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CHAPITRE VII

ArriTée d'Anoe d'Autriche k Bordeaox. — Conférence de Londres.

Tandis que le prince de Condé faisait tous ces progrès en Touraine, le roi, qui attendait à Bordeaux l'arrivée d'Anne d'Autriche son épouse, passait son temps à toucher lesmabdes st à faire des déclarations relatives aux mouvements

qui s'étaient manifestés parmi les nombreux religionnaires.

On annonça bientôt l'arrivée de l'infante ; le roi d'Espagne avait accompagné sa fille jusqu'à Fontarabie ; la princesse, en arrivant à Bayonne , reçut une lettre de Louis XIII ; elle continua sa route , escortée par le même corps d'armée qui avait accompagné sa belle-sœur , et elle arriva bientôt à Bazas , où l'attendaient le gouverneur, les nobles et les députés du parlement et de la ville ; Anne d'Autriche entra avec eux à Bordeaux dans la soirée du 24 novembre. Quatre jours après» l'évéque de Saintes donna aux deux jeunes époux la bénédiction nuptîale; telle fut la conclusion de ce grand projet de h double alliance avec la maison d'Autriche; elle eut lieu au milieu des partis en armes , et devint le sûr pronostic du retour de l'ordre et de la paix.

Il existe , dans le couvent de Saint-Augustin de Burgos , une série de pièces toutes relatives aux formalités qui furent imposées à Tinfante Ana. La première de ces pièces est la renonciation de la princesse à ses droits légitimes de la couronne (VEspagne, toute écrite de sa main , avec les précautions les plus minutieuses de la chancellerie espagnole. «Moi, dona Ana , infante d'Espagne , et , par la grâce de Dieu , reine promise et future de France, fille aînée du très-haut, trèsexcellent et très-puissant prince Philippe III , par la jméme ^ grâce de Dieu , roi catholique, etc. , déclare à tous ceux qui les présentes verront ma renonciation ainsi qu'il suit : « Par les deuxième et quatrième articles du traité de mariage avec le très-haut , très-excellent et très-puissant prince Louis XIII, roi très-chrétien de France , traité conclu en la ville de Madrid, au palais royal , le 22 août de l'année dernière 4614, il m'a été accordé , en faveur de ce mariage , et pour ma

LOUIS XIII. 3n

dot, et en bien propre , par le roi, mon seigneur et père, la promesse de cinq cent mille écus d'or, de treize réaux chacun, que l'on compterait au roi très-chrétien ou à hi personne qu'il aurait chargée de ses pouvoirs. En échange de ces bienfaits, je renonce à tous mes droits, quels qu'ils soient, présents et futurs , sur l'héritage et sur les biens de la reine dona Marguerite, ma mère* que Dieu ait en sa gloire, de même qu'i^ la succession du roi , mon père et seipeur, et à tout ce à quoi je pourrais prétendre comme fille et héritière de Leurs Majestés catholiques, soit du côté paternel ou maternel, directement ou indirectement; et afin que les choses soient plus clairement et plus particulièrement expliquées, je tiens à ce que les articles 2 et 4 dudit traité de mariage soient ajoutés à la présente déclaration, lettre pour lettre et mot pour mot, et comme je les ai maintes fois lus et entendus lire avant d'écrire les présentes, je ne crains pas qu'on puisse y changer rien à mon insu. » Suivent les deux articles dans lesquels on remarque ces mots soulignés de la main de l'infante : » Payera à Sa Majesté Très-Chrétienne ouàla personne chargée de ses pouvoirs , cinq cent mille écus d'or , de treize réaux chwmn, la veille du jour que le mariage devra

être célébré » *

Et parce que je suis majeure et au-dessus de l'âge de quatorze ans, je reconnais la valeur de ces articles et me tiens contente de cette dot , qui est plus considérable que toutes celles qui ont été accordées aux infantes d'Espagne jusqu'à, ce jour, et que le roi, mon seigneur et mon père, ne s'est déterminé à me donner aussi considérable , qu'en faveur et on considération de la personne du roi Très-Chrétien , et par le motif surtout des bons effets et suites avantageuses que ce

