‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 63 sur 91 · CHAPITRE XXXVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVl

Grand dessein da roi.

Le roi, désirant acheminer les projets qu'il avait conçus après la paix de Vervins, crut qu'il fallait premièrement établir en son royaume une tranquillité inébranlable, en réconciliant à lui, et entr'eux, tous les esprits, et ôtant toutes les causes d'aigreur; qu'avec cela il était nécessaire de choisir des gens capables et fidèles, qui vissent en quoi son bien et son état pouvaient s'améliorer, et de s'instruire si bien en toutes ses affaires qu'il pût prendre des conseils de lui-même, et discerner les bons et les mauvais, les entreprises faisables ou impossibles, et celles qui étaient proportionnées h ses revenus :

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ear la dépense qui se fait au-delà attire les malédictions des peuples, qui sont ordinairement suivies de celle de Dieu.

n accorda donc un édit aux huguenots, pour faire vivre en paix les deux religions. Puis il donna un ordre certain et fixe pour acquitter ses dettes et celles du royaume, contractées par les désordres du temps , par les profusions de ses devanciers, et par les paiements et achats des hommes et des places qu'il lui avait fallu faire durant la ligue. Sully lui fit voir un mémoire, Fan 1 607, par lequel il en avait acquitté pour quatre-vingt-sept millions ; ce qui rétablit la réputation et la bonne foi de la France envers les étrangers, chez lesquels elle était fort décriée.

Cela fait , il travailla continuellement pour s'adjoindre dans son grand dessein tous les potentats chrétiens, en leur offrant de leur donner tout le fruit des entreprises sur les infidèles, sans en réserver rien pour lui ; car il ne voulait point , disaitil, d'autres Etats que la France.

n se proposa aussi de chercher toutes les occasions d'éteindre les discordes , et de pacifier les différends d'entre les princes chrétiens, dès aussitôt qu'il les verrait naître, et cela sans aucun intérêt que celui de la réputation de prince généreux, désintéressé , sage et équitable.

Il commença à se faire pour amis et associés les princes et Etats qui lui semblaient les mieux disposés envers la France , et les moins opposés à ses intérêts; comme les Etats ou Provinces-Unies, les Vénitiens, les Suisses et les Grisons. Puis, les ayant attachés à lui par des liens très-étroits , il se mit à ménager les trois puissances royales du nor j , savoir : Angleterre, Danemark et Suède; à discuter et vider leurs difl'érends, et même à lâcher de les réconcilier avec le pajwî, ou

du moins obtenir une cessation de haine et d'inimitié, par quelque formulaire de la manière qu'ils auraient à vivre ensemble; laquelle eût été avantageuse au pape, en ce qu'ils l'eussent reconnu pour premier prince delà chrétienté, quant au temporel; et, en ce cas-là, lui eussent rendu tout respect, n tâcha ensuite à faire la même chose entre les électeurs, les états et les villes impériales, étant obligé particulièrement, disait-il , de prendre soin d'un empire qui avait été fondé par ses prédécesseurs. Après , il fit sonder les seigneurs de; Bohême, de Hongrie, de Transylvanie et de Pologne, pour savoir s'ils ne concourraient pas avec lui, dans le dessein d'ôter et déraciner pour jamais tout sujet de trouble et de division dans la chrétienté. Il traita après cela avec le pape , qui approuvait et louait son entreprise , et désirait y contribuer de sa part , de tout ce qui lui serait possible.

Il désirait réunir si parfaitement toute la chrétienté, que ce ne fût qu'un corps , qui eût été et se fût appelé la Réptihlique chrétienne. Pour cet effet, il avait déterminé de la partager en quinze domination&ou Etats, qui fussent, le plus qu'il se pourrait , d'égale force et puissance, et dont les limites fussent si bien spécifiées par le consentement universel de toutes les quinze , qu'aucune ne les pût outre-passer. Ces quinze dominations étaient le pontificat ou papauté, l'empire d'Allemagne, la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Hongrie, la Bohême, la Pologne, le Danemark, la Suède, la Savoie ou royaume de Lombardie, la seigneurie de Venise, la république italique, ou des potentats et villes d'Italie, les Belges ou Pays-Bas , et les Suisses.

