‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 37 sur 41 · DONT IL EST PARLÉ DANS CE VOLUME · texte numérisé non relu

DONT IL EST PARLÉ DANS CE VOLUME

Au mois d'août 1788, M. deSaint-Priest reçut une lettre du eomte de Montmorin, qui lui annonçait que le roi l'appelait dans son conseil; mais il ne vint y prendre place que trois mois après. C'éta^ M. de Montmorin qui l'avait indiqué au roi; M* Ifecker, dont il était connu depuis longtemps, avait seulement consenti h ce choix. Le conseil se composait en ce moment de H. le duc de Nivernais , de M. de Fansqueux, qui, comme H. de Saint-Priest, n'avaient point de département ministériel;

' de M. de Montmorin, ministre des afbires étrangères; de H. de la Luzerne, ministre de la marine. M. de Barentin était garde-des-sceaux ; M. de Puységur, ministre de h guerre; M. de Villedeuil, ministre de l'intérieur, sans être ministre d'état et sans siéger an conseil. M. Neeker, porté par la voix publique , par la confiance universelle dont il était honoré , avait triomphé de l'éloignement du roi, et avait contraint la reine et M. le comte d'Artois à demander sa rentrée an ministère. Fort d'une telle situation, il avait dans le conseil une telle prépondérance, qu'è peine risqnait-il d'y

' trouver une seule contndietlon. Elle efit été très-inutile; le roi avait adopté, comme

plail dfl conduite, de âuivre toujours Tavis de rhflmtae qal lai éUtt dèilgué «oinme le kauTenr de la monarchie. Nul, parmi les conseillers de la couronne, ne pottvait dont avoir la pensée de contrarier la marche de M. Necker. Lésons étaient d'une complète DoIIité ; les antres étaient des serviteurs dévoues au roi , et qui faisaient céder leurs opinions k sa volonté.

D'ailleurs, en la situation des alTaires, quel homme de bon sens aurait pn concevoir un plan, lorsqu'on ignorait quels obstacles on pourrait craindre, quels a] puis on pour* rait trouver? M. Necker lui-même, habile administrateur, ami de Tordre, de la justice, de la liberté , ayant goAt et confiance dans des formes de gooTemement analogues à la constitution d'Angleterre , n'avait pas un projet politique bien arrêté. I{ espérait que l'opinion publique serait U la fois sage et forte; il jouissait de son immense popularité, et la croyait une puissance. Sa gravité douce et bienveillante; ta noblesse nn peu emphatique de ses sentiments ; son talent plus académique qn*â<h qocnt; sa conversation sérieuse, qui avait nn certain charme de grftce et de finesse; ses manières distinguées, mais sans facilité : telles étaient les qualités qui dans la société oà il vivait, lui avaient dès longtemps acquis cette haute estime et cette eonfiance entière, maintenant répandues dans tout le public.

Mais nul homme d'état ne fut jamais moins armé en guerre, pour entrer dans les lattes d'une révolution. Les controverses vives troublaient sa dignité; sa raison s'étonnait de ne pouvoir réussir ii convaincre les passions; sa lenteur d'honnête honine ne savait pas marcher le pas rapide des opinions déchaînées. Lui, qui aimait h respecter tout ce qui est digne de vénération , s'offensait de ne pas être respecté. Entouré d'approbations et de louanges, ayant bonne et grande conscience de Ini-nême, il se confiait au pouvoir de ses convictions sincères. Les mécomptes ne tardèrent pas. 11 avait fait ses conditions en acceptant le ministère : les Etats-Généraux , que le roi avait par trois fois solennellement promis , et indiqués par un acte récent , pour le 1" mai 1789, ne pouvaient être ni refusés ni différés; les parlements avaient été déjà rétablis. Ne point revenir sur des concessions déjk faites , ne point tenter des expédients de despotisme, lorsque ceux qui les croyaient possibles venaient d'échouer: telles étaient les exigences de M. Necker, et assurément elles n'avaient rien d'excessif. Le plus simple bon sens les aurait dictées.

Mais ces Etats-Généraux tant demandés de tous les côtés , on semblait s'en effrayer, dès qu'on ne pouvait plus concevoir l'espérance raisonnable de les diriger; le clergé, la noblesse et les parlements voyaient que leurs privilèges, leurs droits, leurs pouvoirs allaient être mis en question. Alors commencèrent de grands efforts pour que le Tiers-Etat n'intervînt pas avec toute la puissance qu'il avait acquise; et cette pensée se traduisit par la question de savoir si le Tiers-Etat élirait un nembie de députés égal au nombre total des députés du clergé et de la noblesse. Bans TéHt de l'opinion, il n'était point possible de laisser prédominer la volonté des ordres pri* Tilégiés ; ils ne s'annonçaient point comme assex raisonnables , pour qu'on s'en remit i leur libre arbitre. M. Necker , toujours porté aux ménagements , toujonit espérant ramener les opinions opposées , imagina de consulter , sur cette question, rassemblée des notables, telle que l'uvait composée H. dé Calonnè* U liiseébli

ffl% HI8T0IRB DE FRANGE.

q«*ell0 pMrratt èUre miTaiiiciie , et qo* ce lui serait on grand appui. S n'en foi riei : six boreaox sur sept Totèrent eontre le doublement des dépntés da Tiers-Etat.

Il fallat donc que M. Necker, après de grandes hésitations, se déterminSit à passer outre f malgré Topposition des notables. C'était alors précisément que M. de Saint Priest Tenait prendre sa place an conseil. Il crut devoir faire quelques représenta- IkuA et signaler les inoonTénients qu'il voyait à se mettre en contradiction avec les avis donnés par le parlement et les notables. II avait écrit quelques pages sur cette grande question, et il les porta à M. Necker. Sans même les lire, le ministre répondit qoe e*était nne résolution prise et inévocable. L'entretien ayant été interrompu, M. de Saint-Priest aurait voulu le reprendre. M. de Montmorin lui conseilla de n'en rian foire : « Vous entrez au conseil, et il ne faudrait pas , lui dit-il, pour votre dél^t, vons dédaier contre ce qui est eonvenu et décidé , quand vous ne pouvez avoir aiQiuie espérance d'y rien changer. » M. de Saint-Priest a quelquefois regretté de n'avoir pas consigné la modeste et sincère opposition.

