‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 28 sur 91 · CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlil

Le doe de Mayeine à Paris. — Il est Dommé heatenant-gènéral dn royaume. Parlement de Tonrs. — Union des deux rois. — Mort de Henri III.

Le duc de Mayenne , si impatiemment attendu par les Parisiens, parut enfin au milieu d'eux le 1 5 février. Son voyagé s'était trouvé retardé par les efforts qu'il avait faits pour s'assurer de la Bourgogne , dont il était gouverneur. ïl était parvenu à soumettre presque toutes les villes de cette province importante, et à séduire une grande partie du parlement de ï)ijon. Mais Guillaume de Tavannes, fidèle au roi, réduit d'abord à son seul château de Courcelles, s'était ensuite emparé de Flavigny et de Sémur ; et secondé par le président Frémiot, il avait établi un parlement royaliste dans cette dernière ville. Mayenne n'ayant pu anéantir cette noble coalition, qui devait favoriser le passage des Suisses appelés par Henri ni, entra

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dans la capitale, accompagné de la duchesse de Montpensier, sa sœur, qui était allée au-devant de lui jusqu*à Dijon. Le lendemain il prit la présidence du conseil ; craignant déjà Tinfluence démocratique des Seize, il augmenta ce corps de quinze membres tirés de la noblesse, et il décida que les présidents et conseillers du parlement pourraient y assister. On remarquait dans ce conseil, auiiuel on donna le nom de conseil général de l'union, L'Huilier, maître des requêtes, qui, devenu cinq ans après, prévôt des marchands de Paris, rendit cette ville à Henri IV.

Villeroy, renvoyé du ministère quelque temps avant les derniers états de Blois, fut aussi admis dans le conseil-général. Cet homme habile ne partageait pointies passions des factieux; mais il voyait la religion en danger, et peut-être le dépit que lui avait fait éprouver sa disgrâce contribuait -il à augmenter sa crainte. II siégea donc parmi ceux qui s'étaient déclarés les ennemis du monarque dont il avait été le ministre; mais son adhésion à la ligue devint un bonheur pour la cause royale, car, aussitôt après la mort de HenrillL il fut du nombre des catholiques désmtéressés qui ne voulurent point se soumettre à l'Espagne , et qui offrirent de reconnaître Henri IV, s'il consentait à rentrer dans la religion de ses pères.

Le conseil de l'union attribua tous les pouvoirs au duc de Mayenne, et lui donna le titre de lieutenant-général de Télat royal et couronne de France. Le nom du roi fut supprimé des actes publics, et l'on fit un nouveau sceau, dont la garde fut confiée à Brézé, évéque de Meaux. Dans l'agitation où se trouvait la capitale, il y circulait une multitude d'écrits, où le roi étai représenté comme l'oppresseur des catholiques, et les

Guise comme des martyrs. On se disputait et Ton dévorait ces écrits, dans lesquels respiraient les passions les plus violentes. Le plus remarquable est une tragédie intitulée la Guisiadôy ou les états de Blois, par Pierre Mathieu, qui devint depuis un zélé royaliste, et que Henri IV nomma son historiographe. Cette pièce dont le style a quelquefois de la chaleur et de l'élévation, se distingue surtout par une scène où Catherine de Médicis cherche à détourner son fils de faire assassiner les Guise. Après lui avoir représenté qu'ils n'ont point de mauvais desseins, elle ajoute :

Ils vous tiennent pour roy.

HENRI m.

Un roy de quelque cloistre.

CATHERINE

Le ciel rende à jamais tous ces présages vains! La fortune se rit des sceptres des humains.

HENRI in.

J'ai la fortune en poupe, et ?tt cœur l'espérance.

CATHERINE

Un roi est malheureux qui vit en défiance. HENRI m.

> Si 6uis-je roy pourtant, et je ne recognoy, Après le Tout-Puissant, un plus puissant que moy. Punissant les auteurs de toutes ces misères, Je forceray de Dieu les sanglantes colères.

CATHERINE

Il est vray : mais j'ay peur que si vous n'apaisez Tant de cœurs contre vous justement embrasés, Que régnerez tout seul, et n'y aura personne, Sinon quelque mignon, qui serve la couronne.

