CHAPITRE m
Entoi d'an légat en France. — nataille d'Ivry. — Sitoitton de PutH.
Le due de LnxemlK)Urg , ayant reçu la défense de s'approèhe^ de Rome, s'était arrêté sur le territoire vénitien. U écrivit à Sîxte^)uint ^ et parvint à lui donner une juste idée des affaires de France. Ce pontife, qui« d'après les sollicitations delà ligue, avait chargé Henri Gaétan de procurer la déU* vrance du cardinal de Bourbon , et de le reconnaître pour roi^ changea tout-à-coup les instructions de ce légat, qui n'était pas encore parti, et lui recommanda seulement de faire en sorte que le trône fût occupé par un prince catholique. Gaétan, vendu à l'Espagne, se mit en route avec la résolution d*agir conformément aui intentions des ligueurs les plus outrés.
Hwri IV, instruit des volontés du légat « avait donné l'ordre àGutUaume de Tavannes de l'enlever à soii passage en Bout-
gogne; cet ordre n'ayant pu être exécuté, Gaétan, protégé par une escorte nombreuse de ligueurs, continua sa route vers Paris, et y fit une entrée solennelle. On lui prodigua les honneurs, on le logea au Louvre, et il s'en fallut peu, lorsqu'il alla prendre séance au parlement, qu'il n'y occupât le trône destiné au roi. Empressé de répondre à tant de démonsirations, il confirma un décret que les Seize venaient d'arracher à la Sorbonne , et par lequel il était défendu de négocier avec un roi hérétique et relaps. Le parlement de Tours informa contre les auteurs de ce décret, et ordonna qu'il fût brûlé.
La présence du légat excitait à Paris une fermentation alarmante ; la populace ne voulait reconnaître que son autorité , et les Seize employaient toute leur influence pour favoriser cette disposition. Mayenne, s'apercevant que le pouvoir allait lui échapper, entreprit de le conserver, en donnant à son gouvernement une forme plus régulière. L'archevêque de Lyon , qui , comme on l'a vu , avait été arrêté à Blois avec le cardinal de Guise , était parvenu depuis peu à s'échapper de sa prison ; dévoué à la maison de Lorraine , doué de grands talents politiques , chéri de la ligue , il pouvait rendre d'immenses services dans un emploi supérieur. Mayenne le nomma chancelier; et, comptant sur la loyauté de Villeroy et de Jeannin , il les fit secrétaires d'Etat, quoiqu'il connût leur penchant à se soumettre àllenri ly, s'il embrassait la religion catholique. Appuyé sur ces trois hommes habiles , il put lutter avec avantage contre le crédit que s'était acquis le légat dans les dernières classes du peuple.
Pendant que Mayenne , à Paris , voyait une faction lui disputer le pouvoir, le roi, à Tours, concevait des inquiétudes
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sur les manœuvres de quelques catholiques , à la tête desquels élait le cardinal de Vendôme ; son neveu. Ces hommes, dont les principes se rapprochaient de ceux des politiques sous les deux derniers règnes, et qui avaient pris le nom de tierspœrti^ voulaient contraindre le monarque à se faire instruire, et le menaçaient de Tabandonner, s'il ne leur donnait pas sur-lechamp cette garantie. Animés la plupart des meilleures intentions, ils n*auraient pas été redoutables, si la ligue n'eût entretenu des intelligences avec eux ; heureusement leur chef manquait de fermeté et de résolution; et Renaud de Beaune, archevêque de Bourges , prélat distingué par ses talents, dévoué à la bonne cause , retenait dans le devoir la majorité des catholiques royalistes. Henri IV, sur le point d'entreprendre one grande expédition en Normandie, chai^ea de Thou de surveiller ce parti, dont quelques membres faisaient partie de son conseil. Cette expédition ayant réussi , le roi mit le siège devant Dreux , où la ligue avait de grands magasins de munitions de vivres. Alors le légat , la duchesse de Montpen-> fier et les Seize pressèrent Mayenne de tenter le sort d*une bataille ; l'exaltation des Parisiens leur faisait croire que la victoire ne serait pas douteuse , et ils espéraient anéantir d'un seul coup le parti royaliste, sur lequel leur armée avait Ta-* vantage du nombre. Mais le lieutenant-général voyait d'un autre œil la situation des choses : le souvenir du combat d'Arqués lui inspirait de l'inquiétude sur une nouvelle lutte ; et ses troupes, composées en grande partie de volontaires peu habitués au métier des armes, ne lui donnaient pas beaucoup de confiance. Cependant obligé , sous peine de se décréditer entièrement , d'obéir au vœu de son parti , il marcha vers Dreux , et Henri IV vint lui présenter la bataille dans la pkine
M mSTOlRB DR ntANGE.