Pv reafte^ les hommes éclairés et d'opinion libérale parmi Tordre de la noblesse, applaidiaaaieiit I on acte qui lenr semblait juste, par d'autres motife , le roi et plusieurs de ses serviteurs ne s'en alarmaient point. Jusqu'alors, les résistances aux volontés royale» s'aient manifestées dans les ordres privilégiés et dans les parlements. Cétaient les grands aeignenrs et les gens de cour, qui avaient montré de l'irritation eondf Ifi écQMmies, indispensables pour diminuer l'embarras des finances. L'état des opinions était si mal connu, l'imprévoyance était si complète, que l'espoir de ^ver le Tiers-Etat plus gonveraable que les autres ordres , ou de tirer profit de leors divisians pour l'autorité royalot agissait encore sur quelques esprits. M. Necker Ini-méne, avec un bnt tout différent, se faisait des illusions de ce genre. La reine, contre tons les usages, assista anx séances du conseil oi furent délibérés les principes et les formalités des élections et de la convocation des Etats-Généraux. Elle ne fut point contraire à oe qui fut résolu, opposée sor ce point à M. le comte d'Artois et k la société de madame de Polignac , oà l'on se passionnait pour les intérêts de h Boblesee, sans nul sovci du pouvoir royal, sans nui esprit de gouvernement.

Il se présenta bientôt une nouvelle occasion , oà M. de Saint-Priest se trouva d'autre opinion que M. Necker. Un traité de commerce avait été, l'année précédente, fonda entre la France et le Russie. L'impératrice Catherine semblait disposée à oomtracter nne alliance avec le roi, M. Ségur , ambassadeur à Saint-Pétersbourg, en écrivit k U^ de Montmorin, qui soumit la question an conseil. M. de Saint-Priest fut d'aria de donner suite k cette proposition. U lui semblait que dans la conjoncture présente, une telle alliance donnerait plus de force an goufemement du roi. Sa penaée allait même jusqn'k nne guerre civile, où un auxiliaire étranger pourrait être Utile. JU due de Nivernais et M. de le Loseme partagèrent cette opinion. M. Necker s'y «ppoia fort<|ment. U ne fallait pas, selon lui, ijonter aux difficultés déjà si g^ndes de la politique intérieure , les complications de la politique extérieure : le trafic ne resterait certainement point secret , et pourrait répandre nne méfiance fuwm* Gtm eonsidémtwB décida |e roi.

.F8« W^^i i* ^(H|M|1 ggt I déleininor eii qoel lie^

PIÈGES JUSUFICATIVES. 471

Bémx. M. Neefc0r TOidatt qu'ils fiuseiit réunis k Paris, où il ero]fatt eouenrer Tin- ÈÊeàtèèb M pùpéwHié, tlilftilètilt de tradUtioii liisloriipie qii*ll hMi «veoiitniire ëoipÊBt teê éitte êes fliontements tomnlMeiit qui, I tint i^èpwié» dltenes , sttlent agité It «a|>ital6. Le foi éeontait et ne disait rten. Sa physienomie ne manifestait point qneHe ponimif être son opfnloft. On parla de Tonrs, de Blets, d^OHéatn^, de Giflibrai; h chaque ville dont on prononçait le nom, même silenée da M. Alors, pensant qn*«i déplaéenenl éloigné le éontrariait , on te rabattit sof Gott)^iègné; phlà 11. de iibit'PHetl, M reprochant en hii-ttéme Ai eottplalsanee, iiotema Saînt-dèrttaift; Jiei« te m fHÈ la ptrMe ; • Ci ne petit être qtié Terstffléé, dil^li, I cànse dès CBisses. ^

Un antre eolhsefl de (Tddenee, dé peu de Talethr sans dôtite, en de si grandeM élr^ emsttneee, fol de même néglifé, el f ar m iilotif tout avssl Mrole. Les minlsM penièfent qfÉ fàfialt disposer qnàtre salles poor les Ctats4léiféran<; nté plus testé destinée iiti séances royales et «M assèmMéert généraies; trois afAdées éiix itoU erdies. « Si le Tler»*^Btat, disateAt-tls , oeeèpe la salle eili se ^ soléiiàeneniènt l'ol^ tttrtnre des Clité , il ae considérera conhne le centre de^ dlRbêftittoii^ éoilMMnies', eonnne It poifien eoséntleHe et eonstHiftlte de la représelititttod natlôéialé. * Ces r^ flexions semblèrent judicieuses, et il fiBt éonvemt de preildré IM tMngéniénli es eoméqdeflMi; les laRe* HiHàiit déelfriéee. M. de Sirtnt'PMt s'était ééétt^ de té MIh j fliils nne dé ées iwee éMt tti nunége, qne raduitantlfitioÉ dée éébnèîf ne *evMC pofln cecMr* xjû y Fenença*

tMe fntle d*nne font itrtM pOifliê , ééllé ^ni a fé plnf défèMlifé le ëovrÉ d&

é^éiMMi, ippertMM k M. Neoler aetff. M ees éollê|iei', df «es InéftiediNi'aiins,

rt lei feeuMe éUdéMmeni desmiés k «Mé grinde pèeitieili dans les E«iÉt^4iénê>

ran, ne panrinrent k obtenir de lai qÉ'tf pfft anéMié MÉMffrd; é^9 délëiWI-

nit- ef pMpeeit en pfo^ qdeleoHqiie; qn'il résoMt miê del qedflMiB ^'i al-

tetetfllM» «ffUéee. Mlia vértllcaileii des poimiii<», ni fe tetéf pM dfdfé M piff tMe,

m lesteeid'M* aeistittfltoif etigêar et pfeMse ne paMiseéMM^ê»^ éÊSofé pm îiH

iM|A d ttNT wtonfé^ pft^ niRiiB'Vdne OMitlfllroii.' H ptiXmtn'w §n jffepres jVsx ine

stétouuMie fÉdéalriov, par n« respeeiseraptflettft poof laHbèm^détdpfeMiiâ, éipi#

tmétf qde lee féRMmetf eiletf noêfwiéB InstUMien^ MMrteikf mie praH- griâme jMwHé so?

