‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 21 sur 91 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Institution de l'ordre du Saint-Esprit. — La guerre recommence.

Pendant l'absence de sa mère Henri III, comme s'il eût joui d'une paix profonde, institua Tordre du Saint-Esprit, afin de remplacer celui de Saint-Michel, dont les décorations avaient été trop prodiguées ; et Cheverny, devenu garde-des-sceaux, fit rendre la célèbre ordonnance de Blois, qui, réglant plusieurs objets de législation, tels que les anoblissements, et eertaines matières criminelles, eut pour but principal de fixer les doctrines relativement à quelques décrets du concile de Trente. Cet acte, fait à Paris, prit cependant le titre d'ordonnance de Blois, parce qu'il avait été sollicité par les états assemblés dans celte dernière ville trois ans auparavant.

Après que Catherine de Médicis eut quitté Nérac , où elle laissa quelques-unes des femmes qui l'avaient accompagnée, Marguerite jouit pendant quelque temps de toute la confiance du roi de Navarre. Epouse complaisante, elle souffrait ses assiduités auprès de mademoiselle de Fosseuse, sur qui elle avait beaucoup d'empire; élevée par sa mère au milieu des fêtes, elle en inventait sans cesse de nouvelles, oii brillait la jeunesse protestante, et où le jeune vicomte de Turenne, depuis due de Bouillon, se faisait surtout remarquer. Les divertissements se succédaient rapidement, et la chasse, la pèche, les tournois, les bals variaient les plaisirs de cette petite cour, dans le sein de laquelle régnait la plus grande liberté. Livrée en apparence uniquement à ces occupations frivoles, Marguerite entretenait une correspondance secrète avec le duc d'Alençon^ et elle em-

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ployait son ascendant sur les seigneurs protestants» pour les engager à le suivre en Flandre.

Cette intrigue inquiéta Henri ni, et il ne trouva d'autre moyen de la rompre, que de flétrir de la manière la plus odieuse la réputation de sa sœur. Il écrivit à son beau-frère que Marguerite était sensible aux empressements du vicomte de Turenne, ce qui était plus vraisemblable que les bruits qui avaient couru sur ses complaisances pour Pibrac, dont elle n*avait fait que se jouer. Le roi de Navarre, satisfait de la conduite de son épouse, regarda cet avis comme une calomnie; il le communiqua à celle qui en était l'objet, et, excité par elle ainsi que par les seigneurs dont elle était l'idole, il prit aussitôt les armes sous le. prétexte que la convention de Nérac n'avait pas été exécutée. Le motif de celte guerre, causée par le dépit d'une femme galante, lui fit donner le nom de guerre des amoureux. Tandis que le prince de Condé faisait une tentative malheureuse sur la Picardie, le roi de Navarre surprit Cahors, ville importante, dans laquelle il combattit cinq jours éontre la garnison et les habitants. Cette conquête n'ayant pas 6u les suites que ses partisans espéraient, et Henri III ne se trouvant pas en état de soutenir longtemps une guerre ruilieuse, les négociations recommencèrent. La reine- mère promit au duc d'Âlençon qu'il serait enfin secondé dans son expé^ dition des Pays-Bas, et elle obtint de lui qu'il jouerait le rôle de médiateur. Les conférences s^étant ouvertes à Fleix, on y signa une convention plus favorable aux protestants que celle de Nérac (26 novembrç). Cet arrangement ne contenta point les deux partis, qui, nu renouvellement 'de la guerre, avaient conçu les plus vastes espérances. Le clergé catholique, que la dévotion apparente du roi ne désarmait pas, vit surtout avec

IQ IIISTOIBE DE FRANCE.