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mariage peut procurer au bien de la chrétienté et à la prospérité des deux royaumes. Je renonce également par ces présentes à tous mes droits sur les successions et héritages qai pourraient me revenir, comme héritière de Leurs Majestés Catholiques, par leurs parents ou par les dettes qu'elles ont à recouvrer, et je les cède et transporte en totalité sur la léle du roi , mon seigneur et père, et de ses héritiers ou succès* seurs universels et particuliers; et pour donner plus d'assurance à ma renonciation , je jure , par les Saints Evangiles contenus dans le missel, sur lequel je pose la main droite , qu'en tout temps et en tout lieu , autant qu'il sera en moi de le faire , je maintiendrai l'exécution des présentes promesses de renonciation , sans que , par séduction , persuasion ou raisons de condescendance aux volontés du roi mon époux , je puisse jamais y contrevenir. Je promets enfin d» ne jamais demander d'ôtre relevée de ce serment , eomme ayant été contrainte par la force à cet engagement , que je fais et que j'écris de mon propre consentement. C'est ce que je déclare devant Dieu et devant les hommes , en présence du roi , mon père et seigneur, et de ses frères, mes oncles, don Ckrlosetdon Fernando , qui ont tenu à assister à cette cérémonie pour lui donner plus de solennité. Au monastère de Saint-Augustin de Burgos , le 1 6 octobre 1 64 6 de la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

a DoNÂ Ana. »

Cet acte était une simple précaution de famille. Philippe III voulut encore qu'une surveillance politique fût établie , et , à cet effet, il rédigea de sa main des instructions secrètes que Inigo de Cardenas, son ambassadeur h Paris, devaU trans-

LOUIS XIU. 37»

mettre au duc de Monteleone , envoyé extraordinaire, lequel accompagnait Tinfante dans son voyage et allait résider avec elle à la cour. Cas instructions portaient sur la conduite que Ton devait suivre dans tout ce qui tenait à la p^sonne de Tinfaute au moment où elle toucherait le sol de France, c Pour rendre utile et glorieux le service d'un roi aussi grand que le ciel nous Ta donné, il faut considérer deux points essentiels dans lesquels con^ste ai^ourd'hui toute Timportance de Tarnbassade de France. Le premier est le service royal de la reine infante, et le second les affaires d'état. Dans le premier il suffit de maintenir les choses sur le pied où les a laissées don Inigo; savoir, que la reine infante sera servie comme elle TeiH tend , et que tous ses domestiques seront ceux qui l'ont suivie d'Espagne. Un point encore essentiel est d'agir toujours avec une prudence extrême ,et beaucoup de flatteries , afin de satisfaire la reine-mère , qui est réellement attachée au roi , notre seigneur. Il faut faire attention h une difficulté, c'est que cette femme , qui paraît ne pas savoir grand chose , est au contraire fort habile, et qu'elle est le moyen le plus sûr pour améliorer et raffermir nos affaires en France. Quant au second point , pour les affaires d'état, le nouvel anibassadeur ne perdra pas de vue que depuis plus de deux cents ans ta couronne de France a eu des intérêts opposés au roi , notre seigneur. Les mariages ont changé ces dispositions , et ont porté ces deux grands souverains à s'estimer. L'ambassadeur considérera que les ministres de France actuels sont encore les mêmes que ceux qui gouvernaient sous Henri IV; il faudra, autant que possible , les détourner de leur tendance pour les protestants et le Turc , mais avec un ménagement extrême, car trois de ces ministres, et les principaux , sont très-vieux , et dans deux