' Npnl nMliMB, SI eUee pfeMMtnt mmhmmc^cmhés le MM nMnvcMs BtacKiielwlrantt*

Il wail tfnaél we hanoraDle êtopeeltieii k éonsérvetf leif |Mft i^ndi Aetia|^jlMèAfi

peêr lee dnHs eaqnMi, et il eepéraM en oMenlf le sacrffèe t^Sonfeire; c^CRif itin^îi

^ V sif emlMit k lil mène ne ergiMiledse llnflnté, mM invinéHIè^ rêptigtu Asé k ëtir

eewkr 1» itffl|>uniiblill», k eoMprottetm m dignité, en ëét^maM dadi^ rine ë<iti^prï!s«.

Ge.f^snMoMle'medb deiMieitlen Abb pottfo^, <f»M itiMté âàiâh oonséif.

lk> de niniMPMieiil et le dse de HiivtMfle AntstHiBit fBffénfiMt pottr tÊé vftiflMitldtf

liMriilB pa» te giith dto-weiWf. iftis dMM, ff y tvkft Wk«c6dî^ àr ébjéètér éàHtfe

cette idée; mais il n*en resUit pas mfH» émm ê¥IÊëM ip» tee êlémSk^iâ et tes

{élite qitf'oin piltoyMf dk i iim eii êm pMMntt.

l«dift ia lllMiite i^reM Ail Ar ei«M», #rw^

4?a HlâTOlRÈ DE t^tlANCE.

BientÀi eommeuca U lotte do Tien-Éut eootre l'onife 4^^ la noblesse , sur la véri* fiealioa des pouvoirs ; toute condlUtion fat impossible ; les eoiseils des bonnes sages, Finfluenee de M. Neeker, Tinteutioa du roi expressément manifestée, ne pou^ ▼aient rien obtenir de la nuû<>rité de la noblesse , soutenue et eieitée par le eomte d'Artois et aussi par la reine.

Les esprits s'aninaient ; déjà la ebambre du Tiers-État se déclarait assemblée nationale. M. Neeker sentit alors la nécessité de sortir de la réserve o& il s'était tenu , et de faire intenenir l'autorité royale dans la solution des questions dâattaes entre la noblesse et le Tiers-État ; et il se résolut même k poser les bases d'une eonstitution. Ce fut avec le consentement préalable du roi qu'il s'occupa de ce projet; il devait être définitivement adopté dans un conseil tenu i Marly. Tout , dans de tels moments, se fait en si grande b&te, que ce fut en voiture , cbemin fiûsant de Versailles à Marly, que M. Mecker donna connaissance à M. de Saint-Priest et k M. de la Luxeme des dispositions sur lesquelles le conseil albiit délibérer. Avant qu'il commençât, la reine vonlut voir M. Neeker ; il la trouva avec le frère du roi. Son travail leur avait été communiqué. Ils firent de grands efforts pour <^temr de loi qu'il ne présentât point ce projet. Il fut inébranlable.

Le conseil s'ouvrit; et peu de moments après , un ofiicier de service entra, s'approcba du roi , lui parla k voix basse. Le roi se leva , disant aux ministres d'attendre son retour. II était évident que la reine l'envoyait chercher, ce que, certes, aucune reine , sous les règnes précédents , n'aurait risqué. Dè»4or8 , M. de Montmorin vit bien que les princes avaient circonvenu la reine, la déterminaient k exercer son. empire sur l'esprit du roi, et qu'il n'y avait plus rien de fait. Le roi rentra et annonça que la délibération serait reprise k Versailles.

Trois jonrs s*écou]èrent : la cour était livrée aux intrigues les phis actives. Les meneurs de la majorité de la noblesse , la plupart des courtisans assiégeaient les princes , la reine et le roi , attaquant avec violence le projet de M. Neeker. Des conseils furent tenus, où assistèrent les frères du roi ; on y avait appelé qttatre eonseilleis d*état, sous prétexte qu'ils étaient commissaires du roi près les États-Généraux. Les diseussions furent animées. Les quatre ministres d'Etat , M. de Montmorin , M. de La Luxeme , M. de Saint-Priest et M. de Fausqueux furent unanimes k soutenir le pro-* jet de M. Neeker, et k résister aux modifications par lesquelles on voulait le dénaturer. M. de Saint-Priest échangea même quelques paroles assez vives avec M. le eomte d'Artois. Le prince voulait qu'aux nobles seuls appartinssent les emplois militaires; il interprétait en ce sens un article du nouveau projet , qui déclarait que le roi conserverait , sans la moindre atteinte , l'institution de l'armée. > Le roi est maitre de ses grâces, » disait-il. « Les emplois ne sont pas des grkes» » répondait M. de Saint- Priest; « on les mérite ers'aoqnittant bien de ses devoin , et ils doivent être eoniés aux plus capables , sans distinction de naissance. •

Les ministres k département , qui n'étaient point ministres d*Etat : M. de Barentin, garde-des-sceaux , M. de Pnységnr, ministre de la guerre , M. de ViDeéenil , ministre de l'intérieur, opinèrent contre le projet de M. Neeker. Les quatre coueillers d'Etat qui avaient été appelés k cette délibération , furent aussi de Pavis des princes,

PIÈCES JtJStfFlCAtlVGS. 47^

M. 6e fiaint-t^riest remit ensuite une noté an roi , ponr Ini indiquer les dangers d'nne telle détermination. Ils n'étaient que trop manifestes.

Pendant le délai employé au succès de cette intrigue , les événements avaient marché ; le Tiers-Etat , à qui on avait fermé la salle de ses séances , s*était réuni an Jeit de Paume , et y avait prêté serment de ne se point séparer avant d'avoir établi la constitution. Cette mémorable scène se passait précisément le jour où aurait eu lieu la séance royale , si le roi eût conservé la volonté d'y porter la déclaration proposée par M. Necker. Le lendemain » l'ordre du clergé vint se réunir an Tiers-Etat.

Ce fut seulement le i3 juin que le roi vint lire a l'assemblée l'expression de sa volonté , sur les questions relatives a la tenue des Etats-Généranx , et sur les garanties et les droits qu'il entendait accorder à ses sujets. M. Necker s'abstint de paraître parmi les ministres , et ne se rendit point a cette séance.

