‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 64 sur 91 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Sacre de la reine.

Tandis qu'il appliquait son esprit à ces choses , quelques personnes, entre autres Conchini et sa femme, mirent dans

Thou, d'une manière si affectueuse , que ces hommes > qui étaient venus avec les préventions les plus fortes , ne pouvaient 8*empécher de verser des larmes.

Pendant ces conférences , on arrêta une espèce d'insensé , nommé Pierre Barrière, qui était venu de Lyon dans l'intention d'assassiner Henri IV. U avoua son crime dans les tourments , mais il soutint jusqu'à la mort qu'il n'y avait pas été porté par les princes de Lorraine. A la même époque , le duo de Nemours , qui avait ea la folie de prétendre au trône , sépara sa cause d'avec celle de la ligue , et voulut se faire déclarer souverain à Lyon. Mayenne, qui était encore le mattre dans cette ville, le fit arrêter et enfermer à Pierre-Encise , quoiqu'il eût , de son côté, les mêmes projets sur la Bourgogne.

La trêve expirait au commencement de l'année 1594. Villeroy , de la part de la ligue, en sollicita la prolongation, mais il ne Tobtint que pour le m(M de janvier; 'et les deux partis se disposèrent à recommencer la guerre, celui du roi considérablement accru , celui des ligueurs presque entièrement décrédité. Alors Henri IV publia un édit qui contenait ses dernières résolutions : il y représente que la ligue n*a plus de prétexte raisonnable de persister dans la révolte , et qu'il n'a accordé la trêve que pour faire plus facilement la paix. Il ajoute que , puisque quelques factieux refusent de se soumettre , il ne veut plus traiter avec eux que les armes à la main ; il enjoint à tout le monde de le reconnaître , et promet à tous ceux qui rentreront volontairement dans le devoir, non-seulement de leur pardonner, mais de les maintenir dans leurs dignités et dans leurs emplois. Cet édit fut enregistré le premier février par le pariement de Tours , avec cette clause que ceux qui auraient eu part à l'assassinat du feu roi ou à Teutreprise qui venait d'être tentée contre les jours du roi régnant, seraient exceptés de l'amnistie.

Les murmures devinrent plus violents à Paris , lorsqu'on apprit que la guerre allait recommencer; la misère du peuple éuit à son comble :il connaissait le roi , le désirait, et avait cessé de le craindre. Dans cet état de perplexité, qui devenait chaque jour plus critique , Mayenne ôta le gouvernement de Paris au comte de Belin , qu'il connaissait pour royaliste , et le donna à Brissac , dont il croyait être sûr. Le parlement voulut en vain s'opposer à ce changement ; le lieutenant-général , qui craignait d'être livré sans avoir fait son traité particulier, exila en même temps quelques riches bourgeois, qui vinrent, ainsi que leur gouverneur, se joindre ai parti du roi.

IIENIU IV. ibi

Tesprit de la reine qu*il fallait, pour loi acquérir plus de dignité et plus d'éclat aux yeux des peuples, et pour autoriser davantage sa régence , qu'elle se fit sacrer et couronner avant le départ du roi. Pour les mêmes raisons qu'elle le désirait, le roi ne l'avait pas trop agréable : joint que cette cérémonie ne se pouvait faire sans beaucoup de frais et sans y perdre

Ces faibles mesures n^empèchaient pas Henri IV de devenir plus paissant par les saccès que ses généraux obtenaient dans les provinces. Pendant le mois de février, Omano sarprit Lyon , d*où le dac de Nemours eut le bonheur de s'échapper; la Provence se sonmit, les troupes royalistes furent reçues dans les villes d*Oriéans, de Meanx, de Péronne , de Montdidier, de Roye ; et Rosny sut lier, avec Viilars, gonvemenr de Ronen , des intelligences qui furent bientôt suivies de la réduction de eette ville. Le roi crut alors no devoir plus différer son sacre : Reims étant au pouvoir du due de Guise , il voulut que la cérémonie se fit ii Chartres ; il y reçut , le 9 février, dans Téglise de Notre-Dame, l'huile sainte de Marmoutiers, des mains de révèque Nieelas de Thon , oncle de l'historien.

A la même époque , il trouva le moyen de gagner le nouveau gouverneur de Paris. Briisae avait d'abord montré un télé ardent pour la ligne : on dit même qu'épris du Pbrtarqne d'Amyot, qui était alors le meilleur livre français, il avait conçu la folle espèranee de donner ii son pays les institutions de l'antiquité ; mais , depuis les excès et la punition des Seise , il était devenu plus modéré , et les grandes vertus du roi n'avaient pu manquer de frapper une imagination telle que la sienne. Rochepot, sen parent, fut son intermédiaire auprès de Henri IV; et ce négociateur eutk Chartres des conférences avec Schomberg , Bellièvre et Thistorien de Thoa. Quelques indiscrétions en instruisirent la mère du duc de Mayenne, qui s'empressa d'avertir ton fiis; ce prince, craignant autant les Seize que les royalistes, assuré du moins queBrissac ne le livrerait pas à ses ennemis, continua de lui accordet sa confiance entière.

Ces soupçons , ayant circulé , efliayèrent les Seize , qui ne se dissimolaient pas leur danger, mais qui voulaient 2i tout prix retarder leur ruine de quelques moments. Le 2 mars , malgré les défenses du lieutenant-général et du pariement , ils convoquèrent une assemblée populaire dans l'église des Carmes. Trois cents personnes s*y lendireut, et un soulèvement général fut tenté. D'après les ordres de Mayenne, Brinae étouffa ce commencement de révolte. Cette tentative acheva de convaincre la lieutenant-général que sa position à Paris n'était plus tenable ; il résolut d'en sortir, sons prétexte d'aller an-devant du comte de Mausfeld , qui avait succédé au duc de Parowdans le commandement de l'armée espagnole. En partant, le 6 mars, il adressa aux Parisiens une proelanatloa h peu près semblable è celle qu'il avait faite avant le blocus : il répéta qu'il abandonnait sa famille !i leur garde ; et cependant, ne

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beaucoup de temps» ce qui le retenait à Paris et retardait ses desseins. Il avait une extrême impatience de sortir de cette ville : je ne sais quel secret instinct le pressait de s'ed éloigner au plutôt; c'est pourquoi ce sacre le fâchait; niais H ne put

laissant dans la ville qoe la dncBesse dft Nemours, Sâ bière; «t la dttehesM de Montpensier^ sa sœar, il emmena avee lai sa femme et ses enfai^ts.

