PRÉFACE. IX
tait à se dégager des catholiques. Les Etats le pressaient d'exterminer les dissidents : il se déclara le chef de la Ligue et demanda aux députés deux millions pour faire la guerre. Cette demande fit réfléchir les députés , qui , n'ayant reçu aucuu mandat pour donner des subsides, engagèrent la cour à renouer les négociations. Henri III , parfaitement à Taise , se hâta de dissoudre rassemblée. Tcuit cela était sans doute de rhabileté ^ mais par cette habileté , il ruina sa considération et perdit pour jamais la confiance des deux partis.
Douze années plus tard^ obhgé de céder Paris à la puissance du duc de Guise, après cette journée des Barricades, qui résuma en quelques heures d'humiliation et de détresse < toute cette politique d'oscillation et de ruses, il fut forcé, par suite d'un traité conclu avec l'usurpateur de non pouvoir, de convoquer, dans cette même ville de Blois , les Etats-Géné* néraux, pour se livrer plus que jamais à la faction victorieuse, en s'associant à la déchéance de rhéritier du trône. Guise , se confiant à sa fortune , se rendit à ces états nommés sous son influence : il y trouva la mort. La royauté était tombée si bas qu'elle vit le crime sous sa main , et le saisit comme une ressource. Henri III ne comprit pas que , Guise assassiné , les passions de la Ligue survivaient plus puissantes et plus furieuses; il crut que la mort d'un homme pouvait finir une question religieuse. Pour résoudre une pareille question , un moine fanatique valait bien un estafler ; le couteau de Jacques Clément était aussi concluant que le poignard de Saint-Màlin.
Nous rapporterons seulement comme un épisode ce qui se' passa en 1596 dans cette grande assemblée de notables convoquée à Rouen, sous Henri IV, pour régler les finances. Le résultat assiiz piquant de cette convocation n'implique pas du moins la liberté politique , étrangère à la composition de cette assemblée. Henri IV ouvrit la session par un discours où se trouvait cette phrase devenue célèbre : « Je viens demander « vos conseils , les croire et les suivre , me mettre en tutelle « entre vos mains ^ c'est une envie qui ne prend guère aux « rois , aux barbes grises et aux victorieux; mais mon amour
t PRÉFACE.
« pour mes sujets me fait trouver tout possible et hoiH)rable. » Ce discours, adressé à une assemblée qui était censée représentes la France, était fait dans la préoccupation des circons^ tances et dans l'oubli de la constitution nationale ; mais l'esprit fin et délié du Béarnais se réservait d'échapper au» conséquences de celte concession : c'est ce qu'il fit très-habilement, favorisé par l'ignorance de ces hommes sans mission et sans mandat. Les notables , prenant au mot cette tutelle acceptée par le roi victorieux , imaginèrent de partager les revenus de l'Etat en deux parts égales , dont Pune serait administrée par une commission nommée par eux, et Fautre laissée à la disposition du roi. Henri, par le conseil de Sully, accepta cette condition ^ on présenta une évaluation exagérée des revenus, et le ministère trouva le moyen de faire attribuer à la part du roi toutes les recettes d'une rehlrée certaine, et de placer dans l'administration de la commission les finances contestées et difficiles. Cette commission , présidée parle cardinal de Gondy, ayant des services publics à payer, eJ ne pouvant y faire face , fut bientôt obligée de renoncer à l'administration qu'elle avait usurpée, et de venir demander pardon au roi, en confessant son insuffisance.
Il nous reste à parler des Etats-Généraux tenus à Paris sous Louis XIII, en 1614. Tous les grands seigneurs avaient formé contre la cour un parti de mécontents qui s'appuyaient sur les protestants pour rallumer la guerre civile. Quand on demande à l'histoire quelle était la cause de ces mécontentements^ on trouve qu'ils se rapportaient tous à des exigences particulières aussi contraires à l'intérêt national qu'à l'autorité du roi. Les uns étaient mécontents de ne pas dominer dans le conseil-, d'autres voulaient des provinces, d'autres des villes, d'autres des châteaux; tous demandaient des pensions : c'était une réaction des passions avides et turbulentes que la fermeté de Henri IV avait contenues , et qui abusaient d'une minorité pour reprendre tout ce que la sagesse d'un roi guerrier leur avait fait perdre. La force militaire du protestantisme, ses places de sûreté munies de garnisons redou-