De ces Etats il y en eût eu cinq successifs : France, Espagne, Grande-Bretagne*, Suède et Lombardie; six électifs; Papauté,

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Empire, Hongrie, Bohême, Pologne et Danemait; quatre républiques , deux desquelles eussent été démocratiques , savoir : les Belges et les Suisses; et deux aristocratiques, ou seigneuries, celle de Venise, et celle des petils princes et villes d'Italie.

Le pape, outre les terres qu'il possède, devait avoir le royaume de Naples, et les horomages, tant de la république italique, que de File de Sicile.

La seigneurie de Venise aurait eu la Sicile en foi et hommage du Saint-Siège, mais sans autre droit que d'un simple boisement de pied et d'un crucifix d'or, de vingt ans en vingt ans.

La république italique eût été composée des Etats de Flo-* rence , Gênes , Lucques , Mantoue , Parme , Modène , Monaco , et antres princes et seigneurs, et eût aussi relevé du Saint- Siège, lui payant seulement , pour toute redevance, un crucifix de la valeur de dix mille francs.

Le duc de Savoie , outre les terres qu'il possédait , aurait encore eu le Milanais , et le tout eût été érigé en royaume par le pape, sous le titre de royaume de Lombardie , duquel on eût distrait le Crémonois , en échange du Montferrat que l'on y eût joint.

On aurait incorporé avec la république helvétienne ou des Suisses, la Franche-Comté , l'Alsace, le Tyrol, le pays de Trente et leurs dépendances, et elle eût fait un hommage simple à l'empire d'Allemagne , de vingt-cinq ans en vingtcinq ans.

On aurait établi toutes les dix-sept provinces des Pays-Bas, tant les catholiques que les protestantes , en une république libre et souveraine, sauf un pareil hommage à l'empire; et on

eût grossi cette domination des duchés de Qèves» de Juliers , de Berghes et de la Mark, de Ravenstein, et autres petites seigneuries voisines.

On aurait joint au royaume de Hongrie les Etats de Transylvanie , de Moldavie et de Yalachie.

L'empereur aurait renoncé à s'agrandir jamais , lui ni les siens , par aucune confiscation , déshérence , ou réversion de fiefs masculins; mais eût disposé des fiefs vacants en faveur de personnes hors de sa parenté , par Tavis et consentement des électeurs et princes de Tempire. On serait aussi demeuré d'accord que l'empire désormais n'avait pu , pour quelque occasion que ce fût , être tenu consécutivement par deux princes d'une même maison, de peur qu'il ne s'y perpétuât, comme il faisait depuis longtemps en celle d'Autriche.

Les royaumes de Hongrie et de Bohême auraient été pareillement électifs par les voix de sept électeurs, savoir : l"" celle des nobles , clergé et villes de ces pays-là ; 2'' du pape; S*" de l'empereur ; 4^ du roi de France; 5** du roi d'Espagne; 6* du roi d'Angleterre; 7** des rois de Suède, de Danemark et de Pologne , qui tous trois n'eussent fait qu'une voix.

Outre cela , pour régler tous les différends qui fussent nés entre les confédérés, et les vider sans voies de fait, on aurait établi un ordre et forme de procéder par un conseil général , composé de soixante personnes , quatre de la part de chaque domination ; lequel on eût placé dans quelques villes au milieu de l'Europe, comme Metz , Nancy , Cologne ou autre. On en eût encore fait trois autres en trois différents endroits, chacun de vingt hommes, lesquels tous trois eussent eu rapport au conseil général.

De plus , par l'avis de ce conseil général, qu'on aurait pu

appeler le sénat de la république chrétienne^ on eût éUbli un ordre et un règlement entre les souverains et les sujets, pour empécber,. d'un côté , l'oppression et la tyrannie des princes , et , 4e l'autre , les plaintes et les rébellions des sujets. On aurait encore réglé et assuré un fonds d'argent et d'hommes , auquel chaque domination eût contribué , selon la cotisation faite par le conseil , pour aider les dominations voisines des infidèles contre leurs attaques, savoir : Hongrie et Pologne, contre celles du Turc ; et Suède et Pologne , contre les Moscovites et les Tartares.