Cette retraite redoubla Tefifroi des Seize ; ils firent travailler à de nouvelles fortifications, et menacèrent les royalistes d'un massacre général; mais le parlement, Êontentt pai^ l'esprit public, se chargea de la grande pollee} Brtssac fut mandé pour recevoir les ordres de cette cour, et promit de les faire SXéeuter. Les ebaires foreoC interdites aut prédicateurs de la ligue; défenses furent faites, soos peine de mort» de tenir des assemblées; et uA silence absolu fut prescrit , tant aux oratears qa'aui écrivains. Les factieux , outrés , firent quelques tentatives pour l'emltarer du premier (irésident, afin de lui faire éprouver le sort de Brisson ; mats il se tenait sur ses gardes , et le gouverneur était prêt h lui prêter main-forte. BrissaO) de concert avec le prévôt des marchands , l'Huilier et i'écbevin Langlois , avait résolu d'otivrir lea por* tes au roi ; mais il voulait auparavant préparer les esprits k ee grand événement La fermentation , que les Seize cherchaient k augmenter, et les dispositions qu'on voyait preudre aux commandants des troupes k la solde do roi d*Espagne , ne lui permirent j>lus de différer. Henri IV s'était transporté k Senlia; et saint Lue» un de ses serviteurs les plus dévoués, était chargé de se concerter avec le gonverneor de l*arll; cet officier, qtti était lé beau -frère de Brissac, feignait de vouloir terminer avec lui une affaire d'intérêt , dans laquelle , afin d'écarter les soupçons , Us avaient choisi pour arbitre ^ené Chopin , bourgeois de Paris , sélé ligueur. Us se virent plasiedrs fois k l'abbaye de Saint-Antoine ; et presque sous les yeux de Chopin , qui ne s'occn- )iait iltté de leur affairé , ils prirent toutes leurs mesures.

D'après le plan qu'il» avalent formé , le roi quitta Senlis le il mars, et fitavaneer des troupes dkiis la vallée de Montmorency, sons prétexte d*empéeher le comte de Mansfeld de passer l'Oise k l'Isle-Adam. Le soir même Brissac réunit ehei lui le prévôt des marchands , le corps municipal et les commandants des quartiers. U leur dit que les maui du peuple allaient être terminés , que les Seize étaient pris dans leurs propres pièges , et que tout était disposé pour que le roi pât entrer le lendemain matin dans sa capitale. Des applaudissements unanimes éclatèrent, et tous promirent de favoriser ce projet , dont l'exécution fut confiée au gouverneur, au prévôt des marchands , et k l'échevin Langlois.

Vers minuit , ces trois hommes firent ouvrir la Porte-Neuve et la porte Saint-Denis lux troupes du roi , dont une pluie affreuse avait retardé la marche. Avant la pointe (lu Jour, elles se trouvèrent en ordre ; et , partagées en quatre corps , elles entrèrent flans le plus profond silence. Le premier commandé par Saint-Luc, s'avança jusqu'à la croix du trahoir. Le second, son» les ordres de d'Humièrei et d« BeUn» ancien

MENAI IV. iSS

refuser cette marque de son affection à la reine, qui le dési» nit passionnément.

Sully raconte qu'il lui entendit dire plus d'une fois : « Mon c ami , ce sacre me présage quelque malheur : ils me tueront;

goorenieiii' de Paris , se ports an pont Saint-Michel ; d*0 , qui conduisait le troisième, s'onpara de la porte Saint-Honoré; et le maréchal de Matignon, qui était à la tête dn corps le pins nombreux , après avoir défait on détachement d'Allemands , qui voulut opposer quelque résistance , se posta sur la place dn Louvre. Ge fut Ik Tunique sang qu'on répandit dans cette heureuse journée. Cependant les bourgeois, en ouvrant leurs maisons , virent que la ville n*éuit plus au pouvoir de la ligue. U parut k finstant qu'un poids douloureux avait cessé de peser sur tous les cœurs; la joie éclata de tontes parts; on s'élançait en fouie vers la Porte-Neuve , par oà devait arriver le roi ; et les transports augmentèrent lorsqu'on le vit paraître k la tête de ses jgwdes et entouré de ses principaux officiers. Sa bonté et son courage étaient connus; ainsi Ton ne craignait , ni qu'il exerçât des vengeances , ni que les Seiae pussent triompher de nonvean* L'allégresse était pure , et il y répondait par des gestes d'affection qui rassuraient ceux-méme dont la conscience était tourmentée. Ge fut ainsi qu'après avoir reçu les faonunages de Brissac, auquel il donna Técharpe blanche» il traversa h ville pour aller faire sa prière à Notre-Dame ; de là il revint au Louvre , ou les augistrats lui furent présentés.

Le légat , les ambassadeurs du roi d'Espagne et les troupes à la solde de ce prince obtinrent facilement de Henri lY la permission de se retirer. La Bastille , le Temple etYineennes, tenaient encore pour le duc de Mayenne; ils furent rendus quelques jours après. Ainsi cette grande révolution se fit comme l'avait voulu le roi , sans violence et sans qu'une goutte de sang français fût répandue. Le roi Henri lY alla ches la duchesse de Montpensier, qui , si longtemps son ennemie acharnée , était alors entièrement à sa merci; il lui témoigna la même galanterie et la même familiarité que lorsqu'ils s'étaient vus autrefois à la cour de Catherine de Médicis ; il voulut même faire nne collation avec elle ; au moment où l'on servait , la princesse tremhhnte se mit en devoir d'essayer elle-même les mets; le roi , touché de compassion, l'eralwassa et lui dit : « Ma cousine , vous êtes d'un sang qui n'a jamais empoisonné « personne. •

Dès le lendemain , le roi s'occupa de rétablir légalement la justice : quelques personnes auraient voulu qu'on pratiquât ce qui avait été fait du temps de Charles YII, dans nne occasion k peu près pareille; ils rappelaient que, par ordre de ce prince, le connétable de Ricbemont avait interdit les magistrats qui avaient exercé leurs charges au nom du roi d'Angleterre, et qu'ils n'avaient été réintégrés qu'au retour des magistrats restés fidèles au roi. Pasqufer et quelques conseillers, qui étaient entrés il Paris en même temps que Henri lY, s'y opposèrent , et crurent qu'il ne f)illait pai buBilier des komnes dont les fontes avalent été si bien réparées.

€ je ne sortirai jamais de cette ville , j*y mourrai; mes enge-

c mis n'ont autre remède que ma mort. On m'a dit que je

< devais être tué à la première grande magnificence que je

c ferais, et que je mourrais dans un carrosse; c'est ce qui

« Chacmi de nous , dit Pasquier avec une candear qni peint le royaliste de ce « temps , chacan de nons se doit glorifier en tonle hnmilité d'avoir servi fidèlement « son roi ; celai qoi était réfagi6 ii Tours , de l'avoir fait régner pendant les troa- « bles, au milieu de la jaslice, l'espace de cinq ans entiers, chose qui a , dedans « les ronces et les épines, aplani une belle voie k sa prospérité; l'autre, qui était « demeuré â Paris , d'avoir moyenne que désormais il régnera , si Dieu plaît , avec « toute magnificence et splendeur. Partant quand nous commencerons de nons re- « connaître en nos compagnies , il faut que notre absence de cinq ans soit réputée « du jour au lendemain , comme une présence , sans y apporter esbahissement ou « reproche. » Cependant Henri lY , consultant la justice avant la générosité , mit quelque différence entre ceux qui n'avaient pas cessé de le servir et ceux dont la eonduite n'avait pas toujours été aussi louable ; il annula toutes les nominations faites par le duc de Mayenne , et décida que les magistrats de Tours auraient le pas sor cenx de Paris , « afin , ajouta-t-il , que bien que notre clémence ait rendu égale la conditioa « des uns et des autres , ceux néanmoins qui nous ont constamment été fidèles , jonis- « sent de quelque distinction , et que les autres aient toujours lien de se ressouvenir « de la faute qu'ils ont commise. »

Ces préliminaires ayant été réglés , le chancelier de Ghevemy alla solennellement an palais , le 28 , pour réhabiliter le parlement. L'édit d'amnistie fut enregistré sur le réquisitoire de Pierre Pithou , que le roi venait de nommer proeoreur-général. U portait oubli du passé , il la condition expresse qu'il ne se formerait plus aucune ligue; les privilèges de la ville et de l'Université étalent confirmés; la religion catholique était seule autorisée à Paris et }i dix lieues ii la ronde ; et tous les jugements rendus contre les partisans du roi étaient annulés.

