‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 47 sur 91 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Réformation da Clergé. — Edit de Nantes.

Henri lY eât bien désiré, en même temps, de pourvoir à ]a réformation du clergé , qui véritablement était en grand désordre, tant pour son temporel , les biens ayant été usurpés dorant les guerres par les huguenots et par les mauvais catho^ liques, que pour le spirituel, la plupart des prélats et des pasteurs étant aussi ignorants que dépravés; mais il ne put pas sitôt y apporter les remèdes convenables. La nécessité cil il était de récompenser ceux qui l'avaient si bien servi , le contraignait de tolérer les abus et même de les commetire , disposant des bénéfices comme autrefois avait fait Charles-Martel; jcar il les donnait à des gens incapables, k des

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gens mariés, à des hommes d'épée, à des enfants, mênae à des femmes, pour récompenser la perte de leurs maris tués ou ruinés à son service.

Sur la fin de cette ahnée, rassemblée générale du clergé , se tenant à Paris, fit une grande remontrance au roi, par laquelle les prélats le priaient de faire publier le concile de Trente en France, de ne point charger sa conscience des nominations aux évéchés, abbayes, et autres bénéfices ayant charge d'âme ; de ne point mettre de pensions sur les bénéfices pour des personnes laïques ; de ne plus permettre que les églises et les lieux saints fussent profanés comme ils Tétaient ; mais de faire en sorte qu*on les réparât et qu'on y rétablit le service divin.

Pour ce qui est du concile de Trente, \1 faut savoir qu'il était reçu en France , quant aux articles qui concernent la foi, mais non pas généralement pour ceux qui touchent la police et la discipline; parce qu'il semble à plusieurs que ces dernier sont pour la plupart contraires aux libertés de l'Eglise gallicane et aux droits du roi. C'est pourquoi , quelqu'efibrt que les plus zélés aient pu faire , jamais ils n'en ont su venir à bout , les parlements s'y étant toujours fortement opposés.

A la harangue du clergé, le roi répondit éloquemment. mais en peu de mots : < qu'il reconnaissait que ce qu'ils lui « avaient dit touchant les nominations des bénéfices était vé- « ritable , mais qu'il n'était pas l'auteur de cet abus , et qu'il « l'avait trouvé ; qu'étant parvenu h la couronne durant l'em- « brasement des guerres civiles, il avait couru où il voyait le « plus grand feu , pour l'éteindre; que maintenant qu'il avait « la paix, il tâcherait de relever les deux colonnes de la France, « qui sont la piété et la justice ; que, Dieu aidant, il remetr

« trait l'Eglise en aussi bon état qu'elle était du temps de « Louis XII. Mais, leur disait-il , contribuez-y, je vous prie, c de votre côté ; faites , par vos bons exemples, que le peuc pie soit autant incité à bien faire qu'il en a été ci-devant déc tourné. Vous m'avez exhorté de mon devoir ; je vous exhorte c du vôtre : faisons bien h Tenvi des uns des autres. Mes c prédécesseurs vous ont donné de belles paroles ; mais moi, c avec ma jaquette grise, je vous donnerai de bons effets. Je c suis tout gris au-dehors , mais je suis tout d'or au-dedans. « Je verrai vos cahiers, et y répondrai le plus favorablement < qu'il me sera possible. ^

Il n'avait pas trop de toute sa prudence et de toute son adresse pour se gouverner, de sorte que les catholiques et le pape fussent contents de sa conduite, et que les huguenots n'eussent pas sujet de s'en alarmer et de se cantonner : son devoir et sa conscience le portaient à l'assistance des premiers; mais la raison d'état et les grandes obligations qu'il avait aux derniers ne lui permettaient pas de les désespérer. Pour garder donc un tempérament nécessaire, il leur accorda un édit plus ample que les précédents : on l'appela l'édit de Nantes, parce qu'il avait été conclu Tannée précédente en cette villela, tandis qu'il y était. Par cet édit, il leur accordait toute liberté pour l'exercice de leur religion , même la faculté d'être admis aux charges, aux hôpitaux, aux collèges, et d'avoir des écoles en certains endroits , et des prêches presque partout, et plusieurs autres choses dont ils sont bien déchus depuis ce temps là, à cause de leurs rébellions et de leurs divei^ses entreprises.