Ce pressentiment que Pierre Mathieu mettait dans la bou-

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che de Médicis, ne se réalisait que trop, pour le malheur de Henri III, qui se trouvait à Blois presque abandonné. Il n'avait auprès de lui que ses confidents, et un petit nombre d'hommes recommandâmes, soit dans la guerre, soit dans la magistrature, qui, ne cédant pas au torrent, étaient décidés à s'ense* velir sous les débris du trône. Ces derniers, parmi lesquels se trouvaient Schomberg et de Thou, furent chargés par lui de former à Tours un parlement composé de magistrats de Paris qui n'avaient pas adhéré à la ligue» et qui étaient parvenus à s'échapper de cette ville. On pouvait disposer d'un assez grand nombre de conseillers, mais on manquait de présidents : tous ceux qui n'avaient point abandonné le parti du roi étaient encore détenus à la Bastille avec leur digne chef Achille de Harlay. L'avocat-général d'Espesses fut nommé provisoirement premier président; et Servin, jeune homme plein de mé« rite, remplit les fonctions du ministère public. Ce corps, auquel Henri IV fut par la suite redevable des plus grands services, se partagea en deux sections, dont Tune s'établit à Châlons-sur-Mame, ville qui, quoique faisant partie du gou* Vemement du dernier duc de Guise, refusa de reconnaître là ligue.

Les serviteurs de Henri m lui rappelèrent le dernier con* seil qu'il avait reçu de sa mère, et qui consistait à s'unir avec le roi de Navarre ; ils lui présentèrent ce parti comme l'unique ressource qui lui restait dans la défection presque générale des catholiques. Henri de Bourbon avait fait, pendant les troubles, de grands progrès dans les provinces méridionales, et il était disposé à employer toutes ses forces pour soutenir le trône dont il devait hériter. Le duc d'Epemon et Diane d'Angouléme, fille naturelle de Henri II, femme d*un caractère aimable et conci*

ao histoire: de frange.

Imtf entamèrent cette négociation, qui fut bientôt suivie d*une trêve indéfinie.

L'entrevue et la réconciliation sincère des deux monarques eurent lieu dans le parc du Plessis-les-Tours, en présence d'une foule de catholiques et de protestants (30 avril). Les premiers, à la vue du roi de Navarre, sentirent évanouir toutes leurs préventions; son affabilité, sa franchise, sa familiarité pleine de noblesse et de grâce, lui gagnèrent tous les cœurs. Il réunit son armée, parfaitement disciplinée, au peu de troupes restées fidèles à Henri III, et il repoussa le duc de Mayenne, qui avait eu la hardiessç de venir attaquer les deux monarques dans Tours. Par ses conseils, les troupes royales prirent l'offensive, et s'avancèrent vers Paris , en s' emparant de presque toutes les places qui se trouvaient sur leur route. Pendant cette expédition, une bulle de Sixte-Quint effraya Henri III; elle le menaçait d'excommunication si, dans soixante jours , il ne mettait en liberté le cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon ; il fut sur le point de fléchir ; mais le roi de Navarre lui fit sentir qu'il traiterait bien plus avantageusement avec le pape lorsqu'il serait redevenu le maître de son royaume. Les deux rois, après avoir réussi dans toutes leurs entreprises, arr rivèrent à Saint-Cloud le 29 juillet, et mirent le siège devant Paris.

Tout portait à croire que cette ville rebelle ne résisterait pas à l'armée royale, accrue de dix mille Suisses que venait d'amener Harlay de Sancy. L'épouvante y régnait, et elle était le théâtre des désordres les plus affreux. Les prédicateurs , exagérant les périls auxquels la religion était exposée, enflammaient leur auditoire des passions les plus furieuses : on proscrivait les royalistes, on saccageait leurs maisons, et l'on s'as«

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snrait de leurs personnes. Les princesses de lorraine p^ruri ]mquelles on remarquait la duchesse de Montpensier» sour du duc de Guise, se montraient au peuple, le baranguaiept, e| lui demandaient vengeance. Quoique dans ces ipoyens em-r ployés pour exciter les Parisiens à une défense désespérée, i\ p'y eut pas de provocation directe à Tassasi^inat du rpi, il était difficile que quelque imagination ardente ne prit pas à Is^ lettre les malédictions dont on accablait ce ip$lbeurenx monarque, et ne conçut le monstrueux dessein de le faifç p^ri^, C'esf ce qui explique Fattentat de Jacques Clém^pt, jeune repgi^ux dominicain, passionné liguepr, dont la raison é|aU égarée par de prétendues visions.