Puis, quand toutes ces quinze dominations eussent été bien établies avec leurs droits , leurs gouvernements et leurs limites ( ce qu'il espérait pouvoir faire en moins de trois ans ), elles eussent ensemble , d'un commun accord , choisi trois capitaines généraux , deux par terre et un par mer, qui eus* sent attaqué tous à la fois la maison ottomane; à quoi chacune d'elles eût contribué certaine quantité d'hommes, de vaisseaux, d'artillerie et d'argent, selon la taxe qui en avait été faite. La somme en gros de ce qu'elles devaient fournir montait à deux cent soixante-cinq mille hommes d'infanterie » cinquante mille chevaux, un attirail de deux cent dix-sept pièces de canon, avec les charrois, ofBciers et munitions à proportion, et cent dix-sept grands vaisseaux et galères, sans compter les vaisseaux de moyenne grandeur, les brûlots et les navires de charge.

Cet établissement était avantageux à tous les princes et Etats chrétiens ; il n'y avait que la seule maison d'Autriche qui en eût souffert dommage, et qui eût été dépouillée pour accommoder les autres; maison avait fait le projet de la porter à y consentir de gré ou de force , en cette manière : première T. xm. ' 16

ment, il faut supposer que, du côté dltalie, le pape, les Vénitiens et le duc de Savoie étaient bien infonnés du desseifl du roi , et qu'ils Ty devaient assister de toutes leurs forces; le Savoyard surtout y étant extrêmement animé, parce que le roi lui donnait sa fille aînée en mariage pour son fils Yictor- Amédée; que, du côté d'Allemagne, quatre électeurs. Palatin , Brandebourg , Cologne et Mayence , le savaient aussi , et qu'ils le devaient favoriser; que le duc de Bavière avait leur /parole et celle du roi, qu'on Vélèverait à l'empire; et que plusieurs des villes impériales s'étaient déjà adressées au roi pour le supplier de les honorer de sa protection , et de les maintenir dans leurs privilèges, qui avaient été abolis par la maison d'Autriche ; que , du côté de Bohême et de Hongrie , il avait des intelligences avec les seigneurs et la noblesse, et que les peuples y étaient si désespérés de la pesanteur du joug, qu'ils étaient prêts de le secouer, et de se donner au premier qui leur tendrait les bras.

Toutes les dispositions lui étant ainsi favorables , arriva l'afi'âire de Clèves, dont nous parlerons tout à cette heure, laquelle lui fournissait une belle occasion de commencer l'exécution de ses projets. Elle devait se faire de cette sorte.

Ayant mis sur pied une armée de quarante mille hommes, comnieilfit, il devait, tout en marchant, dépêcher les ambassadeurs vers tous les potentats de la chrétienté, pour leur donner part de ses justes et saintes intentions; puis, sous prétexte d'aller à Clèves , il se fût saisi de tous les passages de U Meuse, et eût attaqué tout d'un coup Charlemont, Maéstricht et Namur, qui étaient peu munis. Au même temps, toutes les grandes villes des Pays^^Bas eussent crié liberté; les -^i^jneurs se ftassent mis aux champs avec pareil dessein , eus-

sent arboré le lion Belgique avec les fleurs de lis; les Hollandais eussent occupé toutes ' les côtes avec leurs vaisseaux en très-grand nombre , pour fermer le commerce de la mer aux Flamands, comme on leur eût fermé celui de la terre, du c6té de France. Ce qu'on voulait faire, afin de hâter les peuples de secouer la domination des Espagnols , et de s'adresser au roi et aux princes, ses associés, pour prier le roi d'Bspdgne de les vouloir mettre en liberté, et d'avoir la bonté de leur rendre la paix , laquelle ils ne pouvaient jamais espérer tandis qu'ils seraient sous sa domination.