En terminant , le roi avait ordonné aux trois ordres de se séparer et de ne reprendre leurs séances que le lendemain ; le Tiers-Etat resta dans la salle malgré les injonctions du grand-mattre des cérémonies j k qui Mirabeau adressa les paroles restées si célèbres. L'assemblée déclara qu'elle persistait dans ses résolutions , et qu'elle était aujourd'hui ce qu'elle était la veille. Pendant ce temps la » le roi retournait au palais ; il trouva les rues et les cours du château remplies d'une foule pressée , qui criait : « Vive Necker ! » Il le fit appeler, le conjura de retirer sa démission ; la reine ajouta que la sûreté personnelle du roi y était intéressée. Il céda ; ce fut un triomphe : le peuple se livra a des transports d'enthousiasme ; la ville de Versailles fut illuminée ; une grande partie de l'assemblée nationale se rendit chez lui.

Et cependant , c'en était déjà fait de son influence ; dès ce moment son rdle politique était fini ; le parti patriote et libéral n'avait plus besoin de lui ; il avait conduit se$ affaires lui-même ; il nvait senti son immense force , et avait déjà atteint un point fort au-delà de ce que M. Necker avait pu souhaiter. Maintenant , régler et retenir une telle impulsion devenait la tâche impossible du ministre ; il le voyait bien ainsi , et le disait avec douleur a ses amis ; mais il avait une si grande habitude de réserve et de gravité , il lui fallait tellement être assuré de k sympathie ou de la conformité de ceux a qui il se confiait > que , de ses collègues au ministère , M. de Montmorin était le seul qui connût sa pensée. Les autres , et M. de Saint-Priest lui-même , malgré son discernement, pouvaient supposer a M. Necker des intentions cachées , des espérances et des illusions qu'il n'avait pas. Ainsi , il n'entraînait personne avec lui et n'exerçait aucun empire sur les opinions. Une autre fatalité de sa position , c'est que , s'il eût voulu chercher force et appui dans l'autorité royale , s'il eût épousé la cause de la cour, du haut clergé et des meneurs de la majorité de la noblesse , il les eût trouvés si excessifs , si violents , si insensés , qu'il aurait eu a craindre leur triomphe ; au moment où il désespérait de leur salut , il les voyait enivrés de toutes les prétentions de la victoire.

Il était donc loin d'obtenir leur concours. A peine avait-il conseillé au roi d'ordonner â l'ordre de la nobless'i de se réunir à l'assemblée ; a peine avait-il obtenu qu'un comniandement exprès vaincrait |a résistance qu'on avait obstinément opposée à ses. invi-' t/itions souvent répétées : la même cabale , qui avait décidéla séance royale du 23 juin ,'

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se pnMpita dans les plo^ extrêmes projets, n fut résola qn*oii imit reeouis k h force; des troupes forent appelées aatonr de Paris : le maréchal de Broglie fat destiné & ks commander. La reine , qai arait pressé M. Nedier de rester aa ministère , qui lai avait promis qve ses conseils seraient désormais suivis , devint T^me de ce plan de campagne. Les frères du roi y travaillaient de concert avec elle. Un homme , tel qnMI s*en trouve toujours dans les occasions pareilles , le baron de Breteuil , devint le conseiller, rhomme d*£Ut de cette entreprise ; semblable au parti qui le prenait pour instrument , il eot cette légèreté présomptueuse i ce courage fondé sur tignorance du danger, ce dédain et cette «version des conseils prudents , cette inhabileté d*exécution inséparable de ta démence des projets ; enfin , tout le caractère de ces hommes destinés à perdre les royaumes et les dynasties.

Ces préparatifs , ces mouvements de troupes s'accomplissaient sans que les ministres en fussent informés , hormis ceux qnl étalent dévoués k cette intrigue, le garde-des* sceaux , M. de Puységur et M. de Yilledeail. Les ministres qui votaient au conseil avec M. Necker, étaient destinés k être , comme lui , renvoyés. La reine voulut pourtant sauver M. de Saint-Priest ; elle le ûi appeler, lui montra une parfaite bonté , et Ini demanda comment il se pouvait qu*il adhérât sux principes de M. Necker. U répéta ce qu*i] avait dit tant de fois sur l'indispensable nécessité de suivre en entier le plan du ministre des finan6es ; M reine n*in$ista pas davantage. En même temps , H. Necker lui montrait l'intention de Ti^ppeler au département de rintérieur, en remplacement de M. de Villedeoil. ,

Dans les premiers jours de juillet, on se crut donc en mesure de contenir les mouvemenls populaires , et d'intimider l'assemblée. L'agitation qui croissait chaque jour à Paris , l'indiscipline fl^^nfe des gardes-françaises , les doutes qui pouvaient s'élever sur l'obéissance des troupes , les nouvelles des provinces , les adresses présentées an roi pour lui demander la retraite des troupes , ne donnaient ni inquiétude , ni hésitation. Le 11 juillet , Te roi tenait un conseil des dépêches > où M. Necker n'assistait point. Sa préoccupation, son anxiété d*esprit étaient visibles } il cherchait k les déguiser en feignant de dormir, comme c'était assez sa coutume , souvent même en ronflant bruyamment. A l'issue du conseil , il pnt k part M. de La tnieme , et le chargea d'aller porter k 1|, Necker la lettre par laquelle il lui annonçait qu'il était déterminé k suiVre d'aatres conseils; le roi ajoutait que, comme peu de jours auparavant , il avait manifesté l'intention de se retirer si ses avis n'étaient plus agréés , cette démis$ion était acceptée > et que sa retraite hors du royaume devait être prompte et secrète.

M. Necker se conforma scrupuleusement aux Intentions du roi; en sortant de dîner, Il monta en voitare , disant qu'il albit se promener ; personne ne sut son secret, hormis M"* Necker, qui partit avec lui. Ses chevaux le conduisirent k la première peste ; le lendemain , M. de Montmorin et M. de Saint-Priest reçurent chacun un billet du roi, qui leur annonçait qu'il jageait k propos de les éloigner de ses conseils, et pourvoirait plus tard k la récompense de leurs services. H voulut conserver M. de la Luzerne , qui persista k donner sa démission. Le due de Lavauguyon devint ministre des affaires étrangères; le maréchal de Broglie, de lagnerre; le baron de Breteuil, chef di» fonseil d«s fimces i é|a|(d«sttQé k étr« prMps) wms^- V fut question de

PIÈCES JUSTOFIGATIVES. «75

divers noms pour la marine et le contrôle général; il est probable qne cette liste ne fat jamais complétée. Ce fut le 13 Juillet que fut constitué le noUTeau ministère; la Bastille fut prise le lendemain.

