait sur le trône. Pour lui-même, je doute beaucoup (et je ne parle pas ici de shnples conjectures, mais d'après toutes les informations que

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j'ai prises) que sa pensée se soit sérieusement arrêtée à ci projet.

Les reproches qu*on faisait à la cour avaient de ménoe, avec leurs points d'exagération , leurs points de fondement. Ce D*étiient certainement ni le roi , ni toute la cour, qui aspiraient au retour de l'ancien ordre de choses ; mais il est vrai de dire que, parmi les hommes d*Etat , il y en avait un grand nombre, {*)\s que le baron de Breteuil et ses adhérents , qui ne cessaient de déplorer la faute qu'on avait commise en convoquant les l'.tats-Généraux. A chaque heure , à chaque moment, on s*oc* cupait des moyens de s'en débarrasser, pour revenir au régime (les Parlements combiné avec celui des lettres de cachet. Soit à Paris, soit à Versailles, la plus grande partie de ce qu'on ap- I elait alors la haute société , effrayée des troubles qu'avait amenés la convocation des Etats-Généraux , et des désordres qui avaient suivi ces troubles, partageait ces dispositions; lUe soupirait pour le retour d'un régime absolu, qu'elle croyait l'Ouvoir seul la préserver et la sauver.

Les mêmes dispositions se trouvaient , sinon dans la majorité, au moins dans une grande partie de la noblesse et du clergé. Tour l'armée , et surtout parmi les principaux ofiSciers , il n'y avait pas d'hésitation. M. le maréchal de Broglie ne s'en cachait pas , rien ne lui paraissait si facile.

Quand il fut appelé à Versailles , comme il logeait au château à côté de moi , j'avais occasion de le voir quand je passais (levant sa porte , occupé , avec ses aides-de-camp, de tous les l)lans qu'il avait pu rassembler. Cela ne l'empêcha pas, au moment du 4 4 juillet , de laisser la Bastille et les Invalides sans défense , tant on faisait peu de cas alors des émotions populaires. Passant un jour sur la terrasse du château , au moment où on

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avait commencé h rassembler le corps d*armée , le comte d'Espinchal m'aperçoit et m'appelle ; il était au milieu d'un groupe nombreux d'officiers. Ces officiers , parmi lesquels je reconnus très-bien M. le comte d'Autichamp , s'entretenaient du plaisir qu'ils auraient bientôt à jeter toute cette pretintaille d'Etats* Généraux par la fenêtre ; ils ajoutaient : c Ils nous en ont bien fait , mais cette fois nous avons aiguisé nos couteaux. » Ce langage violent ne me plaisait pas du tout. Quand je me trou* vais à l'assemblée ou dans les réunions , parmi les membres du tiers-état, leur langage ne me convenait pas davantage. Je ne voulais sûrement ni la licence , ni l'égalité révolutionnaire telle que les uns Tentendaient ; je ne voulais pas non plus le despotisme et Tancien régime tels que les autres le voulaient. Les deux partis me paraissaient ainsi hors de la voie ; mais c'était surtout parmi les députés de Bretagne que les dispositions avaient plus d'âcreté. Couvant encore le sentiment de l'injure qu'ils croyaient avoir éprouvée à Rennes de la part de la noblesse , ils ne cessaient de remuer Paris et la France pour h vengeance de cette injure. Pour ce qui est de M. Necker, qu'on a tant accusé , dans la haute situation où il se trouvait , c'eût été trop peu de chose pour lui » comme membre du tiers-état , de se laisser entraîner tout-à-fait aux petites vanités de cet ordre. Cependant , d'un côté , comme il avait peu de faveur à la cour et surtout auprès de la reine, tout opposé qu'il était aux exagérations du parti populaire, il lui paraissait dangereux, voulant diriger ce parti et n'ayant de force que par lui , de l'attaquer trop violemment dans les points les plus vifs. Il cherchait , il proposait des tempéraments ; ces tempéraments , qui Pe convenaient pas toujours , devçnaient la matière de négocia^ lions. Le temps se pass(ut ainsi , dans l'intérieur du chateiiu, en

pourparlers. Cependant les esprits s'aigrissaient de plus en plus ; à la fin il fut convenu au conseil du roi , et sur Tavis même de M. Necker, d'intervenir dans les difficultés qui s'étalent élevées entre les ordres : ce fut Tobjet de la déclaration du 23 juin » en séance royale. »

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