CHAPITRE XXIV
• Le roi revient ! Paris «Tee la reine. — Af&ire de l'ambaMadeiir d*EepagBe.
Le traité signé, le roi partit de Lyon en poste pour revenir à Paris, où la reine le suivit à petites journées. Quelque
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temps après qu'elle y fat arrivée . il voalat qu'elle vH sesbA^ timents de SaiDt*Germain-en-Laye.
Le roi Henri-le-Grand ne prenait ce divertissement que pour se délasser TeHprit de ses travaux et non pas pour se Tpecaper; « ear il avait Tâme trop grande et le génie trop élevé « pour se donner tout entier à des choses si médiocres» en* c core moins pour s'attacher à de vains amusements. Il est c vrai qu'il bâtissait , qu'il chassait, qu'il jouait , mais c'était
< 9ans se détourner trop de s es affaires , et sans abandonner c le tin)on de son Etat , lequel il tenait aussi ferme (A aussi
< soigneusement durant le calme que durant la tempét^. » D'ailleurs , il n'avait garde de s'endormir durant la prospé- .
rite, qui est souvent trompeuse; et» outre qu'il n'y pas moins à travailler, pour un bon roi , au-dedans de l'Etat peqd^nt la paix » qu'au-dehors pendant la guerre, il savait que l'Espagnol et le Savoyard grondaient toujours, et qu'ils couvaient dans le cœur quelque entreprise contre lui. < Le comte de Fuentes (4 ), ayant levé une grande armée pour secourir le Savoyard , se fâchait que h paix lui avait ôté loccasion de l'employer ; quelques places qu'il avait prises en Picardie, durant la guerre entre les deux couronnes, lui avaient donné de la vanité, et lui faisaient croire qu'il remporterait toujours de l'avantage sur les Français. Au même temps le roi d'Espagne avait aussi mis en mer une armée navale , commandée par un Doria, laquelle avait sans doute, quelque dessein sur la Provence, si la paix ne se fût faite; et même, quoiqu'elle le fût, Fuentes ne laissait pas de vouloir tenter une entreprise sur Marseille pour faire rupture. Ceux avec qui il avait intelligence pour
(1] P«#xe.
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cela offrirent au roi (Vattirer dans le piège six ou sept cents hommes, et de les retenir prisonniers ou de les tailler en pièces ; mais le roi ne jugea pas qu*un si petit avantage valût la peine de donner sujet aux ennemis de rompre la paix , et de rentrer dans une guerre qui eût été fort dangereuse, parce qu'ils étaient puissamment armés. D'ailleurs , il craignait qu'il n'y eût encore au-dedans de son Etat du feu caché sous les cendres, et que, dans le bruit delà guerre, on n'attentât plus facilement sur sa personne; car, pour dire le vrai, il avait plus à craindre leurs couteaux et leurs poignards que leurs épées. Il dissimula donc sagement cette entreprise, et répondit aux Marseillais : QuHl ne savait point dérober la victoire : que les embuscades n'étaient honnêtes que durant Ut guerre , et qu'il se fallait bien donner de garde de contribuer, en quelque façon que ce fût y à V infraction que les ennemis avaient dessein défaire.
Enfin, les Espagnols, ayant reconnu que ce sage Argus, avait trop d'yeux et de vigilance pour pouvoir être surpris de quelque côté que ce fût, se résolurent d'employer leurs armes à de pieuses et honorables entreprises. Une partie de leur armée de terre passa en Hongrie, qui était alors attaquée par les Turcs. Le duc de Mercœur , étant allé chercher eu ce pays^ là une plus juste gloire que dans les guerres civiles de France^ y commandait les troupes de l'empereur. Il y fit connaître aux infidèles, par plusieurs beaux exploits, particulièrement par la mémorable retraite de Canise, que la valeur française est choi« sie de Dieu pour soutenir la religion chrétienne ; aussi ne fait-on point de doute qu'il ne les eût entièrement chassés de ce royau^ me-là , dont ils ont envahi plus de la moitié , s'il ne fût mort. Vannée suivante ; d'une fièvre pourprée qui le saisit à Nurem«
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berg, comme il allait faire ses dévotions à Notre-Dame de Lorette.
Il arriva, quelque temps après, un accident dans lequel le roi sut bien faire voir aux Espagnols qu*il n'était pas capa* ble de souffrir rien contre son honneur et contre la dignité de son Etat. Rochepot était son ambassadeur en Espagne : quelques gentilshommes de sa suite , desquels était son neveu , se baignant à la rivière, prirent querelle contre des Espagnols et en tuèrent deux » puis se sauvèrent chez l'ambassadeur. Les amis des morts émurent tellement le peuple » qu'il assiégea la maison et était prêt h y mettre le feu; le magistrat, afin de prévenir les tragiques effets de cette fureur, fut contraint de faire une injustice , et de violer la franchise de l'hôtel de l'ambassadeur ; car il s'y transporta avec main-forte , et emmena les accusés en prison. Le roi d'Espagne, fâché de ce qu'il avait violé le droit des gens , mais recevant ses excuses , l'envoya demander pardon à l'ambassadeur : toutefois ces Français demeurèrent toujours prisonniers.