Deux jours après , le parlement , sur un réquisitoire du nouveau procureur-général, rendit un arrêt par lequel tous les édits et arrêts, donnés sur des matières politiques depuis le 29 décembre 1588 , étaient abolis. l\ ordonna qu'il serait informé contre les complices de l'assassinat de Henri III , et qu'on les poursuivrait extnordinairement; révoqua l'autorité et puissance de lieutenant-général du royaume, attribués an duc de Mayenne ; fit extrême défense de le reconnaître en cette qualité , de le favoriser ou de l'aider, sous peine d'être poursuivi comme criminel d'Etat; et régla qu il serait fait à perpétuité , le 22 mars , une procession tant pour consacrer Tanni- Tersairo de la réduction de Paris ^ que pour étouffer le souvenir des processions de la ligue.

En même temps Jean Ségnier, lieutenant civil , rendit une ordonnance par laquelle il défendait, sons peine de morti de composer des libelles, et d'en garder eheiioi;

UENM IV. i&l

I fait que quelquefois, quand j'y suis, il me prend des trèst saîUements , et que je m*écrie malgré moi. »

On lui conseillait , pour éviter les mauvaises prophéties, de partir dès le lendemain , et de laisser là ce sacre » qui se poule chancelier chargea Pierre Pithon de compolser les registres do parlement, afin de lacérer tout ce qu'il y trouverait d*injurienx ^ Henri III et au roi régnant. Jacques d'Âmboise , recteur de TUniversité de Paris, publia un décret par lequel cette compagnie protestait de sa fidélité , et menaçait de rejeter de son sein tous ceux qui persisteraient dans la rébellion.

Après ces actes, qui devaient assurer la tranquillité publique, le roi récompensa ceux qui avaient contribué il la soumission de Paris. Brissac fut fait maréchal de France : Le Maître , créé président par Mayenne , reçut cette charge du roi ; le prévAt des march'ands, l'Huilier, qui était maître des comptes, entra an parlement comme président; et l'échevin Langlois, simple avocat, fut nommé maître des requêtes. Les Seiie et leurs principaux partisans furent chassés : la plupart moururent dans l'exil , abandonnés des Espagnols , pour lesquels ils s'éUient sacrifiés.

Le parlement de Tours vint ensuite se réunir au parlement de Paris, et jouir de Ja prérogative qui lui avait été accordée. U arriva ayant ii sa tête le premier président de Harlay, et son entrée fut un triomphe. Le roi avait désiré qu'il ne siégeât qu'après que les magistrats de Paris auraient exercé tous les actes de rigueur.

Ce fut ainsi que Henri IV, maître de sa capitale et de presque tout le royaume , établit son autorité par des mesures sages et sévères. La ligue , déjà fort afiaiblie depuis les cruautés des Seize , fut alors entièrement dissoute; Mayenne et les princes de sa maison, réduits aux dernières extrémités, ne durent qu'k la bonté généreuse du monarque un pardon et des bienfaits qu'ils ne pouvaient plus exiger les armes ) la main ; il n'y eut que le duc d'Aumaie qui persista dans la révolte ; il fut condamné, par contumace, ^ être écartelé. Le pape Clément VIII, rempli d'estime pour le roi, et craignant, avec raison, le trop grand ascendant de la maison d'Autriche, céda, malgré les intrigues de l'Espagne, aux soUiciUtions de du Perron et de d'Ossat , et se prêta bientôt ii une réconciliation qu'il désirait depuis longtemps. On ne peut se lasser d'admirer la conduite , aussi habile que loyale , d'un prince qni« ayant en h lutter, pendant cinq années, contre des ennenUs implacables et plus puissants que lui, parvint h détruire leurs préventions, sauva sa capitale des désastres d'une ville prise de vive force, dissipa une ligue qui semblait avoir les fondements les plus solides, et réunit en un moment tous les élémenU de la prospérité publique; ce fut 2i son caractère seul que l'on dut cette révolution qui a l'air d'un prodige. Ses réflexions, après la mort de Henri III, l'avaient convaincu qu'il ne pouvait monter sur le trône de ses aïeux qu'en se mettant ii la tête des catholiques, seul parli vraiment français; et sa conscience n'y apportait dès-lors aucun obstacle. Mais quel espace immense avait-il à franchir pour réaliser ce grand dessein et pour arracher ses T. XHL 17

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vait bien faire sans lui; mais la reine s'en offensa extrêmement , et , comme il était bon et obligeant , il demeura pour la contenter. Ce sacre se fit à Saintr-Denis le 43 de mai; et la reine devait, le 16 du même mois, faire son entrée à Paris ,

sujets égarés à des amUtleia qui les sacrifiaient à leurs passions! que de préjugés U fallait yaincre , que de résistances aifaibllr^ que de haines calmer ! Il y parvint en sa montrant il ses amis et k ses ennemis tel qu'il était : ardent au milieu des combats » doux et conciliant dans les négociations ; incapable de céder à la crainte , mais disposé à tout accorder à la soumission; inflexible quand il s'agissait de l'intérêt public, mais prompt â faroriser les intérêts particuliers qui n'y étaient pas contraires; faisant à propos des sacrifices d'argent, mais n'en faisant jamais de sa prérogative; ne cachant pas enfin qu'il saurait réprimer tous les factieux , quelque masque qu'ils empruntassent; sévérité qu'il exerça plus d'une fois avant d*étre maître de Paris, et qu'il déploya dans toute sa rigueur, lorsqu'étant affermi sur le tréne il envoya au supplice le maréchal de Biron , dont le père lui avait rendu tant de services.

Ce n'est pas ainsi qn*on peint ordinairement Henri lY, mais voila son caractère tel qu'il est donné par l'histoire. Un publiciste anglais Ta très-bien saisi dans un ouvrage relatif ii la révolution de 1789. « Henri lY, dit Burke, était un prince ferme, actif « et politique ; il avait certainement beaucoup d'humanité et de douceur, mais une « humanité et une donceor qui ne se présentaient jamais sur la route de ses inté- « rets. S'agissait-il de son autorité, il la maintenait, et il l'établissait dans toute sa « plénitude; ce n'était que dans le détail qu'il en relâchait quelque chose. Avant de « songer k se faire aimer, il savait se mettre en position d'être craint; il avait on «t doux langage , mais il se conduisait en déterminé. » Etant arrivés à l'époque mémorable de la dissolution de la ligue , et ayant développé , autant que nous l'avons pa, la politique par laquelle Henri lY obtint cet heureux résultat , nous compléterons l'esquisse* des discordes civiles et religieuses en entrant dans quelques détails sur l'édit de Nantes et le rappel des Jésuites , vivement désirés par chacune des deux religions, et nous finirons par des réflexions sur le projet de confédération européenne dont il est si souvent parlé dans les Economies royales.

