‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 70 sur 91 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Majorité da roi. — Etats-Généraux de 1614.

Le jeune roi touchait au dernier jour de sa treizième année ; il allait devenir majeur, et en cette qualité gouverner par luimême. Le premier acte de son autorité eut lieu le 4 octobre ; c'était une déclaration qui confirmait entre autres le fameux édit de Nantes.

Le lendemain , le roi tint au parlement son lit de justice; il y parut à côté de sa mère et entouré des princes de son sang et des principaux seigneurs de la cour.

La reine prit la parole pour manifester son bonheur de pouvoir remettre au roi , son fils , les rênes de TEtat.

Le roi prit à son tour la parole pour prier sa mère de continuer ses soins à sa personne et ses conseils à son gouvernement.

Ensuite le chancelier, le premier président et Tavocat général de service, firent leurs harangues, et le lit de justice se termina par la vérification de la déclaration du roi faite la veille.

L'ouverture des Etats-Généraux eut lieu le 27 octobre 4 61 4 dans la grande salle de Thôtel de Bourbon ; le roi prononça un discours qui portait en substance qu'il avait voulu convoquer les Etats au commencement de sa majorité pour leur faire connaître Tétat de ses affaires , et les prier de le seconder, comme c'était leur devoir, leur promettant sincèrement de faire observer et exécuter tout ce qui sera résolu et avisé en cette assemblée.

Les Etats-Généraux de 1614 ne comprirent même pas ce

droit de libre et générale discumon que Louis XIII avait placé dans ses lettres de convocation. Et qiiand bien même ils Tauraient compris, il est évident que Louis XIII n'en aurait pas toléré l'exercice; quatorze années d*un règne oii le despotisme a régné complètement Tout bien prouvé ; c'est à ce prince, en effet, que la France est redevable de la continuation, pendant près de deux siècles, de ce long sommeil de ces assemblées nationales, qui se réveillèrent avec upe telle puissance en 1789.

Le parlement de Paris ne put avoir séance. Ses députés avaient assisté à la grande assemblée des notables, tenue ^ Rouen en 4 594 ; mais ce n'était ))0int là une convocation d'Etats-Généraux : les intendants des finances, les trésoriers, y avaient pris séance comme les magistrats.

L'université de Paris somma juridiquement U chambre du clergé de la recevoir comme membre des états; c'était, disaitelle y son ancien privilège , mais l'université avait perdu ses privilèges avec sa considération à mesure que les esprits étaient devenus plus déliés , sans être plus éclairés.

C^ qu'il y eut de plus remarquable dans ces états , c'est que le clergé demanda inutilement que le concile de Trente fût reçu en France , et que le tiers-état demanda non moins vainement la publication de la loi < qu'aucune puissance ni tem^ porelle ni spirituelle n'a droit de disposer du royaume, et de dispenser les sujets de leur serment de fidélité; et que l'opinion qu'il soit loisible de tuer les rois est impie et détestable. »

C'était surtout ce même tiers-état de Paris qui demandait cette loi , après avoir voulu déposer Henri III , et après avoir souQert les extrémités de la famine plutôt que de roconnaitre

Henri lY. Mais les factions de la ligue étaient éteintes , le tiersétat, qui compose le fond de la nation , et qui ne peut avoir d'intérêt particulier, aimait le trône. Le cardinal Duperron oublia dans cette occasion ce qu'il devait au sang de Henri IV. Il s'oppo^ fortement à la loi proposée , et s'emporta jusqu'à dire <k qu'il serait obligé d'excommunier ceux qui s'obstineraient à soutenir que Té^lise n'a pas le pouvoir de déposséder les rois : » il ajouta que la puissance du pape était « pleine , plénissime , directe au spirituel et indirecte au temporel. » La chambre du clergé , gouvernée par le cardinal Duperron , persuada la chambre de la noblesse de s'unir avec elle. Le corps de la noblesse avait toujours été jaloux du clergé ; mais il affectait de ne pas penser comme le tiers-état. Il s'agissait de savoir si les puissances spirituelles et temporelles j^omaieni disposer du trône. Le corps des nobles assejnblé se regardait au fond et sans le dire comme une puissance temporelle. Le cardinal leur disait : « Si un roi voulait forcer ses sujets à se faire ariens ou mahométans , il faudrait le déposer. s> Cette supposition , toute chimérique qu'elle était , persuadait les députés de la noblesse qu'il y avait des cas où les premiers de la nation pouvaient détrôner leur souverain; et ce droit, quoiqu'éloigné , était si flatteur pour l'amour- propre, que la noblesse voulait le partager avec le clergé. La chambre ecclésiastique signifia à celle du tiers-état qu'à la vérité il n'était jamais permis de tuer son roi , mais elle maintint le reste-

