CHAPITRE XXX
Déchéance de la royauté. — Empire des factions.
D'un bout de la France à Tautre, Tanarchie se répandit en un instant. Un grand nombre de courriers furent expédiés dans les provinces, avec la mission d*y répandre les bruits les
il neomnit les grandes finîtes de TMseikblée : « le ferai remarquer, du-il , pour expliquer Tensemble et la pensée dominante de mon ouvrage , que la fausse direction donnée 2i la Révolution fut amenée parle refus des députés aux Etats-Généraux de s*enteadra avec an roi vraiment deseenda rar la terre poir fonder le régime légal et q« disait sans cesse k ceux que la nation avait dèlégoés anprè^ de lui : « Je ne m'éloignerai jamais qu'à regret de la manière de voir et de penser de l'assemblée , et afin de lui prouver mon désir de concourir avee elle an bien de TEtat , je modifierai mes opinions , j'y renoncerai mkà$ sans peine , si par suite je le reconnais nécessaire (1). »
« Les membres du Tiers-Etat , après avoir détruit l'institution des Etats-Généraux, violèrent aussi leurs propres maximes , en ne se renfermant pas dans les instructions tracées par le bien national. Au lea-de-Paime ils ne firent que suivre le danferenx exemple qui leur avait été donné par les Parlements; mais en déchirant leurs mandats ib trahirent la nation et usurpèrent ses droits.
« Je dote également confesser que dans te oélèbre ordounanee du t$ juin , donnée en séance royale par Louis XVI , il y avait plus de liberté que dans toutes les constitutions octroyées au peuple souverain par nos modernes Lycurgues. Malgré la distinotlon des ordres néeetêttéê par te hUrgnàte êêdale, les franchises nationales étaient respectées, et dans U sage administration locale des provinces , il y avait pour leurs habitants des avantages réels que depuis ils n'ont pu recouvrer.
« La prtee de la Bastille si pompeusement oélébrée marquait le triomphe de l'orgueil poputeire sur la royauté soumise.
« La nuit du A août fut admirable par les élans dhine générosité naturelle au noble caractère français , et cependant ces immenses sacrifices faits an génie révolutionnaire, loin de calmer aes ftirenn, m firent qu'attiser te tonàe ineendteire qn'il tenait en ses mains.
Le gouvernement constitutionnel du prince n'est possible en France qu'avec le maintien des lois conservatrices qui dépite Glevte ont Imprimé k nos mœurs et à nos eoitûmes ce nsfeti que Ton doit aux races royales , destinées h nous régir avee des institutions fortes , adoucies par les formes paternelles. »
(i) KépoBse du rd ans décrvlt d«h nuit du 4 août ( i8 leplembrc 1789 )•
plus sinistres. Ces courriers, que personne ne pensa ni à arrêter ni à interroger, assuraient que dans tous les lieux oh ils avaient passé, tout était ravagé ou incendié. Us exhortaient toutes les populations à s armer et à s'enrégimenter. Dans un clin-d'œil, un mouvement de terreur et de folie gagna, comme par contagion , les parties du royaume les plus tranquilles. « Nos montagnes furent saisies, comme le reste de la France , de ce mouvement, dit M. de Montlosier ; chaque jour on venait me débiter des contes de brigands auxquels je ne croyais pas. Un jour, cependant, on m'avertit que les brigands étaient dans un village voisin, qu'ils y avaient tout mis à feu et à sang. 11 semblait qu'il ne pouvait y avoir de doute à cet égard , *p.\ l>er« gers , abandonnant tout-à-coup leurs troupeaux dans la campagne , accouraient tout essoufflés pour rapporter ces nouvelles. Le village était incendié ; ils avaient vu les flammes. Je pars aussitôt , armé , avec tout ce que je pus rassembler de monde , pour aller au secours du village qu'on m'avait désigné; quand nous arrivâmes, le village, qui était aussi dans l:i terreur parce qu'on lui avait rapporté les mêmes fagots mit le village voisin , nous prend nous-mêmes pour les brigands, les paysans s'arment contre nous de fusils et de fourches de fer. » Des méprises semblables eurent lieu en même temps que la même terreur dans d'autres parties de la France. La petite ville de Moret, apprenant que la ville de Fontainebleau est saccagée, veut s'armer pour aller à son secours ; la ville de Fontainebleau, qui a appris la même chose de Moret , se met aussi en chemin. Les deux partis se rencontrent, et se prenant réciproquement pour les brigands, sont au moment de se cha r^er. I Dès que le pouvoir eût échappé aux mains de Louis XVI , .parce que ce prince n'en connut pas les principes, et que
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ceux qui devaient concourir avec lui au salut de la Vmc^ ne les voyaient pas mieux que lui , la souveraineté du peuple étant proclamée, le pouvoir passa dans l'assemblée nationale, comme on vient de le voir, puis dans les assemblées des électeurs , puis dans les clubs populaires, et toutes les idées fausses répandues dans les livres du dix-huitième siècle , et qui avaient ravagé les esprits , trouvèrent des groupes d'hommes pour les réaliser.
