CHAPITRE XXVIII
(lionipintioii du dac de Blron.
La Seconde chose qui lui donnait encore plus d'inquiétude ^ et qui était capable de bouleverser l'état, s'il n'y eût remédié, c'était là conspiration du maréchal deBiroo. Il faut savoir que Uf&ù avait été le principal instrument des intelligences d'en«
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198 mSTOIRE DE FRANGE.
tre ce maréchal et le d^uc de Savoie. Il avait porté et rapporté toutes les lettres, et avait eu quelques conférences avec le duc et avec le comte de Fueates; de sorte qu'il savait toute Tintrigue. Or, voyant qu'il n'y avait point d'assurance aux paroles du Savoyard, et que Biron semblait chanceler, il résolut de découvrir cette menée au roi, soit qu'il eût peur que, traînant trop longtemps» elle fût éventée d'ailleurs, soit qu'il espérât, par ce service, tirer quelque grande récompense, et se remettre bien auprès du roi, où il était fort mal.
Ayant ce dessein, il employa le vidame de Chartres, son neveu, pour obtenir du roi sa grâce et abolition du passé, à la charge de lui découvrir les complices de la conspiration, et de lui en fournir les preuves. Il avait retenu plusieurs lettres qu'il gardait; mais elles n'en disaient pas assez, et ne parlaient pas si clairement, qu'elles pussent faire conviction. Pour l'avoir tout entière, voici ce qu'il fit.
Biron avait quelques mémoires écrits de sa propre main, où la conspiration était couchée par articles : Laffin lui remontra que c'était une imprudence de les garder et de les communiquer, parce que son écriture était trop connue; qu'il serait plus sûr d'en faire une copie jet de brûler l'original, Biron trouva cela bon, et les lui donna pour les transcrire. Il les transcrivit en effet, tandis que Biron était couché sur son lit, puis lui rendit la copie, etchiffonant l'original, fit semblant de le jeter dans le feu; mais, par une adresse préméditée, il y jeta quelques autres papiers et retint ceux-là. Une chose de cette conséquence méritait bien que Biron les brûlât lui-même; et ne Tayaut pas fait, parce que Dieu le permit ainsi, cette négligence lui coûta la vie, comme nous le verrons.
Après cela, Laffin continuant ses intrigues, pour essayer
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de tirer encore quelques secrets plus particuliers, fut à Mflâu, travesti, et conféra avec Fuentes : mais cet Eq>agnol habile et rusé sentit bien qu'il les voulait trahir, et se montra plus retenu. On dit que LaflSn» ayant reconnu cette défiasce, eut pair qu'on ne se défit de lui, et qu'il s'en revint par des che* mins écartés. Le duc de Savoie, averti de cela par Fuentes, retint prisonnier le secrétaire de Laffin, nommé Renaze, de peur qu'il n'allât servir de témoin contre Biron.
Dans leurs conférences, ils avaient proposé de démembrer le royaume de France : que le duc de Savoie aurait la Provence et le Daupbiné ; Biron, la Bourgogne et la Bresse, avec la trcMsième fille de ce duc en mariage, et cinquante mille écus de dot; quelques autres seigneurs, d'autres provinces, avec la qualité de pairs; que tous ces petits souverains relèveraient du roi d'Espagne; que^ pour parvenir à ce dessein, les Espagnols jeteraient une puissante armée dans le royaume, et le Savoyard un autre; que l'on ferait remuer les huguenots; qu'en même temps on réveillerait plusieurs mécontents en di vers adroits, et que l'on susciterait et animerait les peuples, qui étaient fort irrités par la pancarte. . Toutes ces propositions, se disait-on, s'étaient Ciites du temps de la guerre de Savoie; et le maréchal de Biron, outré du refus que le roi lui avait fait*de lui donner la citadelle de Bourg, y avait prêté l'oreille, et s'était engagé bien avant en ces damnables menées. Toutefois il semblait s'en être repenti ; car il les avait avouées au roi, en se promenant avec lui dans le cloître des cordeliers de Lyon, et lui en avait demandé pardon ;.mais il avait négligé d'en prendre abolition contre le conseil que lui avait donné le duc d'Epemon, qui était plus sage et plus avisé que lui.
im IIISTOmE DE FRANCE.
Or, peu après, se repentant de s'être repenti, il était retourné à sa première faute , et entretenait encore quelque correspondance avec les étrangers. Avec cela, il parlait du roi avec peu de respect, abaissait la gloire de ses belles actions, élevait la sienne, et se vantait de lui avoir mis la couronne sur la tête et d'avoir sauvé la France; enfin, tous ses discours n'étaient que bravades, rodomontades et menaces.
