CHAPITRE IV
EtmIoii du duc d'Alencon. — GooTADtioii d« Nérac.
Pendant une nuit très-sombre, le duc se glissa dans Tappartement de Marguerite, où il trouva une échelle de cordes préparée par la princesse et par ses femmes; il s'en servit pour s'échapper du Louvre , et il sortit un moment après de Paris par un trou que l'abbé de Sainte-Geneviève avait fait prati* quer dans le mur de l'abbaye.
Cette évasion, qui divisait de nouveau la famille royale, rendit plus odieux les favoris , auxquels on en faisait le reproche. Caylus et Maugiron passaient pour les plus audacieux , et le bruit courait que Saiot-Mesgrin était l'amant préféré de la duchesse de Guise : ce dernier fut assassiné la nuit, en sortant du Louvre; les deux autres , provoqués par leurs ennemis, périrent dans des duels; le roi témoigna la
1^ HISTOII|p ^% fRANCE.
r^èm flQWleflr qup ])([argi|eriffî, et la 4uche^sedeNeyersayqipî{^ monfrée à la jnort fie f.a Mo|^ ej; de Cpconn2(s ; H ÎSt en]])Siunier les têtes de ces ^piines insensé^, cpnserya précie|isempîit l^urs blonds cjieveux, et leur fit élever dps ipqpiiments magnificjups dans l'église de Saint-Paul , monupeqts qui furent mis en pièces quelque temps après , au commencement des guprres de la Liffue.
Cependant le roi ne fit éclater aucun ressen|;iHient contre les seigneurs qui se vantaient de lui avoir ôté trois de ses favoris ; il n'eut que plus de faiblesse pour ceux qui lui restaient; ej sa vengeance se borna, Tannée suivante, à livrer aux fureurs d'un mari jaloux Bussy d'Amboise, favori du duc d'Alençon, qui, quoique aimé de Marguerite, ne laissait pas d'adresser ses vœux aux autres femmes de la cour, dont ilétait fort recherché. La reine-mère, efi'rayép des nqurmures qui s'élevaient contre le monarque, résolut de le réconcilier entièrement avec le roi de Navarre, qui, toujours maître de la Guyenne, n'avait point désarmé depuis la dernière pacification ; elle conduisit près de lui Marguerite, son épouse, qui désirait vivement s'éloigner de la cour, et elle se flatta que ce rapprochement aplanirait les obstacles qu'elle aurait à surmonter. Entourée de son cortège ordinaire, composé des femmes les plus séduisantes, elle se rendit avec sa fille à Nérac, où devaient commencer les conférences.
La reine de Navarre fut reçue froidement par son époux, qui, revoyant avec plaisir les personnes dont la société enjouée avait autrefois charmé sa prison , fit successivement la cour à mesdemoiselles de Dayelle, de Rebours et de Fosseuse. Piquée de cette indifférence, Marguerite ne négligea aucun moyen^de Tarracher à ces liaisons; mais elle éprouvait d'autant plus de
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difficultés qu'elle n'avait pas su mériter son estime. Cependant, loi ayant prodigué ses soins dans une maladie sérieuse, elle obtint qu'il eût du moins pour elle les égards extérieurs. Ce fat dans ces dispositions réciproques des deux époux que la reine-mère, après de longues négociations, conclut la convention de Nérac, par laquelle les protestants recouvrèrent les avantages qu'ils avaient perdus dans le traité précédent. Marguerite, quoique zélée catholique, favorisa dans cette occasion les intérêts du prince, dont elle voulait à tout prix gagner la confiance. S'étant aperçue que Pibrac, autrefois attaché au roi son frère, pendant qu'il était en Pologne, et maintenant honoré de toute sa confiance, avait la folie, quoique avancé en âge, de prétendre à devenir le successeur de Bussy elle flatta la passion ridicule de ce vieillard, et, profitant de sa faiblesse, elle le fit consentir à tout ce que les protestants désiraient. Lorsque la convention fut signée, et que la princesse se crut dispensée de garder avec lui aucun ménagement, elle ne lui montra plus que du dédain ; conduite à laquelle cet homme, estimable sous d'autres rapports, était loin de s'attendre, et (^ui le jeta dans le désespoir. Cette mtrigue singulière fut longtemps le sujet de tous les entretiens, et trois ans après, Marguerite, prenant le ton d'une reine, écrivit à Pibrac une lettre par laquelle elle lui reprochait d'avoir osé élever ses vœux jusqu'à elle. Le malheureux vieillard, dont ce message rouvrait toutes les plaies, communiqua son chagrin à de Thou, qui, par hasard, se trouvait chez lui : c U me lut sa réponse,
< dit cet historien, mais avec un air si prévenu, en termes si
< étudiés, et d'un style ou il paraissait tant de passion, que c cela ne servit qu'à me convaincre de la vérité des reproches
< que lui faisait la princesse. »