Tous les hommes nommés successivement les hommes populaires furent détrônés par la multitude , et ne devinrent plus que des instruments. M. Necker, M. Bailly et M. Mounier voulurent arrêter le mouvement imprimé par Mirabeau ; Mirabeau , le mouvement de Barnave et des Lamelh ; Bamave et les Lameth , le mouvement de Péthion et des Girondins ; les Girondins , le mouvement de Robespierre.
11 ne faut pas s'étonner des désordres effroyables que présenta alors la France , car depuis la régence on n'avait pas cessé de la corrompre. Le lien religieux avait été détruit. La royauté ayant disparu, le chaos enfanté par T absence de la religion se montra tout entier. L'incendie fut général. Tout Paris a vu avec effroi des chars poussés par la vapeur s'entasser les uns sur les autres et brûler sur la fournaise qui les entraînait, parce que le char conducteur s'était brisé. C'est le spectacle que présenta la révolution quand la direction des affaires fut enlevée à la royauté.
La rage qui transportait les hommes atroces assassins du roi , des nobles et des prêtres , fut favorisée par ce sentiment d'exaspération des citoyens , qui avaient vu , en 89 , le roi , la noblesse et le clergé s'opposer à la réalisation des jours de bonheur que tout le monde avait entrevus.
Le d^rdre était constitué à Paris. L'assemblée nationale avait jugé à propos de se déclarer permanente : aussitôt la commune de Paris se déclare permanente. A Paris les districts se déclarent permanents. Ce n'est pas assez , la commune avait voulu avoir , comme l'assemblée , divers comités. Chaque district , à son imitation , veut avoir d'abord son comité de police » ensuite un comité civil , enfin un comité de subsistances ; de plus , chaque district a , comme la commune et comme l'assemblée, son président, son vice-président, ses secrétaires; il a aussi son pouvoir législatif et son pouvoir exécutif. Avec une telle composition, il était facile au plus petit individu qui savait entrer dans les passions du temps, de faire beaucoup de mal : il n'était pas de même facile de le réprimer. La mésintelligence éclata d'abord entre la commune et les districts. Les districts, qui envoyaient chacun deux députés pour composer la commune, se prétendaient mandataires de la commune; à ce titre, ils regardaient les membres de la commune comme leurs commis. Cependant, comme un district était souvent opposé à un district , quand leurs délibérations se combattaient on ne savait plus oii l'on en était. Tel est l'ensemble de choses que M. Bailly et M. de Lafayette avaient à gouverner (1).
(1) Le 16 jaillet je quittai Versailles et me rendis k Paris. Je fus confondu du spectaele qu'il m'offrit. Il y avait, il est vrai , du calme. C'est celui qu'offre une malsou le lendemain d'un incendie. Je m'empressai d'aller à THôtel-de-VilIe demander un passeport à M. de Lafayette. Je le trouvai seul dans son cabinet , il me reçut irfes-bien , me recommanda instamment de faire changer son ancien mandat qui le gênait beaucoup : il entrait bien à rassemblée nationale , mais il n'y parlait pas , il n'y délibérait pas. Quand mon passeport eût été expédié et signé , après quelques mots sur des désordres qu'il déplorait , le voilà qui me prend par le braset nous descendons ensemble les trois ou quatre marches de l'Hôtel-de-Ville. La place de Grève était dans ce moment , comme toutes les autres places de Paris , un espèce de camp ou de bivouac où était entassé^ sans trop de régularité une multitude armée. Aussitôt
liM Histome de vmmm.