Au milieu de cette étrange dispute le parlement rendit un arrêt qui déclarait « l'indépendance absolue du trône loi fondamentale du royaume. »

C'était sans doute l'intérêt de la cour de soutenir la demandt

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du tiers-état et Tarrêt du parlement, après tant de troubles qui avaient mis le trône en danger sous les règnes précédents. La cour cependant céda au cardinal Duperron , au clergé, et surtout à Rome, qu'on ménageait : elle étouffa elle-même une opinion sur laquelle sa sûreté était établie : c*est qu*au fond elle pensait alors que cette vérité ne serait jamais réellement comlattue par les événements, et qu'elle voulait finir des disputes trop délicates; elle supprima même l'arrêt du parlement sous prétexte qu'il n'avait aucun droit de rien statuer sur les délibérations des états, qu'il leur manquait de respect, et que ce n'était pas h lui à faire des lois fondamentales; ainsi elle rejeta les armes de ceux qui combattaient pour elle, comptant n'en avoir pas besoin ; enfin tout le résultat de cette assemblée fut de parler de tous les abus du royaume, et de . n'en pouvoir réformer un seul.

La France resta dans la confusion , gouvernée par le Florentin Concini , favori de la reine, devenu maréchal de France sans jamais avoir tiré Vépée , et premier ministre sans connaître les lois du royaume. C'était assez qu'il fût étranger pour que les princes du sang eussent sujet de se plaindre.

Marie de Médicis était bien malheureuse ; car elle ne pouvait partager son autorité avec le prince de Condé , chef des mécontents, sans la perdre, ni la confier à Concini sans indisposer tout le royaume. Le prince de Condé-Henri , père du grand Condé , et fils de celui qui avait gagné la bataille de Coutras avec Henri IV, se met à la tête d'un parti et prend les armes. La cour conclut avec lui une paix simulée , et le fait mettre à la Bastille.

Ce fut le sort de son père , de son grand-père, et de son fils. Sa prison augmenta le nombre des mécontents. Les Gui-

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ses, autrefois ennemis si implacables des Condé, se joignent à présent avec eux. Le duc de Vendôme , fils de Henri lY, le duc deNevers, delà maison de Gonzague, le maréchal de Bouillon , tous les seigneurs mécontents se cantonnent dans les provinces; ils protestent qu'ils servent leur roi, et qu'ils ne font la guerre qu'au premier ministre.

Goncini, qu'on appelait le maréchal d'Ancre, assuré de la faveur de la reine , les bravait tous. Il leva sept mille hommes à ses dépens pour maintenir l'autorité royale, ou plutôt la sienne ; et ce fut ce qui le perdit. Il est vrai qu'il levait ces troupes avec une commission du roi ; mais c'était un des grands malheurs de l'état qu'un étranger qui était venu en France sans aucun bien eût de quoi assembler une armée aussi forte que celles avec lesquelles Henri IV avait reconquis son royaume (4).

Après la clôture des Etats-Généraux , l'attention publique , un moment détournée, se reporta avec une nouvelle force sur les pamphlets , qui avaient eonsidérablement augmenté en nombre et redoublé de violence ; le sujet était la ruine de l'état et le désespoir des peuples qu'on y représentait comme inévitables; les personnes qu'on accusait principalement de tous ces maux étaient le chancelier et le maréchal d'Ancre ; ce dernier personnage était détesté surtout à Paris.

