‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 27 sur 91 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Mort de Catherine de Médicis. — Soulèvement à Paris.

Tout parut dans les premiers moments répondre à son attente : Içs états consternés lui jurèrent fidélité et obéissance ;

HENRI m. 4S

ils se sé|>arèrent en dissimulant les sentiments de vengeance et de haine dont ils étaient animés , et le monarque croyant son trône affermi , ne retint prisonniers que le cardinal de BourboD, l'archevêque de Lyon et le prince de Joinville, qui prit alors le nom de duc de Guise.

Dans les premiers jours de janvier 1589, la maladie de Catherine de Médicis prit un caractère plus alarmant. Elle y succomba le 5 de ce mois, âgée de soixante-dix ans , et, dans ses derniers moments , elle engagea son tils , qui s'était déclaré Tennemi irréconciliable de la ligue , à traiter avec le roi de Navarre. Au milieu de la violente fermentation qui agitait le royaume, la mort de cette princesse « si longtemps maîtresse absolue des affaires , ne produisit presque aucune sensation : elle avait cessé d'être puissante ; on ne songeait plus qu'aux fautes énormes où elle avait entraîné ses fils , et les partis s'étaient éloignés d'elle. Sa longue carrière politique, dans laquelle on avait pu admirer certains actes isolés de prudence et de courage , et quelques vues éclairées pour les progrès des arts , mais qui fut marquée par les crimes et les erreurs où peuvent entraîner le goût des manèges perfides , le penchant au mensonge et k la trahison , l'absence entière de toute espèce de scrupule, et une ambition qui n'avait pour guide que des passions toujours inconstantes et quelquefois criminelles, compromit les destinées de la France , et la conduisit enfin au penchant de sa ruine. Quoique Catherine fût animée à sa mort de meilleures intentions, il ne lui aurait pas appartenu, si elle eût vécu plu§ longtemps , de réparer les maux qu'elle avait faits.

Lorsque la nouvelle de l'assassinat des Guise parvint à Paris, un soulèvement général y éclata : ce peuple, que Henri III

avait cru intimider, se livra au fanatisme le plus audacieux. Les chaires retentirent d'imprécations contre le monarque; la Sorbonne , par un décret du 28 janvier, le déclara déchu de sa couronne; tous les bourgeois prirent les armes, et le duc d'Aumale, cousin des princes qui venaient de périr, fut mis provisoirement à la tête des troupes parisiennes. On attendait le duc de Mayenne , qui , se trouvant à Lyon , au moment de la mort de ses frères , s'était dérobé à ceux qui avaient été envoyés pour l'arrêter.

n n'existait quelques partisans du roi que dans le parlement, dont la majorité , entraînée par Brisson , s'était déclarée pour la ligue. Les Seize détruisirent bientôt cette faible, mais respectable opposition. Bussy le Clerc, un de leurs chefs les plus ardents, entra dans la grande chambre avec une troupe armée, désigna les magistrats qu'il croyait royalistes , et les conduisit à la Bastille, dont il venait d'être nommé gouverneur. Le premier président de Harlay était à la tête de ces illustres prisonniers , qui recouvrèrent quelque temps après leur liberté, en payant de fortes rançons. Le parlement de Paris , devenu tout ligueur, décerna d'une voix unanime la première présidence k Brisson , et il prêta dans ses mains le serment de poursuivre la justice de la mort de messieurs de Guise ^ et de ce qui s'était passé à Biais le 23 et le 24 décembre derniers. « Aulcuns , dit un contemporain , signèrent ce serment < de leur sang, qu'ils tirèrent de leurs mains; et l'on dit que c la main du sieur Boston . dont il tira du sang pour le signer, « demeura estropiée. »

De Thou, qui avait la survivance d'une charge de président, était, avec raison , suspect aux ennemis du roi : on visita sa maison , sous le prétexte d'y enlever des armes : par bonheur,

il ne s'y trouvait pas dans ce moment ; mais sa jeune femme fut maltraitée et conduite à la Bastille, d*où le duc d'Aumale la fit sortir le lendemain. Ayant tous deux à redouter les fureurs des factieux, ils résolurent de quitter Paris : l'époux favorisé par les cordeliers , qui lui avaient donné un asile dans le couvent, se travestit en soldat , et trompa la surveillance de ceux qui gardaient les portes ; Tépouse, à Taide de quelques amis, parvint à s'échapper, déguisée en petite bourgeoise; ils se retirèrent dans lelchâteau d'Esclimont, chez le chancelier de Chevemy, leur parent.

En attendant le duc de Mayenne, les Parisiens formèrent un grand conseil, qui se composa de personnages pris dans les trois ordres, et dont le duc d'Aumale eut la présidence. Il y entra neuf membres tirés du clergé , sept de la noblesse , et vingt-trois du tiers-état. A peine ce conseil , où les Seize avaient la plus grande influence, fut-il installé, qu'il publia une proclamation par laquelle il s'engageait à remettre la taille sur le même pied que du temps de Louis XII. < Cette proc messe, observe Cayet, ressemblait à celles que l'ennemi du

< genre humain fait à ceux qui se rangent à sa subjection aux- « quels il promet richesses et contentement, et néanmoins les

< rend misérables. » Le même auteur peint avec une grande vérité l'anarchie qui régnait dans toutes les villes du royaume; et il résulte denses observations que le zèle pour la religion entrait en général pour peu de chose dans les motifs de ceux qui embrassaient avec le plus d'ardeur le parti de la ligue. « Beaucoup de lieutenants, de gouverneurs de provinces, ou « de places particulières, dit-il, se mirent la plupart dans ce » parti, sous l'espérance d'être gouverneurs en chef. La « noblesse et les gens de guerre se mettaient de la ligue

< pour s'agrandir. Où les lieutenants-généraux se tenaient « fermes du party du roy, les lieutenants particuliers, les « assesseurs et les vice- sénéchaux en beaucoup d'endroits, se « mirent de la ligue pour être lieutenants-généraux ou se- « néchaux. Si les prévôts des marchands ou échevins, con-

< suis ou autres officiers des villes, estaient aussy catholiques « royaux, d'autres habitants, pour occuper leurs charges, « se mettaient du party de la ligue , faisaient soulever le

< peuple, et en ces remuements populaires se faisaient eslire « aux grades et honneurs, auxquels ils n'eussent eu le temps « de parvenir par le temps de paix. Ainsy plusieurs se mi- « rent de ce party pour faire leurs affaires et tenir les pre- « miëres chargés. i>

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