‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 33 sur 91 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le roi ftsl forr^ de lever le siège de Paris. — Mort de SIxte-Qulnt. — - Reprise di£ siège de Paris.

Ce généial s'était avancé dans le royaume avec beaucoup

de précautions : il arriva le 23 août près de Meaux, et, en évitant adroitement un combat, il força Henri IV à lever le siège. Il repartit ensuite pour la Flandre , harcelé sans cesse par l'armée royale, qui le suivit jusqu^à la frontière. Le roi, ayant été obligé de congédier une partie de ses troupes, fixa pour quelque temps son séjour à Senlis , où , de concert avec Cheverny, il s'occupa de donner à son gouvernement une forme régulière : entouré de catholiques et de protestants, qui continuaient de se haïr, il avait besoin de toute son habi* leté pour les tenir unis.

Mayenne rentra dans la capitale , sans obtenir aucune acclamation d'un peuple auquel il avait procuré un secours si tardif. Cependant , soutenu par le conseil de l'union , qu'il avait composé d'hommes modérés , appuyé par le parlement , qui commençait à s'effrayer des fureurs populaires , il reprit toute son autorité. Le premier usage qu'il en fit fut d'ôter le gouvernement au duc de Nemours , et de le confier au jeune duc d'Aiguillon , son fils, auquel il donna pour lieutenant et pour guide le comte de Belin , royaliste secret. Il abaissa ensuite le pouvoir des Seize, en distribuant les emplois municipaux à des personnes ennemies des excès , et du dévouement desquelles il était sûr. La faction , qui avait dominé pendant son absence , se plaignit amèrement de ce qu'on traitait ainsi ceux à qui la ligue devait son salut, et elle médita des vengeances horribles.

Yilleroy était arrivé â Paris avec le duc de Mayenne. Il nous a laissé un tableau très-curieux de cette ville , après un siège qui avait coûté la vie à plus de trente mille personnes : c Quoic que les habitants , dit-il , eussent toutes occasions de nous « recevoir joyeusement , en considération dç leur délivrance

c et de la gloire par eux acquise en la défense de leur ville, « toutefois, ils estaient si combattus de la faim et des maux c qu'ils avaient soufferts, qu'ils nous regardaient d'un œil c plus pitoyable qu'allègre; ni plus ni moins que ceux qui € sortent d'un péril contre leur espérance sont encore plus c estonnés que joyeux, sentant plus le mal qu'ils ont enduré « qu'ils ne reconnaissent le bien qui leur arrive , et sont si « troublés d'appréhension et de douleur , qu'ils méprisent c leur délivrance. Mais comme tels accidents font leurs effects c selon la nature et disposition du cœur où ils agissent, nous c en remarquions aussy sortir plusieurs de cette agonie, « transportés de rage et d'une ardeur eflfrénée de se venger, « et mal faire à un chacun ; et les autres si mattés du passé c et succès de l'avenir, qu'ils avaient honte de ce que les c autres faisaient gloire , et ne pouvaient nous regarder, ni c nous eux , sans soupirer. » Ainsi , d'un côté l'abattement le plus morne , de l'autre le fanatisme le plus ardent se partageaient cette malheureuse ville.

Villeroy, en s'étonnant de la patience qu'avaient montrée les Parisiens , observe très-bïen que , dans des temps ordinaires , ils se seraient livrés aux plus grands excès , si les marchés eussent été deux fois dégarnis. « Mais , ajoute-t-il , les « maux qui nous arrivent par force se supportent plus dou- € cément que ceux que nous estimons nous advenir par quel- « que faute du gouvernement, chacun se résolvant d'endurer € ce qu'il ne peut éviter. »

Sixte-Quint , qui avait vu avec peine que Gaétan se fût écarté de ses instructions , et qui avait formé le projet de le rappeler, était mort le 27 août, au moment de h levée du siège de Paris. Il avait eu pour successeur le vertueux Ur-

bain VII , disposé à tout faire pour rétablir la paix en France; mais ce pontife n'ayant régné que onze jours, le fougueux Grégoire XIV , partisan déclaré des Espagnols , était monté sur le trône de saint Pierre. Instruit par Gaétan , qui était revenu à Rome, de F état où se trouvait la ligue , Grégoire employa les trésors amassés par Sixte-Quint à lever des troupes contre Henri IV, et il mit à leur tête Hercule Sfondrat, son neveu, auquel il donna le titre de duc de Monte-Marciano. En même temps il fit partir pour la France , en qualité de nonce extraordinaire, MarsiUo Landriano , évêque milanais, sujet de Philippe II. Ce prélat devait seconder Philippe de Séga , cardinal de Plaisance , à qui Gaétan avait laissé les fonctions de légat. Le duc de Nemoure, en perdant le gouvernement de Paris, avait obtenu celui du Lyonnais et du Dauphiné ; il s'y rendit au grand regret des Seize, et Mayenne, qui leur était odieux, partit pour Soissons, d'où il ent^ima encore avec le roi des négociations qui n'eurent aucun résultat.

