CHAPITRE VI
Le parlement.
Aux inquiétudes que la cour avait conçues de la tenue des Etats succédèrent les remontrances du parlement , qui com-
mencèrent par une opposition à cette suppression du droit annuel accordée par Louis XIII. Quelques membres ayant demandé à cette occasion l'assemblée de toutes les chambres, et le premier président s*y étant refusé , les esprits s'échaufièrent à tel point qu'on en vint à dire qu'il ne fallait pas s'occuper seulement du droit annuel, mais des moyens de réprimer les graves désordres qui existaient dans le gouvernement.
Cet arrêt réveillait toutes les inquiétudes que la clôture des Etats avait dissipées ; le roi fit d*abord défense aux princes et aux pairs de se rendre au parlement ; ordre fut donné aux gens du roi de déclarer qu'il était interdit à la compagnie de passer outre, et de lui enjoindre de remettre la feuille du registre où cet arrêt était inscrit. Le parlement obéit en protestant de sa fidélité; mais il n'en continua pas moins son œuvre , malgré tous les obstacles que la cour lui suscita ; les remontrances furent donc rédigées et approuvées , et le parlement demanda audience pour les présenter à Sa Majesté.
Les ministres , que l'opiniâtreté des magistrats avait vaincus , conseillèrent au roi d'accorder l'audience demandée; elle eut lieu au Louvre, où le parlement se rendit au milieu des flots de peuple. Celte audience fut solennelle tant du côté de la cour, qui s'y montra avec la plus grande pompe , que du côté du parlement , qui tint le plus ferme langage. € Il était
< dit, dans ces remontrances, que le roi était supplié d'écar- € ter de ses conseils les personnes introduites depuis peu € d'années, non par leurs mérites et services, mais par la € faveur de ceux qui voulaient y avoir des écoutants ;
« Que le gouvernement des provinces et places , les char- <- ges et dignités militaires, ainsi que les prélatures , ne pus-
< sent être confiés à des étrangers ;
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< Que Ton supprimât les pensions accordées depuis la c mort du feu roi ;
€ Enfin que le roi permit Texécution de l'arrêt du 28 € mars. »
Le parlement terminait ces remontrances par ces paroles remarquables :
< Et au cas que ces remontrances , par les mauvais conc seils et artifices de ceux qui y sont intéressés, ne puissent € avoir leur effet , votre majesté trouvera bon que les ofiiciers c de son parlement fassent cette protestation solennelle , que, t pour la décharge de leurs consciences envers Dieu cl les
< hommes, ils seront obligés ci-après de nommer, en toute « liberté . les auteurs de ces désordres , et faire voir en public « leurs mauvais déporlements , afin d'y être pourvu par voirc
< majesté , en temps plus opportun , lorsque, les affaires s'y
< trouveront mieux disposées, et qu'il vous plaise d'en prent dre plus de connaissance. >
Ce langage du parlement était aussi clair qu'énergique; il formait un parfait contraste avec celui des Etats-Gcnéraux ; malheureusement ce n'était que le langage d'une cour de justice qu'on pouvait éluder sans aucun péril.
En conséquence la reine blâma le parlement de critiquer les actes d'une régence qui avait rendu la nation si heureuse.
Le chancelier déclara qu'il n'appartenait pas au parlement de contrôler le gouvernement du roi , qui tenait son royaume souverainement de Dieu ; que si les rois avaient pris quelquefois son avis, c'était quand il leur plaisait.
Le président Jeannin s'aliacha ensuite à juslifier le ministère; puis les ducs de Vendôme, de Guise, d'Epcrnon, de T xni. 24
Montmorency, dirent au roi que leur vie , leurs biens et leurs épées, étaient à son service envers et contre tous , et qu'ils n'iraient pas au parlement sans sa permission.
Le lendemain, une décision du conseil cassa Tarrét du 28 mars, fit défense au parlement de s'immiscer dans les affaires de TEtat , et ordonna que son arrêt serait biffé et ôté du registre.
Mais le parlement ne recula pas tout en protestant de sa fidélité et de son respect pour la personne du roi, et il continua , malgré toutes les menaces et les moyens que la cour mit en usage, de persister dans ses remontrances.
Il faut dire aussi que le parlement était grandement encouragé à tenir cette conduite par la faiblesse du ministère , qui s'était révélée dans les négociations de la paix de sainte Menéhould et dans la convocation des Etats-Généraux; il savait, en outre , qu'il serait appuyé au besoin par quelques grands seigneurs tels que le prince de Condé , le duc de Nevers et autres chefs du parti des mécontents.
