‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 67 sur 91 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Goup-d'œil sur la régence de Marie.

Il est nécessaire de jeter un coup-d'œil sur la régence et

porté au collège des jésuites li La Flèche , et le dernier acte d'an des plus terribles drames de notre histoire se terminait dans un déluge d'oraisous funèbres et de pamphlets.

(3) Terme du temps.

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TadiDinistratioD deBfarie de Médicis, mère de Louis XIII, parce qu'elle amena un changement considérable dans le sys« tème politique de la France (1 ).

On avait vu Marie, sous le règne de Henri lY, inquiète , capricieuse , hautaine , soupçonneuse , querelleuse , contraire à tous les vœux du roi , contraire même à ses vues politiques et osant les traverser par des intrigues secrètes, par des intelligences coupables avec les ennemis de l'état, nommément avec l'Espagne; perdant le droit qu'elle avait de se plaindre des infidélités de son mari par le peu de tendresse qu'elle lui montrait, par le peu de soin qu'elle prenait de lui plaire , par le peu de douceur qu'elle répandait sur sa vie , par la confiance qu'elle prodiguait , par l'appui qu'elle prétait à des domestiques insolents et factieux , ennemis déclarés du roi ; on l'avait vue se tourmenter pour être malheureuse et pour devenir odieuse à ce prince, qui l'eût aimée, si elle avait voulu.

Tous ces torts cependant étaient de son humeur et non pas de son cœur : trop amie de l'intrigue , elle était incapable de crime ; elle n'avait surtout ni assez de méchanceté , ni peutêtre assez de vigueur pour l'attentat atroce dont elle a été soupçonnée; son obstination à rechercher l'alliance de l'Espagne contre les intentions connues du roi , son mari , a fait dire qu'il n'y avait que la certitude de la mort du roi qui pAt faire mivre avec tant de confiance et d'opiniâtreté une négociation si contraire aux projets de ce monarque ; mais un examen plus particulier du caractère de cette princesse détruit cette réflexion terrible , et parait laver entièrement sa mémoire du soupçon d'avoir contribué à la mort de Henri IV.

(1) GaUUrd.

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Par cette mort, Marie devint régente et souveraine sons le nom de son fils; voilà , en apparence, son ambition satisfaite : c'est là au contraire que commencent ses malheurs réels; jusque-là elle n'avait eu que des maux d'opinion, elle n'avait eu du moins que ceux qu'elle s'était faits. Jalouse de l'autorité, comme elle en avait été avide, l'idée que cette autorité pût être ou bravée , ou attaquée, ou menacée, ne lui laissait aucun repos , et tous les moyens qu'elle prenait pour affenmir cette autorité, toujours chancelante , ne faisaient que l'affaiblir et la détruire : aussi étaient-ils directement contraires à leur fin. Au lieu de gouverner, Marie traitait sans cesse avec ses sujets et toujours avec désavantage; toute son administration ne fut qu'une négociation perpétuelle et toujours maladroite; sa politique était de payer bien cher les services qu'on lui devait et qu'elle avait droit d'exiger; elle payait les grands pour rester fidèles ou pour le devenir : c'était les inviter à se révolter sans cesse; ils troublèrent l'état, moins par esprit de faction que par des vues d'intérêt. L'expérience ne la corrigeait point; à la dixième défection, elle payait aussi cher ou plus cher qu'à la première; elle partageait les trésors de l'état entre ses favoris et les mécontents. Les sommes considérables que l'économie de Henri IV avait amassées, soit pour l'exécution de son projet de la république chrétienne , soit pour l'exécution du projet moins vaste d'abaisser la maison d'Autriche, furent promptement dissipées; il fallut accabler le peuple d'impôts pour fournir aux besoins toujours renaissants d'une pareille administration. L'auteur de l'his- ' toire de la mère et du fils compte qu'en six ou sept ans le jprince de Condé avait reçu de Marie de Médicis plus de trois millions six cent mille livres ; le comte de Soissons et son fils,

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seize cent mille livres; le prince de Gonlî et sa femme, quatorze cent mille ; le duc de Mayenne et son fils , deux millions ; le duc de Vendôme , près de six cent mille francs; le duc de Bouillon , un million; le duc d*Epemon et ses enfants, près de sept cent mille livres , sans compter leurs appointements et les pensions qu'ils avaient fait donner à leurs créatures ; et tout cela , pour s'être révoltés ou pour s'être rendus redouta* blés et nécessaires. Il en avait coûté d'ailleurs à l'état plus de vingt millions pour les combattre dans leurs fréquentes ré-: voltes.

Un autre défaut essentiel de l'administration de Marie , c'est ^ cette affection indécente de contrarier en tout le gouvernement de Henri lY, de destituer ses ministres, de prodiguer la confiance, les honneurs, les emplois, les richesses aux ennemis déclarés de ce grand prince; de changer, même au-dehors, d'amis et d'ennemis ; de rompre les alliances que Henri avait formées, de bouleverser le système de l'Europe. Cette conduite imprudente produisit plusieurs mauvais effets. D'un côté elle annonçait un mépris choquant pour la mémoire d'un roi plein de gloire, et non moins illustre par la politique que par les armes ; de l'autre , elle faisait naître ou confirmait le soupçon injuste et affreux dont nous avons parlé : elle fournissait d'ailleurs des prétextes aux révoltes des grands , des motifs aux plaintes du peuple , des occasions ou des facilités aux intrigues des courtisans , qui ébranlèrent peu à peu et parvinrent enfin à détruire la puissance de Marie.

