HENRI
prince de Condé avait obtenu le gouvernement de la Picardie, province la plus catholique du royaume; on ne voulut pas l'y recevoir, et le duc de Guise se servit du mécontentement des peuples pour former, au nom d'Humiëres , gouverneur de Péronne, une ligue formidable contre les protestants. Il y avait déjà eu dans d'autres provinces quelques confédérations de ce genre , et l'on a vu que Tavannes et Montluc s'étaient efibrces d'en former à Dijon et à Toulouse ; mais aucune n'avait pris de consistance , et il était réservé à celle de Péronne de passer les espérances des hommes qui en avaient conçu l'idée. L'acte de cette confédération dérobait les sujets à l'obéissance due au roi , et les soumettait à des chefs particuliers qui pre* naient les ordres d'un conseil invisible.
La conduite de Henri III contribua beaucoup aux succès de cette immense association , qui comprit par la suite tous les catholiqmes du royaume. Au milieu des calamités publiques, il s'entourait de favoris auxquels il prodiguait ses trésors , et il se livrait avec eux à des amusements puérils et scandaleux ; Caylus, Maugiron , Livarot, Saint-Mesgrin, Nogaret, La Valette, à la fleur de l'âge, et d'une figure charmante, insultaient à la misère générale par leur luxe effréné , et leur crédit semblait même l'emporter sur celui de Catherine de Médicis. Le roi essayait de calmer les préventions du peuple par des actes de dévotion auxquels il forçait ces jeunes gens d'assister; mais on ne lui savait aucun gré de cette déférence, et ses ennemis répondaient qu'il joignait l'hypocrisie, à ses autres vices.
Les hostilités avaient recommencé sans déclaration de guerre, et le roi de Navarre, justifiant par ses exploits les espérances des protestants, s'était emparé de presque toute la
10 HISTOIRE te I^iiANGE
Guiénne, lorsque iës Etàts4jénéfaûx s'àissémblèrént k èlbîs le 18 hovembre ; Vimmense majorité, dévouée aux Guisè èï à là Ligue , demanda nautement que la religion càtûbliqûe fût seule soufferte en Fraiice.
Henri III balaiiça longtemps sur le parti qu'il prendrait ; il entaiha sans succès des liégodaiions avec le roi dé Navarre; enfin , pressé par les fetats, il eut la faiblesse dé signer l'acte de la Ligue ( 1 2 février ) ; complaisance qui ne lui concilia point le parti des i&uise, parce* qu'on vit bien qu'elle lui était arrachée par là contrainte; aussitôt ce parti exigea un gagé de sa sincérité, et le somma de faire une guerre terrible aux t)rotestants. Il éluda cette proposition par la demaîidè d'ùiie somme énorme qu'il prétendit nécessaire pour lever des arriiëès.' Les Etats n'osèreiil; la liii accorder , et quelcfue temps après ils se sêparèreril , après avoir conçu contre lui des préventlijtiè qu'ils allèrèht répandre dans toutes les provinces.
Cependant il îsehtit (Jii'il né pbùVait laisser le rtti dé Màvarré el le priiice de Cbndé s'emparer des provinces méridionales, et, de confcert avec sa mère, il Ibbma iih libùveaii J)Ùih qiii leur parut J)roptë à mâihtëiiib entre léè {iartis cette hi- IdHce dont ils croyaient avoir besoifa pour les doiniriér. Il flâltà le diic d'Alençoh de l'espoir d'épotiser Elisabeth , reine d'Aiigletèrre , et llii promit dé l'aider à faire la tbtiituéte des Pays- Bas , quî étaient sur lé point de se dérbbër au |)ouvbit' dé Philippe lî. En réalisant ainsi les vues que Cbligny avait sbtimises à Charles ÎX avant là Saint-Barthélémy , il âe flattait d'enlever aux protestants l'appui des politiques , dont le diië d'Alençon était le chef. Après s'être assuré par ifes fJtomesses de la fidélité de c'é prince , il lui bonfia lé bonltilandetfaent d'iine arhlëe destinée à combattre le rdi de Natârrë, bt il en doriiiâ
HENRI ill. il
une autre au diic de Mayenne , frère du duc de biiise. Les protestants, privés de Tappui de D'Aûville et des politiques, furent baltus presque sur tous les points, et ils se trouvèrent obligés de coDsentii* à une pacification beaucoup moins avantageuse pour eux ique celle de Tanfaée précédente (17 septembre). Henri , s* applaudissant de l'adresse qu*il avait mise à côtiduire cette affaire , se plaisait à nommer son traité cet arrangement qui né devait pas méine avoir un Commencement d*ëîécutioîi.