Pour bien juger ces trois objets importants , il est nécessaire de jeter un coup d'oeil sur le ministère de Henri lY, dont les mémoires de Sully donnent souvent une idée* inexacte. Les chanceliers de Cbevemy, de Bellièvre et de Sillery, y parurent successivement; et 11 fut composé , jusqu'à la mort du roi, de Sully, de Yilleroy et de Jeannin. Tout le monde fut étonné d'y voir appeler ces deux derniers , qui avaient rempli les fonctions de secrétaires d'état sous Mayenne ; mais Henri lY n'ignorait pas les circonstances impérieuses par lesquelles ils s'étaient trouvés engagés dans la ligue ; ayant été en relation avec eux pendant toute la guerre , il connaissait à fond leurs caractères , leurs talents et lenr dévouement pour lui. II n'est pas étonnant que Sully, qni avait totgonrs été fidèle, eût de Téloignement pour eux; voilà sans doute

HENRI lY: SM

où Fou dressait de magnifiques préparatifs pour iKMionr cette fête.

Déjà les troupes du roi s'étaient rendues au rendet^TOos, sur la frontière de Champagne; déjà la noblesse accoume de

pavqvoi ses seeiétsiMs dénigrent sans cesse leus trcTsez , soepconneat 1 tions, et cherchent ï déprécier lenr mérite; à les entendre, c'est lenr naître tfA a tont conduit , tont dirigé , tout fait ; cependant il est constant que YUleroy et Jeannin partageaient la confiance dn roi avec Sully , qo'ils firent souvent prèialoir dans In eonseil des avis opposés aux siens ; et il n'est pas dénkontré , conune ces antews Teslent le iaire entendre , que ces avis fassent contraires an bien de l'Etat.

Ces contradictions apparentes s'expliqueront facilement si l'on réflécbit an pl«ik qva Henri IV avait adopté. C'éUit k dessein que ce grand prince avait admis dans soft eonseil des hommes d'une opinion différente. YiUeroj, Jeannin et SiUery, rompus aux affaires , «t connaissant parfaitement les hommes qui avaient figuré dans les trou* blés , étaient partisans des anciens usages et de l'ancienne politique de la France. H» désiraioit que, sans opprimer les protestants , on satisfit k tons les désirs raisonnables des catholiques , et voulaient qu'à l'extérieur on tint la balance entre les deux grande» eonledéntions qui divisaient l'Europe. Snllj, qui avait acquis dans le tumaUe dm camps les talents d'un grand ministre , attaché à son roi par tons les liens qui peuvent former un dévouement absolu et une confiance réciproque , n'avait obtenu ^ rès de lui un crédit solide qu'en entrant franchement dans ses vues et en se séparant des protestants. Cependant ce grand homme imbu , sans le savoir, des maximes dn parti dans lequel il était né , n'avait pas renoncé, quant aux relations extérieures, an système brillant , mais chimérique, de Golignj. Il aurait voulu que son maître se liât h toutes les puissances protestantes pour écraser les deux branches de la maison d'Antriche.

Henn lY ne craignait point l'opposition de ces deux partis dans son conseil i leur choc faisait souvent jaillir des lumières nouvelles et des vérités utiles. Il fallait que les ministres , animés d'une noble émulation , déployassent dans ces luttes fréquentes toute leur habileté, toutes leurs facultés, tous leurs talents. Sans cesse en haleine , ils ne s'abandonnaient jamais à la langueur de la routine ; et la surveillance qu'ils exerçaient les uns sur les antres était le garant d'une bonne administration. Un jroi faible , avec un conseil ainsi composé, n'aurait pu conserver une marche assurée, et aurait penche tantôt d'un côté, tantôt d'un autre; mais Henn IV, ayant conservé ce mmistère jusqu'à sa mort, tint constamment la balance d'une main ferme; il profita des vues sages qu'on lai présenta, quelle que fût l'intention qui les eût inspirées; sat adapter anx circonstances tout ce qu'il y avait de bon dans les deux systèmes; et eût assez de force pour être , pendant quinze ans , l'unique modérateur, Tunique juge, raniqae maître.

L'édit de Nantes fut fortement sollicité par les protestants , dont l'existence n'avait

toutes parts y avait envoyé ses équipages; le duc de Rohan allait recueillir les six mille Suisses , et il était sorti cinquante pièces de canon de l'arsenal ; déjà le roi avait envoyé demander à Tarchiduc et à Tinfante en quelle sorte ils voulaient

été garantie «en 1591 , que par une ordonnance provisoire, contre laquelle les catholiqaes avalent protesté , et qui n'avait pas été revêtue des formes nécessaires pour en faire une loi de l'Etat. Cette demande était trop juste pour que Henri IV la rejetât; il nMgnorait pas les trames que formait ce parti , désespéré de n'avoir pas prévalu ; mais il voulait ne lui laisser aucune excuse légitime, s'il essayait de susciter de nouveaux troubles. Il avait donc chargé de Thou , Schomberg , de Vie et Golignon , ministre protestant , de dresser un édit conforme à ses vues. Après y avoir travaillé pendant deux ans, ils lui en présentèrent le projet en 1598 , au moment où il allait signer la paix de Vervins , et lorsqu'il faisait un voyage en Bretagne pour soumettre le duc de Mercœur. Il en approuva la rédaction, et l'édit fut scellé il Nantes le 13 avril.

Il ne voulut cependant le rendre public qu'au moinent où toutes ces contestations avec l'Espagne furent terminées. L'année suivante , il le fit présenter au parlement de Paris, où il excita de vives réclamations qui eurent principalement pour objet deux articles , dont l'un rétablissait dans les cours souveraines des chambres où les causes des protestants seraient jugées , et dont l'autre les admettait, concurremment avec les catholiques , aux dignités et aux magistratures.

