‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 48 sur 91 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Pétes. — Mort de la duchesse de Beaufort.

Dans le calme de la paix, on ne parlait que de réjouissances, de fêtes et de mariages. Celui de Tinfante d'Espagne Isabelle- Claire-Eugénie et de Tarchiduc Albert se célébra dans les Pays- Bas, et celui de madame Catherine, sœur du roi, ^avec Henri, duc de Bar, fils aîné de Charles II , duc de Lorraine, à Paris. Catherine était âgée de quarante ans, plus agréable que belle, ayant une jambe un peu courte : elle était assez spirituelle, aimait les belles-lettres, et savait beaucoup pour une femme, mais était opiniâtrement huguenote. Le roi appréhendait qu'elle n'épousât quelque prince protestant, lequel, par ce moyen, fût devenu protecteur des huguenots, et comme un autre roi en France : h cause de cela , il la donna au duc de Bar : pensant d'ailleurs gagner plus de créance parmi les catholiques, en s'alliant avec la maison de Lorraine. Avant cela il fit tout son possible pour la convertir, jusqu'à y employer les menaces; et n'en ayant pu venir à bout, il dit un jour au duc de Bar : « Mon frère, c'est à vous à la dompter. »

' Il y eut de la difficulté pour le lieu et pour la cérémonie de la célébration de ce mariage : le duc voulait qu'il se fit à l'église, et la fiancée quHl se fit au prêche. Le roi trouva un milieu; il le fit faire dans son cabinet, où il amena sa sœur par la main, et ordonna à son frère naturel, qui était archevêque de Rouen, il y avait environ deux ans, de les marier. Ce nouvel archevêque en fit du commencement quelque refus, alléguant les canons qui le défendaient; mais le roi lui représenta que son cabinet était un lieu sacré , et que sa présence sup-

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pléâit au défaut de toutes solennités ; après quoi, le pauvre archevêque n'eut pas la force de résister.

Ce mariage s'étant fait pour le bien de la religion catholique, il semble que le pape en devait être bien aise; néanmoins, comme il ne voulait point souffrir un mal, quelque bien qu'il en pût arriver, il déclara que le duc de Bar avait encouru excommunication pour avoir^ sans dispense de l'Eglise, contracté avec un hérétique, et tint ferme longtemps pour ne pas lui donner l'absolution, quelqu'instance que le duc lui en pût faire.

Outre les solennités de toutes ces noces, plusieurs autres choses entretenaient la cour ; deux changements notables, Tun du duc de Joyeuse, Vautre de la marquise de Belle-Isle , lui causèrent de l'étonnement.

Le duc de Joyeuse avait quitté Thabit de capucin, il y avait quatre ou cinq ans, avec dispense du pape, pour être chef de la ligue en Languedoc; un beau jour, sans en rien communia quer à personne, il rentra dans son couvent de Paris, et re^ prit rhabit. Peu de jours après, on fut bien étonné de voir, avec cet habit de pénitence, prêcher dans la chaire, celui qu'on avait vu la semaine précédente danser au bal, comme Tun des plus galants. On dit que les saintes exhortations de sa mère, qui le faisait souvenir de son vœu, et certains mots ambigus que le roi lui jeta en quelque conversation, lui firent penser qu'il ne pouvait plus être dans le monde avec sûreté de conscience, ni avec honneur.

La marquise de Belle-Isle, sœur du duc de Longueville, et veuve du marquis de Belle-Isle, fils atné du maréchal de Retz, ayant eu quelque secret déplaisir, y renonça aussi, et s*alla enfermer dans le couvent des Feuillantines, à Toulouse, où elle prit le voile et acheva ses jours.

II vint après cela des nouvelles à la cour que Philippin, bâtard du duc de Savoie, avait été tué en duel parle seigneur de Créquy, duquel on peut dire, sans flatterie, qu'il était un des plus galants hommes et des plus braves de son temps.

