‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 35 sur 91 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Mort de La Noae* — Combats entre Henn lY et le prince de Parme. Négociations dn roi et des Kgnenrs,

Cependant ce monarque, maître de presque toute la Normandie , avait entrepris le siège de Rouen , où commandait Villars, Tun des généraux les plus célèbres de la ligue; et Mayenne, craignant pour cette ville, dont la soumission aurait entraîné celle de capitale, venait d'implorer de nouveau les secours du prince de Parme. Dans les premiers jours de ce siège , Henri IV apprit la mort d'un serviteur pour lequel il avait autant d'amitié que d'estime. La Noue , que nous avons vu se distinguer, dès le commencement des guerres civiles , par sa grandeur d'âme et son humanité , avait reçu un coup mortel devant le château de Lamballe. Un contemporain rapporte que la veille on le vit , dans un jardin , cueillir des branches de laurier pour en orner son casque , et qu'il dit à un de ses parents : « Tenez , mon cousin , voilà toute la récompense t que vous et moy espérons, suivant le mestier que nous faic sons. » Le roi pleura ce guerrier, dont le désintéressement faisait un contraste frappant avec l'avidité de presque tous ceux qui le servaient.

Ce grand prince n'avait souvent pas moins à se plaindre des prétentions de ses généraux que de leur humeur. Dans ce dernier cas, il montrait une patience héroïque qui, loin de diminuer le respect qu'on lui devait , ne faisait que l'augmenter, parce qu'elle inspirait en même temps Tadmiration et l'amour. Pendant ce siège, entrepris dans la saison la plus rigoureuse, plusieurs murmures s'élevaient contre lui , et Grillon , auquel il avait donné le nom de brave , était Fun de ceujt dont les re-

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proches le fatiguaient le plus. Cet officier, ayant commis une faute , repoussa par une justification furieuse les remontrances qui lui furent adressées ; le roi lui ordonnante sortir; il rentra plusieurs fois, et ne consentit à s'éloigner que lorsqu'il eut exhalé sa rage. Pendant cette scène , on avait vu Henri IV pâlir, et Ton avait craint qu'il ne se livrât à quelque emportement. La nature y dit-il à ceux qui Tentouraient , m'a formé colère; mais^ depuis que je me connais y je m>e suis toujours tenu en garde contre une passion qu'il est dangereux découler. « Il est certain, observe de Thou , que son tempérament, ses € fatigues continuelles, et les différents états de sa vie, lui « avaient rendu Tâme si ferme , qu'il était beaucoup plus « mattre de sa colère que de ses plaisirs. »

Le duc de Parme , sollicité par Mayenne , se mit en marche pour venir au secours de Rouen. Henri IV, ne voulant pas l'attendre , alla au-devant de lui avec une faible partie de son armée; il le rencontra près d'Aumale, et l'attaqua, quoique très-inférieur en nombre. Obligé de plier après un combat sanglant , il reçut une blessure en protégeant la retraite de sa troupe.' Cet échec ouvrit la route de Rouen au prince de Parme, qui fit lever le siège , mais qui fut à son tour blessé dangereusement près de Caudebec, et contraint à se retirer en Flandre ( février ). Pendant cette lutte entre les deux plus grands capitaines de leur te^)ps, l'armée de la ligue s'était emparée d'Epernay , et menaçait Châlons , où siégeait une section du parlement royaliste. Henri IV , parfaitement rétabli , vola en Champagne , mit le siège devant Epernay, força bientôt cette place à capituler, et n'eut à regretter que le maréchal Armand de Biron , l'un de ses plus braves serviteurs , qui eut la tête emportée par un boulet de canon. Guillaume

de Tavannes , aussi fidèle , mais plus heureux » se maintenait en Bourgogne contre tous les efforts de la ligue ; instruit que son frère le vicomte se disposait à marcher contre lui , il écrivit à Henri IV : « Si mon frère vient à la guerre , comme il en c est le bruit , je la luy feray si ferme , que mes malveillants < n'auront pas sujet de me blasmer. » En eflet, il eut le chagrin de voir le yicomte dans les rangs opposés : en le combattant loyalement , il conserva pour lui les égards que les liens du sang leur imposaient.

Un changement favorable à la cause de Henri IV s^était opéré à Rome dans les derniers mois de Tannée précédente : Grégoire XIV, son ennemi personnel, était mort le 46 octobre 4591 , Innocent IX n'avait régné que deux mois, et dément VIU , doué d'un caractère doux , conciliant et pacifique , était parvenu à la tiare. Le nouveau pape, forcé par TEspagne à suivre encore quelque temps le système de ses prédé- . cesseurs , témoigna qu'il y renoncerait à des conditions raisonnables; et il souffrit que d'Ossat fût secrètement accrédité auprès de lui.