Le roi, convaincu que l'exécution entière de l'édit pouvait seule assurer la paix, manda au Louvre des députés de chaque chambre, et, leur ouvrant son cœur, il les mit hors d'état de prolonger leur résistance. « Je ue vous éblouis point , leur dit ce « bon prince , par le faste qu'affectent les rois lorsqu'ils reçoivent des députés ou des « ambassadeurs. Je converse avec vous sans garde et en habit ordinaire. Croyez en- « tendre un père qui parle k ses enfants. Dieu m'a fait l'arbitre de la paix et de la « guerre. Ayant le choix de l'une ou de l'autre , une funeste expérience me fait pré- « férer h paix , parce que c'est votre avantage. Vous n'avez plus affaire aux Espa-

• gnols et aux autres ennemis de l'Etat. Serait-il possible qu'après avoir fait la paix « avec les étrangers, la guerre se rallumât entre n)es sujets? Je sais qu'on allègue « l'autorité du pape ; mais apprenez que le souverain pontife est si prudent et si « équitable qu'il règne entre nous deux une parfaite intelligence , et que mes projets « sont conformes à ses vues. Les guerres civiles , causées par les disputes de religion, « ne servent qu'à les échauffer; l'union des cœurs est le vrai moyen de concilier les

• esprits. La guerre ne termine pas ces sortes de différends; il n'appartient qu'à la « paix de les finir. Ecoutez , je vous en conjure , un guerrier toujours heureux qui ft vous conseille la paix. Jouissez dans le sein de vos familles du repos que mon bras « vous a procuré; vous me devez vos vies, vos biens, vos dignités. Si vous voulez « les conserver pour vos enfai;ts lI pour vous-mêmes , conservez donc cette paix que

qu'il passât par leur pays, ou comme ami , ou comme ennemi ; chaque heure de retardement lui semblait une année , comme s'il se fût présagé son malheur à lui-même. Ses ennemis étaient alors dans un profond silence, qui,

t je voas ai donnée. » Ensnite , il s'adressa aox magistrats qui ayatent fait partie do parlement de Tonrs. « Qoe devez- vous faire , lenr dit-il , dans nn temps où vous « n'avez pins d'ennemis , vous qui m'avez toajoors été fidèles dans les dernières

• gnerres? Après m*avoir été soumis dans des temps si fichenx , refascrez-voos de « m'obéir aojoardlioi , et mépriserez- voas les conseils qne je vous donne? Si vous « avez qaelqnes scrupules , s'il vous reste encore quelques craintes , que la prudence « et la relifcion de votre roi vous rassurent; et soyez persuadés que cet édit, qui « trouve tant de contradicteurs , a moins été fait en faveur des protestants que de « crainte que la guerre civile ne vous divisât une seconde fois. •

L'édit fut enregistré purement et simplement; et le parlement déclara que le soin de rexéeotion était remis li la prudence de sa majesté. Gomme Henri IV Pavait prévu , cette importante concession ne ramena pas ceux des protestants qui joignaient des vues politiques ii leur zèle religieux. Guidés par le duc de Bouillon , que le roi avait eu autrefois Timprudenoe de faire souverain indépendant , ils persistèrent dans le dessein d'établir en France une république fédérative , dont un prince d'Allemagne serait le chef. Mais , grSce ii la politique du monarque , Sully et les protestants sages combattirent ces idées chimériques; et ce parti, qui pouvait être si dangereux , alla toujours en déclinant jusqu'il la fin de ee.règne. La preuve que Henri IV était parvenu a lui enlever toute son influence se trouve dans les vaines entreprises qu'il tenta pendant les troubles de la minorité de Louis XIII.

Le rappel des Jésuites eut lieu en 1603 , et excita non-seulement les murmures des protestants, mais les réclamations du parlement , qui s'était toujours montré contraire k cette société. Elle avait été proscrite, en 1594 , comme soupçonnée , quoique sans aueone preuve , d'avoir favorisé l'attentat de Jean Chfttel. Un coup d'œil sur les vicissitudes qu'elle éprouva depuis son établissement. en France pourra jeter quelques lamières sur les motifs qui déterminèrent Henri TV k prendre cette importalite résolatioi^.

Sons Henri II , elle avait formé nn établissement dans une maison de la rue Saint- Jacques , appelée l'hdtel de Langres ; les succès qu'obtint cette école nouvelle excitèrent la jalousie de FUniversité , qui rendit contre elle, le premier décembre 1554, no décret foudroyant dont nous citerons un passage : « Hsec societas insolitam nomi- « nts Jesn appellationem peculiariter sibi vindicans, tam lioenter et sine delectu quat- « libct personas qnantnmlibet facinosoras , illegilimas et infâmes admittens... Domi-

• nos tam temporales , qnanl ecclcsiasticos sois juribus injuste privât, perturbationem « in utraque politia , multas in populo querelas , multos lltes , dissidia , contentio-

• nés, «mnlaiioiies , rebellienes, variaque whîsmata indoit. Itaqae his omnibus

peut-être» n'était pas causé seulement par la consternation et par la crainte du succès de ses armes , mais par l'attente qu'ils avaient de voir réussir quelque grand coup, qui était toute leur espérance. U fallait bien qu'il y eût plusieurs conspira-

« atqm alUs dillgenter examlnatis et perpensis , hvc soeietas videtur m negoUo « fidei perienlosa, pacte eed&tàm pertarbativa , monastic» religionis eversWa, et « magls in destnictlonem qnam in aidificationem. »

Ce décret, écrit sur le ton de b diatribe la plus violente, fat, depuis cette époque , le modèle qu'imitèrent tous ceux qui se déclarèrent contre la société ; et ce défaut de justice et de modération lui procura bientdt des amis aussi ardents. Il fut dès-lors impossible déjuger avec équité des bommes qui, d*un cdté, avaient des adversaires acharnés, et de l'autre des partisans que l'enthousiasme portait quelquefois h Texagération. Attaqués avec fureur, ils furent défendus avec opiniâtreté. En 1S61» lorsqu'il fut question d'eux au colloque de Poissy, ils reçurent, malgré la protection que leur accordait le cardinal de Lorraine , l'ordre de quitter le nom de société de Jésus , et de ne se considérer que comme de simples écoliers. En 156S, ils eurent avec l'Université un procès , où Pasquier, qui plaida contre eux , répéta éloquemment toutes les injures déjà connues , ne craignit pas même d'aller plus loin , et compara leur fondateur, Ignace de Loyala, k Martin Luther. En 1594 , nouveau procès, où ils furent encore plus maltraités par le célèbre avocat Antoine Arnauld; la même année , accusés d'avoir eu des relations avec Jean ChAtel , ils furent bannis , et l'un de leurs pères périt sur l'échafaud. On trouvera les détails de ce monstrueux procès dans une note du ch^itre 29 , du tome deux des Ec^nmies royales.

Cette proscription apaisa des deux côtés les passions dont les Jésuites avaient été Tobjet; leurs ennemis calmèrent une aveugle haine lorsqu'ils les virent malheureux , «t leurs amis , dont le nombre s'augmenta de tous ceux qui avaient vu avec peine «ne condamnation injuste , mirent plus de modération dans leur enthousiasme pour^eux. Pasquier, le même qui avait été l'un de leurs plus redoutables adversaires, parla d'eux comme en parlera l'histoire. « Us s'accrurent beaucoup , dit-il , pendant les n troubles; ils apportèrent réformation è la dissolution de l'ordre ecclésiastique. Ceux « qui sont francs catholiques , voyant que de leur boutique sortaient et la religion et « l'érudition tout ensemble , leur ont aumône de grands biens , mesme on leur a « donné plusieurs maisons pour instituer la jeunesse , ce qu'ils appellent aujourd'hui « séminaires , voulant , sous ce mot , donner è entendre que ce sont les pépinières « de la religion catholique ; croissants par ce moyen en partie par leur mérite , mais « plus pour la haine qu'on porte aux huguenots. »