M. de Saint-Priest, dès qu*il eut été ainsi congédié, se rendit à une maison de campagne qu*i] avait auprès de Ck>rbell , et se trouva au milieu de ses enfants. Il n*y jouit pas d'un long repos.

Dès le lendemain on vint lui raconter ce qui se passait à Parts; les clameurs injurieuses des bateliers de la nviëre insultaient déjà du nom d'aristocrates et menaçaient de la lanterne les propriétaires des maisons riveraines ; un portrait du roi qu'ils apercevaient par une fenêtre ouverte , excitait encore plus leur colère. Dlieure en heure , M. de Saint-Priest apprenait les progrès du soulèvement populaire , la nullité de la résistance , la défection des gardes françaises , la prise de la Bastille , les massacres qui souillaient la victoire du peuple ; le roi , déterminé par le conseil de ses frères j se rendant k T Assemblée nationale pour promettre la retraite des troupes .* toutes ces nouvelles lui arrivèrent coup-sur-coup.

Le jeudi 16 , le marécbal et la marécbale de Beauveau vinrent le voir; ils lui apprirent que M. Necker était rappelé , que le roi lui avait déjk écrit , et que les ministres sortis du conseil avec lui devaient y rentrer. Le matin même , une longue délibération avait eu lieu chez le roi. La démarche k laquelle il s'était résigné la veille n'avait point calmé les esprits. M. le comte d'Artois était encore menacé par de publiques clameurs. Les serviteurs du roi , qui avaient par leurs conseils on Içurs actes manifesté leur zèle contre la cause populaire, les ministres qa*îl avait choisis, semblaient en danger; ce qui s'était passé à Paris devait inspirer de vives craintes. Les troupes avaient reçu l'ordre de se retirer. Le roi , sa famille , la cour, le gouvernement iraient-ils se mettre sous la garde de l'armée , en s'éloignant de l'assemblée nationale et de Paris t C'était une grande détermination ; ceux qui la conseillaient crurent uq moment qu'elle serait adoptée : le roi était indécis. Cependant la majorité du comité que le roi avait réuni pour examiner ce projet , pensa sans doute que ce serait reprendre celui qui venait d'échouer d'une si terrible manière , lorsque les chances de succès étaient infiniment diminuées. Il fut résolu que le roi s'abandonnerait au cours des événements. Bës-lors , M. le comte d'Artois , M. le prince de Condé , M** de Poliguac , sa famille, ceux de leurs amis qui se croyaient les plus désignés à l'animadversion populaire , et les membres de ce ministère à peine formé durent se préparer k fuir dès te lendemain. Ainsi commença l'émigration.

Le 17 juUlet , le roi vint h Paris et à TÛÔtel-de-VUIe , avoua tout ce qui s'était fait , prit la cocarde nationale , et entra pleinement dans une voie de résignation. Avant de partir, au moment où il se trouvait sans aucun ministre , de même qu'il avait engagé M. Necker à revenir, il écrivit de sa main aux autres ministres qu'il avait renvoyés en même temps que lui.

M. de Saint-Priest arriva le soir même à Versailles. Avant de revoir le roi , il s'entretint avec M. de Montmorin , et il apprit que le ministère de fintérieur lui était destiné , en remplacement de M. de Villcdenil. C'était une rude t&che : la police de Psurift faisait partie de ee département. Il essaya d'eD(;a|;er M. de Woiitmoria ^ ()ij

m HISTOIRE DE FRANCE.

I«ifli6r loi alTaM ètrtngèMs , et k se diarger da poste plus important qui loi éiait im* posé. 11 ne ponvait guère espérer qu'une telle proposition serait acceptée. Le roi ne se rendit pas non plus a ses objections. Lui-même ne souhaitait pas de revenir i sa position précédente de conseiller sans portefeuille ; avec un souverain du caractère de Louis XVI , un tel poste n*avait aucune valeur réelle , puisque jamais le roi n'exprimait ni n'adoptait un autre avis que celui du principal ministre. II en avait usé ainsi avec M. de Maurepas , avec M. de Vergennes , et successivement avec M. de Galonné , Parchevéqua de Sens et M. Necker. Dans les affaires particulières k chaque département , lorsqu'elles n'avaient pomt un intérêt politique , le ministre , dans son travail avec le roi , en demeurait maître absolu. Mais la situation du moment donnait une si haute importance aux attributions du ministre de l'intérieur, qu'il n'en pouvait plos être ainsi.

Ses déterminations devenaient nécessairement l'objet des délibérations du conseil , ou du moins d'un concert avec le principal ministre. Ainsi , la responsabilité en serait partagée. A dire vrai, tout ce calcul d'un homme sage se trouvait alors sans application ; les circonstances étaient impérieuses ; Tobéissance avait complètement cessé. L'assemblée , craignant de rendre au pouvoir royal une force dont il abuserait contre la liberté, ne s'occupait point à rétablir l'ordre public ; il n'y avait nulle confiance ï prendre dans la volonté du roi , toujours timide et changeante. Ainsi les ministres n'ayant nulle autorité , n'avaient plus une véritable responsabilité. A quel homme juste et de bonne foi pouvait venir la pensée de porter contre eux une accusation quelconque? M. Necker, pour se rendre en Suisse , avait pris la route de Bruxelles et de Francfort. En arrivant a Bâle , il descendit dans la même auberge où était la duchesse de Polignac ; il se trouva en présence d'une des personnes qui avait le plus activement travaillé à son renvoi; qui, peut-être, avait même conseillé contre lui quelque mesure de despotique rigueur : lui exilé , elle déjà fugitive ! et il n'y avait pas plus d'une senuiine qu'elle avat obtenu ce triste avantage. Ce fut d'elle qu'il apprit le détail des événements de Paris et de Versailles. Peu de moments après , il reçut les lettres du roi et de l'assemblée , qui le rappelaient avec instance. La duchesse crut qu'il hésitait , et certes il en devait être ainsi. Elle lui présenta son retour comme un devoir de conscience. « Oui , madame , répondit-il , j'obéirai a ce devoir ; mais je sais bien que je me dévoue. »