d'Ivry. Les Ugueura donnèrent d*abord avec cetta aitf^ttP qu'inspirent les haines politiques; mais, repoussés par le roi» qui, payant de sa personne, se ntontrait partout ayec une présence d'esprit admirable, ils plièrent bientôt, et presque tous auraient été exterminés, si le monarque n*eut donné Tpr-^ dre de les épargner ( 44 mars ]. Après cette bataille, qui faisait tant d'honneur à l'armée royale, et où Henri IV s'était ^posé comme un simple soldat, le maréchal de Biron lui dit ; • Sire, vous avez fait le devoir du maréchal de Birop, et le ^ maréchal de Biron a fait ce que devait faire le rpi, — p, c Monsieur le maréchal, lui répondit noodestement Henri» il « faut louer Dieu, car la victoire vient de lui seul. »
Les Parisiens attendaiept la nouvelle d'une victoire décisive , lorsqu'ils apprirent que leur chef avait été complèten^ePt défait : la consternation succéda aux plps brillantes espérau*^ ces; et ils s'en prirent à celui qu'ils avaient forcé de soutenii; une lutte inégale. Mayenne n'osa rentrer ds^ns Paris; il partit pqur la Picardie , afin d'implorer le secours du pripce de Parme, dans le cas où le roi voudrait assiéger U capitale , et il laissa le commandement de cette ville au duc de Nemours , sop frère utérin , jeune prince doué d'un grand courage et d'une constance inébranlable, mais qui, égaré par une ambition aveugle , s'était entièremept livré à la faction populaire de la ligue. Pour que cette démarche , à. laquelle les circons* tances contraignaient le lieutenant-général , n'eût pas l'air d'une abdication, il confia aux Seize la garde de ce qu'il avait de plus cher; sa mère , sa sœur, sa femipe , ses enfants^ restèrent dans la ville , qui avait à redouter toutes les horreurs d'un si^e. Les Parisiens s'attendaient d'un jour à l'autre à voir paraître l'armée royale sous leurs murs ; mais il fut im<*
jiOfisible k Henri lY de profiter de sa victoire. Plusieurs sei? gneurs le quittèrent sous le prétexte d'aller recueillir des fonds dansi leurs propriétés; et il fut obligé de se borner à prendre quelques petites villes d'où la capitale tirait ses approvisionnement^. Espérant qu'après une défaite la ligue serait plus disposée à se soumettre, il chargea du Plessis-Mornay, l'un des protestants sur la fidélité desquels il comptait le plus , d'eqtan^er une nouvelle négociation avec Yilleroy. Ces deux seigneurs se virent à Mantes, et ne purent s'entendre sur les premières bases d'un accommodement. Le catholique demandait que le roi se fit au^itôt instruire» et soutenait qu'il ne pouvait choisir un moment plus favorable que celui oii il venait de remporter une victoire; le protestant exigeait que préaUibleiQent les rebelles reconnussent Tautorité légitime; Villerpy faisait observer que si Ton poussait le lieutenant-général , il se jetterait entre les mains des Espagnols; mais du Plessis connaissait trop Mayenne pour le croire capable d'un acte de désespoir qui l'aurait entièrement perdu. Cette négociation n'ayant eu aucun résultat, Henri IV, dont l'armée était devenue plus nombreuse , résolut sérieusement de faire le blocus de Paris. Il espérait réduire, par la famine, un peuple peu habitué aux privations, et s'épargner ainsi la douleur de l'exposer aux suites funestes que pouvait avoir une attaque de vive force, il ferma donc toutes les communications dans les premiers jours du mois de mai. i^s'Seize et les prédicateurs, qui partageaient leurs sentiments, excitèrent les Parisiens à opposer à leur roi , qui voulail ménager leur sang^ une résistance désespérée. Le duc de Nemours jura , aux pieds des autels , de ne consentir à aucune capitulation ; la duchesse de Montpensier, sa sœur, parcourut les rues , ha*
rangua le peuple , et communiqua son exaltation aux cœurs les plus timides. Le légat prodigua les solennités religieuses, afin de redoubler les alarmes dés catholiques de bonne foi; les ecclésiaçtiques séculiers , les moines de tous les ordres y parurent en armes; et cette ville qui, au milieu des troubles dont la France était désolée depuis tant d'années » n'avait presque pas éprouvé les malheurs de la guerre, fut tout-àcoup disposée à en supporter avec courage les calamités les plus terribles.