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dansai» mémoire, qu'il n'avait hasardé l'imposition au diiiètoe que dans la dernière nécessité, comme un remède extrême et violent : encore lui en faisait-on un crime; et Saint-Simon comparait le dixième k ces dénombrements impies qui avaient toujours, disait-il, indigné le créateur.
On voit par là quelle était l'opioon des grands sur l'immunité de leurs biens. Hais , ce qui est encore plus remarquable, c'est que Louis XIV, qui n'avait jamais eu le plus léger scrupule ni sur la taille, ni sur les droits des fermes , ni sur les privilèges et les attributions de charges et d'offices dont ses peuples étaient foulés, ni sur ce grand impôt de la milice qui avait épuisé son royaume, fut tourmenté de frayeurs religieuses quand il fallut imposer le dixième sur les grandes possessions. SaintSimon nous raconte qu'avant de l'ordonner le roi , vivement pressé du reproche qu'il se faisait à lui-même de prendre ainsi le bien de tout le monde, s'en ouvrit à son confesseur ; que Le Tellier lui demanda le temps de méditer sur ce cas de conscience, et qu'il revint quelques jours après, muni d'une consultation des plus graves docteurs de Sorbonne, lesquels décidaient nettement que tous les biens des sujets étaient au roi , et qu'il ne faisait que reprendre ce qui lui appartenait. Cette réponse des docteurs était le comble de la bassesse; mais il n'en est pas moins vrai que le dixième était l'imposition la plus équitable et la plus modérée qu'il fût possible d'établir dans les nécessités urgentes d'une guerre que l'insolence des Hollandais forçait le roi de soutenir jusqu'aux dernières extrémités. 11 fut impossible de payer, en 1740, plus de six mois de rentes sur la ville. Les dépenses montaient à 226 millions. Les revenus n'en donnaient guère au-delà de 96; les charges et non-valeurs déduites, il n'en restait que
36; le casuel de Tannée en procura 438; et le surplus fut assigné sur les fonds des années suivantes. Hais il fallait retirer du commerce une quantité de papiers qui obstruaient la circulation : pour cela , on convertit en rentes les assignations sur l'année, les billets d'emprunts , les promesses, les billets même de subsistances ; et cette opération forcée fit perdre au trésor royal le peu de crédit qu'il avait; celui de la caisse d'emprunt était déjà tombé , celui des receveurs-généraux se soutint, et jusqu'en 1 71 5, il fut le salut du royaume ; singularité qui fait voir combien en France la confiance publique était facile à mener d'illusions en illusions. Les dépenses de 4744 montaient à 248 millions; les revenus, réduits à 36 millions par les charges et non-valeurs , étaient accrus du produit du dixième ; mais le dixième ne rendit point ce qu'on avait lieu d'en attendre. Le clergé, pour se rédimer du dixième annuel de ses revenus, offrir au roi 40 millions une fois payés , à titre de don gratuit, et cette offre fut acceptée. À cet exemple, l'ordre de Malte, les évéchés de Metz, deToul et de Verdun, la province d'Alsace et la ville de Strasbourg se rachetèrent du dixième; et le besoin urgent fit vendre les abonnements à vil prix. Celui du Languedoc fut de 500 mille livres par an ; ce qui ne supposait , pour base de l'impôt , que 5 millions de revenus à l'une des plus belles provinces du royaume. En tout , le produit du dixième pour les trois derniers mois de 4740 et l'année entière de 4 74 4 , ne put aller à 4 4 millions.
On créa, cette même année, pour 5 à 6 millions de rentes ; on assigna d'avance sur 4712 et 4713 , 467 millions, et ce qui restait en suspens fut délégué sur les années 1 71 4 et 1 71 5 (1 ).
(1) On Toit ee que c'est que la Tiohtlon de» principes. Atee les Rats Gevéran,
LOUIS XV. 2ftS
Les impositions en 4742 passaient 442 millions; mais les charges et les non-valeurs en retranchaient 76. Cependant la guerre durait encore , et il fallait des fonds pour la campagne. On fit pour 90 millions d'affaires, et l'excédant de la dépense fut encore assigné par autorisation. Ainsi Ton se traînait sans cesse d'expédients en expédients, qui , en accumulant les dettes de l'Etat, en aggravaient tous les ans les besoins et en épuisaient les ressources; quand, par la mort de l'empereur Joseph , la révolution arrivée dans les intérêts de l'Europe, et la crainte qu'elle eut de voir se réunir encore sur une seule tête toute la puissance de Charles-Quint , décida ce que les Jalousies de la cour de Londres avaient en secret préparé , et à la faveur du grand événement de la victoire de Denain , s'opéra ce qu'on appelait le miracle de la paix. Elle fut signée à Utrecht , le 4 4 avril 4 74 3 , avec l'Angleterre , la Hollande, la Prusse et le roi de Sicile ; mais pour y amener l'empereur et l'empire, il fallait de nouveaux efforts. Dans ce temps-là parut l'édit pour la réduction des rentes , qu'on a regardé comme la banqueroute de Louis XIV , et qui ne faisait guère qu'évaluer les titres à leur légitime valeur. Par cet édit , les capitaux des rentes acquises depuis six ans, en billets de monnaies, en billets d'emprunts , promesses et autres papiers avilis, furent réduits par classes , aux trois quarts , aux trois cinquièmes , aux deux tiers ou à la moitié ; selon la valeur des effets , l'intérêt à quatre pour cent. Par cette réduction , l'Etat fut soulagé de 435 millions de capitaux , et de 35 millions de rentes. Les dépenses de 4743 avaient monté à !44 millions, les impositions à 4 1 5 , les charges et non-valeurs à 69 ; le re-
le roi a orait en tout l'argent qui lui était nécessaire, mais wm pour des guerres rai-
m HISTOIRE DE FRANGE.
