‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 69 sur 91 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Double mariage.

A ce sujet de tristesse succéda bientôt un grand motif de joie; la régente parvint à conclure une double alliauce avec l'Espagne en obtenant pour Louis Xlll la princesbe Aune

d'Autriche, fille aînée du roi d'Espagne , et en donnant Elisabeth de France, sœur aînée du roi, au prince d'Espagne don Philippe. Le mariage de Louis XTII fut arrêté le 22 août, et celui d'Elisabeth trois jours après. La conclusion de cette alliance donna lieu à une foule de cérémonies et même h une espèce de tournoi renouvelé des anciens temps. Ce fut Henri de Lorraine , fils de ce duc de Mayenne , qui fut chargé d'aller demander la main deFinfantepourle roi, son maître; il avait une suite des plus brillantes.

Sur ces entrefaites arriva la mort de l'empereur Rodolphe; son frère Mathias lui succéda paisiblement. Mais de graves événements menaçaient de survenir en France; les grands seigneurs , mécontents des faveurs que la régente prodiguait au maréchal d'Ancre ( Concîni ) , partirent précipitamment pour leurs gouvernements; cette retraite, qu'on prit au sérieux , alarma profondément la .cour ; la régente crut nécessaire d'écrire aux parlements, aux commandants et officiers des villes, pour les prévenir de ce fait; après avoir rappelé qu'elle avait administré le royaume, après la mort du roi, de manière a conserver au-dedans et au-dehorsles plus grands biens , la paix , le repos et le maintien de toutes les alliances, elle déclarait qu'elle était dans la ferme résolution de convoquer les Etats du royaume; des historiens rapportent que la régente ne mit en avant ce projet de convoquer les Etats-Généraux du royaume que pour devancer les princes mécontents qui , pour accréditer leur parti , se proposaient de faire de celte convocation des Etats-Généraux l'objet d'une requête. Elle parut effectivement sous forme de manifeste , et le prince de Condé, chef des mécontents, l'adressa au parlement de Paris.

B était dit, dans ce manifeste» que le prince de Cond^ avait prouvé, du vivant de Henri lY, son affection pour le service du roi et le bien du royaume; qu'après la mort de ce monarque il avait caché longtemps les déplaisirs qu'il ressentait en voyant la manière dont on^administrait FEtat.

c Plût à Dieu, s'écriait le prince de Condé, qu'on eût asc semblé les Etats-Généraux incontinent après le décès du c roi que Dieu absolve; vous seriez en plus grande et plus c juste autorité au gré de l'église , de la noblesse et du tiers- € état; la France n'eût point perdu le généreux nom d'arbitre c de la chrétienté , acquis si glorieusement par le défunt % roi.»

Le manifeste passait ensuite en revue tous les griefs que les mécontents articulaient contre la cour;

Le mariage du roi conclu avant l'âge fixé par la loi divine et sans le consentement des ordres du royaume; les droits des parlements violés et le gouvernement des provinces donné à des {)ersonnes incapables ; la faveur et l'argent distribuant tous les emplois; le peuple écrasé par des charges extraordinaires.

Dans d'autres temps , ce manifeste de princes mécontents aurait entraîné de grands malheurs publics ; mais il ne restait, spus Louis XIII, de la puissance féodale que de vains titres; le pouvoir royal était déjà tout. Aussi le lendemain même de l'apparition du manifeiUe, chacun prévoyait que tout ce grand bruit s'en irait en fumée.

Dans le conseil, les avis furent partagés; les uns proposaient de ramener par la force les princes à l'obéissance; les autres étaient d'avis de les prendre par la douceur en les satisfaisant sur quelques-unes de leurs prétentions. Un moment

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le reppurs à la force sembla prévaloir; la régeate ordonna ^ Içvée de $}x mille Suisses ; elle annonça son intention d'entrer en çaniipagne avec trente -six mille hommes; le jeune to\ s'enflaqsmait à Tidée de combattre des sujets rebelles ; un jour, dit u][i bis^orien , il se fit armer de toutes pièces , et refusa tongtefpps de se laisser oter son casque pour aller se reposer.

Mais Vavisdes conseillers pacifiques finit par prévaloir, et au lieu de tirer l'épée, la régente se servit de la plume pour répondre ai^ manifeste du prince de Condé ; c'était abaisser un peu Tautprité royale; ce qui ne Tempécha pas de faire des propositions aux princes que ceux-ci ne voulurent point écouter.

Quoique tout eût semblé s'accorder pour calmer les inquiétudes de la cour sur les suites de cette échauffourée; que les parlements, les seigneurs et les villes fussent restés sourds aux propositions des mécontents ; que les réformés n'eussent pas voulu faire une seule démonstration en leur faveur; que le duc de Vendôme , qui voulait soulever la Bretagne, dont il était gouverneur , n*eût pu aller au - delà de son château d'Ancenis, les villes lui ayant fermé ses portes, et toute la province étant sur piçd pour défendre les droits du roi , la régente n'en subit pas moins les dures conditions des princes à cette conférence de Soissons tenue le 1 4 avril.

La régente s'engagea à convoquer les Etats-Généraux , à surseoir au mariage du roi jusqu'à l'époque de sa majorité ; et il fut convenu qu'on désarmerait de part et d'autre.

Les princes lui arrachèrent ces concessions non par la crainte qu'ils lui inspiraient personnellement , mais parce que la régente tenait à achever le plus doucement possible les der-

niers temps de son autorité ; ensuite parce qu'elle voulut mettre un terme à ce déluge de pamphlets dans lesquels son honneur n'était pas ménagé , à cause des prévenances marquées^qu'elle manifestait pour Concini, maréchal d*Âncre» son favori, qui commençait à devenir odieux au peuple. Yoilà ce qui fit que Tautorité royale éprouva le plus grave préjudice de ce rapprochement. Les princes obtinrent en garantie des places de sûreté; les fortifications, qui les gênaient, furent démolies, à Mezières surtout et en Bretagne ; il fallut que la régente écrivit aux Etats alliés et aux cours de justice du royaume pour approuver la conduite tenue par les mécontents; enfin ils obtinrent de fortes sommes d'argent comme indemnités de leurs frais et dépenses, sans compter les pensions, les gouvernements et les charges qui formaient les clauses secrètes du traité.

Tant de bonté, quand on pouvait punir avec justice, ne put faire rentrer les princes dans le devoir. Le duc de Vendôme se révolta en Bretagne , et le prince de Condé prit occasion d'une querelle avec Tévéque de Poitiers pour-exciter des troubles en Poilou.

C'est alors que la régente se décida à recourir à la force des armes; par son ordre, des troupes furent dirigées sur ces deux provinces; elle-même quitta Paris avec le roi pour se rendre sur le théâtre des troubles; ce moyen , qui aurait dû être employé plutôt , réussit complètement. Toutes les populafionsse portèrent sur le passage du roi; toutes les villes lui ouvrirent les portes ; après cette heureuse expédition , qui venait de prouver toute la puissance de l'autorité royale , la régente et le roi revinrent dans leur capitale, où ils furent reçus aux acclamations générales du peuple.

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