Cet homme sortit de Paris le 31 juillet , après avoir obtenu des lettres de recommandation du premier président AcbiU^ de Harlay et du comte de Brienne, prisonniers des ligueurs. Sa candeur apparente éloigna les soupçons, et il fut^ le lendemain matin , conduit à Henri III par l'intendant de justice de Tarmée royale. 11 présenta ses lettres d'un air modeste et recueilli , et , pendant que le roi lisait celle du premier président^ il le frappa, dans le ventre , d*un coup de couteau: Talarme se répandit aussitôt dans Tappartement , les gardes accoururent , et l'assassin fut massacré par eux ; ce qui mit dans Timpossibilité de découvrir si quelqu'un l'avait poussé au crime. Henri HI, dont Texistence sur le trône n'avait été qu'une longue suite de faiblesses inexplicables , reprit alors le courage et la fermeté qui , dans sa première jeunesse, avaient fait concevoir de si heureuses espérances , et Ton retrouva dans ce monarque mourant le vainqueur de Jarnac et de Moncontour. 11 ne s'en rapporta pomt aux discours rassurants de ses médecins, qui déclarèrent d*abord que sa blessure n'était

ftà UISTOlHE DE l^llANCE.

pas dange^use; résigné à la mort, il s*y prépara en chrétien » sans négliger les smns qu'exigeait Tétat où il laissait son royaume. La nuit suivante , quelques heures avant de rendre les derniers soupirs, il fit appeler le roi de Navarre, le combla de marques de tendresse , et le pressa d'embrasser la reli* gion catholique. Il s'adressa ensuite à ceux qui étaient présents, et, en leur transmettant ses dernières volontés, il essaya de justifier la conduite qu'il avait tenue aux derniers Etats dé Blois.

c Approchez-vous, messieurs, leur dit-il , et écoutez mes « intentions sur les choses que vous devez observer quand il c plaira à Dieu de me faire partir de ce monde. Vous save2 i que je vous ai toujours dit que ce qui s'est passé n'a pas t été la vengeance des actions particulières que mes sujetâ f rebelles ont commises contre moi et mon Etat , qui ,: contre c mon naturel , m'ont donné sujet d'en venir aux extrémités ; t mais que , par la connaissance certaine que j'avais que c leurs desseins n'allaient qu'à usurper ma couronne contre c toute sorte de droit et au préjudice du vrai héritier ; après . c avoir tenté toutes les voies de douceur pour les en divertir ; t que leur ambition a paru si démesurée que tous les biens c que je leur faisais pour tempérer leurs desseins servaient t pltttftt à accroître leur puissance qu'à diminuer leur maut vaise volonté; après une longue patience , qu'ils imputaient c plus à nonchalance qu'au désir véritable que j'ai toujours • eu de les retenir, je ne pouvais éviter ma ruine entière et

< la subversion générale de cet Etat, qu'en apportant autant c de justice que j*avais eu de bonté ; j'ai été contraint d'user

< de rautorité souveraine qu*il avait plu à la Providence de c me donner suf eux. Mais, comme leur rage ne s'est termi-

< fiée qu'après l'assassiDat qu'ils ont commis en ma personne, I je TOUS prie» comme mes amis, et vous ordonne , comme f roy, que vous reconnaissiez, après ma mort, mon frère i que voilà ( le roi de Navarre); que vous ayez la même c affection et fidélité pour lui que vous avez toujours eue f pour moy; et que, pour ma satisfaction et votre propre c devoir, vous lui en prêtiez le serment en ma présence. Et K vous , mon frère , que Dieu vous y assiste de sa divine proc vidence; mais aussy vous priai-je, mon frère, que vous « gouverniez cet état, et tous ces peuples qui sont sujets à € votre légitime héritage et succession , de sorte qu'ils vous € soient obéissants par leur propre volonté autant qu'ils y c sont obligés par la force de leur devoir. »

Peu d'heures après avoir prononcé ce discours, Henri III mourut à l'âge de trente huit ans ( 2 août ). Sa mort fit excu* ser sa vie; et Henri IV, qui avait déjà reçu les derniers soupirs de Charles IX, ne parvint à un trône exposé à tant de périls qu'après avoir donné au sort de son prédécesseur les regrets les plus généreux et les plus tendres.

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