Pendant Tabsence de ces deux chefs sur lesquels les factions qui partageaient la ligue fondaient toutes leurs espérances , le chevalier d' Aumale , neveu de Mayenne , jeune homme ardent et téméraire, voulut se distinguer par une entreprise aussi hardie que périlleuse, qui devait en même temps lui procurer Toccasion de revoir une femme qu'il aimait, et dont il était depuis longtemps séparé. Accompagné d'une troupe faible, mais déterminée, il surprit au milieu de la nuit la ville de Saint-Denis, qui appartenait au roi, et où se trouvait sa maîtresse (3 janvier). « A peine fut-il le maistre, dit un « contemporain, qu'il s'amusa avec cette femme, qui s'appe- « lait La Roverîe ; surpris à son tour par Du vie, gouverneur « pour le roi, ses troupes furent chassées, il périt dans le dé-

< sordre, et il eust été impossible de le discerner des autres « morts, si La Roverie ne Teust elle-iuéme trouvé et reconnu « au moyen des chiffres d'amour qu'elle lui avait depuis long- « temps gravés et figurés dans le bras. x>

Cet échec qui ne pouvait être attribué qu'à Tiraprudence du comte d'Aumale, fit concevoir à Henri IV Vidée d'essayer sur Paris une entreprise mieux concertée. Ayant fait déguiser en charretiers un certain nombre de ses partisans les plus intrépides, il leur ordonna de se présenter le 20 janvier, de grand matin, à la porte Saint-Honoré, avec des voitures de farine, et de s'emparer de cette porte, leur promettant qu'il serait luimême à peu uw jtauce pour les soutenir. Mais le duc d'Aiguillon fut averti à temps, et les prétendus charretiers trduvèrent la porte murée. Les Seize mirent à profit la crainte qu'inspira aux Parisiens cette tentative ; sous le prétexte d'assurer la conservation de la ville contre les trahisons qui pourraient être tramées par les royalistes, ils y firent entrer une garnison espagnole, disposée à les seconder dans les attentats qu'ils méditaient.

Le roi, n'ayant plus l'espoir de surprendre la capitale , résolut d'assiéger Chartres, ville oii la ligue avait d'immenses magasins. Il éprouva une résistance opiniâtre, et ce ne fut qu'au bout de deux mois qu'il amena les habitants à capituler (1 2 avril). Maître de cette ville, alors très-fortifiée, il y établit les évéques qui avaient embrassé sa cause, et vint se fixer à Mantes, où il appela le cardinal de Vendôme, afin de surveiller ses démarches. Ce prélat, que le tiers-parti reconnaissait pour chef, et qui, depuis la mort du prétendu roi des ligueurs, avait pris le titre de cardinal de Bourbon , continuait de fomenter le mécontentement des catholiques

Toyadistes. Une mesure que Henri lY fut obligé de prendre en faveur des protestants qui formaient sa principale force, entraîna le cardinal dans de nouvelles intrigues.

Malgré la protection bien naturelle que le monarque accordait aux protestants, aucun acte ne leur assurait la liberté de religion, et ils avaient lieu de craindre qu'après la paix, les catholiques n'exigeassent Texécution de Tédit de réunion , qui les proscrivait; ils demandèrent donc, et ne tardèrent pas à obtenir, que le roi régnant remit en vigueur le dernier édit de tolérance que Henri HI avait rendu avant d'être dominé par la ligue. Cette garantie, réclamée vivement par les anciens compagnons de Henri IV, éprouva dans le conseil l'opposition la plus forte, de la part du nouveau cardinal de Bourbon, qui, n'ayant pu faire prévaloir son avis, entama des négociations avec Yilleroy et les ligueurs modérés. Il s'agissait d'engager le nouveau roi à ne plus différer sa conversion, et de le menacer de l'abandon des catholiques, s'il refusait de souscrire à leurs prières. Ces intrigues, qui furent facilement déconcertées, eurent l'inconvénient de retarder cette conversion, qui ne devait point *étre l'effet de la contrainte; mais elles procurèrent en même temps un grand avantage h Henri IV, celui de rapprocher les catholiques des deux partis, et de diminuer les préventions qu'ils nourrissaient les uns contre les autres, depuis le commencement des guerres civiles. Cependant Landriano, nonce extraordinaire de Grégoire XIV, était arrivé à Reims, ville soumise à la ligue ; il y publia un monitoire par lequel il ordonnait , sous peine d'excommunication, aux catholiques royalistes d'abandonner sur-le-champ un prince hérétique et relaps. Cet acte violent déplut au parlement de Paris, qui fut cependant forcé par les Seize à l'enregistrer et à le proclamer;

le parlement de Tours le brûla, en relevant avec aigreur la faiblesse des magistrats de la capitale ; une guerre de plume s'engagea entre ces deux cours souveraines ; et elles lancèrent Tune contre Tautre des arrêts furieux, selon la chaleur du temps,

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