chagrin que la France allait soutenir dans les Pays-Bas la cause des protestants. Il profita des confréries de pénitents que le monarque établissait partout, pour rapprocher ceux qui redoutaient la ruine de Tancienne religion ; et ces pénitents, dont l'autorité royale protégeait les pieuses réunions, devinrent bientôt autant de ligueurs. Enfin le duc d'Alençon partit pour la Flapdre accompagné d'un grand nombre de seigneurs protestants, parmi lesquels on remarquait le jeune vicomte de Turenne, qui avait été la cause de la dernière guerre. Appuyé par Elisabeth, reine d'Angleterre, qu'il se flattait d'épouser, il s'empara facilement des places frontières, dont les gouverneurs avaient été gagnés par sa sœur la reine de Navarre. Les Flamands Taccueillirent avec transport, et Guillaume d'Orangq l'entoura de toute sa popularité. Croyant déjà son autorité affermie, il passa en Angleterre, où Elisabeth, plus âgée que lui, entretint ses vaines espérances. De retour à Anvers , au commencement de l'année 1 582, il y fut couronné duc de Brabant le 4 9 février . Tandis que ce prince, si peu digne du trône, jouait d'une manière assez ridicule le rôle de conquérant, le roi de Navarre qui avait sur lui tant de supériorité, menait à Nérac, la vie la plus molle et la plus dissipée; toujours épris de mademoiselle de Fosseuse, il semblait oublier auprès d'elle ses grands projets ; et la bonne intelligence (jui avait régné quelque temps entre lui et Marguerite ayant cessé, cette princesse, trop avide de plaisirs, et ne trouvant nulle part le bonheur, était revenue à la cour de Henri II}.

CHAPimB VI.

Oatnges fiiits ï la reine de Nararre. — Le ém d^Alençon eliasaé des Piys-Bas. Sa mort. — Projet de gverif .

Le roi, effrayé des progrès que faisait la ligue» pQQCut la singulière idée de la soustraire à Tascendant de U m^ispn de Guise qui Tavait formée, et de lui donner pour chef le duc de Joyeuse, le plus l)eau de ses favoris. Ce fut l'objef d'une négociation inutile avec le pape Grégoire XIU , et de plusieurs intrigues qui n'eurent alors aucu^ succès. }a reipe de Navarre, traitée froidement par ses parents, et fatiguée d'être nulle dans une cour qu'elle aurait voulu dominei\ renoua, dans ce moment, la liaison qu'elle avait eue dès soi) enfance avec le duc de Guise, contre qui tous les efforts du cabinet étaient dirigés : elle espéra qu'en embrassant un parti qui acquérait chaque jour de nouvelles forces, elle deviendrait la médiatrice nécessaire entre ses frères et son époux; mais elle n'aperçut pas que les catholiques ne lui pardonneraient jamai^ l(t séduction dont elle s'était servie pour faire réussir la conven^ tien deNérac; que les protestants verraient avec indignation la femme de leur chef passer dans le parti contraire, et qu'ainsi elle deviendrait odieuse aux uns et aux autres,

Henri III, inquiet d'une liaison qui renouvelait la discorde dans la maison royale, dissimula son mécontentement; mais Catherine suscita tant de désagréments à sa fille, dont elle avait résolu la perte, qu'elle la contraignit à solliciter la permission de quitter la cour pour retourner près de son époux. Le roi accorda cette permission sans laisser entrevoir le coup qu'il méditait; mais à peine la princesse fut-elle partie, qu'il

âO USTOIRE DE FRANGE.

feignit d*ayoir découvert des désordres qui la couvraient d*opprobre; il fit courir à sa poursuite; on Tarréta sur la route, on saisit ses papiers, les outrages lui furent prodigués , et on visita indécemment ses femmes , sous prétexte que des hommes déguisés se trouvaient parmi elles.

Cet éclat, auquel Henri III ne donna aucune suite, remplit Tobjet qu'on s'était proposé, et perdit entièrement Marguerite. On ne fit point la guerre pour elle, comme en 1 580 : le charme attaché à sa figure et à son esprit fut dissipé sans retour, quoiqu'elle eût à peine l'âge de trente ans : les deux partis l'accablèrent de leur mépris, et le roi de Navarre, honteux de sa conduite, ne réclama que faiblement une réparation qui ne lui fut pas accordée. Cette malheureuse princesse, ne pouvant désormais retourner vers sa mère, ni vers son mari, fut réduite à traîner une vie errante pendant les troubles qui suivirent ; elle habita successivement divers châteaux, tantôt libre, tantôt prisonnière ; en proie à la haine des catholiques et des protestants, elle vit répandre sur elle les bruits les plus étranges, et peut-être les plus calomnieux. Le goût des lettres, auquel elle se livra dans sa disgrâce, apporta seul quelque soulagement à tant de maux ; et elle ne retrouva la tranquillité , qui semblait s'obstiner à la fuir, que lorsque son époux, devenu roi de France, lui rendit une existence digne de son rang, après avoir rompu les liens qu'ils avaient contractés malgré eux presque à la veille de la Saint-Barthélémy.