L'opinion étant donc revenue sur eux , etj)es catholiques les considérant comme les plus fermes appuis de leur religion , Henri lY , qui sut apprécier, avec sa sagesse ordinaire, toot ce qui avait été dit pour et contre, erut devoir les rappeler. U n'eut pas de sqtli plas Bdèlas; et lonqn'u erine borribit renleva à la France, ceux an-

lions sur la vie de ce bon roi , puisque de vingt endroits on lui en donnait avis; puisque l'on fit courir le bruit de sa mort en Espagne et à Milan , par un écrit imprimé; puisqu'il passa tm courrier par la ville de Liège, huit jours auparavant qu'il

qnels les jésuites af aient inspiré les pins fortes préyenttoas , nais qd les Jogettent aveeimpai1ii»litè, n'eurent pas même l'idée d'életer anoan sonp«on eontre eox. « Je « Teax croire , dit Pasqnler, et tenir poar proposition très-eertaine que nul des Je- « suites habitoés en France n'y a prêté consentement , ra les obligations qn*lls « avaient tons, tant en général qu'en particolier, à ce grand prince. »

Henri IV, depuis la paix de Verrins , n'avait eu qu'une guerre peu sérieuse contre le duc de SsTOie. U l'anit ftite atec gloire; et la Bresse tTait été réunie à la France en échange du marquisat de Saluce. Dans les dernières années de son règne , on le vit amasser, sous la direction de Sully, des trésors considérables è l'arsenal , et y faire de grands amas d'armes. Ces préparatife donnèrent lien I plusieurs bruits , et ropiolon la pAis naisemblable fut qu'il voulait faire la guerre è la maison d'Autriche. L'occasion s'en présenta bientôt; la succession de Juliers» derenue vacaiite , M disputée par plusieurs prétendants , entre autres par l'empereur. Henri IV, ne voulant pas que cette dernière puissance s'acerflt , prit hautement sons sa protection le marquis de Brandebourg et le duc de Neubourg , qui aspiraient I la sneeesalon , et (h une aDiance avee le dnc de Savoie pour attaquer «b même temps la naisoB d'ÀntrIebe du cMé de l'Italie.

Ce plan , fort raisonnable , n'excédait pas les forces dont Henri IV pouvait disposer; mais les secrétaires de Solly lui en attribneàt un antre beaneonp plus vaste. Ils prétendent qu'avec une armée de quarante mille hommes il se eroyaU asseï pnlssaAt pour partager rEorope en qvinie Etats de la même étendue et delà même forée, savoir : Hempire d'ADemagne , Télat ecdésiastiqne , la France, l'Espagne , r Angleterre , la Hongrie , la Bohème , la Pologne , le Danemarit , la Soède , la Lombardie , la seignenrie de Venise , la république Italique , les Pays-Bu et les Suisses. Les au- teun ajoutent è cette première conception plusienn arrangements destinés I rendre la balance égale. Les élections des empereurs d'Allemagne auraient été libres; ainsi Tempire eitt été enlevé k la maison d'Autriche; la république Italique , composée des petits Etats d'Italie , aurait eu pour protecteur le pape, k qui Ton aurait donné le royaume de Naples; la seigneurie de Venise se serait accrue de la Sicile; la Valacfaie et la Moldavie auraient été réunies k la Hongrie; les Piys-Bas auraient acquis la succession de Julien ; le dnc de Savoie serait devenu roi de Lombardie ; et Ton aurait accordé anx Suisses la Franche-Comté , le Tyrol et le Trenti. Ces Etats , liés ensemble par une confédération , auraient formé une république chrétienne , qui aurait eu un sénat en permanence , lequel se serait composé de quatre députés envoyés par chaque Etat. Les attributions de cette diète eussent été de juger sonverainement. les querelles, et de prévenir toiUs les guerres.

964 HISTOIRE DE FKANCE

fût assassiné , qui dit qu'il portait nouvelles aux princes d' Al-* leinagoe, qu'il avait été tué; puisqu'à Blontargis on trouva sur Tautel un billet contenant la prédiction de sa mort prochaine par un coup déterminé ; puisqu'enfin le bruit courait

Ce projet de paix perpétuelle , fort beaa en ftpécalation , mais dans lequel on n*a égard ni aux anciennes habitudes des nations , ni à leurs mœurs , ni aux passons et aux piréjttgés des hommes , a dû éblouir plusieurs philosophes. Leibnitz le reproduisît dans le dix-septième sièele , et Tabbé de saint Pierre dans le dix-huitième. Le philosophe allemand , quoique protestant , mettait k la tête de sa république l'empereur et le pape , ce qui donna lieu è Fontenelle de faire l'observation très-juste que l'esprit de système , qu'il possédait au souverain degré , avait bien prévalu , k l'égard de la religion , surTesprit départi. Le philosophe français voulait, ainsi que les secrétaires de Sully, une espèce de sénat do l'Europe , qu'il appelait diète enropéenne. Il avait même dressa cinq articles préliminaires , qu'il soumit au cardinal de Fleury : « Vous m avez oublié , lui répondit le vieux ministre , un article essentiel , c*est d'envoyer « one troupe de missionnaires pour disposer à cette paix et à cette diète les cœurs « des princes contractants. »

Presque tous les historiens de Henri IV, si l'on en excepte Perefixe , qui s'en rapporte aux Eeanamki roffoles, ne font aucune mention de ce projet. M. Schiller, dans son Histoire de la ffHerre de trente aiu, parait y ajouter une foi entière, et combine même la marche qu'aurait suivie le roi de France , après avoir conquis le pays de Juliers et le Milanais.

Il reste h examiner, non pas seulement si ce projet était praticable , mais s Henri IV l'avait en effet conçu. Les auteurs des EeotumUea roffnUa disent que tous les ambassadeurs français étaient chargés de suivre cette affaire , et qu'ils avaient ordre de n'en rmdre compte qu'à Sully, seul dépositaire du secret du roi. On voit bien, il est vrai, dans- quelques dépêches, des projets d'alliance contre l'Aulrtehe , mais on n'y trouve rien qui tende ii l'exécution du grand plan. Deux pièces authentiques et of&cielles de la même époque y semblent contraires. Les auteurs des Economies royales disent que le roi aurait eu d'autant plus de facilité à exécuter ce projet qu'il avait la générosité de ne rien prétendre pour loi dans ce bouleversement général. Les négociations du traité de Brussal, conclu avec le duc de Savoie , par Bullion, le 25 avril 1610, démentent cette assertion; car Henri IV, en promettant an dac de Savoie de l'aider ï conquérir le Milanais , voulait avoir la Savoie. Ce monarque n'avait pas non plus le dessein de réunir la succession de Juliers ii la Hollande. Le traité de Hall, qu'il avait conclu le 11 févner de la même année, avec quelques petits princes d'Allemagne , assurait an contraire la possession de ce pays an marquis de Brandebourg et au duc de Neubourg.