Le parlement y apporta de grandes oppositions plus d'un an darant : enfin, comme on lui eut fait comprendre que ce serait

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rallumer le feu dans le royaume que de ne pas accorder cette sûreté aux huguenots, qui étaient querelleurs et puissants, il le vérifia.

D'un autre c6té, pour adoucir le pape, qui eût pu se fâcher de cet édit, le roi lui rendait toutes sortes de respects, et embrassait ses intérêts avec chaleur, comnoie il fit en l'affaire de Ferrare, dès Tan 1 597 et 1 598.

Ce duché est un fief masculin du saint-siége, duquel les papes avaient autrefois investi les seigneurs de la maison d'Est, à la charge de réversion, au défaut de mâles légitimes. Alphonse d'Est, second du nom , dernier duc , était mort Tan 4597, sans enfants, et avait laissé de grands trésors à César d'Est, bâtard d'Alphonse P% son parent. Il avait fait son possible auprès du pape pour obtenir l'investiture du duché pour ce bâtard : lequel, ne l'ayant su impétrer, ne laissa pas de s'en mettre en possession après la mort d'Alphonse II, et de s'y vouloir maintenir à force d'armes. Clément VIU fut obligé de lui faire la guerre pour le déposséder. Les princes d'Italie se partagèrent dans cette querelle ; et les ducs de Guise et de Nemours furent sur le point d'entreprendre la défense de César, dont ils étaient proches parents, étant issus d'Anne d'Est, fille d'Hercule II, duc de Ferrare, et de madame Renée de France, car cette Anne , en premières noces , avait épousé François, dup de Guise ; et en secondes noces, Jacques, duc de Nemours. Le roi d'Espagne aussi le favorisait sous main, ne désirant pas que le pape s'agrandit en Italie, par la réunion de ce duché; MaisHenri-le-Grand ne manqua pas de prendre cette occasion d'offrir son épée et ses forces au saint-père. Les alliés de César, rayant su, en furent extrémenoent refroidis, et lui contraint de capituler ^vec le pape, auquel il remit tou^ le duché

de Ferrare. 11 ne lui resta que les villes de Hodène et de Rège, que l'empereur maintint être fief de Tempire, et dont il lui donna l'investiture. De là viennent les ducs d^ Modène d'aujourd'hui.

Si la chaleur que le roi avait témoigné en cette occasion pour les intérêts du saintrsiége obligea sensiblement le pape, celle qu'il faisait voir tous les jours pour ramener les huguenots au sein de l'Eglise, ne lui était pas moins agréable. Il agissait de telle sorte pour cela , que d'heure à autre il s'en coqr vertissait plusieurs , même des plus savants et des plus notables; mais ce qu'il y avait de plus important, c'est qu'il avait retiré le jeune prince de Condé d'entre les mains des huguenots, qui le gardaient soigneusement à Saint-Jean-d'Angély, depuis la mort de son père, arrivée Tan 1 587, et le nourrissaient dans leur fausse religion, avec grande espérance d'en faire quelque jour leur chef et leur protecteur. Le roi, considérant combien il serait préjudiciable au salut de ce jeune prince et à ses propres intérêts, de le laisser là plus longtemps, sut si bien gagner les principaux du parti, qu'ils souffrirent qu'on l'amenât à la cour. Il lui donna pour gouverneur Jean de Yivonne, marquis de Pisani, seigneur d'un rare mérite et d'une sagesse sans reproche, lequel n'oublia rien pour le bien élever dans la religion catholique et dans les plus beaux sentiments de Thonneur et de U vertu. Il n'avait encore que sept à huit ans ; lorsqu'il en eut neuf, le roi lui donna le gouvernement de Guienne, l'aimant tendrement, et le nourrissant comme son successeur

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