Pendant que Marguerite dévorait un si sanglant afi'ront, le duc d'Alençon, qui paraissait destiné à partager tous ses revers, perdit le trôné des Pays-Bas. Ayant voulu s'emparer par surprise de quelques villes, et s'affranchir de la tutelle du prince d^Ûi^nge ^ il fut honteusement chassé. De retour ed

France, et aussi décrié que sa sœur, il se retira à Château- Thierry, où il mourut Tannée suivante (4 0 juin 4 584), à Vâge de trente ans. On prétendit, mais sans fondement, qu^une de ses maîtresses lui avait fait respirer un bouquet empoisonné; il est plus vraisemblable que sa vie fut abrégée par le chagrin et les débauches.

La mort de ce prince, qui n'avait marqué son existence par aucune action d*éclat, causa des troubles encore plus sérieux que ceux dont la France avait été jusqu'alors désolée. Les catholiques frémirent d'effroi, en pensant que Henri III, marié depuis dix ans, n*avait pas d'enfants, et en voyant que le roi de Navarre, prince prolestant, devenait Théritier delà couronne; ils craignirent pour la France le sort de l'Angleterre, ramenée à Tancienne religion par Marie, et précipitée de nouveau dans le schisme par Elisabeth ; la ligue s'accrut de près* que tous ceux qui partagèrent ces inquiétudes, et la maison de Guise profita des circonstances avec beaucoup d'habileté. Elle avait à sa tête trois hommes de caractères différents, mais également propres à diriger un parti : le duc Henri de Guise , doué d'une valeur brillante, poussait la hardiesse ju^ qu'à la témérité; le duc de Mayenne, moins impétueux , possédait un esprit adroit et conciliant; et le cardinal de Guise, leur frère, exerçant sur le clergé catholique la plus grande influence, cachait sous un air de piété et de modération une âme ardente et une ambition démesurée. Tous trois accessibles , caressants , populaires , prodiguaient leur immense fortune pour auguienter le nombre de leurs partisans.

Il s'agissait de priver le roi de Navarre de ses droits h la couronne, et, malgré les motifs qui dérivaient de la religion , il était difficile d'abolir tout-à-coup une loi fondamentale du

a HISTOIRE DE FRANCE.

ro»yaiiine , qtii tt'avait reçu aucune atteinte depuis que la troîdième race occupait le trône. Les Guises, pour colorer cette infraction , imaginèrent donc de mettre en avant un autre prince, dont les droits pussent balancer, aux yeux du vulgaire, ceux de l'héritier légitime, et qui né fût, dans leurs mains, qu'un instrument dont ils pussent disposer à leur gré. Ils arrêtèrent leur choix sur le cardinal de Bourbon , oncle du roi de Navarre, vieillard infirme , qui , destiné à ne paraître que quelques moments sur la scène, ne pouvait mettre aucun obstacle à leurs desseins ambitieux. Ce prince, qui n'avait pri's aucune part aux troubles précédents, fut ébloui par ridée de jouer à la fin de sa carrière un rôle important dans la politique : il se prêta volontiers aux vues des Guises, en ayant Tair néanmoins de se flatter que son adhésion à la ligue ne nuirait paâ aux intérêts de son neveu. Avant de donner une réponse définitive , il consulta ses principaux serviteurs ; et Yergnette, Tun de ceux en qui il avait plus de confiance, chercha vainement à le détourner de C(stte démarche. « Pensès-ta , lui répondit-il , que je ne sache pas que la ligue € en vent à la maison de Bourbon , et qu'elle n'eust pas laissé « de lui faire la guerre , quand je ne me fusse pas joint à « elle; pour le moins, tandis que je suid avec la ligue , c'est « toujours Bourbon qu'elle reconnaît. Cependant le roi de i Navarre « mon neveu , fera sa fortune; ce que je fais n'est « que pour la conservation de ses droits; le roy et la reyne « mère savent bien mon intention. » Ainsi le vieux cardinal, comme la plupart des ambitieux , se faisait des illusions , à l'aide desquelles il imposait silence à tous ses scrupules.

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