n y a toutes les apparences qu'à l'approche d'une tà pm$santé armée, par les intelligences des principaux seigneurs, par le branle des grandes villes , par l'amour que ces peuples ont toujours eu pour la liberté, la Flandre se fttt toute soulevée, principalement lorsqu'elle eût vu le merveilleux brdre et l'exacte discipline dé ses troupes, qui eussent vécu en bons hôtes, payant partout, et ne faisant aucun outrage, sous peine de la vie ; et quand on eût reconnu qu'il ne travaillait que pour le bien et le salut des peuples, ne se réservant rien de toutes ses conquêtes, que la gloire et la satisfaction de rendre ses provinces à elles-mêmes, sans en retenir un seul château ni un seul village pour lui.

Au même temps qu'il eût mis la Flandre dans un état librti; et qu'il eût accommodé le différend de la succession de Clè'ves, tous les princes intéressés en cette affaire , les électeur^ que nous avons nommés et les députés de plusieurs grandes villes, devaient le venir remercier, et de plus, le supplier de vouloir joindre ses prières et son autorité aux supplications qu'ils avaient à faire à l'empereur, pour le disposer de laisser les Etats et les villes de l'empire en leurs anciens droits et

iU HlSTOlkË DE PtlANCE.

iflimunités , surtout en la libre élection (l*un roi des tloinainâ» sans y user plus d'aucunes pratiques, conrraintes, promesses et menaces; et que, pour cet effet, il fût dèsTheure résolu qu'on en élirait un d'une autre maison que celle d'Autriche. Us étaient convenus entre eux que ce serait le duc de Bavière. Le pape se fût joint avec eux pour cette réquisition, et ils l'eussent faite avec tant d'instance, qu'il eût été difScile à l'empereur, qui n'eût point été armé, de la refuser.

Semblable requête eût été faite au roi et à ses associés par les peuples de Bohême , Hongrie , Autriche , Styrie et Carinthie, surtout pour le droit qu'ils avaient d'élire eux-mêmes leur prince , et de se mettre en telle forme de gouvernement qu'ils jugeraient la meilleure , par l'avis de leurs amis et alliés. A quoi le roi condescendant eût usé de toutes sortes d'honnêtetés, de prières et de déférences, même au-dessous de sa dignité; pour faire voir qu'il n'entendait point tant se servir de la force que de l'équité et de la raison.

Après cela, le Savoyard, par la même voie, eût demandé au roi d'Espagne» avec toutes sortes de civilités, et au nom de ses enfants , qu'il lui plût leur donner la dot de leur mère aussi bonne et avantageuse que l'avait eue leur tante Isabelle; et, en cas de refus, le roi devait permettre à Lesdiguières de l'assister de quinze mille hommes de pied , de deux mille chevaux et de cent mille écus par mois, pour faire la conquête du Milanais , ou pays de Lombardie; en quoi il eût été favorisé de la plupart des princes d'Italie.

Cela fait, il devait, avec ses associés, prier le pape et les Vénitiens d'intervenir» comme arbitres entre lui et le roi d'Es* pagoe, pour terminer amiablement les différends qui étaient près d*éclater entre eux, à cause de Naples» Sicile, Navarre

et RoussiUoa; et alors, pour montrer qu*il n*avait aucune pensée de s'agrandir, ni point d'autre ambition que d*affermir le repos de la chrétienté, il se fût montré tout prêt à céder à l'Espagnol la Navarre et le Roussillon , pourvu qu*îl remit Naples et Sicile , non point pour lui , car il ne voulait point d'autre Etat que la France , mais pour le pape et pour les Vénitiens, auxquels il eût cédé son droit sur ces pays.

Enfin , par un légat apostolique , et par les remontrances de tous ses associés , il eût fait entendre son dessein au roi d'Espagne et aux princes de sa maison , et Veut conjuré, par le sang de Jésus-Christ, de l'avoir agréable, comme étant saint , pieux , charitable , glorieux et utile à toute la chrétienté. On lui aurait avec cela déduit les avantages qui lui en fussent revenus à lui-même; on aurait essayé de lui faire comprendre qu'il en eût été plus riche , moins inquiété et plus paisible ; que, dans vingt ans, l'Espagne, qui était presque déserte, se fut repeuplée et fût devenue le plus florissant Etat de l'Europe. Je pense bien qu'il eût été fort diflScile de lui persuader cela ; car l'ambition déréglée et mal entendue embrasse plutôt des chimères que des corps solides , et aime mieux posséder des pays vastes et déserts , qu'une étendue raisonnable qui soit bien cultivée et bien peuplée ; mais peut-être que les armes l'eussent convaincu , au défaut de la raison.

