‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 49 sur 91 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Le mariage du fol et de la reine Marguerite cassé. — > La duchesse d*£ntragttefl.

La reine Marguerite n'avait point voulu prêter son consentement à dissoudre son mariage; mais , lorsque Gabrielle fut morte, elle y donna volontiers les mains, et adressa une re^ quête au Saint-Père, pour demander elle-même cette dissolu-* tion , se fondant principalement sur deux causes de nullité. La première était le défaut de consentement; car elle alléguait qu'elle avait été forcée de l'épouser par le roi Charles IX , son frère. La seconde était la proximité de parenté qui se trouvait entr'eux au troisième degré , dont elle disait qu'il n'y avait point eu de dispense valable.

Les seigneurs du royaume et le parlement supplièrent sa Majesté, par de solennelles députations, de vouloir songer à prendre femme , lui représentant les inconvénients et le dan-

ger où la France se trouverait» s'il venait à mourir sans enfants. Ces députations là ne sembleront pas étranges à ceux qui savent notre ancienne histoire; car on y voit que les rois ne se mariaient, ni eux ni leurs enfants, que de Tavis de leurs barons ; et cela passait presque en ce temps-la pour une loi fondamentale de TEtat.

Le roi, touché des justes supplications de ses sujets, adressa sa requête au pape • contenant les mêmes raisons que celles de la reine Marguerite, et chargea le cardinal d'Ossat, cl Sillery, son ambassadeur extraordinaire, qu'il avait envoyé à Rome poursuivre le jugement du pape sur la resliluiion du marquisat de Saluées , de solliciter instamment cette affaire.

La cause rapportée au consistoire, le pape donna commission à des prélats de la juger sur les lieux, selon les droits de cette couronne , qui ne souffrent point que Ton traduise les Français pour pareille nature d'affaires delà les monts, où il leur serait presque impossible de faire aller les témoins et les preuves nécessaires. Ces prélats furent le cardinal de Joyeuse, le nonce du pape, et l'archevêque d'Arles : lesquels, ayant interrogé les deux parties , vu les preuves produites de part et d'autre, et la réquisition des trois Etats du royaume, déclarèrent ce mariage nul , et leur permirent de se marier où bon leur semblerait.

La reine Marguerite , qui, depuis plusieurs années, avait quitté le roi; et, après diverr^es aventures, s*était enfermée volontairement dans le château d'Usson , en Auvergne , eut permission de venir à Paris , de l'argent pour payer ses dettes , de grandes pensions , la jouissance du duché de Valois , et de quelques autres terres, et droit de porter toujours le titre de reine. Elle vécut encore plus de quinze ans, et bâtit T xni. iO

14« mSTOlRE DE FRANGE.

UD palais prës^du iPré-aux-Clercs, qui depuis a été vendu pour payer ses dettes, et démoli pour bâtir d'autres maisons. Elle aima fort les bons musiciens, parce qu'elle avait l'oreille très* délicate, et les hommes savants et éloquents , parce qu'elle avait l'esprit beau et l'entretien fort agréable. Au reste, elle était libérale jusqu'à la prodigalité, pompeuse et magnifique ; mais elle ne savait ce que c'était que de payer ses dettes. « Ce « qui est sans doute le plus grand de tous les défaute dans c un prince; parce qu'il n'y a rien qui soit si fort contre la c justice dont il doit être le protecteur et le modèle. *

Ce mariage étant dissous, Bellièvre et Yilleroy portant le roi, par plusieurs grandes raisons d'Etat, à se fixer en la recherche de Marie de Médicis. Elle était fille de François , grand duc jde Toscane, qui était mort dès l'an 4588, et n'ayant que des filles, avait eu pour successeur son frère Ferdinand, qui par conséquent était oncle de Marie, et tenait pour lors le duché.

Le cardinal d'Ossat et Sillery firent entendre don inteûtlon au grand duc Ferdinand, son oncle; et Alincourt, fils de Yilleroy , qu'il avait envoyé pour remercier le Saint-Père de sa bonne et briève justice, touchant la dissolution susdite de son mariage , eut ordre de lui témoigner que le roi , ayant jeté les yeux sur toutes les filles des maisons souveraines de la chrétienté, n'avait point trouvé de princesse plus agréable. L'affaire fut conduite avec tant d'adresse et de vigilance, par les soins de ceux qui l'avaient entreprise, que le roi s'y trouva tout-à-fait engagé. Le contrat de mariage fut signé à Florence par ses ambassadeurs , le 4 avril 1 600 ; et Alincourt , dans sept jours^ lui en apporta les nouvelles à Fontainebleau. Il assistait pour ]k)rs à la fameuse conférence ou dispute entre

iaeques-David du Perron , évèque d'Evreux , depuis cardinal, et Philippe du Plessis-Mornay , dans laquelle la vérité triom-^ pha hautement du mensonge.

n y a des relations particulières des solennités qui se firent à Florence , des magnificences du grand duc » des cérémonies» des fiançailles et des noces de cette reine, de son embarquement, et de sa conduite par les galères de Malte et de Florence, et de sa réception à Marseille , à Avignon et à Lyon : et ainsi je n'en dirai rien.

Tandis que ce mariage de Florence se traitait , le roi , ayant on cœur qui ne pouvait longtemps conserver sa liberté , s'at-tacha à un nouvel objet.

n faut savoir que Marie Touchet , qui avait été maîtresse du roi Charles IX , d'où était issu le comte d'Auvergne , avait été mariée au seigneur d'Entragues, et en avait eu plusieurs enfants; entre autres une fort belle fille, nommée Henriette, qui, par conséquent, était soeur utérine du comte d'Auver-gne. Le roi la vit, et l'aima.

Elle voulut une promesse de mariage , disant qu'elle n*avait DoUe envie de se servir de cet écrit , et que , quand elle voudrait s'en servir, elle savait bien qu'il n'y avait point d'offi* cial qui osât faire citer un homme qui avait cinquante mille hommes de guerre à son commandement ; nmis que ces bonnes gens le désiraient ainsi, et qu'il ne devait point faire de difficulté de guérir leur fantaisie , puisqu'il ne s'agissait que de lui donner un petit morceau de papier en échange de la diose la plus précieuse qu'elle eût au monde. Enfin elle sut si bi^ tourner son esprit , qu'il lui fit une promesse de sa main, par laquelle il s'obligeait de l'épouser dans un an, pourvu que, dans ce temps4à , elle mit au monde un enfant mâle.

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Toute cette intrigue se voit dans les Mémoires de Sully, où il dit que le roi Tayaut mené seul dans la première galerie de Fontainebleau , lui montra cette promesse écrite' de sa main , et lui en demanda son avis ; qu'au lieu de répondre formellement sur cela, il la déchira en deux morceaux; que le roi en demeura tout étonné , et lui dit en colère : Comment , je crois que vous êtes fou ! Et qu'il lui répondit : Il est vrai , Sire , je suis fou , et je voudrais l'être si fort , que je le fusse tout seul en France; qu'au sortir de la galerie, le roi entra dans son cabinet, et demanda une plume et de Fencre et qu'il croit que c'était pour en récrire une autre. Quoi qu'il en soit, cette promesse causa bien de l'embarras depuis; car la demoiselle la voulut bien faire valoir, comme nous dirons.

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