Voyons à présent si les Etats de l'Europe étaient disposés à cette grande révolution. La Suède et le Danemark y devaient prendre peu d'intérêt , puisqu'elles n'obtenaient

par toute la France qu'il ne passerait point cette année-là , et qu'il mourrait d'une mort tragique, dans la cinquante-sep« tième.de son âge. Lui-même, qui n'était point trop crédule r ajoutait quelque foi à ces pronostics , et semblait être condamné à mort 9 tant il était triste et abattu, quoique de son naturel il ne fût ni craintif ni mélancolique.

Ily avait à Paris, depuis deux ans, un certain méchant coquin , nommé François Ravaillac , natif du pays d*Ângouinois , de vile extraction , de poil roosseau , rêveur et mélancolique , qui avait été moine , puis , ayant quitté le froc avant que d'être profés , avait tenu école , et après s'était fait solliciteur d'affaires, et était venu à Paris. On ne sait s'il y avait

aocin agnndisseiDent. L'ÀlIemagDe était , il est Trai , partagée alors en deni ligaes, l'ane catholiqoe , l'antre protestante ; et celle-ci aarait volontiers profité d'une occasion d'augmenter son inflnenee ; mais elle était beanconp trop faible poor aider le roi de France dans nne entreprise aussi périlleuse. Les Hollandais venaient de conclure , soos la médiation de Henri IV, une trêve indéfinie avec leurs anciens mattres ; leur iadépendanee était recoBnne ; épuisés par nne longue guerre , ils avaient besoin de repos, soit ponr rétablir leur eommeroe, soit pour affermir leurs nouvelles institutions. Jacques I", roi d'Angleterre , n'était nullement guerrier, et l'on ne peut présumer son adhésion h un plan qui eût excité une lutte , dont il n'aurait jamais espéré de voir la fin.

Les auteurs des Eeaiumifs rovûleê insistent beaucoup sur les troupes que Henri IV avait mises snr pied. Mais ces quarante mille bommes étaient li peine suffisalits pour' l'exéeotioD da premier plan , qui eont islait k priver la maison d'Autriche de la possession de Jnliers , et à donner le Milanais an duc de Savoie. Trois armées devenaient alors nécessaires , une du cAté de l'Allemagne , une autre en Italie , et nne troisième ponr empêcher les Espagnols de franchir les Pyrénées.

n résulte de ces observations qn'il paraît vraisemblable que , si Snlly entretint quelquefois le roi du projet de confédération européenne , ce prince , qui désirait vivement le bonhenr des hommes, accneillit cette idée comme une de ees belles spéculations qn'on ne peut jamais se flatter de réaliser; et qu'arrêté an premier examen, par des difficultés insurmontables , il n'y donna point une attention sérieuse. Tout porte i croire que ses véntaMes desseins furent d'eaehatner l'ambition autrichienne , et de préparer, par la force des armes, l'exécntion de ces grandes combinaisons politiques, qvi devhirent, trente hait ans après, les fondeaients da traité de Westphalie.»

été amené pour faire ce coup ^ ou si , étant reau à autre dessein , il avait été induit à cette exécrable entrq;)rise par des gens qui , ayant connu qu'il avait encore dans Tâme quelque levain de la ligue et cette fausse persuasion que le roi allait renverser la religion catholique en Allemagne, le jugèrent propre pour ce coup.

Si Ton demande qui furent les démons et les furies qui lui inspirèrent une si damnable pensée et qui le poussèrent à effectuer sa méchante disposition , Thistoire répond qu'elle n'en sait rien , et , qu'en une chose si importante , il n'est pas permis de faire passer des soupçons et des conjectures pour des vérités assurées. Les juges même qui l'interrogèrent n'osèrent en ouvrir la bouche , et n'en parlèrent jamais que des épaules.

Mais voici comment il exécuta son malheureux dessein. Le * lendemain du sacre, le 14 mai, le roi sortit du Louvre sur les quatre heures du soir, pour aller à l'arsenal visiter Sully, qui était indisposé , et pour voir en passant les apprêts qui se faisaient sur le pont Notre-Dame et à rHôtel-de-Ville , pour la réception de la reine. 11 était au fond de son carrosse , ayant le duc d'Epernon à son côté; le duc de Montbazon , le maréchal de Lavardin, Roquelaure, la Force, Mirebeau etLiancourt, premier écuyer, étaient au-devant et aux portières. Son carrosse , entrant de la rue Saint-Honoré dans celle de la Ferronnerie , trouva à la droite une charrette chargée de vin , et à la gauche , une autre chargée de foin , lesquelles faisant embarras , il fut contraint de s'arrêter ; car la rue était fort étroite à cause des boutiques qui étaient bâties contre la muraille du cimetière des Saints-Innocents. Le roi Henri II avait autrefois ordonné qu'elles fussent abattues » pour rendre ce

passage-là plus libre ; mais cela ne s'était point exécuté. Hélas! que la moitié de Paris n'a4eile été plutôt abattue, que de voir le plus grand malheur qu'il ait jamais vu , et qui a été cause d'une infinité d'autres malheurs! Les valets de pied étant passés sous les charniers des Saints-Innocents , pour éviter l'embarras, et n'y ayant personne autour du carrosse, le scélérat , qui , depuis longtemps , suivait opiniâtrement le roi pour faire son coup , remarqua le côté où il était , se coula entre les boutiques et le carrosse , et , mettant un pied sur un des rais de la roue et l'autre sur une borne, d'une résolution enragée , lui porta un coup de couteau entre la seconde et la troisième côte , un peu au-dessus du cœur. A ce coup, le roi s'écria : je mis blessé ; mais le méchant , sans s'effrayer, redoubla et le frappa dans le cœur, dont il mourut tout-àl'heure, sans avoir pu jeter qu'un grand soupir. L'assassin était si assuré , qu'il donna encore un troisième coup , mais qui ne porta que dans la manche du duc de Hontbazon. Après cela , il ne se soucia point de s'enfuir, ni de cacher son couteau ; mais se tint là , comme pour se faire voir et pour se glorifier d'un si bel exploit.

Il fut pris sur-le-champ, interrogé à diverses fois par des commissaires du parlement, jugé, les chambres assemblées, et par arrêt, tiré à quatre chevaux dans la Grève, après avoir été tenaillé aux mamelles, aux bras et aux cuisses, sans qu'il témoignât la moindre émotion de crainte , ni de douleur dans de si étranges tourments; ce qui confirmait bien le soupçon qu'on avait que certains émissaires, sous le masque de piété, l'avaient instruit et l'avaient enchanté par de fausses assurances qu'il mourrait martyr, s'il tuait celui qu'ils lui faisaient croire être l'ennemi juré de l'église.

m HISTOIRE DE FRANCE.

Le duc d*Epernon, voyant le roi sans vie et sans parole, fit tourner le caresse, et mena le corps au Louvre, oh il fut ouvert en présence de vingt-six médecins et chirurgiens, qui lui trouvèrent toutes les parties si saines, que, dans le cours de nature, il pouvait encore vivre trente ans.