Au reste , le roi avait résolu de renoncer à toute prétention ; de ne rien retenir de tout ce qu'il conquerrait , de ne rien entreprendre qu'il ne l'eût fait approuver à ses alliés, et qu'il ne les vît disposés à y contribuer ; de ne commencer point çn plusieurs lieux éloignés tout à la fois, mais de faire suivre les expéditions de proche en proche , attendant toujours le succès des précédentes avant que de s'engager à d'autres; de se mon-

(rer sans ambition , sans avarice et sans orgueil dans la dis* tribution des logements , des vivres , des dépouilles et des conquêtes; de favoriser les états faibles et nécessiteux ; d'envoyer toujours quelque reconnaissance honorable et utile à tous capitaines et soldats qui auraient fait quelque bel exploit ; de n'entrer jamais dans aucune des partialités qui pourraient naître entre ses amis et alliés , mais de paraître toujours égal, équitable et commun ami ; de traiter honorablement les gens de guerre avec éloge ou avec réprimande , selon qu'ils le mériteraient, et de maintenir exactement la discipline , empêchant tous désordres , dégâts , violements et incendies , afin qu'il fût reçu partout comme le libérateur des nations, et celui qui apportait la paix et la liberté , non pas la ruine et la désolation.

Il prenait ses mesures, faisait ses préparatifs, et dressait ses machines pour parvenir à cette fin , avec tous les soins imaginables, depuis huit ou neuf ans : il faisait des amis et des alliés de tous côtés, entretenait des intelligences partout, avait gagné le collège des cardinaux par de grosses pensions , avait attiré à son service tous les bons capitaines en Allemagne et en Suisse, et s'était aussi acquis ce qu'il y avait de bonnes plumes dans toute la chrétienté : d'autant qu'il voulait persuader les peuples plutôt que les forcer, et les instruire si bien de ses intentions , qu'ils regardassent ses armes comme un secours salutaire.

Voilà le plan de son dessein , lequel , sans mentir, était si grand, qu'on peut dire qu'il avait été conçu par une intelligence plus qu'humaine. « Mais quelque haut qu'il fût, il f n'était point au-dessus de ses forces , auxquelles si les princ ces ne proportionnent leurs entreprises, il arrive qu'ils

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€ rniQent leur état, de même qu'un homme qui veut entre- € prendre des procès , ou faire des achats plus que sa bourse « ne peut porter, est contraint à la fin de vendre son fonds , < et se noie de dettes et de mauvaises affaires. »

Outre ses forces , qui étaient grandes en nombre , mais àin fois plus en valeur, étant tous hommes choisis, et parmi cela y ayant quatre mille gentilshommes capables de tout à la vue de leur roi , le prmce d'Orange devait se mettre aux champs avec quinze mille hommes de pied et deux mille chevaux; le prince d'Anhalt, en Allemagne, eût paru avec dix mille; les électeurs et le duc de Bavière en avaient arrhé deux fois davantage , qui se fussent trouvés à divers rendez-vous au premier (»up de trompette ; les Vénitiens et le duc de Savoie se fassent déclarés chacun avec une armée considérable au premier signal qu il leur en eût donné. Pour les Suisses, outre une levée de six mille, tous choisis, qui venaient au roi, il en eût eu encore tout autant qu'il eût voulu. Quant au fonds de ses finances, toutes ses troupes étant payées pour trojs mois, ses places bien garnies, ses magasins sur la frontière tout'à-fait remplis, ses capitaines honorés de beaux présents qu'il leur avait faits, il avait quatorze millions de livres dans la Bastille , sept millions entre les mains du trésorier de l'épargne, qui étaient le revenant bon de l'année précédente; deux autres millions en d'autres mains ; plus , le courant , qui était de plus d.e vingt-sept millions ; et , outre tout cela, Sully, son surintendant, l'assurait de quarante milliQus d'extraordinaire durant trois ans; de sorte qu'il eût pu faire la gyerre quatre ans sans vexer ses sujets de nouvelles charges. M^is il la voulait faire si chaudement, qu'il en pût voir la fin dans peu de temps; « car il tenait pour maxime qu'un prince sage

