CHAPITRE XXX
RèUblissemeit det jénltei. — Mort de la reine d'Anglelene.
Le roi passa les fêtes de Pâques à Metz. Tandis qu'il y Ait , il écouu la requête que les jésuites lui firent pour leur rétablissement. Il remit à leur faire justice quand il serait de retour à Paris , et permit au père Ignace Armand et au père Colon de s'y rendre pour solliciter leur cause. Us n'y manquèrent pas , et le père Coton , qui était d'un entretien extré- •
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mement doux et accort . et fort célèbre prédicateur, gagna aussitôt les bonnes grâces de toute la cour, et plut si fort au roi qu'il obtint de Sa Majesté le rappel de la société en France, malgré même les avis de f|uelques-uns de son conseil. Il les rétablit donc par un édit qu'il fit vérifier en parlement, et fit abattre ensuite cette pyramide qui avait été dressée devant le palais , en la place de la maison de Jean Châtel , sur laquelle il y avait plusieurs écrits en vers et en prose, très-sanglants contre ces pères.
Dans ces deux aunées de 4602 et 4603 , nous avons encore à remarquer trois ou quatre choses importantes. La première, que le roi, au sortir de Metz, alla à Nancy visiter sa sœur, la duchesse de Bar, laquelle mourut Tannée suivante, sans enfants; la seconde, qu'il renouvela l'alliance avec les Suisses, et à quelques mois de là avec les Grisons, nonobstant les obstacles que tâcha d'y apporter le comte de Fuentes, gouverneur du Milanais; la troisième, que, s'en retournant à Paris, il reçut la nouvelle de la mort d'Elisabeth, reine d'An-
EUe était fille du roi Henri Vni , et de cette Anne de Boulen , pour l'amour de laquelle il avait quitté Catherine d'Aragon, tante de l'empereur Charles-Quint , sa première femme. Il ne manqua presque rien au bonheur de son règne que la religion catholique , qu'elle bannit d'Angleterre; et on eût pu lui donner le nom de bonne aussi bien que celui de grande , si elle n'eût pas traité si inhumainement , comme elle fit, sa cousine germaine, Marie Stuart, reine d'Ecosse, qu'elle tint dix-huit ans prisonnière , et puis lui fit eouper la tête , à cause de quelques conspirations que les serviteurs et amis de cette pauvre princesse avaient faites contre sa personne.
Le fils de cette Marie, nommé Jacques VI y roi d'Ecosse, étant le plus proche du sang d*Anglererre, comme potit-fils de Marguerite d'Angleterre, fille du roi Henri VII et sœur du roi Henri VIII, mariée à Jacques IV, roi d'Ecosse , succéda à Elisabeth , qui avait fait mourir sa mère. Il voulut s'appeler roi de la Grande-Bretagne, pour unir, sous un même titre , les deux couronnes d'Angleterre et 4'Ecosse, qui, en effet, ne sont qu'une même ile, jadis appelée par les Ro* mains MagnorBritannia.
L'alliance d'un si puissant roi pouvait faire pencher la balance du côté qu'il se fût tourné , ou de France ou d'Espagne ; c'est pourquoi Tune et l'autre l'envoyèrent aussitôt saluer par de magnifiques ambassades, chacun tâchant de l'attirer à soi. Ce fut Rosny qui y passa de la part de Henri-le-Grand : il obtint toutes les audiences qu'il voulut fort favorables, et, après quelques difficultés , la confirmation des anciens traités d'entre la France et l'Angleterre. L'ambassadeur d'Espagne ne trouva pas tant de facilité en sa négociation , les Anglais tinrent ferme. Il fallut que le lieu du traité fût pris en Angleterre, que les Espagnols leur accordassent le commerce par toutes leurs terres , même aux Indes, et qu'ils leur donnassent liberté de conscience en Espagne; en sorte qu'ils ne seraient point sujets à l'inquisition , ni obligés de saluer le saint-sacrement par les rues , mais seulement de se détourner.
La France étant dans une profonde paix , tant au-dehors , par le renouvellement de ses alliances avec les Suisses et avec l'Angleterre, qu'au dedans, par la découverte des conspirations, qui avaient été entièrement dissipées, le roi jouissait d'un repos digne de ses travaux, et ses peines passées rendaient ses plaisirs plus doux.
Oo lui a souvent ouï dire « que , quand il eût pu rendre « la maison de France aussi puissante en Europe qu'est celle < des ottomans en Asie , et conquérir en un moment tous les « Etats de ses voisins, il ne l'aurait pas voulu faire au dés- « honneur de sa parole, obligée à l'entretien de la paix. »
Ses plus* ordinaires divertissements, pendant ce temps-là , étaient la chasse et les bâtiments. Il avait des manœuvres en même temps à Sainte-Groix-d'Orléans , à Saint-Germain-en- Laye , au Louvre et à la place royale.