Si cette reine et ses amis n'eussent jamais été soupçonnés de la mort de Henri IV, jamais peut-être on n'eût ni osé ni pu soulever son fils contre elle , ni assassiner le maréchal d'Ancre au nom du roi» et la maréchale au nom des lois. C^

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crimes de la politique, en se mulUpliaDt, perdaient leur horreur aux yeux des courtisans. Il faut rendre justice à Marie , on lui proposa plus d'une fois de la venger par ces moyens affreux; elle s*y refusa toujours.

Du reste , on la verra sans dignité dans la disgrâce comme elle avait été sans vigueur dans l'administration : le plaisir de négocier parut la consoler du chagrin de ne plus régner; elle cabala, elle rampa, elle troubla l'état pour arracher aux favoris une faible portion , une faible apparence du pouvoir qu'elle regrettait. Combien elle aurait été plus intéressante, plus respectée , plus puissante peut-être , si , au lieu d'implorer, pour sortir de Blois, l'appui du duc d'Epernon , qu'elle avait trop négligé, au lieu de s'abaisser jusqu'à caresser Luynes, son persécuteur, elle eût attendu dans la retraite, avec une fermeté noble et calme, que les fautes des favoris, le souvenir de ses travaux passés , les révolutions du temps , les vicissitudes de la fortune, lui rendissent son ascendant naturel sur son fils !

Le règne de Luynes fut court : la mort le frappa au sein des grandeurs et de la puissance ; mais Marie ne recouvra jamais qu'une partie de son ancien crédit , elle en eut assez cependant pour élever au-dessus d'elle-même la fortune du cardinal de Richelieu , qui , depuis , la réduisit à sortir de France et à périr dans l'exil et dans la misère.

A travers toutes les variations de sa fortune , Marie fut toujours fidèle à la négociation et à l'intrigue. Dans le temps où elle défendait avec peine son autorité chancelante contre le crédit toujours croissant du cardinal de Richelieu , sa politique fut de soulever le duc d'Orléans , son second fils , contre le roi et contre ce ministre. Sacrifiée au cardinal , chassée

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de là France, dépouillée de ses biens et de son douaire, privée de tout, elle fut moins accablée de ses disgrâces qu'amusée du soin de négocier son retour en France et de se ménager un asile dans les différentes cours de l'Europe. Elle fit des avances au cardinal de Richelieu , comme elle en avait fait au connétable de Luynes, et même, du temps de Henri IV, à la marquise de Yemeuil. Au fond , elle ne haïssait personne , et lorsqu'à sa mort le nonce Chigi, qui fut depuis le pape Alexandre yil, lui recommanda de pardonner à Richelieu, il vit que le sacrifice d'une si juste haine était déjà fait et qu'il n'avait rien coAté. Elle n'aimait ni plus fortement ni plus constamment; sa tendresse pour ses fils fut toujours subordonnée à son amour pour l'intrigue. Plus inquiète qu'ambitieuse, elle croyait aimer l'autorité , c'était la négociation qu'elle aimait; différente en ce point de Catherine de Médicis, qui aimait également l'une et l'autre; différente d'elle encore en un point bien important , c'est que , comme nous l'avons observé, les moyens criminels n'étaient point à l'usage de Marie ; elle n'avait point les vices de Catherine , elle n'en avait pas non plus les agréments ni les talents.

L'histoire n'a point dédaigné le trait suivant, qui peint à la fois Marie de Médicis et Louis XIIL La reine aimait fort les petits chiens ; Louis XIII, entrant un jour dans l'appartement de sa mère, marcha, sans y penser, sur la patte d'un de ces animaux, qui lui sauta sur-le-K;hamp à la jambe, et le mordit jusqu'au sang. La reine , au lieu de châtier son chien pour cette violence, gronda aigrement son fils de sa maladresse; le roi sortit indigné, en disant : Ma mère aime mieux ses chiens que moi. Cette petite circonstance ne fut pas indiffé* rente dans une cour oii tout était gouverné par des caprices

SSO mSTOIHE DE FRANCE^

de femmes et d'enfants ; Luynes sut en profiter pour nuire i Marie.

Le résultat de l'administration de Marie de Médicis était que Talliance espagnole avait prévalu, et que Louis Xin avait épousé Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne, et sœur de Philippe IV. Ce dernier avait aussi épousé Elisabeth, sœur de Louis XIll.