Le roi, délivré de Tobstacle qu'il redoutait le plus, conti^ noait de négocier en faisant la guerre. Il avait à Paris de grandes intelligences, et presque toutes les corporations renfermaient quelques-uns de ses partisans. Ayant intercepté plusieurs lettres de Philippe H , où l'on voyait évidemment le dessein d'ôler à Mayenne la conduite des affaires, il les fit passer à ce prince . qui fut contraint à se rapprocher des royalistes de la capitale. Ce parti, jusqu'alors timide et caché, ne craignit plus de se montrer ; il se recruta de tous les hommes honnêtes que les cruautés des Seize avaient révoltés , et bientôt le pariement, ainsi que les autres cours souveraines, s'y

rallièrent, soùs le prétexte de remplir les vues du lieutenantgénéral. tTAubray , dont il est parlé d'une manière si honorable dans la satire Ménippée , en était Tun des principaux chefs ; et les premières réunions d'un parti si longtemps exposé aux plus affreuses persécutions eurent lieu dans la obàisoii de cet homme intrépide et dans le couvent de Sainte-Geneviève.

« Les royalistes, dit un contemporain , convinrent alors « de Tordre qu'il fallait tenir dorénavant dans leurs assem- « blées pour savoir des nouveUes, pour prendre le signal et c le mot du guet, et pour désigner l'endroit où chascun se € devrait adresser. Us disposèrent quatre maisons où tous les « jours, à certaines heures, ils iraient conférer de ce qu'il « faudrait dire et faire. » Ces maisons appartenaient à des bourgeois dont l'histoire doit conserver les noms : l'arrobdissement des halles dépendait de Yille-Bichot ; celui de la Grève, de Marchand; celui du Louvre, dePussard; et celui de la Cité , le plus important de tous , puisqu'il comprenait l'Université , reconnaissait d'Aubray , l'un des agents les plus influents de l'entreprise. L'Huilier, qui devait deux ans après ouvrir les portes à Henri lY , se distinguait déjà parmi les partisans les plus zélés de la cause royale.

Quelques personnes bien intentionnées , mais craignant une grande effusion de sang lorsque les royalistes se déclareraient, leur proposèrent de traiter avec les Seize, et de prendre, pour base de la Négociation , une soumission entière aux volontés du duc de Mayenne. Ils s'y prêtèrent volontiers , quoique sans espoir de raoïener des furieux que le souvenir de leurs crimes et la crainte d'en être punis devaient rendre inaccessibles à toute espèce d'arrangement. Les conférences se tin-

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ml k l'Hôtel-de-Yine ; elles commencirent às^ trsMéftrillement ; mais bientôt les prétentions exagérées des Seize provoquèrent une rupture violente. « C'est trop disputé, leur dit c d'Aubray ; nous nous faisons tort de parler à vous autres, c Qui étes-vous? > et leur montrant Tabolition qu'ils avaient obtenue du duc de Mayenne l'atmée précédente, « Y^rilà, {lour-

< suivit-il votre reproche sur le front; vous estes par \k té- « prouvés, désavoués et diffamés, gens sdos cbéf et âiM

< aven , auxquels sont faites défenses de tous nomtuer les f Seize ; et néanmoins vous prenez ce nom il grand honnetif : € notis ne devrions pas seulement parler il vOfis. ^ Nods c n'avons que faire, par la grâce de Dieu , répondit fièrement € Fun des Seize , de l'abolition dont vous parlez ^ et ne l'an

< vons demandée ny poursuivie, ni aulcun des nostres, comme

< n'estant nécessaire et sans occasion. » Les deux partis sè séparèrent plus irrités l'un contre l'autre qu'ils ne l'avalent jamais été.

Les Seize , ayant intercepté quelqiles lettres par lesquelles les royalistes priaient Henri IV d'accorder à la capitale la liberté de commerce dont toutes les classes avaient le besoin le plus pressant, présentèrent une pétition à Mayenne, et ii^ sistèrent pour que les signataires de ces lettres fussent Hgoureusement punis, t La saison, leur répondit froidement le c lieutenant-général , ne requiert aucun remnement i cette c entreprise ne procède de mauvaise intention^ mais du dé* c sir qu'aulcuns bourgeois ont de trouver quelque prompt c remède pour sortir de leur misère; ce que l'on doit plutôt c excuser que punir. » Cette réponse modérée excita la fureur des factieux; ils déclamèrent contre Mayenne i qui, forcé de pencher davantage vers le parti contraire, désigna

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THuitier pour être prévôt des marchands l'année suivante.

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