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CHAPITRE IV

Mort du cardinal de Bourbon. — Blocus de Paris.

On apprit alors la mort du cardinal de Bourbon , que la ligue reconnaissait pour roi sous le nom de Charles X (9 mai). Ce prince avait terminé ses jours dans le château de Fonte* nay, où Henri IV Tavait fait transporter; éloigné des séductions qui avaient égaré sa vieillesse , il fit , à ses derniers moments, des vœux pour le triomphe du monarque dont on avait voulu lui faire usurper les droits. Cette mort, qui sem-* blait délivrer Henri IV d'un compétiteur, ne produisit cepen* dant pas en sa faveur Tefi'et qu'on aurait dû attendre : le car-» dinal n'était qu'un fantôme , devenu depuis longtemps inutile au parti dont il avait un moment servi les projets; il disparut sans que ce parti en ressentit aucune secousse.

Le blocus de Paris continua pendant les mois de juin et de juillet. Le besoin de vivres se fit d'abord peu sentir à la mul* titude, parce que les chefs ordonnèrent qu'on lui distribuât toutes les provisions qui existaient chez les riches et dans les cbuventSé Le légat et l'ambassadeur d'Espagne se décidèrent

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en même temps à d'énormes sacrilSces. Ce dernier vendit sa vaisselle, et « fit battre, dit un contemporain, une grande c quantité de demi-sols marqués au coin de son roy, qu*il c faisait jeter dans les carrefours au plus simple peuple, le- € quel criait par les rues : Vive PhiUppe II ! » Mais ces ressources , dont on n'usa pas avec économie, s'épuisèrent bientôt; alors la famine exerça ses ravages sur une population de plus de deux cent mille âmes; les maladies s'y joignirent, et ces deux fléaux produisirent une affreuse mortalité. Les malheureux habitants , animés par les Seize , montrèrent une constance qu'on n'aurait jamais attendue d'un peuple amolli depuis longtemps par l'exemple d'une cour voluptueuse. Us s'imposèrent avec résignation et patience les plus douloureuses privations , et la nécessité leur fit chercher des 2\liments dans des objets propres à exciter le dégoût et l'horreur. Après avoir dévoré l'herbe des jardins, ainsi que tous les animaux qui pouvaient leur servir de nourriture, quelques-uns eurent recours aux os des morts, dont ils formèrent une sorte de mets en les pulvérisant, dans l'espoir, ou d'apporter un soulagement à la faim qui les consumait , ou de hâter une mort à laquelle ils attachaient l'idée du martyre. L'unique consolation consistait en quelques lettres de Mayenne , que la duchesse de Montpensier faisait répandre avec profusion , et dont il résultait que le prince de Parme viendrait bientôt, à la tête d'une armée espagnole , faire lever le siège. Mais cette délivrance était encore éloignée.

Henri lY profita des loisirs que lui donnait le blocus pour s'attacher le chancelier Ciieverny, l'un des serviteurs les plus distingués de son prédécesseur. Retiré dans sa terre d'Esclimont , Cheverny y recevait indifféremment les royalistes et les

ligueurs, et son caractère doux et conciliant lui conservait des amis dans les deux partis. Non-seulement il pouvait contribuer puissamment à les rapprocher, mais sa prince était nécessaire pour donner quelque régularité au conseil qui accompagnait le roi; ce conseil, composé presque entièrement de militaires , et ayant à sa tête le duc de Nevers et ie maréchal de Biron , ignorait les lois du royaume , et rendait souvent des décisions qui leur étaient contraires. De Thou, beau-frère du chancelier, fut donc chargé de Tinviter à reprendre les sceaux.