Son vogage de BAle a Paris fut une marche triomphale ; mais il vit les provinces en pleine sédition , toute autorité abolie et le peuple en délire. Ce fut la première chose qu'il dit a M. de Saint-Priest en le voyant. Il ne lui cacha point ses pressentiments funestes et son effroi de l'état des choses. Telles étaient les préventions que les dissentiments politiques pouvaient déjà inspirer, même à un homme honorable et sensé , qae M. de Saint-Priest n'en attribuait pas moins ce retour à une présomptueuse ambition. M. do Montmorin le connaissait mieux , et fut étonné de ce dévouement.

Le ministère fut complété. M. de Ciré , archevêque de Bordeaux , fut garde-dessce^x ; M. de Pompignan , archevêque de Vienne , eut la feuille des bénéfices ; M. le comte de Latour-du-Pin , le ministère de la guerre , que M. de Saint-Priest avait géré par intérim. M. de La Luzerne avait repris le département de la marine. M. le maréchal de Beauveau fut appelé' au conseil » sans portefeuiOe mlnistériei. Cétait

I^IÊCES JUSTIFICATIVES. .tïî

un elioix dlioMibes honorables » aisefereft , modérés. L'injustice de Tesprit* de parti les accusa quelquefois de faiblesse , comme s'ils avaieot pa aroir de la force ; d'inexpérienee , comme si qnelqa'an en France avait en ce moment nne expérienee applicable ii des circonstances qui avaient rorapn les liens de la société , qni avaient aboli tontes les baUtndes du passé. Lorsqn'arriva ponr les chefs de chaqne parti successivement , le moment de résister, de maintenir, de conserver, ils y furent tout anssi impuissants.

M. Medier après s'.ètre présenté it rassemblée nationale , où il fut reçu avec acclamations , alla de même rendre ses hommages à un autre grand pouvoir, k la municipalité de Paris. Il y reçut un honorable accueil ; mais il venait chercher une autre preuve de la faveur dont il jouissait U ce moment. En revenant de BAle , il traversait la petite ville de Yillenauxe, auprès de Provins, lorsqu'un billet lui fut remis, qui lui apprenait que le baron de Bésenval avait été arrêté par le peuple ; qu'on en avait prévenu la municipalité de Paris; que des voitures et des commissaires avaient été envoyés pour le chercher, et qu'il allait être emmené. C'était le conduire à une mort certaine : la veille, M. Foulon et M. Bertier, arrêtés de même aux environs de Paris et conduits à l'Hôtel -de-Ville , avaient été massacrés k leur arrivée. M. Necker écrivit sur-le-champ k la municipalité de Yillenauxe , qu'il se rendait garant qae M. de Besenval retournait en Suisse , sa patrie, avec l'autorisation du roi , et qu'il prenait sur lui d'arrêter son départ pour Paris.

Maintenant il vouhiit achever son ouvrage , et détourner les coups qu'il avait suspendus. On avait tenté de le dissuader de cet acte d'humanité ; on lui avait dit qu'il risquait sa popularité ; on lui avait objecté que l'autorité municipale n'était point compétente. Il n'écouta point ceslkhes conseils, et plaida devant la municipalité et devant la foule qui remplissait l'Hôtel-de-Ville , la cause de M. de Besenval ; il rappela le peuple , pour un instant , aux sentiments de l'humanité , et parla avec une si noble chaleur , que non-seulement il obtint la grâce de M. de Besenval , mais une amnistie proposée par Bf . de Qermont-Tonnerre , fut aussi consentie avec acclamations. Ce beau triomphe dura peu ; Mirabeau et Barnave démontrèrent aux assemblées de sections, que la municipalité avait excédé ses droits. L'amnistie fut annulée; M. de Besenval dut être conduit h Paris. Mais quelques jours s'étaient écoulés; un peu d'ordre et de cahne avait été rétaUi; des précautions purent être prises; il fut amené eu prison, traduit devant un tribunal , et acquitté.

Dans cette visite de M. Meclier k l'Hêtel-de-Ville , il avait été accompagné de M. de &^'mtpPriest ; la municipalité de Paris était dans ses attributions ; mais elle n'avait certes pas l'idée qu'il existât une autorité supérieure k la sienne. M. Bailly, maire de Paris, prit le pas sur le ministre, dont la présence sembla k peine remarquée. Cependant, M. de Saint-Priest eut sa petite part dans les compliments qui furent adressés à M. Necker; on parla du ministre patriote qui avait partagé sa disgrâce , et qui était invariablement attaché aux mêmes principes. L'orateur avait assurément mal choisi le texte de ses éloges. M. de Saint-Priest n'appartenait point au parti qui se nommait patriote. Ses affections , ses habitudes , ses idées le rattachaient bien plutôt à l'ordre de choses qui - venait d'être renversé. Un bon gouvernement et la réforme de quelques abus , telle

wm miDiBB ne nujRS*

dltéll k MMn4é MB t«tt. TMlMi, fl éliKteBiM dt M« ; ti «mtt MH^ «iMpte<ee<yiérttpBMlfclt;tltpyaltk>diflkiMéiétl<i iMgiiti da la «jfaMtita. 8m M^ ohie et pHlifw dM^MU tM joui ei cht^ tire^^ h plosiitfle etia aoiiis périllrafle. CW^ièbtmiiB qi*U s'élatt Uoivé eonioit k ne posKtonpeneMfiMrneksesopisIfMisetksMaBltléf. UanitMRhééBvurtlaiéas hHgne dndeToir et de It niaoB , et eNe fafalt amené dais det nags oppoiéi i aoB véritable parti. G*est qae ce parti ii*a jamais pa conserrer dans ses rangs een de sei amis qui ont tonhi garder qoelipie sagesse et qndqve prodeiea.

lUGBKBKT m lUOAHe 0£ STAEk SUR LES £v£fiEMENTS QUI SUmREKT

US BHnroi hb m. vbcku.

