‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 25 sur 91 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

balrricades dans Paris. — Achille de Harlay. ^ Le roi sort de Paris.

Les Suisses et les gardes furent assaillis sur tous les points; retenus par Tordre funeste que le roi leur avait donné, ils

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n'opposèrent aucune résistance , quelques-uns périrent , les antres furent désarmés, et le duc de Guise, qui se déclara leur protecteur, les renvoya orgueilleusement au monarque. Les chaînes furent au même moment tendues dans toutes les rues , et Ton plaça la derDÎëre barricade devant le Louvre.

Il ne manquait plus au chef de la Ligue que de forcer le parlement à se déclarer en sa faveur : ce fut dans cette intention qu'accompagné de quelques officiers , il alla voir le premier président, Achille de Harlay, magistrat dont la vertu rigide rappelait, dansées temps de corruption, le caractère des grands hommes de l'antiquité. « 11 le trouva, dit un contemf porain , qui se promenait dans son jardin, lequel s'estonna c si peu de leur venue , qu'il ne daigna pas seulement tourc ner la teste ni discontinuer sa promenade commencée; lac quelle achevée qu'elle fut, et estant au bout de son allée, € il retourna , et en retournant, il vit le duc qui venait à lui. c Alors ce grand magistrat , haussant la voix , lui dit : Cest c grand pitié quand le valet chasse le maistre; au reste ^ c mon âme est à Dieu, mon cœur est à mon roy, etmon corps c est entre les moins des méchants; qu'on en fasse ce qu'on c voudra. Le duc de Guise le pressa d'assembler le parlement, c Quand la majesté du pnnce est violée, répliqua Harlay, c le magistrat n'a plus d'autorité. » Le chef de la Ligue, frappé d'admiration , se retira sans oser attenter à la liberté de cet homme intrépide.

Pendant ces scènes terribles, l'historien delhou parcourait la ville, afin de voir par lui-même des événements si importants ; il entra dans le Louvre : « Le silence y régnait parc. tout , dit-il ; la solitude y était affreuse ; et l'estonnement, < qui avait passé jusque dans le cabinet du roi , y faisant dif- T. xni. 3

< férer ou changer de résolution à chaque moment , estait « cause qu'on ne prenait aucune mesure vigoureuse. » De là il se rendit à Thôtel de Guise; il vit le duc qui se promenait avec Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon , l'un de ses plus zélés partisans ; ils étaient entourés d'hommes armés qui faisaient retentir Tair d'acclamations. « Je me meslai parmi « eux , poursuit de Thou , et j'eus tout le loisir d'examiner le « duc , qui tantost donnait des ordres, et lantost recevait avis « de ce qui se passait dans les quartiers de la ville ; quoiqu'il € parust quelque embarras sur son visage , ce prince conser- € vait cette facilité et cette sérénité merveilleuse qui sem- € blaient assurer que cette journée le rendrait le maistre. »

De Thou remarque que les plus honnêtes gens s'étaient unis aux révoltés sous le vain prétexte de les contenir : < Mais « la vérité estait , observe-t-il, que la peur les y avait ame- « nés, sans faire réflexion que leur présence autorisait le dé-

< sordre et rehaussait le courage des ligueurs. »

La reine-mère continuait de négocier avec le chef de la Ligne ; mais ce prince élevait ses prétentions beaucoup plus haut que la veille, il ne se bornait plus à demander l'éloignement d'Epemon ; il voulait que Henri III lui donnât la lieutenance du royaume , et que les Etats-Généraux s'assemblassent à Paris dans le plus bref délai , pour déclarer le roi de Navarre déchu de ses droits à la couronne. Quelques magistrats partageaient ce dernier vœu , convaincus du danger que courait la religion catholique , si un prince protestant parvenait au trône; et de Thou raconte qu'en revenant le soir de ses courses , il rencontra sur le pont Saint-Michel le président Brisson, qui était colonel de son quartier. « Je reconnus à ses « discours, dit-il , que ce magistrat entrait dans les sentiments

c de cette populace, et qu'il sVccommodait au temps; dont H

c se trouva mal dans la suite. >

Cependant le roi fut dans la nuit averti par Paulain que les révoltés se proposaient d'attaquer le Louvre; il en sortit le vendredi matin , et se retira aux Tuileries , décidé à s'éloigner le jour même de la capitale, où il ne pouvait plus espérer de rétablir l'ordre. Les préparatifs du départ exigeant quelques heures, il obtint de sa mère qu'elle irait amuser le duc de Guise par une nouvelle négociation. Catherine , avancée en âge , brava , pour jouer encore un rôle dans la politique , les dangers auxquels cette mission l'exposait; elle n'opposa pres^ que aucune résistance aux prétentions outrées du chef de la Ligue , ne lui fit que quelques observations nécessaires pour alonger la conférence , et parvint à le tenir dans l'inaction jusqu'au moment où , ayant appris la fuite du roi, il témoigna, dans les termes les plus offensants , le regret et le dépit d'avoir été trofbpé par elle.