Le 27 mars 4615 mourut Marguerite de Valois, première femme de Henri IV. Elle était âgée de soixante-trois

(1) En août 1611 , Concini perdit aa jea 600 mille pistoles, et le 1*' août 11 y avait déjà 5 millions, tirés de la Bastille. Les trésors amassés par Henri IV sont bientôt dissipes, à la mort de Henri lY, les pensions étaient de G!20,340 livres; à la fin de Tannée 1610 , elles montaient k 4 millions 117,456 livres. Le duc de Sully avait été congédié. II avait payé 200 raillions de dettes en dix ans sur 55 millions de revenus , et avait amassé 30 millions à la Bastille.

ans ; c'était une princesse qui avait racheté ses faiblesses par de grandes qualités; elle était libérale; elle protégeait les gens de lettres, qu'elle admettait dans son intimité, et elle écrivait elle-même fort bien ; cette reine délaissée se montra pourtant fort attachée aux enfants de son ancien mari , qui n'étaient pas les siens ; elle fut sincèrement regrettée de tous ceux qui savaient apprécier la bonté de son cœur et Taménité de son esprit.

Lorsqu'en 4 569, à l'âge de quinze ans, elle parût à la cour, sa beauté ne se fit pas moins remarquer que son esprit; elle excita l'admiration générale , et Ronsard là chanta sous le nom de la charmante Parilhée. Qui peut avoir oublié les circonstances de son mariage avec Henri IV six jours avant la Saint-Barthélémy? Elle garda le silence au moment où elle devait donner son consentement , et il fallut que Charles IX, mettant la main sur sa tête , la contraignit de faire un mouvement qu'on regarda comme une marque d'adhésion.

Après que son mariage eût été déclaré nul , elle vint à Paris, dont elle était absente, depuis vingt-deux ans. Elle s'arrêta ^ d'abord au château de Madrid , dans le bois de Boulogne , oiï le roi vint la visiter ; et après y avoir passé six semaines , elle s'établit à l'hôtel de Sens, faubourg Saint- Antoine. Mais bientôt un malheur dont ses ennemis profitèrent pour la dénigrer » lui rendit ce séjour insupportable. Un jeune homme , nommé Julien Date, qu'elle paraissait distinguer, fut assassiné dans la cour de cet hôtel au moment oii il l'aidait à monter en carrosse (4). Elle vint habiter une autre maison située sur le bord de la Seine , et près du Pré-aux-Clercs ; elle la rebâtit de \sk manière la plus somptueuse, et y fit planter des jardins

(1) Mai 1606.

LôtJisixiii. m

magnifiques. Ce fbt là qu'elle trouva enfin le repos que les intrigues , les plaisirs et les passions avaient jusqu'alors éloigné d'elle. Elle s^entoura des hommes de lettres les plus distingués, et à l'eKemple de son aieul François 1*% elle les admettait souvent à sa table. Dans ces repas, où il parait que Pasquier fut quelquefois invité', les lois de la sobriété étaient sévèrement observées , et la princesse proposait des questions philosophiques, morales et littéraires qui étaient discutées avec une entière liberté, c Lorsque ces discussions étaient finies, ajoute Pasquier, venait une bande de violons, puis Une belle musique de voix , et finalement des luths qui tous jouaient l'un après l'autre à qui mieux mieux. »

A ces occupations elle joignait des actions beaucoup plus dignes d'estime : douée de la hbéralité qui avait distingué les Valois, dont elle était le dernier rejeton, elle distribuait de nombreuses aumônes.

Henri lY la voyait avec plaisir fréquenter sa cour. Elle assista, en 4605, au baptême des enfants de France, et deux ans après elle fit au dauphin une donation de tous ses biens. Son bonheur semblait assuré , et elle partageait les espérances des Français sur la grande entreprise de Henri lY , lorsqu'elle apprit la mort imprévue de ce grand prince , qui la replongea dans de nouveaux chagrins. Elle ne prit aucune part aux troubles qui agitèrent la régence de Marie de Médicis.

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