c quand il y est obligé, la doit faire forte et courte » et d'a- « bord étonner le mondé par des préparatifs formidables ; c parce qu*en cette sorte , la grandeur de la dépense retourne c à ménage , et les conquêtes qui se font par la crainte des c armes vont bien plus loin que celles qui se font par les ar- < mes mêmes. »

11 est temps que je vous dise ce que c*était que Faffaire de Clèves et de Juliers , qui lui avait fourni l'occasion de prendre les armes, et ouvert les voies pour commencer son grand dessein. Jean-Guillaume , duc de Juliers , de Clèves et de Berghes, comte de la Mark et de Ravenshourg, fils du duc Guillaume et de Marie d'Autriche, sœur de Tempereur Charles y, et petit-fils du duc Jean , étant mort sans enfants le 25 mars 4609 , sa succession mit en rumeur tous les états voisins. Il avait quatre sœurs : la première, mariée au marquis de Brandebourg; la seconde , au comte palatin de Neubourg; la troisième, au duc de Deux-Ponts ; la quatrième, au marquis de Burgaw. Les enfants issus de ces mariages prétendaient sa succession . les plus proches excluant les plus éloignés , et les fils les filles. Le duc de Saxe, descendant d'une fille ainée du duc Jean , aieul du duc Guillaume , disait aussi qu'elle lui appartenait préférablement , d'autant qu'il était porté dans le contrat de mariage de cette fille là, qu'au cas que les enfants mâles manquassent dans la maison de Juliers , la succession lui reviendrait à lui et à ses descendants. Or, cela étant arrivé , il s'en suivait que la succession était ouverte pour lui. Le duc de Nevers prétendait aussi au duché de Clèves, comme portant lui seul le nom et les armes de Clèves; et le comte de Mau lévrier par la même raison demandait le comté de la Marck; car il était l'aîné de la Marck ; et , en cette qua-

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lité , il prétendait aussi le duché de Bouillott et la seigneurie de Sedan , qui étaient tenus par le vicomte de Turenne , maréchal de Bouillon. L'empereur disait que toutes les prétentions de ces concurrents étaient mal fondées : d'autant que ces terres là étaient des fiefs masculins qui ne pouvaient écheoir à des filles, et, à faute de mâles, étaient dévolues à Tempire; partant que c'était à lui d'en disposer. Et, sur ce droit , il en donna secrètement l'investiture à Léopold d'Autriche, évéque de Strasbourg , et l'envoya avec des forces pour se saisir de ces terres sous prétexte delà régie, et cependant assigner les parties pardevant sa majesté impériale pour dire leurs raisons.

Les poursuites du duc de Neverset du comte de Maulevrier ne furent pas fort vives , d'autant qu'on leur fit entaidre que les fiefs qu'ils demandaient étaient unis et ne se pouvaient démembrer. Le droit du marquis de Brandebourg et celui de Neubourg étant les plus apparents, la plus grande contestation fut d'abord entre deux. Le landgrave de Hesse , leur ami commun , s'était entremis de les accommoder et leur avait fait passer une transaction de vider leur différend à l'amiable , et de n'employer leurs forces que contre les usurpateurs, l'administration de la succession demeurant égale et commune entre eux, sauf les droits de l'empereur. Mais, là-dessus, Léopold d'Autriche arriva avec des troupes et se saisit de Juliers.