On fit alors plusieurs discours et plusieurs écrits sur les droits et privilèges des ambaœadeurs. Il est vrai , disait-on , qu'un ambassadeur a seul droit de souveraine justice dans son hôtel , mais les gens de sa suite sont sujets à la justice de l'Etat dans lequel ils sont , pour les fautes qu'ils commettent hors de cet hôtel , et ainsi , hors de-là , on leur peut faire leur procès, et bien qu'on sache que cette rigueur ne s'observe pas ordinairement , et que le respect qu'on porte à la personne de l'ambassadeur s'étend sur tous ceux qui le suivent, toutefois c'est une courtoisie et non pas un droit. Mais , pour cela , il nest pas permis d'aller chercher le criminel dans l'hôtel d'un ambassadeur, qui est un lieu sacré , et comme un asile certain
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pour ses gens. Il ne doit pourtant pas en abuser, ni en faire une retraite de scélérats, ou y donner asile aux sujets du prince contre les lois et la justice; car en ce cas là, on s'en plaint à son maître, lequel est obligé aussitôt d*en faire raison.
• Or, le roi étant oflfensé, comme il devait, de l'injure faîte à la France dans son ambassadeur, et ne jugeant pas que la
^ satisfaction que le magistrat lui en avait faite fût suffisante , lui commanda de s'en revenir aussitôt ; ce qu'il fit sans prendre congé du roi d'Espagne ; il défendit aussi en même temps tout commerce avec les Espagnols ; et , comme il prévit que , dans ces commencements de rupture, ils pourraient entreprendre sur ses places de Picardie , il partit en diligence de Paris pour visiter cette frontière et se rendit à Calais.
Les peuples , qui commençaient à goûter le repos et à labourer leurs terres en patience , frissonnèrent de frayeur qu'une nouvelle guerre ne les exposât une autre fois à la licence du soldat. Mais Dieu eut pitié de ces pauvres gens : le
« pape, s'étant entremis de remédier au mal qui menaçait la
. chrétienté i accommoda heureusement le différend. L'Espagnol lui remit le procès et les prisonniers, lesquels sa sainteté consigna , quelques jours après, entre les mains du comte de fiéthune, ambassadeur de France à Rome; et le roi ensuite renvoya un ambassadeur en Espagne, qui fut le comte de Barrant.
Comme le roi était à Calais , ainsi que nous avons dit, l'archiduc était devant Ostende, où il continuait ce siège; il appréhenda que l'approche du roi ne retardât le progrès de son
. entreprise , où il avait déjà tant perdu d'hommes , de temps , de coups de canon, d'argent et de munitions. Il lui envoya donc
faire compliment, prometUnt que, du côté d'Espape , on le satisferait de la violence faite au logis de son ambassadeur; mais qu'il le suppliait que les assiégés ne se prévalussent point de cette conjoncture. Le roi qui ne se laissait jamais vaincre par courtoisie, non plus que par les armes, lui envoya le duc d'Aiguillon , fils aine du duc de Mayenne , l'assurer qu'il désirait maintenir la paix; qu'il ne s*était avancé sur les frontières que pour dissiper quelques menées qui s'y brassaient, et qu'il espérait de l'équité du roi d'Espagne, qu'il lui ferait raison.
Durant qu'il fut à Calais, la reine Elisabeth l'envoya aussi visiter par milord Edmond, son principal confident. Pour répondre à cette civilité obligeante, il fit passer le maréchal de Biron en Angleterre, accompagné du comte d'Auvergne, et de l'élite de tout ce qu'il y avait de noblesse à la cour, pour lui représenter le regret que le roi avait, se trouvant si près d'elle, de ne pouvoir jouir du bien de la voir.
Cette reine s'efforça , par toutes sortes de moyens, de hivç connaître aux Français sa grandeur et sa puissance. Un jour, tenant Biron par la main , elle lui montra un grand nombre de têtes plantées sur la tour de Londres , lui dit que l'on punissait ainsi les rebelles en Angleterre , et lui raconta les sujets qu'elle avait eus de faire mourir le comte d'Essex qu'elle avait autrefois si tendrement chéri. Ceux qui entendirent ce discours s'en souvinrent bien depuis, lorsqu'ils virent le maréchal de Biron tombé dans le même malheur que le comte d'Essex, perdre la tête, après avoir perdu les bonnes grâces de son roi.
Il ne faut pas oublier qu'avant que le roi fit son voyage de Calais, il avait mené la reine gagner le jubilé dans la ville d'Orléans , où le Saint-Père avait ordonné que commençassent
les stations pour la France. Sa piété , qui était sincère et sans feintise , donna un bel exemple à ses peuples , qui le voyaient aller dévotement aux processions et prier Dieu avec grande attention , et le cœur sur les lèvres. Il mit la première pierre fondamentale à l'église de Sainte-Croix d'Orléans, que les huguenots avaient misérablement abattue il y avait plus de qua* rante ans, et donna une somme d'argent considérable pour la rétablir.