CHAPITRE XIII
De la trêve demandée par Mayenne (1).
Le duc accepta celte faveur, et , ayant appris que le pape se disposait à recevoir le roi dans l'Eglise, il demanda une trêve générale pour le reste de son parti.
(1) Je eontinue à citer Péréfixe.
U plupart des gens du conseil du roi qui considéraient les longueurs et les artifices dont il avait usé depuis six ans , ayant commencé cinquante traités sans jamais conclure, étaient d'avis de ne lui plus accorder de surséance , et de le pousser à bout. Mais la prudence et la bonté du roi ne s'accordaient pas à ce sentiment; parce qu'il n'ignorait pas deux maximes qui sont très-vraies : L'une , que les rois peuvent toujours , quand ils veulent t remettre les plus rebelles dans leur devoir; Vautre, qu'il est très-dangereux de désespérer de braves ^ens^ surtout des gens de la qualité du duc de Mayenne. Voilà pour* quoi, de son propre mouvement et contre l'avis de son conseil, il lui accorda une trêve. Ce qui suivit peu après , montra bien comme ce sage prince avait eu plus de lumières que tous ses ministres, et combien il eût été préjudiciable à ses intérêts de fiiire le contraire.
Cependant, de trois villes que nous avons dit qui restaient à la Ugtte en Picardie , la Fère , Ham et Soissons , le gouverneur de la première, nommé Colas, l'avait livrée aux Espagnols; et d'Orvilliers avait fait la même chose de Ham; après cela toutefois , cette dernière place ne leur demeura pas; Humières , l'un des plus braves gentilshommes de ce temps-là , les y vint attaquer à l'heure même si chaudement, qu'après une longue et meurtrière défense, ils furent tous mis en piè* ces; mais Humières y fut tué et plus de deux cents braves avec loi.
Cette perte exdta tellement l'indignation de la France con« tre les ligueurs , que la plupart de ceux-ci , étant désespérés , s'enfuirent aux Pays-Bas et en Espagne, où ils trouvèrent d'abord un accueil très-favorable et de bons appointements pour lesquels ils firent de très-grands maux à la France ; entr'au-
f 10 HISTOIRE DE PBâNCE.
Ires un vaillant capitaine ; nommé Bùne , qui , s^lmagteant qu'on allait traiter à la dernière rigueur tous ceux qui n'avaient point de places pour faire la paix , se résolut de foire si bien la guerre que les Espagnols eussent sujet de le récompenser, ou le roi de le racheter.
Ce fut lui qui inspira au comte de Fuentèa le dessein d*as-« siéger Cambrai après quMl eut forcé le Catelet , et qui lui persuada , pour faciliter cette grande entreprise , de prendra Dourlens auparavant, afin que les Français n'y pussent mener de secours en corps d'armée. Ce fut aussi par son conseil que Fnentès alla au-devant du duo de Nevers, du maréchal de Bouillon et de Tamira) de Villars , qui venaient au secours de Dourlens ; qu'il les combattit et les défit avec grand carnage de la noblesse française , et fit tuer Villars de sang-froid , Vun des plus braves gens de ce temps-là ; puis, étant revenu de^ vant Cambrai , il le prit par famine et dépouilla ainsi B^lagny de sa prétendue principauté , tandis que le roi était oeeiipé do côté de la Bourgogne.
Une nouvelle très-importante et long-temps attendue oour sola le roi de ces deux grandes pertes de Dourlens et de Cambrai : c'est qu'on lui manda qu'enfin le Saint-Père, passant par dessus toutes les difficultés et les oppositions que formaient les Espagnols, lui avait donné l'absolution te IGs^tembre, par la négociation et les poursuites de d'Ossat et du Perron» ses procureurs en cour de Borne, qui depuis furent honorés tous deux du chapeau de cardinal, à sa recommandation.
Après cela, le duc de Mayenne, n'ayant plus d'espéranee de pouvoir subsister, se résolut de traiter. Il était bien tard , et il ne pouvait attendre qu'une dernière rigueur, si la générosité du roi n'eût été plus grande que son obstination, K dit vrai
HENRI IV. m
aussi que Gabrielle , fort officieuse à tous ceux qui réclamaient sa faveur, et d'ailleurs songeant à se faire des amis et du support pour parvenir au mariage du roi où elle aspirait , n'aida pas peu à lui obtenir un accommodement trè&-faYorable. Cer* tes , les termes de Tédit que le roi lui accorda et les conditions furent si honorables , que jamais sujet n'en eut de plus avantageuses d'un roi de France ; mais elles l'eussent été davantage, si, avant que son parti l'eût abandonné, il eût traité pour les grandes villes, qu'il tenait encore comme leur chef, et que par ce moyen , il les eût toujours tenues attachées à ses intérêts.
Quelque temps après , il vmt à Montceaux saluer le roi , lequel, le voyant venir dans une allée où il se promenait, s'avança vers lui de quelques pas avec toute la gaieté et le bon accueil possibles, l'embrassa étroitement par trois fois, rassura qu'il l'estimait si fort homme d'honneur, qu'il ne doutait point de sa parole , et le traita avec autant de franchise que s'il eût toujours été attaché à son service. Le duc, comblé de ses bontés, dit, au sortir de là , « que c'était alors seule- < ment que le roi avait achevé de le vaincre » : aussi demeura-t-il toujours dans le devoir d'un très-fidële sujet, comme le roi se montra très-bon prince et exact observateur de sa parole.
Dans la même temps que le duc avait conclu son traité , et obtenu un édit du roi qui le confirmait , le nouveau due de Nemours , son frère utérin , et qui s'était appelé marquis de Saint^Sorlin , du vivant du brave duc de Nemours, son aine, se réconcilia aussi , par le moyen de sa mère , avec le roi , et ramena à robéissanoe quelques petites places qu'il tenait en eere dans le Lyonnais et dans le Forez.
lia lUSTOIRE DE FRANCE.
SoD frère atné, Fun des plus nobles el des plus généreux courages que Ton eût jamais vus , était mort Tannée précédente d'une étrange maladie, qui , de temps en temps, lui fit verser par la bouche et par tous le pores , jusqu'à la dernière goutte de son sang ; soit que ce mal lui fût venu de Textréme douleur qu'il eut, après s'être sauvé du château de Pierre-Encise , d'apprendre la reddition de Vienne , qui était sa plus sûre re* traite; soit qu'il fût causé par un poison acre et caustique , qu'on disait lui avoir été donné par ceux qui redoutaient son ressentiment. Il mourut sans avoir été marié.