‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 65 sur 91 · CHAPITRE XXXVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVni

Jugement de Péréfixe sar Henri IV.

Henri fit sentir les premiers naouvements de sa vie dans le camp , au bruit des trompettes ; sa mère le mit au monde avec un merveilleux courage; sou aïeul lui inspira de la vigueur dès le moment qu'il vit le jour, et il fut élevé dans le travail dès sa plus tendre enfance.

La première connaissance que l'âge lui donna fut pour regretter la mort de son père , tué au siège de Rouen , et pour se voir environné de périls de tous côtés; lui éloigné de la cour, ses amours défavorisés, ses serviteurs persécutés, et sa perte conjurée par ses ennemis.

Sa mère, généreuse et habile femme, lui donna de beaux sentiments pour la morale et pour la politique, mais de fort mauvais pour la religion ; de sorte qu*il fut huguenot par engagement et non par élection. Aussi protesta-t-il toujours qu*il n'était point préoccupé; qu'il était prêta s'éclaircir, et que, si on lui faisait voir un meilleur chemin que celui qu'il tenait, il le suivrait de bonne foi , mais jusque là qu'on le devait tolérer, et non pas le persécuter.

 Tàge de quinze ans, il se vit chef du parti huguenot, et donna des avis si sensés , que les plus grands chefs de guerre eurent sujet de les admirer, et de se repentir de ne les avoir pas suivis. Il passa sa première jeunesse , une partie dans les armées, une partie dans ses terres de Gascogne; oii il demeura jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Il fut alors amorcé pour

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venir à la cour, par des noces aussi illégitimes que funestes, dont , pour ainsi dire , le présent nuptial fut la mort inopinée de sa mère, la fête, le massacre général de ses amis, et le lendemain des noces, sa captivité, qui dura près de quatre ans , à la merci de ses plus cruels ennemis , et dans une cour la plus méchante et la plus corrompue qui ait jamais été. Son courage ne s'énerva point dans cette servitude, et son âme ne se put gâter parmi tant de corruption , mais les charmes des dames , que la reine Catherine faisait agir pour le retenir , lai donnèrent ce faible et ce penchant qui lui demeura toute sa vie , de ne rien refuser aux désirs que leur beauté lui inspirait.

Pour se tirer de la servitude de la cour, il se rejeta dans rembarras de son ancien parti et de la religion huguenote; il y reçut tous les ennuis et tous les chagrins qu'éprouvent les chefs d'une guerre civile , sa dignité de général ne le dispen^ sant pas des fatigues et des périls de simple soldat. Par trois fois , il obligea la cour d'accorder la paix et des édits à son parti , mais par trois fois on les viola , et il se vit , h divers temps , sept ou huit armées royales sur les bras.

Sa valeur, qui avait déjà paru en plusieurs occasions , se signala avec grand éclat à la bataille de Coutras. Ce fut le premier coup d'importance qu'il frappa sur la tête de la ligue. Peu après , comme elle avait assemblé les Etats de Blois, pour armer tout le royaume contre lui , afin de l'exclure de la cou*renne de France, les Guises, qu'on crut auteurs de cette tragédie, en furent eux-mêmes la terrible catastrophe, mais qui remplit tout de feu, de sang et de confusion. Le duc de Mayenne s'arma pour venger la mort de ses frères, et le roi , presque abandonné , et comme investi dans Tours , fut con-

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traiot d'appeler à son aide notre héros, qui passa par dessus toutes les craintes et toutes les défiances qu'on lui voulait donner, pour se ranger auprès de son souverain.

Ik naarchent à Paris et l'assiègent; mais, sur le point d'y enb*er, Henri III est assassiné par un moine. Le droit de succession appelant notre Henri sur le trône, il trouve le chemin traversé de mille difficultés effroyables ; la ligue en tète , les serviteurs du défunt roi peu affectionnés , les grands tendant à leurs fins particulières. La religion se ligue contre lui ; audehors, le pape, les Espagnols, le Savoyard, le Lorrain; au-dedans, d'un côté les peuples et les grandes villes, et de l'autre les huguenots qui le tourmentaient par leurs défiances continuelles. Il ne peut avancer un pas sans trouver un obstacle ; autant de journées , autant de combats. Ses sujets s'efforcent de Taccabler comme un ennemi public, et lui s'efforce de les regagner comme un bon père. Dans son cabinet , dans £on conseil , ce ne sont que déplaisirs et amertumes causés {)ar une infinité de mécontentements, d'infidélités, de pernicieux desseins qu'il découvre de moment en moment , contre sa personne et contre son Etat. Chaque jour, double combat, double victoire; l'une contre ses ennemis, l'autre contre les si^ïs, usant de prudence et d'adresse, quand la générosité ne lui pouvait servir.