On rapportait tout cela au roi : on lui disait qu'il déprimait ses beaux faits; qu'il vantait la puissance du roi d'Espagne; qu'il louait la sagesse du conseil de ce prince, sa libéralité à récompenser les boQS services, et son zèle à défendre la vraie religion. Le roi disait adroitement et prudemment à ceux qui lui faisaient ces rapports : « qu'il connaissait le cœur de « Biron, qu'il était fidèle et affectionné; qu'à la vérité sa lan-« c gue était intempérante, mais qu'il lui pardonnait ses mau-' c vais discours , en faveur des bonnes actions qu'il avait t faites.
Or, deux choses achevèrent de le perdre, et obligèrent le roi d'approfondir tout*à'fait ses mauvais desseins. La première fut le trop grand nombre d'amis, et Taffection des gens de guerre dont il faisait parade, comme s'ils eussent été absolument dépendants de ses commandements et capablei^ de faire tout ce qu'il eût voulu ; la seconde, qu'il avait amitié très^ particulière avec le comte d'Auvergne, frère utérin de mademoiselle d'Entragues qu'on nommait la marquise de Verneuil; car, par l'une, il donna delà jalousie à son roi et se voulut faire craindre; et par l'autre, il se rendit odieux à la reine, qui s'imagina, peut-être non sans sujet, qu'il ferait un parti dans le royaume pour maintenir cette rivale et ses enfants à »on préjudice.
Or, le roi» désirant de pénétrer le plus avant qu*it pourrait dans celte affaire, manda Laffin, qui se rendit à Fontainebleau, plus d'un mois avant que le roi partit pour le Poitou. Il eut premièrement des entretiens forts secrets avec lui, puis il en eut d'assez publics, et lui donna quantité de papiers, entr'autres ce mémoire écrit de la main de Biron, dont nous avons parlé. Ce que LaflBn révéla au roi lui jeta de grandes inquiétudes dans l'esprit; de sorte que, dans tout le voyage de Poitiers, on le vit extrêmement rêveur, et la cour, à son exemple, était plongée dans un triste étonnement, sans que per* sonne en pût deviner la cause.
A son retour de Poitiers à Fontainebleau , il manda au duc de Biron de le venir trouver. Biron hésite , et s'en excuse sur quelques mauvaises raisons. Il le presse et lui envoie d'Escures, puis le président Jeannin, lui porter parole qu'il n'aurait point de mal. Cela se devait entendre , pourvu qu'il se mit en état de recevoir grâce, et qu'il n'aggravât pas son crime par son orgueil et par son impénitence.
Biron savait bien que LaflBn avait fait un. voyage à la cour; mais il se tenait assuré de cet homme-là plus que de soimême. D'ailleurs le baron de Lux , son confident, qui s'y était trouvé alors, lui disait que LaflBn avait eu bonne bouche, et qu'il n'avnit rien révélé qui lui pût nuire. De Lux le croyait ainsi , parce que le roi , après avoir entretenu LaflSn , lui avait dit » avec un visage gai : < Je suis bien aise d'avoir vu cet homme ; il m'a ôté beaucoup de défiance et de soupçons de l'esprit. >
Cependant les amis de Biron lui écrivaient qu'il ne fût pas si fou que d'apporter sa tête à la cour; qu'il était plus sûr de se justifier par procureur qu'en personne : mais» nonobstant
18S HISTOIRE DE PRANCE.
cet avis, et malgré les remords de sa conscience , après avoir délibéré quelque temps , il prend la poste et se rend à Fon-^ tainebleau , alors que le roi ne l'attendait plus et qu'il se préparait pour Taller quérir.
On ne peut assez admirer l'insolence et l'aveuglement de ce malheureux , ni au contraire assez louer la bonté et la clé* mence du roi , qui tâchait de vaincre son endurcissement. L'aveu de la faute est la première marque de la repentance. Le roi, le prenant en particulier, le conjura instamment de lui vouloir déclarer ce qui était de ces intelligences et des traités qu'il avait faits avec le duc de Savoie , lui engageant sa foi qu'il ensevelirait tout cela dans un éternel oubli ; qu'il en savait assez toutes les particularités, mais qu'il désirait les entendre de sa bouche , lui jurant que , quand sa faute serait le plus grand de tous les crimes , sa confession serait suivie d'une grâce entière. Biron , au lieu de la reconnattre , ou du moins de s'excuser avec modestie , en parlant à son roi qui était offensé, lui répondit insolemment qu'il était innocent; qu'il n'était pas venu pour se justifier, mais pour apprendre le nom de ses calomniateurs, pour en demander justice , autrement, qu'il se la ferait lui-même. Encore que cette réponse Irop altière aggravât beaucoup son offense , le roi ne laissa pas de lui dire bien doucement , qu'il y pensât mieux , et qu'il espérait qu'il prendrait un meilleur conseil.
