CHAPITRE XVIII
Le due de Sully à la tète des finances.
Rosny, avant qu'il entrât en cette charge, s'ésalt pourvu de toutes les connaissances nécessaires pour s'en bien acquitter.il
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savait parfaitement tous les revenus du royaume et toutes les dépenses qu'il y fallait faire. Il communiqua tout ce qu*il en savait au roi , qui , de son côté , avait aussi si bien étudié toutes choses , qu'on ne pouvait pas dépenser cent écus, sans qu'il sût s'ils avaient été bien ou mal employés. < Comme c'est l'avantage c d'un mauvais dispensateur que son maître soit ignorant et « qu'il ne voie goutte dans ses affaires , aussi est-ce celui d'un c serviteur utile et fidèle, qu'il soit bien instruit et qu'il y « voie clair , afin qu'il sache estimer dignement ses servi- € ces. »
Au reste, son humeur s'accordait parfaitement bien avec celle du roi. Lorsqu'il lui confia ses finances, il désira de lui qu'il ne prît jamais aucun pot de vin , ni aucun présent sans l'en avertir; et quand Rosny l'en avertissait, il y consentait aussitôt , et même était si aise qu'en le servant bien il y trouvât son compte , que bien souvent il y ajoutait des dons du sien , pour lui donner courage de le servir toujours de mieux en mieux; mais Rosny ne les recevait jamais qu'il né fussent dûment vérifiés à la chambre des comptes , afin que tout le monde sût les libéralités que lui faisait son prince , et qu'on n'eût point à lui reprocher qu'il se servait de sa faveur à épuiser ses coffres.
Sous l'administration de ce surintendant , la première loi que le roi donna aux affaires de cette nature, ce fut la constance immuable de Tordre, lequel ne s'y doit jamais altérer depuis qu'il a été une fois arrêté et résolu; car, comme les choses les plus déplorées se redressent sous une conduite ferme et certaine, aussi les plus assurées se dissipent par une tête légère, qui fait, défait et refait sans cesse, et qui révoquera demain ce qu'elle a ordonné aujourd'hui.
Rosny donna bientôt 'des preuves indubitables de sa caparcité; car, ayant visité quatre généralités seulement, il fit en peu de temps revenir un million et demi des deniers qui étaient égarés. Puis après la surprise d'Amiens par les Espagnols , il fit trouver promptement un fonds pour dresser une grande armée et fournir aux frais du siège; si bien qu'il fut un des principaux instruments du recouvrement de cette grande ville.
Il est bon de marquer un expédient qu'il trouva entre plusieurs, pour empêcher les déprédations des financiers ; car cela est nécessaire en tout temps. Il savait qu'il y ^avait quelques personnes dans le conseil du roi , qui étaient de part avec les traitants et les fermiers, et qui faisaient adjuger au conseil les fermes et les traités à vil prix , et souvent leur faisaient donner de grandes diminutions. Pour empêcher que ces gens-là ne mangeassent ainsi le gâteau en tr'eux , il ferma la main aux fermiers généraux, défendant aux sous-ferniiers de leur plus rien payer, et leur ordonnant de faire voiturer l'argent de leurs sous-fermes et de leurs sous-traités tout droit à l'épargne. Il doubla par ce moyen les revenus du roi ; parce que les sous-fermes et les sous-traités se trouvèrent monter presque les deux tiers plus que ne montaient les traités et les baux généraux. Il ménagea aussi de telle sorte la dépense , qu'il n'était point besoin de prêts , qui consument les plus chers deniers du roi et le tiennent toujours dans la nécessité; et s'il obligeait les fermiers à faire des avances, c'était sans aucunes remises.
Ces gens du conseil , qui étaient intéressés dans les fermes et dans les partis , du commencement crièrent fort contre sa conduite, lui tendirent mille pièges et lui causèrent mille tra-
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▼enes; mais, avec le temps» il les amena i la raison. Semblablement tous ceux qui n'avaient aucun droit de lui demander, et qui ne laissaient pas de Fimportuner, ne pouvant rien arracher de lui , pestaient fort contre sa dureté ; mais il ne se souciait point de leur vaine colère , ni de leurs sots discours; il ne regardait qu'à acquitter légalement les dettes du roi , et payer promptement ce qui était ordonné pour de bonnes causes; car il ne savait ce que c'était que de faire demander cent fois une chose qui était véritablement due.
c Nous nous sommes un peu arrêtés sur ce point des financ ces, d'autant que c'est le plus important de tous, celui € par lequel on fait tout , sans lequel on ne saurait rien faire, c et d'oii dépend le soulagement ou raccablement des peuc pies, et tous les bons ou les mauvais succès des desseins
et des entreprises. >