CHAPITRE m
DiTîsioD. — Bruits de ipierre.
Au commencement de la régence, le parlement était mécontent des préférences accordées au clergé.
Le duc d'Epernon était devenu Tennemi irréconciliable de la maison de Guise. Le duc de Sully était brouillé avec tous ses collègues du conseil. La rentrée en France du prince de Condé, premier prince du sang, vint faire une espèce de diversion à ces graves symptômes. Ce fut un véritable triomphe; c'est à qui s'empressait d'aller au-devant du plus proche héritier de la couronne après la famille régnante.
Enfin la reine régente, voulant que le peuple eût quelque motif d'être satisfait, fit publier une déclaration qui abrogeait cinquante-neuf édits du feu roi pour avoir de l'argent de ses sujets, et surseyait à quatorze autres ayant le même but, sans compter qu'on força les fermiers du sel de diminuer d'un quart le prix de cette denrée; on répéta de tous côtés qu'on n'écouterait plus désormais les inventeurs d'impôts, qui trouvaient toujours de nouvelles charges à ajouter à celles qui pesaient déjà sur le peuple.
Avec la régence , la fortune du Florentin Concini devint prodigieuse; de la domesticité il parvint en moins de quatre mois aux plus hautes dignités : il eut des titres, des fiefs, des places fortes à commander; il avait pris le titre de marquis d'Ancre.
Le royaume n'avait jamais joui d'une paix plus profonde; les puissances étrangères avaient envoyé des ambiu^sadeurs chargés de témoigner les vifs regrets de leurs cours pour la T. xni. 23
â54 HISTOlkk DE FRANCE.
mort du feu roi et leurs sentiments d'affection pour le nouveau monarque ; il n'y avait donc aucun sujet de craindre qu'on vint attaquer la France, qui avait pour roi un enfant et pour régente une femme.
Le nouveau gouvernement se décida même à un acte de vigueur, en envoyant un corps de troupes commandé par le maréchal de La Châtre, pour coopérer à la prise de Julliers, assiégé par les troupes des provinces-unies. Onze jours après la jonction des troupes françaises , la place se rendit, et la France intervint d'une manière active dans la capitulatioii qui fut signée après la prise de Julliers; les Français se retirèrent, le but ayant été rempli puisque tout le duché de Julliers était occupé par les princes de Brandebourg et de Neubourg.
Au mois d'octobre suivant eut lieu le sacre du roi Louis XIII, qui se fit dans la ville de Reims avec toute la pompe et les cérémonies d'usage. Le reste de l'année se passa en intrigues et brouilleries de cour, qui décidèrent la retraite de Solly , le fidèle ministre de Henri IV.
Au commencement de l'année 4614 des bruits de guerre tinrent troubler tout-à-coup la tranquillité publique; voici à quelle occasion :
Le duc de Savoie, qui n'avait pu obtenir de la régente Tautorisation de s'étendre du côté du Milanais, avait fini par vouloir s'emparer de Genève , ville qui se gouvernait en république sous la protection de la France , avait la Suisse pour alliée et une grande réputation parmi les réformés comme le premier collège de leur religion.
Le duc de Savoie commença donc à rappeler ses troupes du Piémont, dans le but de les diriger sur Genève; mais il
ne put donner de suite à son projet, attendu l'opjpbsition de la France; un envoyé fut expédié au duc pour lui demander compl4i de ses mesures belliqueuses ; sa réponse ayaiit été trouvée ambiguë , la cour de France dépêcha près de lui un autre envoyé pour lui notifier qu'il eût à renvoyer sur-lechamp les Français qui étaient à son service, et à réduire ses troupes au chiffre strictement nécessaire pour la défense de son duché. Le prince se décida , sur ces impérieuses instances , à renoncer à son projet , et il consentit à désarmer pourvu que les habitants de Genève en fissent autant.
L'assemblée générale des réformés , que la cour ne vit pas sans inquiétude, eut lieu à Saumur le 36 mai 1614 . Philippe de Mornay , gouverneur de cette ville , fut nonimé président. '
En attendant Tarrivée des commissaires du roi, l'assemblée se livra à quelques travaux préparatoires; on choisit quelques députés pour examiner les cahiers des provinces , et les députés généraux , dont les fonctions venaient de cesser auprès du gouvernement , rendirent compte de leur conduite.
Enfin les commissaires du roi firent leur entrée dans Saumur ; c'étaient les conseillers d'Etat de Boissise et de BuUion ; ie travail de l'assemblée commença , mais tout n'alla pas à son gré ; des différends s'élevèrent entre elle et les commissaires du roi. Ceux-ci se retirèrent , et , quelques jours après leur départ , les députés porteurs des cahiers se mirent en route pour la cour. La régente les reçut avec bienveillance, et soumit les cahiers à l'examen de son conseil. Mais après bien des lenteurs une grave dissidence éclata entre le conseil et l'assemblée; le premier maintenait que son unique objet était la rédaction des cahiers et l'élection des députés généraux; Yasn
semblée, au contraire, soutenait qu'elle devait rester à son poste pour discuter des résolutions prises en conseil sur ses cahiers.
Après bien des injonctions d'une part et des protestations de l'autre 9 la régente fut obéie, grâce à l'active coopération du duc de Bouillon, qui avait pris le parti de la cour; les députés généraux furent nommés, et l'assemblée se sépara; chaque membre emporta dans sa province du ressentiment, de la haine et de vives inquiétudes pour l'avenir.
Tant que dura cette assemblée , il n'y eut d'agitation que dans son sein et autour d'elle ; le reste du royaume fut parfaitement tranquille , et la reine en profita pour remettre le restant des tailles arriérées à ceux des habitants de province contre lesquels on exerçait des poursuites ; elle prononça des peines sévères contre le duel, et fit fermer les salles de jeux, qui ruinaient les familles.
Le duc de Mayenne , qui joua un rôle si important dans les guerres de la ligue contre Henri lY, et qui, depuis sa paix avec ce prince, avait montré toutes les qualités d'un sujet fidèle, mourut le 30 octobre de la même année.
Un autre malheur vint afiliger la famille royale le mois suivant; le duc d'Orléans, frère du roi, prince âgé de quatre ans et demi , mourut le 4 7 novembre.