Le même jour, aprè9 souper, le comte de Boissons l'exhorta encore, de la part du roi, de lui confesser la vérité, et conclut sa remontrance , par cette sentence du sage : « Monsieur» sachez que le courroux du roi est le messager de la mort ; » mais il lui répondit encore avec plus de fierté qu'il n'avait répopdu à^ roi.
HErauiT. t«
Le lendemaiD matin , le roi , se pitmeDant en ses allées . le coDJura, pour la seconde fois, de lui avouer la conspiration ; mais il n'en put tirer autre chose que des protestations d'in- Doceoce et des menaces contre ses accusateurs.
Sur cela , le roi se sentit agité jusqu'au fond de l'âme , de diverses pensées, ne sachant ce qu'il devait faire. D'un côté« l'affection qu'il lui avait portée et ses grands services retenaient son juste courroux ; et d'autre part , son crime atroce, son orgueil et son endurcissement lâchaient la bride à sa justice, et l'incitaient à punir le criminel, joint que le péril dont son état et sa personne étaient menacés , semblait ne pouvoir être prévenu qu'en écrasant le chef d'une conspiration dont on ne voyait pas bien le fond.
Dans cette peine d'esprit , il se retire dans son cabinet , et, se mettant à genoux , prie Dieu de tout son cœur de lui vouloir inspirer une bonne résolution. Il avait coutume 4*6n user ainsi dans toutes ses grandes affaires : Dieu était son plus sûr conseiller et sa plus fidèle assistance. Au sortir de sa prière , comme il l'a dit depuis , il se sentit entièrement délivré de l'agitation ou il était, et se résolut de remettre Biron entre les mains de la justice , si son conseil trouvait que les preuves qu'on avait par écrit fussent si fortes qu'il n'y eût point de doute à sa condamnation. Il choisit pour cela quatre personnes de ceux qui le composaient , Bellièvre , Yilleroi , Rosni et Sillery, et leur montra les preuves. Ils lui dirent tous, d'une voix , qu'elles étaient plus que suffisantes.
Après cda , il voulut faire une trdsième tentative sur ce cœur orgueilleux : il employa, pour la dernière fois, les remontrances , les prières , les conjurations et les assurances de pardon , pour l'obliger d^ lui avouer son crime; mais il répon-
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dit toujours de la même sorte , et ajouta que , s'il connaissait ses calomniateurs , il leur romprait la tête.
Enfin le roi , ennuyé de ses rodomontades et de son opiniâtreté , le quitta là , lui disant , pour dernières paroles : « Hé bien ! il faudra apprendre la vérité d'ailleurs. Adieu , baron de Biron.» Ce mot fut comme un éclair avant-coureur de la foudre qui rallait terrasser ; le roi , le dégradant par là de tant d'éminentes dignités dont il l'avait honoré , montrait qu'il l'allait abaisser beaucoup plus qu'il ne l'avait élevé.
Au sortir de la chambre de la reine , ob il jouait à la prime, Vitry, capitaine des gardes-du-corps , lui demande son épée, et l'arrête prisonnier. Pràslin, aussi capitaine des gardes, s'assure du comte d'Auvergne; et le lendemain ils les mettent dans des bateaux sur la Seine , et les conduisent , avec bonne escorte, par eau , à la Bastille.
Biron avait un très-grand nombre d'amis; mais, en cette occasion , où il était accjusé d'avoir conspiré contre la personne du roi, tous demeurèrent muets et perclus. Ses parents, qui se trouvèrent à la cour, allèrent se jeter aux genoux du roi, non pour lui demander justice , mais pour implorer sa miséricorde. Le seigneur de la Force, qui depuis a été maréchal de France , portait la parole pour tous. Si Biron eût parlé du commencement avec autant d'humilité et de soumission qu'ils firent, il eût sans doute obtenu sa grâce ; mais il était trop tard , la clémence n'avait plus de lieu , elle avait fait place à la justice.