venu liquide se réduisait à 46 millions. Le casuel y suppléa en partie, et le reste fut assigné. En 4744, il n'y avait plus d'armées en campagne , mais les troupes étaient sur pied , et les revenus consumés d'avance. Les impositions de Tannée n'allaient qu'à 4 18 millions. Les charges et les non-valeurs en absorbaient 86 , et les dépenses montaient encore à 24 3.
Desmarets proposait de charger le clergé, les pays d'états, les généralités , les villes principales de 60 millions de rentes dont le trésor eût été délivré. Ce projet ne fut point admis. 0 fallut vivre d'industrie, et la caisse de régie, qui, dans les mains des receveurs-généraux, soutenait l'Etat depuis 4740, fut encore la ressource de cette année. Une partie des assignations anticipées fut convertie en billets de cette caisse, une partie en rentes viagères , au denier 42; 500 mille livres de rentes perpétuelles donnèrent encore 6 millions; on en tira 45 des offices des finances. Pour de nouvelles taxations qui leur furent attribuées, des banquiers firent des avances, et l'oi rendit ces emprunts le moins onéreux qu'il fut possible , dans l'état de détresse où l'on était réduit.
Enfin, en 1 74 5 , quoique l'édit de réduction eût éteint pour 44 millions de rentes , les revenus aliénés ne laissaient pas d'aller encore à 86 millions, le quadruple des charges qu'avait laissées Colbert, et près de 44 millions au-delà de celles de 1708, époque où Desmarets avait pris les finances. Le total des dépenses des sept années de son ministère , à compter du 4 er janvier 4708 jusqu'à la fin de 4744, avait monté au-delà de 4 533 millions, c'est-à-dire à 249 millions année commune. Les revenus courants, y compris le dixième, n'avaient produit , année commune , que 75 millions , charges et non-valeurs déduites. Il y avait donc tous les ans 1 40 mil"
lions de dépenses au-delà des revenus libres. Le casuel , en affaires, avait rempli une partie de ce vide immense; le reste était représenté par une masse énorme de billets. Les dépenses de 1715 devaient monter à 142 millions; le produit des impositions était consumé, à 3 millions près; et il était dû par l'Etat en billets au porteur et actuellement exigibles, 710 à 4 1 millions. Tel fut le tableau présenté par Desmarets au conseil de régence , le 20 septembre 1 71 5. Des peuples épuisés, des campagnes désertes, un commerce anéanti, la confiance perdue, le crédit ruiné, et , pour toute ressource, 7 ou 800 mille livres d'argent comptant au trésor royal , dignes restes d'un règne où le faste, l'orgueil, une folle magnificence , une plus folle ambition de conquêtes et de grandeur, avaient prodigué l'or et le sang, et sacrifié des millions d'homà la fausse gloire d'un seul. Ce ne fut donc qu'à force de ressources et d'expédients ruineux que , depuis la mort de Colbert jusqu'à celle de Louis XIV, on put soutenir le fardeau de ce grand règne, et dans l'espace de vingt-cinq ans de guerre contre l'Europe , sans autre relâche que trois ans de paix , il serait injuste d'accuser les ministres d'avoir saisi , à la hâte et sans choix , tous les moyens de subvenir aux nécessités de l'Etat. Mais ce qu'il y a de remarquable , c'est que, dans l'excès de détresse et d'épuisement où le royaume était réduit , la seule ressource à laquelle aucun ministre n'osa penser, ou du moins à laquelle aucun n'osa parler de recourir, ce fut l'épargne intérieure , tant le plus personnel des rois avait accoutumé tout ce qui l'approchait à regarder, comme sacré, ce qui intéressait le faste de sa cour, et ce spectacle d'opulence , de majesté et de splendeur, qu'il se piquait de donner au monde,