Ses entrailles furent envoyées dès l'heure même à Saint- Denis et enterrées sans aucune cérémonie. Les pères Jésuites demandèrent le cœur, et le portèrent à leur église de la Flèche; là oii ce grand roi leur avait donné sa maison, pour y bâtir le beau collège qu'on y voit aujourd'hui. Le corps, embaumé dans un cercueil de plomb, couvert d'une bière de bois, avec un drap d'or par-dessus, fut mis dans la chambre du roi, sous un d9is, avec deux autels aux deux côtés, sur lesquels on dit la messe dix-huit jours durant, puis il fut conduit à Saint- Denis, où on l'inhuma avec les ^cérémonies ordinaires, huit jours après celui de Henri III, son prédécesseur : car il faut savoir que le corps de Henri III était demeuré jusque-là dans l'église de Saint-Cornille de Compiègne, d'oii le duc d'Epernon et Bellegarde, grand-écuyer, jadis ses favoris, l'amenèrent à Saint-Denis, et lui firent faire ses funérailles, la bienséance désirant qu'il fût inhumé avant son successeur.

On cela la mort du roi au peuple tout le reste du jour, et jusque bien avant dans le lendemain , tandis que la reine disposait les grands et le parlement à lui donner la régence. Elle l'obtint sans beaucoup de difficulté, ayant mené le jeune roi , son fils, au parlement , et le prince de Condé et le comte de Soissons, qui seuls eussent pu s'y opposer étant absents. Le premier était à Milan , comme nous l'avons dit , et le second dans sa maison de Blandy, oii il s'était retiré mécontent, quelques jours avant le sacre de la reine.

HENRI IV. aeflf

Quand le bruit de cet accident si tragique fut répandu par tout Paris, et qu'on sut assurément que le roi, qu'on ne croyait que blessé , était mort , ce mélange d'espérance et de crainte , qui tenait cette grande ville en suspens , éclata tout d*un coup en de hauts cris et en de furieux gémissements. Les uns devenaient immobiles et pâmés de douleur, les autres couraient les rues tout éperdus, plusieurs embrassaient leurs amis, sans leur dire autre chose, sinon; Ah! quel malheur! Quelques-uns s'enfermaient dans leurs maisons , d'autres se jetaient par terre. On voyait des femmes échevelées , qui hurlaient et se lamentaient. Les pères disaient à leurs enfants : Que deviendrez-vous j mes enfants, vous avez perdu votre père? Ceux qui avaient plus d'appréhension pour l'avenir, et qui se souvenaient des horribles calamités des guerres passées, plaignaient les malheurs de la France, et disaient que ce funeste coup , qui avait percé le cœur du roi , coupait la gorge à tous les Français. On raconte qu'il y en eut plusieurs qm en furent si vivement touchés» qu'ils en moururent, quelquesruns tout sur-le-champ, et les autres peu de jours après. Enfin il ne semblait pas que ce fût le deuil de la mort d*un homme seul , mais de la moitié de tous les hommes ; on eût dit que chacun avait perdu toute sa famille , tout son bien et toutes ses espérances , par la mort de ce grand roi.

Il mourut âgé de cinquante-sept ans et cinq mois , le trentehuitième de son règne de Navarre, et le vingt-unième de ce** lui de France.

n fut marié deux fbis : la première avec Marguerite de France , dont il n'eut point d'enfants ; la seconde avec Marie de Médicis. Marguerite était fille du roi Henri II, et sœur des

â70 HISTOIRE m FRANCE.

rois François H, Charles IX et Henri III, d'avec laqaeUe il fat démarié par sentence des prélats députés pour cela par le Saint-Père. Marie de Médicis, comme j'ai déjà dit, était fille de François et nièce de Ferdinand, duc de Florence. Il en eut trois fils et trois filles.

Les fils naquirent tous à Fontainebleau. Le premier, nommé Louis, vint au monde le 27 septembre 4601 , à onze heures du soir : il fu.t roi après lui , et porta le surnom de Juste. Le second naquit le 4 6 avril 4 607 : il eut le titre de duc d'Orléans, mais point de nom, parce qu'il mourut avant que la cérémonie de son baptême eût été faite. Tan 4644 . Le troisième prit naissance le 25 avril 4 608 : son nom fut Jean-Baptiste Gaston , et son titre duc d'Anjou ; mais le second fils étant mort, on lui donna celui de duc d'Orléans, qu'il a porté jusqu'à sa mort.

L'ainée ^des filles naquit à Fontainebleau le 22 novembre 4602. Ainsi , elle fut la seconde des enfants : on la nomma Elisabeth ou Isabeau. Elle a été mariée à Philippe IV, roi d'Espagne, et est morte il y a quelques années. C'était une princesse de grand cœur, et qui avait de la vigueur et de la cervelle au-delà de son sexe. Les Espagnols disaient pour cela que c'était la fille de Henri le Grand. La seconde naquit au Louvre , à Paris , le 4 0 février 4 606. On lui donna le nom de Christine. Elle épousa Victor- Amédée, pour lors prince de Piémont , et depuis duc de Savoie , l'un des princes du monde qui avait le plus de capacité et de vertu. La troisième naquit aussi au même endroit , le 25 novembre , fête de sainte Catherine, 4609, et fut nommée Henriette-Marie, reine d'Angleterre, veuve de l'infortuné roi Charles Stuart , que ses sujets ont cruellement d^ouiUé de la royauté et de la vie ; mais le

HENRI lYJ 27ft

del, protecteur des souverains, a glorieusement rétabli son

fils, le roi Charles II.

Outre ces six enfants légitimes , il en eut encore huit naturels , de quatre différentes maîtresses, sans compter ceux qu'il n'avoua pas.

De Gabrielle d'Estrée , marquise de Monceaux et duchesse deBeaufort en Champagne, il eut César, duc de Vendôme, qui naquit au mois de juin 1594, Alexandre, grand-prieur de France , qui est mort prisonnier d'état, et Henriette, mariée à Charles de Lorraine, duc d'Ëlbeuf.

De Henriette de Balsac d'Entragues , qu'il fit marquise de Yemeuil , il eut Henri , évéque de Metz , qui vit encore ; et Gabrielle , qui épousa Bernard de Nogaret , duc de la Valette , aujourd'hui duc d'Epernon , dont elle eut le duc de Caudale , mort depuis peu , et une fille maintenant religieuse carméUte; puis elle mourut en i 627.

De Jacqueline de Bueil , à laquelle il donna le comté de Moret, naquit Antoine , comte de Moret, qui fut tué au service de M. le duc d'Orléans , à la journée de Castehiaudary , oii le duc de Montmorency fut pris. C'était un jeune prince dont l'esprit et le courage promettaient beaucoup. Le marquis de Vardes épousa depuis cette Jacqueline de Bueil.

De Charlotte des Essarts, à laquelle il donna la terre de Romorantin , vinrent deux filles : Jeanne, qui est encore abbesse de Fontevrault, et Marie-Henriette , qui l'a été de Chelles. 11 aimait tous ses enfants , légitimes et naturels , avec une affection pareille , mais avec différente considération. Il ne voulait pas qu'ils l'appelassent Monsieur y nom qui semble rendre les enfants étrangers à leur père et qui marque la ser*

272 lUSTOIftE DE FRANCE.

vitudeetla sojélion; mais qu'ils l'aillassent p(^, nom de tendresse et d'amour.

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