Il fait voir à Arques qu'il ne peut être vaincu ; à Ivry » qu'il sait vaincre. Partout où il parait , tout cède à ses armes; la ligue perd tous les jours des places et des provinces; elle est battue par ses lieutenants au loin , comme elle Test par luimême dans le cœur du royaume. 11 eût forcé Paris, s'il eût pu se résoudre à le perdre; en l'épargnant, il le gagna tout- .à-£ait.

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Le dHO de Pâme arrto un pra ses progrte, iDtti il n'en pac ehanger le cours. La vertu et la fortune, ou j^utôtk providence divine, s'étaient alliées ensemble pour Le couronner de {ioîre. IMeu l'assistait visiblement en toutes ses entreprises, et le préservait d'uae infinité de trahisons et d'attentats horri* blés , qu'on formait d'heure à autre sur sa vie. Enfin, il ren* versa le dessein du tiers^parti, et prévint les résolutions des Etats de la ligue , en se fusant instruire dans la neBgion eadHdiqtte , et rentrant dans le giron de la sainte Eglise.

Quand le prétexte de la religion eut manqué à ses ennemii» tout le parti de la ligue se débanda ; Paris et tonles les grantes viiies le reeonnurent; le duc de Mayenne, quoique bien tard, fot contraint de devenir sujet et de se ranger ksoa devoir; et tous les chefe de la ligue traitèrent séparément* Ce Ait ua gi^nd coup d'adiesse et de prudence du roi de les avoir ainsi di^oints; parce que, s'ils eussent tous ensemble feît un traité d'un commun accord, le parti ^t, par ce moyen, conservé sa liaison » et n'eût pas été abattu, mais seulement apaisée

Lorsqu'il fut au-dessus de ses affaires , qu'il /se fut réconcilié avec le pape, et que ses sujets furent réooneiliés av^ec faii, le mauvais conseil des huguenots , qui désiraient toi^MW le voir embarrassé , le porta à déclarer la guerre aux Espagnols. Ce fut alors qu'il pensa reiomber dans un état pire que jamais : ils lui enlevèrent Dourlens après le gain d'une bataiUe; Calais et Ardres presque d'emUée, et Amiens par aurprise. Les restes de la ligue, qui se cachaient sous la cendre, se rallumèrent ; les mécontentements des grands se découvrirent; il se forma des conspirations de tous côtés; ses serviteurs étaient étonnés; ses ennemis prenaient de l'audace; mais sa vertu, qui semblait s'endormir dans la prospérité , se releva

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contre ses adversités ; il encouragea les siens par son exemple, reprit Amiens, et força TEspagnol de faire la paix, parle traité de Vervins.

Le duc de Savoie , pensant éluder la restitution du marquisat de Saluées et soulever des factions dans le royaume, qui empêchassent le roi de lui demander raison , connut qu'il avait affaire à un prince qui savait aussi bien démêler ses ruses que défaire ses troupes. Il fut donc forcé dans ses rochers, où il disait qu'il n'avait rien à craindre que les foudres du ciel , et on le contraignit de rendre honteusement ce qu'il avait injustement usurpé.

Au même temps, le roi songea , pour la sûreté et la tranquillité de la France , et pour la sienne propre , à avoir des «nfants d'un bon mariage. I^ ciel lui en donna six , et avec cela un calme de dix années, qui ne fut troublé que légèrement, par la conspiration de Biron , par les menées du maréchal de Bouillon , et par quelques émotions populaires contre le sou pour livre, ou pancarte.

Durant tout cela , il travailla principalement à deux choses: Tune était son grand dessein , dont nous avons parlé , pour lequel il se fit des amis et des alliés de tous côtés; éclaircit ses finances , paya ses dettes de bonne foi , comme ferait un mar^ chand; amassa de l'argent, et pacifia tous les différends qui étaient entre les princes qu'il se voulait associer. L'autre était de réparer les dommages et les ruines que la guerre civile avait causés depuis quarante ans dans la France ; d'ôler les divisions qui aigrissaient et partageaient les esprits; de réformer les désordres qui défiguraient la face de l'Etat , et de le rendre ftorissant , «abondant et riche , afin que ses sujets pussent vivre heureusement à l'abri de sa protection et de sa justice.

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Cependant » lui-^néone n'était pas exempt de troubles , d'ennuis et de fâcheries. Ses maîtresses lui causaient mille peines aa milieu de ses plaisirs; il trouvait des épines jusque dans sa maison , et dans la mauvaise humeur de sa femme ; et Eléonore Galigay, avec son mari , lui causaient des chagrins, de même qu'un moucheron âpre et piquant inquiète et agite fu^ rieusemenlunlion.