Le parlement avait rencontré juste dans ses prévisions; car de nouveaux embarras survinrent tout-à-coup à la cour dans la convocation d'une nouvelle assemblée de réformés précisément à l'époque où le prince de Condé réunissait ses partisans à Coucy-le-Château.
La crainte de voir le prince de Condé unir ses griefs personnels à ceux des nouveaux religionnaires détermina la cour â ne pas s'écarter des voies pacifiques d'arrangement; le sieur de Villeroy fut en conséquence dépéché vers ce prince, qui ne voulut entendre à aucun accord avant qu'il n'eût été fait droit à tous les désordres détaillés dans les remontrances du parlement.
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Après cette réponse du prince de Condé, la ^erte était inévitable.
Le roi , en effet, se décida à quitter Paris, qu*uîie antiéé devait couvrir tandis qu'à la tête d'une autre Sa Majesté Inarbheraît contre le prince rebelle*, mais il fallait de l'argent, ce tterf de la guerre; et le trésor royal en contenait peu; on eut recours au trésor confié aux murs de la Bastille; et moitié de force , moitié par composition , on obtint de la cour des comptes , qui en était gardienne , une somme de douze cent mille livres.
Les mécontents n'étaient pas restés dans l'inaction après la réponse du prince de Condé ; ils s'étaient séparés pour rassembler leurs forces; le duc de Bouillon se rendit à Sedan , le duc de Mayenne à Soissons , le comte de Saint-Pol en Guîeilne.
De son côté la cotir prenait ses mesures; on organisa dans Amiens un corps de troupes pour défendre la Picardie ; on mil le maréchal de Bois-bauphin à la tête des troupes qui devaient tîouvrir la capitale; on fit des levées en Normandie qu'on dirigea «ur la ville de Meaux ; enfin le duc d'Epernon prit le commandement des troupes qui devaient suivre le roi. Vincettiies fut garni de canons , dans le double but de défendre ou de menacer Paris, selon les circonstances ; la milice bourgeoise eut ordre de garder les portes, et le frère du roi alla prendre domicile à l'Arsenal. Enfin on poussa la précaution jusqu'à s'assurer le matin même du départ de la personne du président Lejay , qui était très-attaché au prince de Condé. On le fit monter dans un carrosse à six chevaux , sous prétexte que le roi désirait lui parler ; mais au lieu de se rendre au Louvre , le président se trouva sur le chemin d'Etampes à la suite de Louis Xin.
S79 mSTOIRE DE FRANCE.
Le prince de Condé, avant d'entrer en campagne, publia un manifeste qui ne pouvait légitimer son appel à la guerre civile, et qu'il osa faire présenter au roi par un de ses gentilshommes.
Après avoir répété tous les griefs qu'il avait articulés dans sa réponse au sieur de Yilleroi , le prince ajoutait qu'on avait rayé des cahiers un article qui portait à la recherche c du dé- « testable parricide commis sur le feu roi, dont la plaie enc core saignante criait vengeance contre les perfides auteurs « de sa mort. »
Cette accusation était particulièrement dirigée contre le duc d'Epemon , déjà compromis dans l'opinion publique par les révélations de la demoiselle d'Escoman , et qui avaient été reproduites postérieurement par un certain capitaine du nom de Dujardin, qui affirmait avoir reçu mission du même duc pour tuer le roi.
L'attaque, pour être d'une nature moins odieuse, était aussi directe contre le maréchal d'Ancre, que le manifeste représentait comme l'un des principaux auteurs de tous les désordres , sur lesquels la France avait à gémir.
Le prince de Condé , qui portait ses vues sur tout, dans le but d'assurer la réussite de ses projets, fit toute diligence pour mettre dans ses intérêts l'assemblée des réformés convoqués à Grenoble et les habitants de La Rochelle; il accrédita auprès de l'assemblée un agent dont la mission ne réussit pas d'abord à souhait.
Cependant les réformés jugèrent convenable d'envoyer des députés vers le roi, qui joignirent ce prince à Tours; les députés de Grenoble demandèrent, entre autres, qu on publiât l'article du tiers-état sur la sûreté des monarques, qu*on fit
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des recherches approfondies sur la mort de Henri IV, que le roi daignât écouter les paroles du prince de Condé, de même que les remontrances du parlement. Le roi dit qu'il donnerait sa réponse h Poitiers.
