‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 22 sur 91 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Le roi de Navarre m prépare à U gaerre. — Ses réflexions sar le eatiielieisne. Convention des Gaise avec TÈspagne.

Cependant le roi de Navarre , contre qui tant d'efforts étaient dirigés, se préparait I une guerre qui devait être plus terrible que toutes les précédentes ; ne pouvant trouver d'appui que dans les protestants , et sachant bien qu'une conversion, qu'on attribuerait à la politique, ne désarmerait point ses implacables ennemis, il faisait des réflexions profondes sur la religion dans laquelle sa mère l'avait élevé, en étudiait soigneusement Thistoire, et montrait déjà du penchant à revenir à celle de ses aïeux.

Cette particularité curieuse , échappée à tous les historiens, nous a été conservée par Cayet , ^oh ancien précepteur, alors zélé protestant. Il raconte que, s'entretenaùt hûT ces objets avec des ministres , ce prince letir dit ! it Je ne vois ni ordre c ni dévotion dans là religion nouvelle ; elle ne gist qti'en un € presche qui n'est qu'une langue qui parie bien français ; c bref, j'ay ce scrupule qu'il faut croire que véritablement € le corps de nostre Seigneur est au sacrement; autrement c tout ce qu'on fait en la religion n*est qu'une cérémonie. > Le même auteur observe que Henri de Botirbotf n'aùfdit pas attanda neuf ans pour se convertir, s'il ti'eflt trouvé dans son conseil la plus opiniâtre opposition k ce dessein , et Si rinsùleaee de la ligue, qui prétendait lai faire la loi , ne l'èAt forcé d'en différer l'exécution. < Il ne laissa toutefois au plus fort c de ses affaires^ ajoute Cayet ^ de conférer particulièrement < avec ceux qu'il jiigeait doetes des principaux points de la

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« religion , et se rendit tellement capable de soutenir les « points débattus par les ministres , selon leur façon de faire, < que plusieurs fois il en a estonné des plus entendus d'entre « eux. On dira que leur estonnement venait du respect pour « sa majesté; mais je dirai que c' estait la seule vivacité de « son esprit et l'exact jugement qu'il faisaîtde toutes choses. »

Les Guise, poursuivant l'exécution de leurs desseins, se réunirent à Joinville dans les premiers jours du printemps de Tannée 1585. Us y reçurent les ambassadeurs de Philippe II, qui , très-irrité des secours que la France avait donnés au duc d'Alençon pour son expédition des Pays-Bas , témoignait à la ligue les dispositions les plus favorables. Après quelques difficultés, qui furent bientôt levées, on convint que tout hérétique serait exclu de la couronne , et que si Henri III mourait sans enfants , le cardinal de Bourbon lui succéderait. L'Espagne promit, dans l'occasion , des secours considérables d*hommes et d'argent.

La nouvelle de cette convention porta la terreur et la division dans le conseil du roi. La reine mère aurait voulu qu'on opposât le roi de Navarre aux Guise, et offrit de se charger de cette négociation; mais les favoris firent croire au monarque qu'il avait encore assez de puissance pour contenir les deux partis; et il prit la résolution de combattre la ligue sans le secours des protestants. Bientôt il put juger à quoi se réduisait cette puissance , qu'il avait tant de fois compromise : une multitude de villes se déclarèrent pour les Guise , et , dans Paris même, il s'établit un comité chargé de diriger toutes les opérations de la ligue. Ce comité , composé de députés des seize quartiers de la capitale , et qu'on appela par la suite le conseil des seize, s'assembla d'abord en secret, et fonna

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mire le roi les résolutions les plus violentes; il ne s*agissait de rien moins que de l'enlever, et de le confiner dans un cbâ^ (eau-fort ou dans un couvent. Henri 111 , averti à temps par Nicolas Paulain , lieutenant du prévôt de l'Ile-de-France , qui avait feint de partager les fureurs des conjurés, recula devant Fabime ouvert sous ses pas , et parut tout-à-coup changer de système , sans cependant abandonner Tidée de revenir à son premier dessein. 11 chargea sa mère de négocier avec la ligue; et ce fut après bien des démarches humiliantes qu'ils obtinrent » à Neoiours , une pacification , la plus honteuse de ceUes qui avaient été conclues depuis le règne de François II (7 îuillet ). Par ce traité, un grand nombre de places furent livrées aux Guise ; on défendit Texercice de la religion protestante dans le royaume; les ministres durent en sortir, et U guerre fut déclarée au roi de Navarre.

Ca prince n'avait pas attendu la conclusion du traité de Nemours pour prendre des mesures de défiNise : sur le point de se voir accablé par les forces des catholiques réunis , il avait , dès le 4 0 juin, convoqué à Bergerac ses principaux partisans. Le résultat de cette assemblée fut un manifeste dans lequel , après avoir.dévoilé les vues ambitieuses de ses ennemis , il attaqua personnellement le duc de Guise , lui porta un défi 9 et lui déclara qu'il aurait le prince de Condé pour seeond.

Le duc ne répondit point à ce cartel , qu'il regarda comme un acte de désespoir, mais il pressa Henri III de commencer la guerre. Le monarque , bien décidé à tout employer pour éluder le traité , se servit de h même ruse qui lui avait réussi aux derniers Etats de Blois. Ayant appelé au Louvre les magistrats de Paris ( 4 4 août ), il leur dit qu'il fallait de l'argent

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potir payer les tfou{)es, exigea d'ètl^ des sômifles consîdérâbies , et ii'eut pas même l'adresse de leur caclier sa fflaûvaisè volonté. Cette conduite redoubla la défiance; et la fermentation fut bientôt augmentée par la publication d'une bulle de Sixte-Quint, qui venait de succéder à Grégoire XIII { 9 septembre). Cô pôritife, excité par les ligueurs et par la côtir d'Espagne, déclarait le roi de Navarre hérétique, relaps et exclu de toute succession.

Les murmures delà ligue, les conspirations continuelles qui se tramaient à Paris contre le roi , et dont il était averti par Nicolas Paulain , n'empêchèrent pas ce prince de persister dans le plan qu'il avait adopté. Prenant une sorte de plaisir à contrarier les catholiques, il fit vendre pour deux millions de biens du clergé , sous le prétexte de pourvoir au* frais d'iinè guerre qu'o;i savait bien qu'il n'entreprendrait que qiiètnd II y serait forcé. Eii mfime temps, il entama secrètement une négociation avec le rôi de Navarre ; et Catherine de Médicis, dont le crédit diminuait ,. réduite alors à se soumettre flUx caprices de son fils , afiè de se conserver une apparence de pouvoir, consentit à se charger d'une mission qui détruisait entièrement ce qu'elle avait fait l'année précédente. Il s'agissait de consommer l'avilissement de Marguerite , en déteriiii^ nant son époUx à rompre les liens qui l'unissaient 9 elle; et c'étaient la mère et le frère de cette princesse qui provoquâieut ainsi sa dégradation. Catherine était accompagnée déi Christine de Lorraine, sa petite-flllé, et elle espérait quelle roi M Navarre , frappé des grâces touchantes de cette jeune per~ sonne , consentirait à quitter sa religion pour l'épouser. La conférence eut lieu h Saint-Bris, le 48 octobre, et Henri dé Bourbon ne balança pas un instant sur le pâhl qu'il devait

HENRI m rr

prendre. Le souvenir fltï massacre de la Saint-Bartbélem^ . médité an milieu des fêtes de son premier mariage , l'empêeha de recevoir une nouvelle épouse des mains de ceux qu'il accusait d'avoir ordonné ce crime.

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