On renvoya deoi ministres en même temps qne M. Ifeéker , M. de Montmorte, bomme attadié personnellement sa roi depais son enfanee , et H. de Safnt-Mest, distingué par la sagesse de son esprit. Mais ee qne la postérité anra peine k croire, c*c^ qu'en se déterminant k vne résolntlon de cette importance, on ne prit aucone mesare pour garantir la sûreté de la personne du roi en cas de malheur. On se croyait si ceruin du succès , qn*on ne rassembla pas de forces antonr de Lonfs XVI poor raccompagner il quelque distance si la capitale se révoltait. On fit camper lés troopes dans h plaine aux portes de Paris , ce qui leur donnait l'occasion de cornmnniqner avec les iiabitants; ils venaient en fonle voir les soldats et les engagèrent I ne pas se battre contre le peuple. Ainsi donc , excepté deux régiments allemands qui n'entendaient pas le français et qui tirèrent le sabre dans le jardin des TnHeries , seulement comme s'ils avalent voulu donner un prétexte k rinsttrreeHon , tontes les tronpes sar lesqnelles on comptait partagèrent fespitt des citoyens , et ne se prêtèrent en rien k tont ee qn'an attendait d'elles.

Dès que la nouvdle du départ de M. Heéker fîft répmdne k Pkris , on èairicada les mes , chacun se fit garde national , prit nn costume militaire queleonqve', et se saMt an hasard de la première arme , fusil , sabre , faolx , n'importe.

tJne foule innombrable d'hommes de fa même optofen s'embrassatent dans les nés comme des frères, et l'armée dn penple de Paris, composAe de pins de cent mile hommes , se forma dans un instant comme par miracle. La Bastille fnt prise le 14 juillet 1789. Le baron de Breteull , qui s'était vanté de teifminer far crise des aftlres en trois jours , ne conserva la plaee de ministre que pendant ces trois jovrs , assez longtemps pour assister au renversement de la monardiie.

Tel fut le résultat des conseils donnés par les adversaires de M. Meeker. GoBunent des esprits de cette trempe veulent-ils prononcer encore sur les affaires d'an grand peuple? Quelles étaient les ressources préparées contre les dangers qn'eflx-«i£nKs avaient provoqués? Et vit-on jamais des hommes qui ne voulaient pas dn raisonnement s'entendre si mal k s'assnverde la force?

Le roi, dans cette circonstance, ne poovaft inspirer qn*un profond sentiment d'intérêt et de compassion ; car les princes élevés pour ligner en France n*0Bt jamais cod*

ils TiTaient depaislopropiiar jiM4»*iQil«r9tar jo«r 4al*«iu^ dûtes

it roi fol flopi4wt k Paris pour «doplar k rPôt«l-da-VUk U réfoloUon fui v«nti d*ayoir Usa contre «on povvoir. Son cuim raUgiew lai coiuanr« (oiyour» de la digoifé yMnow^o, dans cett^ cireonstaiiia cowne daaa toulai les aolvanto», nais aoi autorité ii'«xis|ji)t|)|iu; et si lis dum des leis^e deiv«tpjis tnluer eprte eu les nattai», U ne M pas «<m |l«s ^el«s settons (issent d'an roi V9>iieneiit4e Itw lrio«pbe. Lei howuaiee iqiiHiroKts qa*e« reed aior» »o swiYeif io dMrM . i^voilent les carael^res iMieex , et japws U tihertâ ne peut s^^Uir av la Cmmo sitiiatioft do VQMiqve 9« de peuple : «lieevn 4oitr4tre da«s ses drwta , pe«r 4ti« dans sa sii^^ La eofilraiote morale, iv^pes^en ekofd'ui ge«verpeiaett, m mmM fonder VMtpesdanoe ooestitotioHoelle de ïlMn

M« Heoker, mvê ii Bnuelles» sevepow de» jows ai«a de es vettre an lioiite pour se rendre en Suisse par rAllemagne. Sa plos rive inquiétude dans ee eMueit, •*ètaitla disette dœt Paria était Menacé. Pendant l'hiver peéeédeat, leseelns in^ga- )ileaevaieMtd«l préserré la ca^pitale des aalhenrs de laMne* liais la wnivaies récolte lealiit toeioq» pilit» aéwsaaira de Neowrir a«i envoie de rétranger et w «édii des prineipales niaisoiis de eouBierce de rSaiope. £b eonaéqneeee , il avait «rit, daas les prenùer» iaor^ de jelUet , ii MM. Bope, célélwes n^foeiants d'Aiesterdap » et sraigMpt ^ , dans la sUnatiae des aAnesi. U» pe voqleKeiitpas se ehaager d^ poer la Fii^oei * s'U n'en garaotisaait pas loi-méwe le paieweet , UiewaYait offiart me cwrtion d'i^iawlUoasiursa fortane persowieUe. Arrivé I BraxeUee, M. KecUree rappela cette caution. JU avait lieu de craindre «ie« dais la eriSQ 4'aw léfolatto», ^ l»ina de Tadmiiifitration «e fossaa( oégliKés, ou qee le Iwnit de so« départ ne mnelt an «redit de l'Etat MM. ilope , en particulier, pouvaient présiMier ^ae M* Necker retiierait. sa garantie dans une pareille circonstance • il leur écri¥U don» de Bmipliea mêiae qu'il était tenni de France, aais qu'il n'en nwiiiienait pas moiw l'enii^mmi penwagi qu*il avait pris.

