CHAPITRE XXXIV
Us Autrichiens et tes Plémontais entrent en Provence; les Anglais en Bretagne*
L'incendie qui avait commencé vers le Danube, et presque
aux portes de Vienne , et qui d'abord avait semblé ne devoir dorer que peu de mois , était parvenu après six ans sur les cfrde France. Presque toute la Provence était en proie aux Autrichiens. D'un côté , leurs partis désolaient le Dauphiné; de l'autre, ils passaient au-delà de la Durance. Vence et Grasse furent abandonnées au pillage , les Anglais faisaient des descentes dans la Bretagne , et leurs escadres allaient devant Toulon et Marseille aider leurs alliés k prendre ces doux villes , tandis que d'autres escadres attaquaient les possessions françaises en Asie et en Amérique.
11 fallait sauver la Provence : le maréchal de Belle-lsie y fut envoyé, mais d'abord sans argent et sans armée; c'était à lui à réparer les maux d'une guerre universelle que lui seul avait allumée. Il ne vit que de la désolation , des miliciens effrayés, des débris de régiments sans discipline, qui s'arrachaient le foin et la paille ; les mulets des vivres mouraient faute de nour» riture; les ennemis avaient tout rançonné, du Var à la rivière d'Argens et à la Durance. L'infant don Philippe et le duc de Modène étaient dans la ville d'Aix en Provence, où ils attendaient les efforts que feraient la France et l'Espagne pour sortir de cette situation cruelle.
Les ressources étaient encore éloignées, les dangers et le besoin pressaient : le maréchal eut beaucoup de peine à emprunter en son nom cinquante mille écus pour subvenir aux plus pressants besoins. 11 fut obligé de faire les fonctions d'intendant et de munitionnaire. Ensuite, à mesure que le gouvernement lui envoyait quelques bataillons et quelques escadrons, il prenait des postes par lesquels il arrêtait les Autrichiens et les Piémontais. 11 couvrit Castellane, Draguignan et Brignoles, dont l'ennemi allait se rendre maître.
Enfin , tu commencement de janvier 1747, se trouvant fort de soixante bataillons et vingt-deux escadrons , et secondé du marquis de la Mina, qui lui fournit quatre ou cinq mille Espagnols, il se vit en état de pousser de poste en poste les ennemis hors de la Provence. Ils étaient encore plus embarrassés que lui , car ils manquaient de subsistances. Ce point essentiel est ce qui rend la plupart des invasions infructueuses. Ils avaient d'abord tiré toutes leurs provisions de Gènes; mais la révolution inouïe qui se faisait pour lors dans Gênes , et dont il n'y a point d'exemple dans l'histoire , les priva d'un secours nécessaire , et les força de retourner en Italie.