Mais pendant que Louis XIII continuait sa marche , l'agent du prince de Condé acquérait chaque jour plus de crédit auprès des réformés de Grenoble ; il arriva donc que, grâce à son entremise, l'assemblée écrivit une seconde lettre au roi pour le supplier de ne pas aller plus loin , parce que la précipitation de son voyage « portait trop d'altérations aux anciens al- € liés de la couronne , trop d'alarmes , de défiances et de douc leurs dans les entrailles de ses meilleurs sujets. »
Cette leltre ne fit aucune impression sur l'esprit du roi » qui arriva bientôt à Poitiers. Il séjourna un mois dans cette ville, pour attendre le rétablissement de sa somr, la fiancée du prince d'Espagne , qui venait d'être atteinte de la petitevérole. Ce retard inattendu donna toute latitude au roi pour arrêter les mesures nécessaires à prendre en cette circonstance.
Il commença par publier une déclaration pprtant que le prince de Condé et ses adhérents étaient coupables de lèsemajesté au premier chef , et déchus comme tels de tous honneurs, étals, oflBces, pouvoirs, gouvernements, charges, pensions, privilèges et prérogatives si, dans un mois, ils n'avouaient pas leur faute; cette déclaration fut enregistrée au parlement de Paris.
C'est le prince de Condé qui commença les hostilités , en faisant marcher vers Noyon, sous le commandement du duc de Bouillon , tout ce qu'il avait de troupes disponibles. Elles s'élevaient à quatre mille fantassins et mille cinq cents cava* liers.
Au début de la campagne, la fortune ne fut pas favorable au parti des princes ; rien ne réussit de ce qu'ils entreprirent ; ili; furent même obligés de rétrograder pour se frayer une route par la Champagne.
Mais leurs troupes dispersèrent près de Clermont quatre cents soldats de nouvelles recrues qui allaient rejoindre l'armée royale ; ce petit succès rétablit leurs aflfaires , les enrôleliants devinrent plus nombreux ; le prince de Condé , reprenant alors Toffensive, passa la rivière de T Aisne à Soissons , celle de la Marne à Château-Thierry , et alla asseoir son camp à Mery-sur-Seine.
Le prince de Condé avait à peine pris] position dans ce lieu , qu'il publia une déclaration en réponse à la déclaration royale et à l'arrêt du parlement , rendu contre sa personne et celles des gens qui tenaient son parti.
Outre les griefs contenus dans la réponse du prince au sieur de Yilieroy, que nous avons rapportée ci-dessus, le prince de Condé y disait formellement que la prétendue déclaration royale était nulle , comme venant de personnes qui avaient usurpé I4 titre de conseillers du roi ; que l'arrêt du parlement ét2\it également falsifié ; qu'en conséquence il était enjoint à tous ceux qui faisaient partie des troupes levées sous le nom du roi , de v^ir le rqoindre ou de se retirer chez eux , sous peine d'étrç traités çomm^ coupables du crime de lèse-majesté.
Après cette audacieuse contre-partie de la déclaration royale , le prince de Coçdé quitta Mary-sur* Sçine pour se diriger vers la ville de Sens ; le duc de Piney-Luxembourg le rejoignit en rout^ avec m renfort de trois cents cavaliers^ le prince de Condé marcha alors sur la Loire , où il était sûr de
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trouver de iHonbreux auiûliaires ; il traversa ce fleuve malgré tous les efforts que fit le maréchal de BoiS'-Dauf bin , pour lui en disputer le psissa^e.
Le roi quitta Poitiers pour se rendre à Bordeaux , oin il ar« rivs^ saos avoir rencontré un seul ennemi sur la route. Après s'être a^uré que le Yoyage de cette ville à Bayonne était sûr , Louis Xm ^t c^ébrer par procuration le mariage de sa sœur avec 1q prince d'Eim)agne. La solennité se fit avec une grande pompe; ^ au moment oii la famille royale sortit de l'église, le (bateau Trompette et les vaisseaux qui étaient en rade firent des salves d'artillerie. Trois jours après , la jeune mariéci se mit en route pour se rendre à Bayonne , et de là en Espagne ; elle avait pour escorte mille cinq cents cavaliers , quatre mille fantassins et quatre pièces de canon, sous la conduite du duc de Gttîse.
C^endant le maréchal de Bois-Dauphin n'avait pu empé-r cher le prince de Coudé de passer dans le Berri » où il augmenta ses forces de six cents reitres arrivés d'Allemagne ; il quitta bientôt le Berri pour entrer dans la Touraiae , se recrutant sans cesse sur la route ; les ducs de la Trémouille et de Soubise le rqoigpirent avec bon nombre de cavaliers et de fantassins, et le due de Sully lui Uvra ses places.