Gheverny ne quitta qu'avec regret une retraite où il avait su se mettre à l'abri des guerres civiles : il vint trouver Henri IV à Aubervilliers, entre Saint-Denis et Paris. Le roi s'avança au-devant de lui : « Vous soyez le mieux que trèsc bien venu , lui dit-il en l'embrassant et avec cette affabilité c qui lui gagnait tous les cœurs; je suis assez content , et me c tiens maintenant assez fort , puisque je vous ay près de c moy, estimant qu'à votre exemple tous les officiers de ma < couronne, et tous les bons Français me reconnaîtront pour c leur roy, et me viendront bientôt servir, m'assurant cec pendant tellement de votre fidélité, de votre expérience et c conduite, que j'estime déjà toutes mes affaires rétablies c comme je le désire. » Il prit les sceaux des mains de d'Armagnac, son premier valet de chambre, et les remit à Gheverny : « Monsieur le chancelier, poursuivit-il , voilà deux c pistolets desquels je désire que vous me serviez, et que je c sais que vous pourrez fort bien manier : vous m'avez avec c eux fait bien du mal plusieurs fois, maisje vous pardonne, c car c'estait par le commandement et pour le service du feu c roy mon frère : servez-moy de même, et je vousaimeray

c autant et mieux que luy, et croiray vostre conseil; car il « s'est mal trouvé de ne Tavoir voulu suivre. >

Le chancelier, qui avait eu connaissance des négociations de Villeroy, son ancien collègue dans le ministère , engagea, comme lui , le roi à se faire instruire , et il obtint qu'en attendant des circonstances plus favorables, le service divin suivant le rit catholique serait célébré au quartier du monarque. « Incontinent , dit-il dans ses Mémoires, nous receusmes la « musique delà chapelle royale; dont M. l'archevêque de € Bourges prit la charge , pour à la suite de la cour dire t tous les jours la messe du roy, et faire des prières contit nuelles pour sa conversion. » Cette concession, qui faisait espérer une conversion prochaine, produisit le meilleur effet parmi les catholiques royalistes , et déconcerta pour le moment les intrigues du tiers-parti.

Le 24 juillet, Henri lY attaqua et prit tous les faubourgs de Paris; les habitants, resserrés dans une enceinte plus étroite , et livrés à toutes les horreurs de la famine et de la contagion , commencèrent à perdre courage. Les Seize punirent de mort ceux qui osèrent parler de se rendre; mais ils ne purent résister au vœu général , qui demandait que du moins on négociât avec le roi. L'évêque de Paris et l'archevêque de Lyon furent chargés de cette mission par le conseil de la ligue; ils virent le monarque dans l'abbaye Saint -Antoine (4 août) , et leurs propositions , qui consistaient en ce que la ^ville de Paris fût médiatrice de la paix du royaume, ne purent être acceptées. Leur retour, sansavoir rien obtenu, aurait causé une révolte générale contre les Seize, si Ton n'avait pas reçu dans le même moment la nouvelle certaine que le prince de Parme allaitenfin se mettre en marchepour faire lever le blocus.

Ce loDg siège , où Tarmée royale n'avait combattu qu'à l'attaque des faubourgs, avait amolli des guerriers habitués depuis longtemps à une activité continuelle. Les liens de la discipline s'étaient relâchés parmi eux, et plusieurs, ayant à Paris d'anciennes connaissances, n'avaient pu résister à la tentation d'y faire passer quelques vivres. Les princesses de Lorraine avaient profité de cette disposition des assiégeants , et pendant que le peuple dont elles excitaient la résistance opiniâtre, périssait de misère et de faim, elles recevaient des secours de quelques généraux royalistes avec lesquels elles avaient eu autrefois des relations de société ou des liaisons de galanterie. Le roi lui-même cédait à l'impulsion qui entraînait ses officiers et ses soldats; il perdait auprès de la jeune abbesse de Montmartre des moments qu'il aurait dû consacrer aux soins assidus qu'exigeait sa position : d^illeurs la bonté de son cœur ne lui permettait pas d'être insensible aux souffrances des habitants de sa capitale; il donna d'abord des sauf-conduits aux femmes et aux enfants qui voulurent en sortir ; puis il étendit cette faveur aux ecclésiastiques et aux jeunes étudiants de l'université; il suffit par la suite aux plus ardents ligueurs d'être recommandés par quelques royalistes, pour obtenir la^même grâce. Telles furent , à ce qu'il paraît, les causes de l'obstination des Parisiens, qui conservèrent leur ville jusqu'au moment ou le prince de Parme vint la secourir.

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