Henri IK était monté à cheval à cinq heures du soir, et s'était rendu à Saint-(jermain avec une suite peii nombreuse. U délibéra s'il irait s'établir à Rouen ou à Beauvais ; le chancelier de Ctieverny le détermina pour Chartres, dont il était gouverneur. Arrivé dans cette ville , il envoya des commissaires dans toutes les provinces , afin de sonder les sentiments des gouverneurs et des magistrats sur les affaires présentes : l'historien de Thou , dévoué à la cause royale, fut l'un de ces commissaires.

Quelques jours après , une députation de Parisiens et du parlement vint supplier le roi de se joindre à la Ligue, et de revenir dans sa capitale ; elle avait fait la route à pied et processionnellément , pour enflammer l'imagination du peuple

des campagnes. Henri III chercha d*abord à calmer, par a douceur, les plus mutins; puis s' adressant aux chefs, il leur dît d'un air sévère : « Que les Parisiens fassent que je sois con- « tent; qu'ils ne me contraignent pas d'user de ce que je « puis , et que je ferais à grand regret * vous savez que la pa- « tience irritée tourne en fureur, et combien peut un roi ofc fensé. » Cette réponse , qui révélait des sentiments que le roi avait jusqu'alors dissimulés avec soin , aurait dû éclairer le duc de Guise sur le sort qui lui était destiné s*il persistait dans sa révolte.

Au milieu de cette confusion , il arriva un événement qui confirma ce que nous avons dit à l'occasion du siège de Metz sous Henri II , relativement au respect qu'on avait alors en France pour la liberté des personnes. Philippe H avait envoyé contre Elisabeth , reine d'Angleterre , une flotte formidable : cette flotte ayant été dispersée par la tempête , quelques vaisseaux échouèrent sur les côtes de France. Gourdan , gouverneur de Calais . recueillit une grande galère sur laquelle étaient deux cents esclaves turcs qui servaient comme forçats, et il les envoya à Chartres. Ces malheureux supplièrent le roi de les faire conduire dans leur pays , et l'ambassadeur d'Espagne insista pour qu'ils lui fussent remis comme appartenant à son maître. Le conseil délibéra sur cette double demande ; malgré la crainte qu'inspirait le roi d'Espagne , chef secret du parti de la Ligue , il fut décidé que les esclaves seraient mis en liberté et embarqués à Marseille pour la Turquie, « attendu , dit un contemporain, que les Espagnols les avaient « rendus esclaves par le hasard de la guerre , et qu'ils étaient « arrivés par un autre hasard de la guerre en France, où « l'on n'use d'esclave>et de forçats que s'ils sont malfaiteurs.»

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Les rapports des commissaires envoyés dans les provinces ayant prouvé à Henri III que presque toutes les grandes villes avaient embrassé le parti de la Ligue , il se décida bien malgré lui à renouer une négociation avec le duc de Guise. Il se servit de sa mère, qui était restée à Paris, et qui, charmée de jouer encore un rôle dans les affaires , accorda tout ce que les conjurés désiraient. Henri III eut Tair de se soumettre sans répugnance à cet arrangement, qui le dépouillait entièrement de l'autorité. S'étant rendu à Rouen , il y publia le 21 juillet un édit de réunion , par lequel il se déclara de nouveau chef delà ligue, légitima tout ce qui s'était fait pendant les journées des barricades , promit qu'il poursuivrait les prolestants à outrance , nomma le duc de Guise généralissime des armées et annonça les Etats-Généraux pour le mois d'octobre suivant, non à Paris , où les ligueurs étaient les maîtres , mais à Blois, où il se flattait d'avoir plus d'indépendance. Feignant en même temps de disgracier d'Epernon , il lui ôta le gouvernement de Normandie et le relégua en Provence.

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