Comme il était prêt à monter à cheval pour commencer son grand dessein , par le secours de ses alliés , il perdit la vie paf le plus détestable parricide qui se soit jamais commis. Ainsi , celui que tant de piques , de mousquets et de canons , tant d'escadrons et de bataillons , n'avaient pu endommager dans les tranchées et dans le champ de bataille, fut tué avec un couteau par un lâche et traître coquin , au milieu de sa ville capitale, dans son carrosse, et un jour d'allégresse publique. Malheureux coup ! qui mit fin à toutes les joies de la France » et qui ouvrit une plaie qui a saigné jusqu'à cette heure.

Henri était de médiocre stature , dispos et agile , endurci au travail et à la peine. Il avait le corps bien formé , le tempérament bon et robuste , et la santé parfaite , hormis que , par delà l'âge de cinquante ans , il avait eu quelques légères atteintes de goutte, mais qui passaient promptement et ne laissaient aucune débilité. H avait le front large , les yeux vifs et assurés, le nez aquilin, le teint vermeil, le'visagedouxet auguste , et néanmoins la mine guerrière et martiale , le poil brun et assez épais. Il porUiit la barbe large et les cheveux courts. 11 commença h grisonner dès l'âge de trente-cinq ans; sur quoi il avait accoutumé de dire à ceux qui s'en étonnaient : C'est le vent de mes adversités qui a donné là.

« En effet , à bien considérer toute sa vie depuis sa riais-

sauce , on trouvera peu de princes qui en aient tant smiffert que lui ; et il serait bien mal aisé de dire s'il eut plus de traverses ou plus de prospérités. II naquit fils d'un roi» mais d'un roi dépouillé. Il eut une mère généreuse et de grand courage; mais huguenote et ennemie de la cour. II gagna la bataille de Coutras; mais il perdit peu après le prince de Gondé , son cousin et son bras droit. La ligue éveilla sa vertu et le fit connaître; mais elle pensa Faccabler. Elle fut cause que le roi Tayant appelé à son secours, il se trouva aux portes de Paris, comme si Dieu Vy eût amené par la mm; mais Paris s*arma contre lui , et toutes ses espérances furent presque dissipées par la dissipation de l'armée qui assiégeait cette ville. Ge fut sans doute un rare bonheur que la couronne de France lui échut, n'y ayant jamais eu de succession plus éloignée que celle-là en aucun Etat héréditaire; car il y avait dix à onze degrés de distance de Henri III à lui ; et, quand il naquit, il y avait neuf princes du sang devant lui , savoir : le roi Henri U et ses cinq fils , le roi Antoine de Navarre , son père , et deux fils de cet Antoine, frères atnés de notre Henri. Tous ces princes mourur^t pour lui faire place à la succession , mais elle était si embrouillée, qu'on peut dire qu'il souffrit une infinité de peines , de fatigues et de hasards , avant que de recueillir les beaux fleurons de cette couronne. Jeune , il épousa la sœur du roi Charles , qui s^soblait un parti fort avantageux pour lui; mais ce mariage fut un piège pour rattraper, lui et ses amis. Depuis, cette femme, au lieu d'être sa consolation , fut son plus grand embarras ; et , bien loin de lui apporter de l'honneur, ne lui fit que de la honte. Sa seconde femme lui donna de beaux en&nts dont il avait

hieii de la joie; mais ses gronderies el ses dédains loi eau?saidot mille déplaisirs; Il triompha de tous ses emiemis et détint l'arbitre de la chrétienté ; mais plus il se rendait puissant, plus leur haine s'envenimait, et plus elle em«* ployait de moyens pour le perdre ; de telle sorte , qu'après avoir tramé une infinité de conspirations contre sa vie, ils trouvèrent enfin un RavaiUae, qui ^écuta ce que tant d'autres avaient manqué.

c Du reste, il ûiut avouer que toutes les adversités qu'il souffrit aiguisèrent son esprit et son courage ; et qu'enfin il fut un très'grand roi, parce qu'il ne parvint à la couronne que par beaucoup de difficultés et daus un âge fort mûr. c Et certes, il est très-difficile et trèfr-rare que ceux qui sont nés dans la pourpre et nourris dans la prochaine at^ tente de monter sur le trône après la mort de leur père» ou qui s'y trouvent élevés de trop bonne heure, apprennent bien l'art de régn^.