Le roi commanda à son parlement de lui faire le procès, et envoya commission particulière au premier président, au président Potier -Blancmesnil, et à deux conseillers, pour en dresser l'instruction , à la requête de son procureur-général.
Les preuves étaient fortes, et la défense de Biron très-faible.
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Il fit bien voir» dans une affaire oii il s^agissait de la vie» qu'il avait moins de eervelle que de cœur ; car il reconnut d*abord son écriture, sur laquelle il eût pu chicaner et gagner quelques jours, qu'il eût fallu employer à la vérifier. Cette pièce avait été écrite du tenips de la guerre de Savoie , et il prétendait que le roi, étant à Lyon, lui avait pardonné toutes ses escapades. Le roi envoya des lettres du grand sceau à son parlement, par lesquelles il révoquait cette grâce ; mais on ne fit pas grande considération là-dessus; car, premièrement, la grâce qu'il lui avait accordée n'était que verbale; et en second lieu, le parlement tient pour maxime, qu'il y a des crimes que le roi ne peut pardonner, comme ceux de lèse-majesté divine et humaine, et ceux qui sont d'un horrible scandale, ou d'un grand préjudice au public. Quand on vint au recollement et confrontation des témoins, et qu'on présenta Laffin à Biron, au lieu de le reprocher, comme c'était un homme que cent reproches rendaient incapable de porter témoignage, il le reconnut pour un homme de bien et brave gentilhomme. Puis, lorsqu'il eut entendu lire sa déposition, il se mit à le charger d'injures, à l'appeler traître, magicien et méchant; mais il n'était plus temps, ses reproches n'étaient plus valables.
11 croyait que Renazé était encore prisonnier en Piémont; il s'était sauvé quelques jours auparavant, et voilà qu'on le représente devant lui. 11 croit voir un fantôme, il demeure étonné et muet, et sans lui faire aucun reproche, entend sa déposition, qui était conforme à celle de LaflSn. Us déposaient, outre ce que nous avons dit, qu'il avait comploté avec le gouverneur du fort Sainte-Catherine,^ de faire tuer le roi lorsqu'il irait reconnaître la place, oii Biron l'eût accompagné , et eût marché un peu devant lui, vêtu d'une certaine façon, afin d'être re-
connu. Ds disaient encore qu'il y avait une autre entreprise pour enlever le roi lorsqu'il serait à la chasse ou ailleurs, mal accompagné, et le mener en Espagne.
^'instruction du procès ainsi faite dans k Bastille, par quatre commissaires, on le conduisit au palais par la rivière, bordée du régiment des gardes. 11 fut oui en parlement, assis sur la sellette, toutes les chambres assemblées, mais les pairs n'y étant pas, quoiqu'ils y eussent été appelés; puis il fut reconduit à la Bastille.
Le lendemain, dernier de juillet, on alla aux opinions, et de cent-cinquante juges, il n'y en eut pas un qui ne conclût à la mort. Il fut déclaré, atteint et convaincu du crime de lèsemajesté, pour les conspirations faites par lui sur la personne du rai, entreprises sur son état, proditions et traités avec ses ennemis, étant maréchal de l'armée dudit seigneur roi. Pour réparation de ses crimes, privé de tous états, honneurs et dignités , et cofidamné à avoir la tête tranchée en place de Grève ; ses biens , meubles et immeubles, acquis au roi ; sa terre de Biron pour jamais privée du titre de pairie; cette terre et toutes s^s autres, réunies au domaine de la couronne-
Le roi, sous prétexte de faire grflce à ses parents, mais craignant* en effet quelque tumulte, parce qu'il était fort aimé des gens de guerre, et avait grand nombre d'amis à la oour, commua le lieu de l'exécution, et voulut qu'elle se flt dans la Bastille. Le chancelier y étant allé avec le premier président, le fit mener à la chapelle, où, sur les dix heures du matin , on lui prononça son arrêt , qu'il entendit un genou en terre, avec assez de patience, hormis quand ce vint à ees paroles : conspirations sur la personne du roi. Pour lors.
il se leva et s'écria : tl n'en est rien ; cela est faux ; dtefit^ cela. Ensuite le chancelier, selon les formes, lui redemanda le collier de l'ordre, sa couronne ducale, et le bâton de maréchal, n n'avait pas les deux derniers avec lui, mais seulement le premier, qu'il tira de sa poche et le rendit.
n serait inutile de rapporter tous ses discours, ses repro^ ches, ses emportements, ses plaintes, ses exclamations, et cent extravagances (car on peut les nommer ainsi) auxquelles il s'emporta.