Pendant cette guerre , la reine de Navarre , qui était rentrée en jgrâce depuis les nouvelles combinaisons qu'on avait àd6[)iëes , obtint la permision d'aller prendre les eatix de Spa ; elle s'y rendit avec la cour la pliis brillante, et lé but àecht de sdh voyagé fut de faire en Fhndte des partisâhs ad duc d'Aléiiçbii, son frère bhéri. Ariiiée dé toutes les grâces de U figure et de l'esprit, ayant étudié dès son enfance l'art deè itltrigues, elle séduisit fàcileinentd'Ihfchy. commandant dé Caiiibrai, et dé Lalain, bdmihandant dé Mons. On lui prodigua des fêtes sur tritite la toute , et le goût vif qu'elle moHtbail poiir les plaisirs he laissait pds soupçonner â Don Juàn a'Âiitrlche, gouveriieur lies Pays-Éas , qu'elle s'occupât d'affaires plus sérieuses.
tJhé grande révdlle ayant éclaté pendant qu'elle était â Liège , elle fut obligée de revenii* sur-le-champ en France ; mais ce voyage fut bien différent dé celui qu'elle avait fait {ieti de temps auparavant; presque toutes les villes où elle avait été reçue de la manière la plus affectueuse lui furent fermées ; au lieu de fêtes , elle ne vit dans son chemin que les images sanglantes de la guerre, et, exposée, ainsi que les jeunes femme qill l'accompagnaient, aux outrages des soldats des
li HISTOIRE DE FRANCE.
deux partis, elle ne s'y déroba que par une sorte de miracle.
Rentrée en France , elle alla se reposer à La Fère , ville qui lui appartenait. Le duc d'Alençon , irrité de ce que le roi ne se pressait pas d'accomplir ses promesses, alla bientôt l'y joindre , et ils passèrent deux mois dans une indépendance dont ils avaient toujours gémi de ne pouvoir jouir. Libres de toute surveillance, pouvant se livrer sans contrainte à leurs goûts , ils se voyaient pour la première fois affranchis du joug que l'étiquette impose aux princes. « O ma reine , disait le « duc d'Alençon à sa sœur, qu'il fait bon avec vous! Mon « Dieu ! cette compagnie est un paradis comblé de toutes « sortes de délices, et celle d'où je suis parti , un enfer de « toutes sortes de furies et de tourments. » Bientôt ils furent obligés de revenir à la cour, où de nouveaux chagrins les attendaient.
En effet , le duc d'Alençon n'aperçut pas que le roi fût disposé à seconder sa grande entreprise dans les Pays-Bas, et Marguerite, qui aurait voulu aller joindre son époux, près de qui elle espérait plus de liberté , reçut la défense d'entreprendre ce voyage. Cette double contrariété fut aigrie par l'insolence des favoris , qui osèrent insulter le duc d'Alençon dans le désordre d'un bal. Alors ce prince, ne pouvant plus supporter sa position, fit en. secret des dispositions pour s'éloigner. Henri III, averti par sa mère, imagina qu'une grande conjuration le menaçait , et, sans songer au scandale que produirait un éclat, il alla lui-même arrêter son frère au milieu de la nuit.
Dans ce moment, le duc rehsait une lettre qu'il venait de recevoir de madame de Sauve , dont il était toujours amou-
HENRI m. IS
reux : le roi, croyant que c'était une pièce de la plus haute importance, la lui arracha de force, et ne Teut pas plutôt parcourue, qu'il fut honteux de son emportement; cependant, il ordonna que le duc fût enfermé dans sa chambre, et il voulut qu'on surveillât aussi Marguerite , dont il connaissait les intelligence avec ce prince. La reine-mëre, qui n'avait pu enopêcher cette extravagance, s'occupa de la réparer; elle se rendit médiatrice entre ses enfants , et parvint à rhabillef* tout cela. Mais ce ne fut qu'une paix simulée : Le duc d'Âlençon , malgré l'engagement qu'il avait pris de rester à la cour, s'entendit avec sa sœur pour recouvrer sa liberté ; et ils concertèrent des mesures que des personnes du dehors pro* mirent de favoriser.