c Les raisons de cela sont que, pour l'ordinaire, les per-^ sonnes entre les mains desquelles ils tombent dans leur bas âge, désirant se conserver l'autorité et le gouvernement, au lieu de les obliger et même de les contraindre à appliquer leur esprit à des choses solides et nécessaires» font adroitement en sorte qu'ils ne l'occupent qu'à des bagatelles indignes d'eux, et ils les y amusent avec tant d'artifice, qu'il est impossible qu'un jeune prince le puisse reconnaître. Au lieu de leur mettre sans cesse devant les yeux la vraie gran^ deur des rois, qui consiste dans l'exercice de leur autorité, ils ne les repaissent que des apparences et des images de cette grandeur, comme sont les p(m)pes et les magnificences extérieures, où il n'y a que du faste et de la vanité. Enfin,

c an lieu de les instruire soigneusement dans ce qu'ils doi«

c vent savoir et de ce qu'ils doivent faire (car toute la science

c des rois se doit réduire en pratique) , ils les entretiennent

« dans une profonde ignorance de toutes leurs affaires, afin

« d'en être toujours les maîtres, et qu'on ne puisse jamais se

« passer d'eux. De là il arrive qu'un prince, lorsqu'il est

« grand, connaissant sa faiblesse, se juge incapable de gou-

« verner; et, du moment qu'il est imbu de cette opinion , il

« faut qu'il renonce à la conduite de son état, si ce n'est que

« ses qualités naturelles soient bien ^traordinaires, et qu'il

« ait un cœur véritablement royal. Avec cela, ces personnes

« se saisissent de toutes les avenues, et empêchent que les

« gens de bien n'approchent point de ses oreilles tendres; ou

« s'ils ne peuvent pas leur en empêcher les approches, ils ne

€ manquent point de les leur rendre suspects, et de leur ôter

« toute créance dans l'esprit de ces jeunes princes, les faisant

« passer auprès d'eux, ou pour leurs ennemis, ou pour mal

c intentionnés, ou pour ridicules et impertinents. Puis ils ont

< certains émissaires qui les infatuent avec des flatteries , « des louanges excessives et des adorations; qui ne leur font « jamais rien entendre que ce qui sert à leurs fins; qui culte tivent leurs défauts par de continuelles complaisances ; qui « leur font croire qu'ils ont une parfaite intelligence de tout,

I « quoiqu'ils ne sachent rien; qui leur font concevoir que la

I c royauté n'est qu'une souveraine fainéantise ; que le travail

« ne sied pas bien à un roi, et que les fonctions du gouver-

« nement étant pénibles, sont par conséquent basses et ser-

I «t viles. De cette sorte, on les dégoûte de bonne heure du

< commandement; on les accoutume à avoir des maîtres,

< parce qu'ils n'ont pas encore ni assez de connaissance, ni

assez de force pour Tétre. Ainsi» ces pauvres princes n^étant point contredits, mais toujours adorés, n'ayant aucune expérience par eux-mêmes , et n*ayant jamais souffert ni peine, ni nécessités, deviennent souvent présomptueux et absolus dans leur fantaisies, et croient que leur puissance doit aller de pair avec celle de Dieu. On en voit qui ne considèrent que leur passion, leur plaisir et leurs caprices, comme si le genre humain n'avait été créé que pour eux» au lieu qu'ils n'ont été créés que pour conduire et gouverner sagement le genre humain; qui laissent faire profusion et litière des biens et de la vie de leurs sujets, et qui, avec une insensibilité sans pareille, n'écoutent non plus leurs plaintes et leurs gémissements, que les cris d'un bœuf que Ton égorge. »

c Au contraire, ceux qui viennent de plus loin à la couronne, et dans un âge plus avancé, sont presque toujours bien plus instruits de leurs affaires; ils s'appliquent bien plus fort à gouverner leur état; ils veulent toujours tenir le timon, ils sont plus justes, plus tendres et plus miséricordieux ; ils savent mieux ménager leurs revenus; ils conservent avec plus de soin le sang et le bien de leurs sujets; ils entendent plus volontiers les remontrances et font mieux justice; ils n'usent pas avec tant de rigueur de cette puissance absolue^ qui désespère quelquefois les peuples, et qui cause d'étranges révolutions.

c Si Ton cherche les raisons pourquoi ils sont tels, c'est qu'ils ont été en un poste o!i ils ont souvent entendu la vérité; oii ils ont appris quelle ignominie c'est à un prince de ne pas jouer lui-même son personnage et de le laisser faire à un autre; où, s'ils ont eu quelques flatteurs, ils ont eu

29i HISTOIRE DE FRANGE.