Ce changement de politique, cette aUiance avec l'Espagne durent naturellement alarmer les protestants. En eflTet ils prirent part à toutes les intrigues de la cour, et entrèrent dans tous les complots des mécontents. Le duc de Bouillon, un des principaux chefs du parti, excitait ou entretenait les troubles ' et poussait à la révolte le prince de Condé, qu'il gouvernait. Le duc de Rohan, gendre du duc de SuUy , moins ami des ca-* baies que le duc de Bouillon, mais plus zélé peut-être pour la cause des protestants, ne perdait pas une occasion de la servir, soit par les négociations, soit par les armes. Dès 4 64 2, il s'é-^ tait emparé de Saint-Jean-d'Angély. Le traité de Sainte-Menehould et les états de 4 64 4, les derniers qui aient été tenus, suspendirent ces preipiers mouvements, qui se ranimèrent dès Tannée suivante. Ce fut à main armée que Louis XIII fut obligé d'aller chercher sa femme et mener sa sœur sur la frontière; ce fut à main armée qu'il ramena de Bordeaux à Paris Anne d'Autriche. Le traité de Loudun, en 4 64 6, fut favorable aux mécontents et aux protestants, mais l'emprisonnement du prince de Condé fit bientôt renaître la guerre : l'assassinat du maréchal d'Ancre la fit bientôt cesser. Les protestants prirent peu de part à la guerre qui s'alluma quelque temps après entre Louis Xlll et sa propre mère, tombée, à son tour, dans la disgrâce et dans Texil, pendant la faveur du connétable de

LOUIS xm; uf

Liiynes; mais bientôt» séparant entièrement leur cause de celle des catholiques mécontents, et ne b'occupant plus que des intérêts propres de leur secte, ils prirent les armes pour assurer l'exécution du traité de Nantes , qui leur paraissait violé en plusieurs points. Ce qui acheva de les soulever, ce fut le £ameux édit de 4620, pour la réunion du Béarn à la couronne et pour le rétablissement de la religion catholique dans ce pays. L'édit portait que les biens ecclésiastiques seraient restitués aux catholiques; ces biens étaient, depuis près de soixante ans, entre les mains des huguenots, qui ne purent consentir à se les voir enlever. La guerre éclata en 1 621 . Le duc de Rohan et Soubise, son frère, étaient les chefs des pro-* testants. Ceux-ci formèrent des projets vastes, dont ils avaient déjà eu ridée autrefois ; ils voulurent changer entièrement la constitution, (aire de la France une république, la diviser en cercles sur le modèle de l'Allemagne ; ils en tirent en effet une division chimérique en huit cercles, dont le gouvernement de^ vait être donné aux principaux chefs du parti. Louis XIII leur fit la guerre en personne, et moutra, dans plusieurs occasions, une valeur digne d'un fils de Henri IV. Cette valeur, il est vrai, n'était qu'une ardeur téméraire, qui l'engageait à cher^ cher les périls pour le seul plaisir de les braver; c'étaient des démarches éclatantes, sans objet et sans fruit. De quelle utilité était-il, par exemple, qu'au siège de Royan le roi, visitant les tranchées, montât jusqu'à trois ou quatre fois sur la banquette, au péril de sa vie? Le soin d'observer la place était contié à des yeux plus exercés que les siens, et ce n'était pas de ses observations que dépendait le succès du siège. Peut-être montra-tril un courage plus utile, lorsqu'à la tête de ses gar* des il passa au milieu de la nuit dans l'ile de Rhépour chas«

ser Soubise de ce poste, dont il s'était emparé. Les succès dii roi, dans cette guerre, furent mêlés de quelques revers : il fut obligé de lever le siège de Montauban en 1 624 . Le connétable de Luynes en mourut de douleur. Lesdiguières se fit catholique, eteutl'épéede connétable. Le roi allait encore échouer devant Montpellier, si les principaux chefs des protestants, las d'une guerre inutile et ruineuse pour les deux partis, ne se fussent pressés de faire leur accommodement avec la cour. Le duc de Rohan rendit Montpellier; le marquis de La Force, qui avait défendu Montauban contre le roi avec tant de courage et de succès, se soumit aussi, et fut fait maréchal de France. C'est lui qui avait échappé presque miraculeusement au massacre de la Saint-Barthélémy. L'édit de Nantes fut confirmé : c'est par là que finissaient toutes les guerres contre les huguenots.

Après deux ans de trêve, la guerre se ralluma au sujet du fort Louis, qui avait été construit dans le cours des guerres précédentes, aux portes de La Rochelle, pour incommoder cette place, dont on avait formé le blocus. Les protestants crurent ne pas pouvoir compter sur l'exécution de l'édit de Nantes tant qu'ils laisseraient subsister ce fort devant une place qu'ils regardaient comme le boulevard et la dernière ressource du parti. La guerre qui s'éleva en 4625, à ce sujet, ne finit qu'en 4 628, par la prise de La Rochelle.

Jacques I" ne prit d'autre part à ces troubles que de soU liciter, de temps en temps et assez faiblement, Louis Xin en faveur des protestants français, et toujours sur les instances des communes d'Angleterre, souvent pressantes jusqu^à la menace. Mais après ce coup-d'œil anticipé sur la régence de Marie de Médicis et ses suites , revenons au récit des événe^ ments.

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