‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 24 sur 91 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Conjuration contre Henri III.

Le due de Guise quitta presque aussitôt Paris pour se rendre à Nancy, oîi toute la maison de Lorraine devait s'assembler. On y délibéra sur les affaires présentes , et Ton se livra aux déclamations les plus violentes contre Henri III; la duchesse de Montpensier, sœur des Guisè, femme très-passionnée, et qui avait à se plaindre de quelques indiscrétions du roi, se distingua surtout par ses emportements. Il fut décidé que le monarque serait mis dans un cloître , après avoir été déclaré indigne de régner, et qu'à l'exception du cardinal de Bour* bon, auquel on donnerait la régence, tous les princes de cette famille seraient proscrits. Cette résolution , dont Henri III eut connaissance par un manifeste publié quelques jours après, ne parut point l'effrayer. Il éleva au rang d'amiral d'Epernon, qui, depuis la mort de Joyeuse , jouissait de toute sa Êiveur ; et, non content d'avoir revêtu ce jeune homme d'une des premières charges du royaume , il lui donna encore le gouvernement de Normandie. Ces grâces , imprudemment prodiguées, irritaient moins la ligue que les relations qu'il continuait d'entretenir avec le roi de Navarre , devenu depuis peu Tunique chef du parti protestant, par la mort du prince

90 HISTOIliP QP FRANGE.

'de Copdé» m cquûn. Ce prince, qui, à l^ fleur de TAge, s'était distingué par son activité et sa valeur, venait de terminer ses jours dans la ville de Saint-Jean-d*Angely ( 5 mars } ; et sa jeune épouse, Charlotte de la Jrémoille, qu'il laissait enceinte, était injustement accusée de Tavoir empoisonné.

Les Seize, conformément aux ordres qu'ils avaient reçus des Guises, tramèrent, au commencement du carême, un complot contre le roi ; ils devaient Tassaillir et Tenlever pendant qu'il suivrait une procession de pénitents; mais, averti par le fidèle Paulain , il se tint sur ses gardes , et déconcerta leurs criminels projets. Les précautions qu'ils lui virent prendre pour sa sûreté les effrayèrent, et ils conjurèrent le duc de Guise de venir les seconder, lui promettant que quarante mille hommes se déclareraient pour lui. Ce prince, qui ne sq sentait pas encore assez fort pour attaquer ouvertement le roi dans sa capitale , montra quelque hésitation ; mais , poussé par ses partisans , et craignant de les décourager, il s'avança jusqu'à Soissons , où il reçut de Henri III la défense expresse de paraître à Paris.

Cette défense inattendue révolta son cœur altier, et , sans avoir pris définitivement les mesures qui devaient assurer le succès de ses desseins, il résolut de fouler aux pieds les ordres ^ du roi, quand il ne devrait tirer d'autre prix de sa désobéissance qu'une vaine bravade. Il entra donc à Paris le lundi 9 mai , en plein midi, suivi seulement de sept personnes. Le peuple, préparé à cette scène par les Seize , le reçut avec un enthousiasme qui dégénéra en rage ; jamais plus d'acclamations ne furent prodiguées au monarque le plus chéri; les hommes, les femmes, les enfants de presque toutes les classes, voyaient en lui le sauveur de la religion et de la patrie; et Ton ne savait

HENRI Ul. Il

de quels termes se servir pour lui témoigner up amour et un dévouement aveugles. Son cortège s*accrut à mesure qu*il avançait, et quand il fut parvenu au centre de la ville, il put se croire à la tête d'une armée.

Il descendit chez la reine, dont le palais était situé près de Saint-Eustache; et cette princesse, malgré son effroi, saisit ayidefoent l'occasion de devenir médiatrice; elle proposa au duc de le conduire au Louvre , lui faisant obseryer qu'il pe ' pouvait refuser au roi cet acte apparent de souipission. Guise, ^ regardant déjà comme le maître de la capitale, consentit à f^ire cette démarche , sans réfléchir aux conséquences qu'elle pouvait avoir ; mais à peine eut-il franchi , avec Catherine , les barrières du Louvre, qu'il se reprocha son imprudence; ce palais était rempli de gentilshommes armés qui ne sen^blaient attendre qu'un ordre pour punir son audace. Il s'avança cependant avec hardiesse vers le roi , qui lui reprocha d'avoir désobéi; il voulut se justifier; et déjà s'élevait une contestation qui pouvait finir pour le duc d'une manière tragique , lorsque la reine mère représenta tout bas à son fils l'excès delà fermentation populaire ; le monarque n'osa donper le signal que ses serviteurs attendaient, et Guise profita de ce moment d'indécision pour se dérober au plus grand danger qu'il eût jamais couru.

Rendu à son hôtel , qui était au faubourg Saint-Antoine, il donna ses ordres aux Seize, et le lendemain mardi , plus de trente mille hommes furent sous les armes. Ayant pris toutes ses précautions pour sa sûreté , il eut le même jour, dans le jardin de la reine-mère, un long entretien avec le roi : il demandait avant tout la disgrâce et l'exil de d'Epemon; ce sa* crifice lui fut refusé avec fermeté.

n HlSTOmË DE FRANGE.

Cependant le monarque , tout en souffrant que sa mëre né^ gociât avec le chef de la révolte , prenait en secret des mesures pour la réprimer : par ses ordres , les Suisses » sur la fidélité desquels il pouvait compter, entrèrent à Paris dans la nuit du mercredi au jeudi ; les ayant joints au régiment des gardes , il leur ordonna d'occuper les postes les plus importants de la ville ; mais il leur défendit de faire aucun usage de leur armes. Cette disposition s'exécuta sur-le-champ , et les Parisiens, à leur réveil , ne virent pas sans effroi que toutes leurs communications étaient interrompues.

Le duc de Guise et les Seize, instruits de Tordre qu'avaient reçu les troupes , firent bientôt succéder à cette crainte la rage la plus violente ; ils répandirent le bruit que la ville allait être dépouillée de tous ses privilèges , et qu'on voulait la livrer au pillage , après avoir abandonné les femmes à la brutalité des Suisses. Aussitôt la fureur fut à son comble, et l'on résolut d'attaquer les détachements des troupes royales. « On < alla, dit un témoin oculaire , exciter les escoliers de l'uni- « versité, par le moyen et appréhension de leurs intérêts, « de prendre les armes ; ce qu'ils firent avec une telle fureur € que , sur les deux heures après midy , ils se mirent à sonner «t le tocsin de tous les costés , et faire un amas d'armes dans « les cloistres de Saint-Séverin et autres places de ce quar- € tier. »

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