‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 54 sur 91 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Emeutes.

L'assemblée des notables de Rouen , qui s'était tenue en f596, pour trouver un fonds au roi, afin de continuer là guerre et acquitter ses dettes, lui avait octroyé, comme nous Tavons déjà dit, l'imposition du sou pour livre sur toutes les denrées des villes closes : « L'état ( a dit Tacite, le plus grand c politique d'entre les historiens) ne se peut entretenir sans c troupes, m les troupes sans paiement, ni le paiement se c trouver sans impositions: par conséquent, elles sont nécesc saires, et il est juste que chacun contribue pour les dépenses c d*un état dont il fait partie, et des commodités et protecc lions desquelles il jouit. Mais il faut que ces impositions c soient modérées ; qu'elles soient proportionnées aux forces € de chacun ; que tout le monde en porte sa part; avec cela, c qu'elles soient faciles à percevoir ; qu'elles ne ruinent point c le commerce et la liberté; que les frais qu'on fait à les c lever n'excèdent point le principal; qu'elles se prennent c sur des choses qui ne soient "pas odieuses , comme sont c les denrées qui nourrissent les pauvres; qu'enfin ce soit c du sang qu'on tire des veines, non pas de la moelle qu'on c arrache des os. » Or, l'imposition du sou pour livre n'était pas de cette nature. Elle était fort fâcheuse ; car à chaque ville, on fouillait les marchands, on déballait les marchandises, on voyait ce que chacun portait : ainsi , il n'y avait plus de ii« berté dans le royaume pour les marchands, ni les voyageurs. D'ailleurs, elle était excessive; car telles marchandises qu'il y a, se vendant dix ou doure fois, il se trouvait qu'elles payaient

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presqu'autant d'impôts qu'elles valaient : et de plus, il y avait de fort grands frais à la lever ; car il fallait y employer tant de commis, qu'on eût pu en composer une armée; lesquels voulant tous faire les opulents, aussi bien que leurs maîtres, commettaient une infinité de vexations sur les marchands, qui en étaient comme désespérés ; et ce qui est bien étrange, il y avait dans le conseil du roi des gens, qui, étant pensionnaires de ces fermiers ou intéressés avec eux, les supportaient dans leurs violences, et rejetaient bien loin toutes les plaintes qu'on faisait de leurs malversations.

Les peuples sont dans cette erreur criminelle de croire que quand on leur dénie la justice ils ont droit de se la faire et d'avoir recours à la force quand leurs supplications ne servent de rien. C'est là presque la cause de toutes les séditionsi et c'est ce qui fit que tous ceux au-delà de la Loire s'étaient si fort échauffés sur cette imposition nouvelle, qu'ils avaient donné la chasse aux commis, et, qui, pis est, en avaient tué quelques* uns. Il y eut même des villes avec leurs magistrats qui prirent les armes. Les fermiers, d'autre côté, aigrissaient le mal par de furieuses menaces qu'ils faisaient, qu'on démantèlerait les villes rebelles, qu'on y bâtirait des citadelles pour les tenir en bride; et je crois qu'ils l'eussent bien désiré de la sorte, non pas tant peut-être pour l'amour de l'autorité du roi, que ces gens ont toujours à la bouche, que pour leur propre vengeance et pour leur avantage particulier.

Le roi, ayant avis de ces émotions, craignit qu'elles ne fussent suscitées par les émissaires de la faction du duc de Biron, hquelle il venait de découvrir : c'est pourquoi, un peu après Pâques, il partit de Fontainebleau, se rendit à Blois et de là à Poitiers» Là, il écouta favorablement les plaintes de ses peu-'

pies, remoûlra aux députés des villes de Guienne : < Que les c impôts qu'il levait n'étaient point pour enrichir ses minisc très et ses favoris» comme avait fait son prédécesseur, mais c pour supporter les charges nécessaires de l'état : que si son c domaine eût été suffisant pour cela, il n'eût rien voulu c prendre dans la bourse de ses sujets; mais puisqu'il y em-

< ployait le sien tout le premier, qu'il était bien juste qu'ils c y contribuassent du leur : qu'il désirait avec passion le souc lagement de son peuple, et que jamais aucun de ses prédéc cesseurs n'avait tant souhaité leurs prières envers Dieu que

< lui, pour béoir les années de son règne; que les alarmes c qu'on leur voulait donner qu'il avait dessein de bâtir des cic tadcilles dans les villes, étaient fausses et séditieuses, et

< qu'il n'en désirait point avoir d'autres que dans le cœur de « ses sujets. >

Par ces douces remontrances, il calma toutes les séditions, sans qu'il fût besoin d'aucun châtiment, sinon que l'on déposa les consuls de Limoges, et que la pancarte fut établie. On ap« pelait ainsi le sou pour livre; mais ce ne fut que pour l'honneur de l'autorité royale; car aussitôt ce prince, le plus juste elle meilleur qui fut jamais, connaissant les vexations extré* mes qu'elle causait, la révoqua et l'abolit tout*à-fait.

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