< aussi des ennemis découverts qni leur ont résisté en faee ; c et qui, en censurant leurs défauts, les ont portés à les ré* « former; où ils ont oui blâmer les fautes du gouvernement € sous lequel ils étaient, et les ont blâmées eux-mêmes, tellec ment qu'ils se sont obligés à mieux faire, et à ne pas sui- « vre ce qu'ils ont condamné ; où ils ont étudié à se conduire € sagement, parce qu'ils étaient dépendants, et craignaient c d'être châtiés; où ils ont souvent ouï les plaintes des partic culiers, et vu les misères des peuples; enfin, où ils ont ap- « pris, en souffrant, ce que c'est que du mal, et d'avoir pitié € de ceux à qui on fait injustice, parce qu'ils ont eux-mêmes € éprouvé la rigueur d'une domination trop rude et trop c haute. Nous en avons deux beaux exemples dans Louis XII, c surnommé le Père du Peuple^ et dans notre Henri , deux € des meilleurs rois qui, en ces derniers siècles, aient porté t le sceptre des fleurs de lis. »

Maintenant, qui pourrait recueillir et dignement arranger toutes les vertus héroïques, les beiles actions et les qualités éminentes de Henri-le-Grand, lui ferait une couronne bien plus précieuse et plus éclatante que celle dont sa tête fat ornée le jour de son sacre. Ce fond de franchise et de sincérité, pur et exempt de malice, de fiel et d'aigreur, en serait la matière plus précieuse que Tor. Sa renommée et sa gloire, qui ne finira jamais, en serait le cercle. Ses victoires de Goutras, d'Arqués, d'Yvri, de Fontaine-^Française ; ses négociations de la paix de Yervins, de l'accommodement des Vénitiens avec le pape, de la trêve entre les Espagnols et les Hollandaiti, «t de cette grande ligue avec tous les princes de la ebréti^té pour l'exécution du dessein que nous avons marqué, en feraient les bnmehes. Puis sa valeur guerrièrei sa générosité, sa con»^

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tance, sa boDiie foi, sa sagesse, sa prudenee, son actinté, sa vigilance, son éc(Miomîe, sa justice, et cent autres vertus, en seraient le» pierreries* Entre lesquelles cet ainour paternel et eordial, qu'il avait pour ses paiples, jeterait un feu brillant et vif comme une escarboucle ; la fermeté de son courage, toujours invincible dans les périls, y aurait le prix et la beauté du diamant; et sa clémence sans pareille, qui releva ses ennemis, qaesa vaiUance avait terrassés, ; paraîtrait comme une éme« raude qui répand la galté et la joie dans la vue de tous ceux qui la regardent. Pour continuer la métaphore, je dirai encore que tant de^ges règlements qu'il fit pour la justice, pour la police et pour les finances, tant de beaux et utiles établissements de toutes sort^ de manufactures qui produisaient à la France un profit de plusieurs millions par an ; tant de superbes bâtiments, comme les galeries du Louvre, le Pont-Neuf, la Place-Royale, le Collège royal, les quais de la rivière de Sdne, Fontainebleau, Monceaux, Saint-Germain; tant d'ouvrage» poblics, de ponts, de chaussées, de grands ch^odins ré*parés, tant d'églises rebâties en plusieurs endroits du royaume, en seraient comme les gravures et embellissements.

Couronnons donc de mille louanges la mémoire immortelle de ee^rand roi, Famonr des Français, et la terreur des Espagnols, rhonneur de son siècle et l'admiration de la postérité; faisons le vivre dans nos cœurs et dans nos affections, malgré la rage des méchants qui lui ont ôté la vie; poussons autant d'acclamations à sa gloire qu'il a fait de bien à la France. Ce fut un Hercule, qui coupa les tètes de Thydre, en terrassant la Ligue. Il fut plus grand qu'Alexandre, et plus grand que Pom-* pée, parce qu'il fut aussi vaillant, et qu'il fut plus juste ; qu'il ne gagna pas moins de victoires, et qu'il gagna plus de omn.

284 HISTOIKE DE FRANCE.

Il conquit les Gaules aussi biea que Jules-César; mais il les conquit pour leur rendre la liberté , et César les subjugua pour la leur ôter : il les enrichit, et César les pilla. Que son nom soit donc élevé au-dessus de celui des Hercule , des Alexandre, des Pompée et des César; que son règne soit le modèle des bons règnes; et ses exemples, de clairs flambeaux, qui puissent illuminer les yeux des autres princes ; que sa postérité soit éternellement couronnée de fleurs de lis; qu'elle soit toujours auguste, toujours triomphante ; et pour comble de nos souhaits, que Louis le Victorieux, son petit-fils, lui ressemble, et, s'il se peut même, qu'il le surpasse.

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