‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 30 sur 91 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Sitaation de Henri IV.

Après avoir fait ces dispositions , qui empêchèrent la dissolution subite de son parti , il lia des relations intimes avec Villeroy et Jeannin , et ne négligea rien pour dissiper les préventions des catholiques de bonne foi. 11 fit d'abord prier- Villeroy de venir le trouver au bois de Boulogne , lui annonçant qu'il voulait se servir de lui pour faire la paix, et déclarant qu'il accorderait tout ce qui serait raisonnable et utile. Mayenne empêcha cette entrevue, et dom Bernardin de Mendoce, ambassadeur d'Espape, effrayé d'une tentative qui pouvait amener bientôt une pacification générale, s'efforça de

gagner VOleroy; mais cet ancien ministre rejeta ces offres avec indignation, et courut trouver Mayenne, auquel il de* manda son congé. « Je lui déclaray , dit-il dans ses Mémoires, c que je ne voulais avoir part en une entreprise si injuste et c si impossible qu'estait celle du roy d'Espagne , laquelle c déshonorerait ceux qui s'en mesleraient , et serait cause de

< détruire la religion et le royaume ; adjoutant que puisque c le roi d'Espagne avait tel dessein, luy, duc de Mayenne,

< ne devait pas aussy espérer de faire fortune par son moyen ; c et qu'il acquerrait plus de gloire . de grandeur et de conc tentement, en aydantau repos du royaume, sous l'obeysc sance d'un prince français, qu'il ne ferait en favorisant c un dessein estranger, lequel lui ferait enfin perdre les biens c et la vie. » Jeannin , qui se trouvait présent , parla dans le même sens que Yilleroy; Mayenne leur fit observer qu'il ne pouvait entamer une négociation tant que le cardinal de Bourbon serait prisonnier et que le roi resterait protestant; il leur promit de s'opposer aux projets du roi d'Espagne , et ob* tint d'eux qu'ils continuassent à faire partie de son con<seil.

Henri IV avait des serviteurs bien plus zélés dans la Bourgogne, quoique Mayenne en ffït gouverneur. Guillaume de Tavannes , toujours fidèle à la cause qu'il avait embrassée , et faisant la guerre à ses dépens, empêcha ses officiers de céder aux séductions de la ligue; il convoqua les Etats de la province à Sémur, et des fonds furent votés pour soutenir le roi légitime. Malgré les sages précautions que le monarque avait prises pour conserver son armée, cette réunion de chefs d'opinions si différentes ne tarda pas à se dissoudre; quelques uns passèrent dans le parti de la ligue ; d'autres se retirèrent

M fflSTOlRÈ t)E FRANCE.

s6us le J)rétexte dti danger que couraient leilrt pt-opriétés* Henri IV ne se découragea point : ses tt'oupes protestantes lifi restaient : ufi assez grand nombre de catholiques pâtaissaletit dévoués à sa cause , et il s'était attaché les dix mille Suisse» que son prédécesseur avait appelés. Ne pouvant plus espérer de réduire Paris, il partit pour Dieppe, où il comptait recevoir des secours d'Elisabeth , reine d'Angleterre, avec laquelle il avait contracté l'union la plus intime.

Mayenne regarda éette retraite comme une fuite , et résolut de le poursuivre avec toutes les forces dont il pouvait disposer ; poussé par la duchesse dé Montpensier, sa soôur, il mon^ tra une forfanterie qui n'était pas dans son caractère, et il promit aux Parisiens de leur ramener le Béarnais enchaîné. Mais l'événement ne répondit pas à ses espérances; battu près d'Arqués, il fut obligé de se retirer en Picardie, et Henri IV, que les Seize croyaient prisonnier, parut tout-à-coup sous les murs de Paris, s'empara des faubourgs ^ et répandit la terreur dans cette ville , où l'on avait déjà fait deè préparatifs pour se réjouir de sa défaite. Après cet éclatant fait d'ahnes^ il apprit que Mayenne avait obtenu des secours d'Alexandre Farnèse , prince de Parme , gouverneur dés Pays-Bas, et qu'il revenait pour dégager la capitale; hors d'état de eontinuer le siège, il sépara son armée, et partit pour Tours, où résidaient ses ministres.

Il y trouva de Thou , que Henri HI , quelque temps avant sa mort, avait chargé d'une mission en Allemape^ en Suisse et en Italie. Ce magistrat lui apprit que le sénat de Venise s'était empressé de le reconnaître, et que Ferdinand de Mé* dicis, duc de Florence, considérant comme rompus les liens qui l'avaient unis à Marguerite de Valois, ténuoignait le désir

HENRI lY. M

qu'il épousât sa nièœ Marie , enoore à la fleur de Tâge. Lé roi fil alors peu d'attention à cette offre, qui n'était pas accepta* ble dans des temps de troubles; mais il s'en souvint lorsque # affermi sur le trône, il eut perdu Oabrielle d'Bstrées; et ce mariage eut lieil dix ans après les premières propositions qui en furent faites. De Thou paria aussi au roi de d'Ossat, qui, attaché au cardinal de Joyeuse , et chargé près du pape des affaires de Henri III, avait été obligé de quitter Rome après les meurtres de Blois , et de se réfugier à Venise. U s'étendit sur les talents de cet homitie d'Etat, auquel Henri lY confia aussitôt les négociations relatives à sa conversion, et qu'il éleva depuis au rang de cardinal.

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