‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 38 sur 41 · RÉCIT DE BAILLY SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 14 JUILLET · texte numérisé non relu

RÉCIT DE BAILLY SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 14 JUILLET

On dit que quelques membres de la noblesse , an nombre de quatre-vingts , se sont réunis dans leur salle k sept heures et demie du soir. Un d'eux a fait remarquer la désertion journalière de leurs assemblées séparées (lesquelles étalent illégales). En effet, eelle du S avait eu cent trente-huit membres, celle du 16 quatre-vingt-treixe , et eelle-ei quatre-vingt seulement. Un astre a proposé de faire une protestation contre tont ce qui s'était fait ou se ferait dans la prétendue assemblée nationale. On a adopté , dit-on, cette idée; on a nommé huit membres pour la rédiger et la présenter k l'assemblée , ijonmée k lundi 13 k 6 heures du soir. On a proposé aussi de la faire distribuer dans les bailliages, pour la faire adopter sur les commentaires (Jowmêl de YârêâUleê , n* 12 , supplément , p. 37 ). Les événements du lundi ont fait oublier , je crois , l'adresse , et changer l'ajouniement fixe en ajournement indéfini.

Je partis le soir pour GhaiUot , et je vais rendre compte de ce qui s'était passé k Paris la veille 10 juillet , et aujourd'hui. Le vendredi soir , 10 , il y avait eu assemblée des âeeteurs k l'HAtel-de-Ville. Ou y fit diverses motions relatives k l'établissement d'une garde bourgeoise k Paris , proposée la première fois aux électeurs , le i5 juin , pur M. de Bonneville ; établissement dont M. Neeker m'avait perlé lui-même le 1*' juillet, et dont la proposition fut faite k l'assemblée nationale le 8 juillet. Pans cette séinee, le même M. de Bonneville proposa Ii convocation des districts. M. Banoil

isi insToiRE de pràiïce.

des Ittarts renoaTeli la motion de U garde boargeoise. H paraît que déjli les alarmes ttatent TWes k Paris. Après avoir rappelé ce qai s'était passé en 1788 , k l'égard des magistrats » il dit : • Les baïonnettes , Tétendard du despotisme et de la mort qn'oD présentait Tannée dernière aux ministres de la justice , sont tournés aujourd'hui arec un appareil menaçant et plus terrible contre les représentants de toutes les provinces rassemblés dans un même lieu. On dirait que l'ennemi le plus redoutable est k nos portes. Un camp de troupes étrangères est établi aux environs de votre ville ; tous les environs de Paris et de Ycrsailles sont occupes par des soldats. Jamais on ne fit des préparatifs si considérables ; il ne nous resté pliis que les horreurs de la guerre civile ou le joug de l'esclavage. Quels maliieurs pour une nation fière et sensible , ï laquelle il ne manque qu'un bon gouvernement. • il finit par proposer une adresse au roi pour demander le renvoi des troupes et l'établissement d'une garde bourgeoise , délibérée dans les districts convoqués à cet etfet. M. Bonneville fit encore les motions suivantes : « se constituer en corps de communes, confirmer provisoirement les ofiîciers municipaux actuels , les inviter à prendre séance pour délibérer avec les électeurs ; convoquer les districts , et les engager ii nommer chacun un représentant pour se joindre aux éle^ teurs. » Je rapporte toutes ces propositions , parce qu'il semble que , par un mouvement et de prévoyance , on posait des bases pour les jours suivants.

En effet , «suivant les récits qui m'ont été faits , les régiments dé Provence et de YintimiUe étaient k Neuilly; Royal-Gravatte , HelmsUdt, Royal-Pologne, k Sèvres et ft Meudon; Salis-Samade , Ghàteauvieux etDiesback, suisses; Berchlni, Esterfaaxy et Royal-Dragons étaient an Ghamp-de-Mars avec un équipage d'artillerie ; d'antres régimente étalent à Saint-Denis , Besançon , La P^re , et plusieurs rifegiments étaient à SaintrDenis , ou ailleurs aux environs de Paris. J'ai vu moi-même le pont de Sèvres gardé par des tnwpes avee du canon, et des patrouilles de hussards et de dragons lépandoes sur U route. La gwde bourgeoise était expaUiuite pour calmer les inquiétudes àes citoyens, et pour foire leur sûreté ; elle ôtait d'ailleurs tout prétexte k la piésenee des troupes. On aonut dit aux ministres : « Si vous ne les gardes que pour U police, BOUS nous chargeons de maintenir l'ordre ; faites retirer vos soldate. » Mais on balança trop k prendre cette mesnce; il n'était plus temps. Le gouvernement sentait bien qu'il B0 pouvait pas conserver les troupes; il se hita de passer à l'exécution; il se prépara séoeusenent à les faire agir.

Les électeofs étaient alors ce que les faisait la nécessité, les représentants du peuple et les sauveurs de la patrie. A l'égard de la garde bourgeoise, il a été pris l'arrêté suivant : « L'assemblée des électeurs de la ville de Paris, ne pouvant se dissimuler que la présence d'un grand nombre de tronpes dans cette capitale et aux environs , loin de eahner les esprits et d'empêcher les émotions populaires , ne sert an contraire qu'à doonerdes alarmes plus vives aux citoyens, et occasionner des attronpe- ■ents dans tons les quartiers , demeure oonvaincue que le seul et vrai moyen qu'elle (unisse proposer dans une pareille eurconstanoe pour ramener la tranquillité , serait de rétablir h garde bourgeoise; et cette garde est sufisante pour prévenir tous les dasgers; qa'eUe est même nécessaire; que les habitants de eetle ville ont. d'autant plos raison de désirer de se garder eux-mêmes , que tout récemment }a plupart des villes du

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