La cbasse était alors le plus ordinaire divertissement du roi. On raconte que, chassant dans la forêt de Fontainebleau, accompagné de plusieurs seigneurs, il entendit un grand bruit de cors, de veneurs et de chiens, qui semblait être fort loin, puis tout à l'instant s'approcha tout près d'eux. Quelquesuns de sa compagnie, s' avançant vingt pas, virent un grand homme noir, parmi des halliers, qui les effraya tellement, qu'ils ne purent dire ce qu'il devint; mais entendirent qu'il leur criait d'une voix rauque et épouvantable : m'attendezvam, ou m'entendez-vom^ ou amendez-vous? Les bûcherons et paysans d'alentour de cette forêt disaient que ce n'était point chose extraordinaire, et qu'ils voyaient quelquefois ce grand homme noir, qu'ils nommaient le grand-veneur, avec une meute de chiens, qui chassait à beau bruit, mais qui ne faisait mal à personne.

Il se fait une infinité de contes, dans tous les pays du monde, de pareilles illusions de ces chasseurs.

La mort étrange de la duchesse de Beaufort arriva quelques jours après. L'amour que le roi avait pour elle, s'était accru jusqu'à tel point, qu'elle avait bien osé lui demander qu'il reconnût sa faute, et qu'il légitimât ses enfants par un mariage subséquent; et il n'avait pas osé lui refuser absolument cette grâce, mais l'entretenait toujours d'espérances.

Ceux qui aiment la gloire de ce grand roi ont de la peine à croire qu'il eût jamais pu faire une telle action, qui sans doute l'eût jeté dans le mépris, et du mépris l'eût fait retomber dans

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h haine de son penple : toutefois il était à craindre que les appas de cette femme qui avait trouvé son faible, avec la flatterie des courtisans qu'elle avait presque tous gagnés à force de présents et de caresses, n'engageassent ce pauvre prince dans ce mariage, et, sans mentir, il avait Fàme trop tendre du côté des dames. Il était maître de toutes ses autres passions, mais il était esclave de celle-là. On ne saurait justifier sa m6moire de ce reproche; et, s'il est admirable en toutes les autres parties de sa vie, il ne doit pas être imité en ce point-là.

Cependant Gabrielle, se fiatUnt toujours de l'espoir d'être bientôt sa femme, sur les espérances qu'il lui en avait données, fit si bien qu'elle l'obligea de demander au pape des commissaires pour juger du divorce d'entre lui et la reine Marguerite; et le roi, afin de trouver faveur auprès du saint-père, et le rendre plus facile à ses intentions, lui faisait dire sous main, qu'il épouserait Marie de Médicis, dont on croit néanmoins qu'il n'avait pour lors aucune envie.

Aussi le pape, soit qu'il se défiât de son intention, soit qu'il vit que la reine Marguerite n'y donnait pas les mains, faisait traîner l'afijaire, et ne donnait que des réponses ambiguës : on dit même que, se voyant un jour prei^sé par le cardinal d'Ossat et par Sillery d'accorder consentement à leur maître, faute de quoi, disaient-ils, il se pourrait faire qu'il passerait outre, et qu'il épouserait la duchesse, il fut si étonné de ce discours, qu'il remit aussitôt la conduite de cette affaire en la main de Dieu.

Gabrielle alors était grosse de son quatrième enfant. Comme la fête de pâques approchait, le roi , désirant faire ses dévotions éloigné de tout objet de scandale, la renvoya à Paris, et la conduisit jusqu'à mi-chemin. Elle eut grande peine à se se-

pprer de lui, et elle lui recommanda ses enfants lés lalmles aux yeux, comme ayant un secret pressentiment qu'elle ne le devait jamais revoir.

Etant à Paris, logée dans la maison de Zamet, ce fameux financier, après avoir dtné chez lui, et ensuite avoir entendu ténèbres au petit Saint-Antoine (c'était le jeudi saint); comme elle était de retour au logis, et qu'elle se promenait dans le jardin, elle se sentit frappée d'une apoplexie au cerveau. Le premier accès étant passé, elle ne voulut plus demeurer en cette maison, mais se fit transporter chez madame de Sourdis, sa tante, près de Saint-Germain-l'Auxerrois; et là, tout le reste du jour et le lendemain elle eut de fois à autre des syncopes et des convulsions, dont elle mourut le samedi matin.

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