Sur les cinq heures du soir, il fut mené sur Téchafaud, où il eut la tête tranchée. Il fut porté en Véglise de Saint-PauU oh on l'inhuma sans aucune cérémonie, mais avec un merveilleux concours de peuple, qui avaient tous les larmes aux yeux, et plaignaient ce brave courage, qu'une détestable ambition et un oi^ueil trop emporté avaient amené à une fin si malheureuse.
n est bon de savoir que ce maréchal était fort ignorant, mais extrêmement curieux des prédictions des astrologues, devins, géomanciens, et autres affronteurs. On tient même que Laffin avait gagné ses bonnes grâces, sur ce qu'il lui faisait croire qu'il parlait au diable, et qu'il l'avait assuré qu'il serait souverain. On dit encore, qu'étant jeune, il alla un jour, déguisé» voir un diseur de bonne aventure, qui lui prédit qu'il serait fort grand seigneur, mais qu'il aurait h tète coupée, dont il se fâcha et le battit outrageusement; qu'un autre devin lui prédit qu'il serait roi, si un coup d'épée par derrière ne Ten empêchait ; et un autre, qu'il mourrait par l'épée d'un Bourguignon, et qu'il se trouva que le bourreau qui lui trancha la tête était natif de Boui^ogne.
Laffin etReaazé eurent leur abolition. Un nommé Hébert,
secrétaire du maréchal de Biron, souffrit la question ordinaire et extraordinaire, sans rien confesser; toutefois il fut condamné à une prison perpétuelle. Peu de temps après, le roi le fit mettre en liberté; mais le ressentiment de ce qu'il avait souffert étant plus fort sur lui que celui de la grâce , il passa en Espagne, où il acheva ses jours.
Le baron de Lux, confident de Biron, vint en cour sur la parole du roi. Il lui dit tout ce qu'il savait, et peut-être encore davantage, moyennant quoi il obtint son aboHtion, en telle forme qu'il voulut, et fut confirmé en ses charges, et aux gouvernements du château de Dijon et de la ville de Beaune. Le roi retint le gouvernement de Bourgogne pour monseigneur le dauphin, et en donna la lieutenance à Bellegarde, lequel depuis en fut gouverneur en chef.
Montbarot, seigneur breton, fut mis dans la Bastille sur quelques indices qu'il y avait contre lui; mais, s'étant trouvé innocent, on lui ouvrit aussitôt les portes.
Le baron de Fontanelles; gentilhomme de très-bonne maison, n'eut pas le même sort; car, pour avoir trempé dans la conspiration, et outre cela avoir traité de son chef avec les Espagnols, de leur livrer une petite lie sur les côtes de Bretagne, il fut rompu sur la roue en place de Grève, par arrêt du grand conseil. Le roi, en considération de sa maison, qui est fort illustre, accorda aux parents, que, dans l'arrêt, il ne serait point appelé de son nom propre; mais l'histoire ne l'a pu taire.
Le duc de Bouillon, se trouvant aussi un peu impliqué dans Taffaire de Biron, jugea à propos de se retirer en sa vicomte de Turenne. Le roi ayant avis qu'il y tramait encore quelque chose, lui manda qu'il le vint trouver pour se justifier. Au lieu d y venir , il lui écrivit une lettre fort éloquente, par
HENRI IV. iSi
laquette il lui représenta qu'ayant appris que ses accusateurs étaient très-méchants et très-artificieux , il le suppliait de le dispenser d'aller à la cour, et de trouver bon, que, pour satisfaire à sa majesté, à toute la France et à son honneur propre, son procès lui fût fait h la chambre de Castres, en vertu du privilège qu'il avait accordé à tous ceux de la religion prétendue réformée, et qu'on voulût y envoyer les accusateurs et les accusations. Aussitôt il se rendit à Castres, se présenta à la chambre, et prit acte de sa comparution. Le roi n'eut point cette réponse agréable : il blâma même le procédé des juges de Castres, qui lui en avaient donné acte, et lui manda qu'il n'était point encore question de le mettre en justice, et qu'il eût à venir au plutôt.
Comme il fut averti, par les amis qu'il avait à la cour, de la résolution du roi, lequel lui avait envoyé le président Commar^ tin, pour lui faire entendre sa volonté, il partit de Castres, alla à Orange, passa par Genève, puis se retira h Heldebergj chez le prince palatin, disant en sage politique, comme il était, « qu'il ne fallait ni capituler avec son roi, ni s'approcher de c lui tandis qu'il était en colère. »