CHAPITRE PREMIER
ÀTénement de Henri IV. — Li Ligne.
La mort de Henri III , qui sauvait momentanément les ligueurs du châtiment qu'ils avaient redouté , causa la plus vive sensation dans la capitale. Le peuple, égaré par les Seize, se livra aux transports d'une joie féroce : on donna des fêtes
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indéoeates « el la duohesde de Montpensier, ne cachant pas assez les sentiinenls qu'elle éprouvait^ fit nattre des soupçons qui souillent encore sa mémoire. Le duc de Mayenne se mon- Ira beaucoup plus circonspect; assistant d'un air froid à ces solennités populaires » il semblait attribuer à la Providence le coup inattendu dont venait d'être frappé celui qu'on faisait passer pour le persécuteur de la religion.
Il mit en liberté les royalistes qui avaient été arrêtés ; Achille de Harlay sortit de la Bastille moyennant une rançon de dix mille écus , et ce grand magistrat put aller présider le parlement de Tours, auquel sa fermeté et son courage donnèrent une activité qu'il n'avait pas eue jusqu'alors. Conformément aux actes qui proscrivaient le monarque légitime, le ' conseil de la ligue proclama le cardinal de Bourbon , et le reconnut sous le liom de Charles X. Ce prélat, prisonnier depuis le meurtre de Guise , était attaqué d'une maladie mortelle ; l'ambition , qui , dans sa vieillesse , l'avait entraîné à 86 prêter Hux vues des factieux , paraissait éteinte , et il faisait souvent des vœux pour que le chef de sa maison recueillit l'héritage auquel les lois du royaume lui donnaient droit. Les ligueurs ayant essayé de l'enlever à Chinon , il fut quelque temps après transféré dans le château de Fontenay.
Les forces de la ligue, très-redoutables, s'accrurent encore à la mort de Henri DI; presque toud les catholiques se persuadèrent qu'un roi protestant entreprendrait de faire une révolution religieuse , et que la France éprouverait tôt ou tard le sort de l'Angleterre ; les hommes les plus modérés et les plus sages se rallièrent donc au parti qui annonçait l'intention de tout sacrifier pour maintenir l'ancien culte; mais leur adhésioA tardive augmenta les divisions qui rendaient ce parti
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presque impossible à conduire. En effet, diverses passions, des intérêts Opposés , partagèrent la ligue en une multitude de petites factions.
Le cardinal de Bourbon , qu'on regardait comme un fantôme qui devait bientôt disparaître, n'avait point de partisans. Les profusions des Guise, leur brillante réputation, Thorreur et la compassion qu'avaient inspirées les meurtres de Blois , faisaient désirer à plusieurs qu'un prince de cette mai-^ son montât sur le trAne. D'autres étaient vendus à l'Espagne, et attoidaient un monarque de la main de Philippe II.
Le duc de Savoie, issu d'une sœur de Henri H, avait sur la Provence et le Dauphiné des prétentions favorisées par lin grand nombre d'habitants de ce pays.
Quelques-uns des Seize, Sortis des derniers rangs de la société, se livraient à des spéculations àtiaf chiques; habitués depuis un an à la licence la plus outrée, ils voulaient la perpé^ tuer, et établir un gouvernement populaire dont ils aspiraient à être les chefe. Mais là classe nombreuse et influente des hommes honnêtes , qui n'étaient entrés dans la ligue que par dévouement pour leur religion , et à la tête de laquelle se trouvaient Villeroy et Jeannin, avait d'autres vues bien plus conformes aux véritables intérêts de la monarchie; elle était disposée h reconnaître Henri lY, pourvu qu'il eonsentlt à Se faire catholique.
Mayenne , se flattant pent-4lre de parvenir k la couronne , quoique sa famille eût d'autres vues, ménageait cette classe « dont son caractère doux et modéré lui avait attiré la confiance, 6t qui pouvait , si le roi s'obstinait k rester protestant » deve*nir l'instrument de sa grandeur.
Henri IV venait d'être reconnu par son année et par les
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seigneurs qui n'avaient pas abandonné son prédécesseur ; mais la position était extrêmement difficile , et son parti avait encore moins d'ensemble que celui de la ligue. Eloigné des pays d'où il pouvait tirer des ressources , pressé entre les protestants » ses anciens serviteurs , qui frémissaient à la seule idée d'un changement de religion , et les catholiques, qui pou-* valent seuls lui assurer le trône, il fallait tout son génie, joint au caractère le plus ouvert et le plus aimable , pour que de tels éléments restassent unis. Disposé depuis bien des années, ainsi qu'on l'a vu, à revenir au culte de ses pères, il fut obligé de suspendre l'exécution de ce dessein , qui l'aurait aussitôt privé de ses appuis les plus solides, et il promit seulement de se faire instruire dans six mois , si les circonstances le permettaient. En même temps il fit partir pour Rome le duc de Luxembourg , avec des instructions propres à éclairer Sixte-Quint sur la véritable situation de la France.