Ui )>»ron de BreteuU, pendant'le peu de jou» qju'U fut niaistfe. reçat la lé- IWMAde MM. Sepe ^ la fsw^bn lettre de M, Illeeker, qqi faiaait ToAre de garanlir leiii envois suf sa propre fortune. M. DuAréne de SaintrLioa, prenner eoMoaia 4es finances , homme d'un esprit pénétrant et d'un caractère décidé , ravit cette iettn k If^k^avwideliveleuilifain'f vit^ae de la folie. « Qu'eal-ce que la foitane parti* eultàeeCwinàntetrea decomwm.di^il, aveo les intérêts publics t» Qw ft'ajeniaitil : Pourquoi cet étranger se méle-t-il des affiiirea de la Franeet

Pendant que M. Necker travenait l'AtteaMgne, la révohitiOB a'epéaaità Buis, M** de Poiignae , qu'il avait kiscéo k Versailles tente peiesante par la fiitev de la jreine , le fit deuiander k son grand étonnement, dana «ne aalwrfe k Btte , el loi apprit qu'elle était en fuite en conséquence de ce qui venait de se passer. M. fieeker ne eapposail pas la possibilité des proscriptions, et il fut loiftenps k eemprondre les moti£s fsl auraient pu déteminer le départ de M"* de Polignae. Desiettrenepperlées par dM flOHiiieia, dee^irdNi dn ifi etto invitailonide rassenMâe^» te

prtÊàn n plaee. M. Necker, dit Bute dan rmile ses écrits, /W têppeté tmée Pompée pour Mu mâthetur, et comme Uorku U s^oeoU tur iee nûMes,

M. et M** Neeker en jugèrent ainsi eox-inènes. Tontes les droonstances flatteoses dont son rappel était accompagné , ne parent loi faire illnsion snr l*état des choses. Des nenrtres ataient ièté eonunis par le peuple le 14 joillet , et dans sa manière de voir, il la fois religiense et pliilosopklqne , M. Nedwr ne croyait pins an succès d'un eanse ensanglantée. Il ne poovait pas non pins se flatter dt la confiance dn roi , paift> qne Louis XVI ne le rappelait que par la crainte des dangers auxquels l'avait exposé son absence. S*il n*eût été qu'un ambitieux , rien n'était pins fadie que de revenir triomphant en s'appuyant sur la forée de l'asseuddée constituante ; mais c'était unlqaement pour se sacrifier au roi et h la France, que M. Neeker consentit h reprendre sa place après la révolution du 14 juillet. Il se flatta de servir l'Etat , en prodiguant sa popularité pour défendre l'autorité royale , alors trop affiiiblie. Il espérait qu'un honune, banni par le parti des privilégiés , serait entendu avec quelque faveur lorsqu'il plaiderait leur cause.

Un grand dtoyen en qui vingt-sept ans de révolution ont développé dmqne jour de nouvelles vertus , un admirable orateur dont l'éloquence a défendu la cause de son père , de sa patrie et de son roi , Lalli-ToUendal , fort de raisonnement et d'émotion tout ett8end)le, et ne s'écartant jamais de la vérité par l'enthousiasme» s'expnmait ainsi, au moment dn renvoi de M. Neeker, sur son caractère et sur sa conduite.

Les transports de tout un peuple dont je venais d'être témoin, la voiture de moo père traînée par les citoyens des villes que nous traversions , les fournies là genoax dans les campagnes quand elles le voyaientpasser, rien ne me fit éprouver uneémotioB aussi vive qu'une telle opinion prononcée pour un tel hommes

En moins de quinze jours, deux millions de gardes nationaux furent snr pied en France. On hita sans doute l'armement de ces milices , en répandant habilement le bruit , dans chaque ville et dans chaque village , que les brigands allaient arriver. Mais le sentiment unanime qui fit sortir le peuple de tutelle , ne fut inspiré par aucune adresse , ni dirigé par aucun homme ; l'ascendant des corps privilégiés et la (bree des ' troupes réglées disparurent en un instant. La nation remplaça tout , elle dit comme le Gid : Nous nous levons alors ; et illui suffit de se montrer pour remporter la victoire. Mais hélas ! en peu de temps aussi les fiatteurs la dépravèrent , parce qu'elle était devenue une puissance.

Ihuis le voyage de Bile k Paris , les nouvelles autorités constituées venaient haranguer M. Neeker à son passage; il leur recommandait le respect des propriétés, les égards pour les prêtres et les nobles, l'amour pour le roi. II fit donner des passeports > k dilTérentes personnes qui sortaient de France. Le baron de Besenval , qui avait commandé une partie des troupes allemandes , était arrêté k dix lieues de Paris. La municipalité de cette ville avait ordonné qu'il y fût conduit. M. Neeker prit sur lui de suspendre l'exécution de cet ordre, dans la crainte, trop bien motivée, que la populace de Paris ne le massacrât dans sa fureur. Mais M. Neeker sentait k quel danger il s'exposait en s'arrogeant ainsi un pouvoir fondé seulement sur sa popularité; aussi le lendemain de son retour k Versailles , se rendit-il k l'HÔtel-de-Ville ponr expliquer sa conduite.

MÈGËS JUSTtPICATiVÈS. 481

0**il ne aoit permis de m'arrèter enoore oiie fois sur ce joor, le dernier de la prospérité de ma vie, qui cependant s*oavrait ii peine devant moi.

La popolabon entière de Paris se pressait en foule dans les rues , on voyait des lioBmes et des femmes aux fenêtres et sur les toito , criant : Vive M. Neeker ! Quand il arriva prte de THÔtei-de-Tille , les aedaïutions redooblèrent , la place était remplie d'une multitude animée du même sentiment et qui se précipitait sur les pas d*nn seul bomme , et cet homme était mon père. 11 monta dans la salle de rHdtel-de-Ville , rendit compte aux magistrats nouvellement élus , de Tordre qu'il avait donné pour sauver M. de Béienval , et leur faisant sentir avec sa délicatesse accoutumée tout ce qui plaidait en faveur de ceux qui avaient obéi ï leur souverain, et qui défendaient un ordre de choses existant depuis plusieurs siècles , il demanda l'amnistie pour le passé, quel qu'il fât, et la réconciliation pour l'avenir.

Les confédérés du Rutli , au conunencement du quatonième siède , en jurant la délivraBce de la Suisse , jurèrent aussi d'être justes envers leurs adversaires , et c'est sans doute k cette noble résolution qu'ils durent leurs triomphes. Au moment où M. Neeker prononça ce mot d'amnistie , il retentit dans tous les cœurs ; aussitôt le peuple rassemiilé sur la place publique voulut s'y associer. M. Neeker alors s'avança sur le balcon , et proclamant k haute voix les saintes paroles de la paix entre les Français de tous les partis , la multitude entière y répondit avec transport. Je ne vis rien de plus dans cet instant, car je perdis connaissance k force de joie.

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