Les deux princes, résolus de le chasser, cherchèrent secours de tous côtés , et particulièrement implorèrent celui du roi , auquel ils envoyèrent le prince d' Anhalt avec des lettres de l'électeur palatin et du duc de Wurtemberg, qui l'assuraient que ses armes seraient justes, puissantes , et , avec la

grâce de Dieu , vietorieuses. Le prince d' Anhalt lui p^rla sans doute de beaucoup d^autres choses touchant le grand dessein. Le roi reçut sa personne avec un accueil trës^racieux» et ses propositions avec une joie nonpareille : il lui répondit dans des termes aussi obligeants qu*il marcherait en personne au secours de ses bons alliés, et, qu'en attendant qu'il pût monter à cheval avec l'équipage que doit avoir un roi de France,^ il ferait toujours avancer quelques troupes; ce qu'il fit sur la fin de l'année 1609. Mais, au reste , il le pria de vouloir faire entendre aux princes confédérés qu'ils lui feraient grand tort» s'ils pensaient que son assistance dût apporter quelque préjudice à la religion catholique en ces pays-là. Car il désirait qu'avant toutes choses l'exercice y en fût conservé au même état qu'il ét^it au temps de la mort du duc Guillaume , lequel était catholique , mais Brandebourg et Neubourg étaient protestants.

L'empereur lui e^ivoya aussi un ambassadeur de ses plus confidents le prier de ne point favoriser la rébellion et riqju3tice de ces princes , et de considérer qu'il ne pouvait les assister sans faire tort à la religion catholique. Henri-le-Grand lui répondit qu'étant roi très-chrétien , il saurait bien la i^aintenir et l'amplifier; mais qu'il ne s'agissait pas de ce point-là , qu'il n'était question que de secourir ses amis, auxquels il ne manquerait jamais , ai la vie ne lui manquait.

Pendant l'hiver., il donna ordre aux préparatifs de cette expédition , qui n'était que pour en cacher uop plus grande. Comme il avait résolu d'en poursuivre lui-mëm$ jQsuçi^^, il avait délibéré, avant de sprtir de son royaume» d'y établir un M bon ordre pour le gouvernement , qu'il n'y pût arriver aucun irouUe. Pour cet effet , il #vait §ru que 1^ mejl-

lenr était de laisser la régenca à la reine ; mais il voulait qu'elle fut assistée d*un conseil composé de quinze personnes , savoir : les cardinaux de Joyeuse et du Perron , les ducs de Mayenne, de Montmorency et de Montbazon, les maréchaux de Brissac et de Fervaques , Château-Neuf, qui eût été gardedes- sceaux de la régence , ( car le roi voulait avoir son chancelier avec lui }; Achille de Harlay, premier président du parlement ; Nicolai, premier président de la chambre des comptes; le comte de Château-Vieux et le seigneur de Liancourt, deux sages gentilshommes; Pontcarré , conseiller au parlement; Gévres, secrétaire d'état; et Maupeou, contrôleur des finances.

De plus , il voulait établir un petit conseil de cinq personnes d:^n^ chacune des douze provinces , savoir : une personne du elergé, une de la noblesse , une de la justice, une des finances et upe de3 corps des villes ; et ces douze petits conseils eussent eu correspondance et dépendance du grand; lequel eût pris les résolutions par la pluralité des voix , la reine n'y ayant qiie la sienne. Encore n'en aurait-il pu prendre aucune , que conformément à l'instruction générale que le roi avait dressée, ou que Sa Majesté n*en eût été avertie , si c'était une chose que son instruction n'expliquât pas assez clairement. Ainsi , quoique absent, il se retenait le gouvernement, et liait bien CDrt les mains à la reine, de peur qu'elle ne prit trop d'autorité , et que , peut-être , on ne la portât à abuser du commandement (4).

(1) YQ\e\ eogunent ap antre historien a parlé de ces grands projets de Henri IV :

« Cependant Henri IV aTait établi sa conr à Fontaineblean , où il ne s'oecopait que

de négociations. ViUeroj, ^eannin , Belin , avaient souTent des conférences dans le

eUitean de Fleary arec de Thon , Scliomberg et Révol ; le roi y assistait quelquefois ,

flt permettait d'y admettre lea ligoeun les pins fanatiques. U lear parlait, dit de

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