OU trois ans ils seront remplacés par des hommes plus convenables au service de la religion et à celui du roi de France, lequel, aidé de Tinfante et de sa mère, peuvent beaucoup. C'est dans ce but qu*il faudrait pousser à en finir promptement avec ces anciens ministres; dans cet intervalle le roi de France sera devenu homme fait , et agira conformément à ce qu'on dira autour de lui. Quant aux intelligences secrètes qu'on doit avoir h la cour de France, on n'a pas h en parler ici, sinon qu'il faut toujours être bien servi , alors même qu'il en coûte cher (4). »

(1) C'est Philippe ITI qnl chassa six k sept cent mille Maures de ses états. Ces restes des anciens vainqueurs de l'Espagne étaient la plupart désarmés , occupés du commerce et do la culture des terres , bien moins formidables en Espagne que les protestants ne l'étaient en France , et beaucoup plus utiles , parce qu'ils étaient laborieux dans le pays de la paresse. On les forçait k paraître chrétiens ; Tinquisition les poursuivait sans relftche : cette persécution produisit quelques révoltes , mais faibles et bientôt apaisées. Henri IV voulut prendre ces peuples sous sa protection ; mais ses intelligences avec eux furent découvertes par la trahison d'un commis du bureau des affaires étrangères; cet incident hâta leur dispersion. On avait déjk pris la résolution de les chasser : ils proposèrent en vain d'acheter de deux millions de ducats d'or la permission de respirer l'air de l'Espagne ; le conseil fut inflexible : vingt mille de ees proscrits se réfugièrent dans des montagnes; mais, n'ayant pour armes que des frondes et des pierres , ils y forent bientôt forcés. On fut occupé deux années entières à transporter des citoyens hors du royaume , et à dépeupler l'état. Philippe se priva ainsi des plus laborieux de ses sujets , au lieu d'imiter les Turcs , qnl savent contenir les Grecs, et qui sont bien éloignés de les forcer à s'établir ailleurs.

La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique , leur ancienne patrie ; quelques-uns passèrent en France , sous la régence de Marie de Médids : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis; quelques familles, qui firent profession du christienisme , s'établirent en Provence, en Languedoc; il en vint à Paris m^me , et leur race n'y a pas été inconnue. Mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation , qui a profité de la faute de l'Espagne , et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent, et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les antres , tantôt par les persécutions , tantôt par les conquêtes.

Cette grande émigration , jointe à celle qui arriva sous Isabelle et aux colonies , que l'avarice transplantait dans le nouveau monde , épuisait insensiblement l'Espagne d'habitants ; et bientôt la monarchie ne fut plus qu'un vaste corps sans substance.

Le roi Philippe III insiste» dans une nouvelle instruction beaucoup plus longue que la première» sur les mémies points» et particulièrement sur la liberté dont le roi d'Espagne veut que la reine infante jouisse à la cour de France. C'est là le sujet de toutes ses lettres. U ajoute ensuite : « Le duc de Monteleone veillera avec un soin extrême à ce que le roi très-chrétien ne soit pas détourné de Taffection qu*il nous porte par de mauvais conseils » et qu'entre la reine infante et sa bellemère il règne toujours une grande conformité d'opinions et de sentiments; c'est le plus sûr moyen pour que le roi catholique ne se sé()are jamais de la cause de France. U aura soin encore de chercher à pénétrer les intelligences» et, s'il le pouvait, la correspondance elle-même du roi de France avec l'Angleterre et la Hollande. Il faudrait arriver à ce but, que la France retirât les deux régiments au moyen desquels elle a secouru les Hollandais. Quant aux personnes de confiance avec lesquelles Userait bien de traiter secrètement des affaires qui pourraient s'offrir, il faudrait s'informer, auprès de don Inigo de Cardenas» des moyens qu'il a employés jusqu'ici, et dont il donne les détails dans une dépêche particulière; mais on ne doit pas perdre de vue que les personnes employées dans ces affaires doivent offrir toutes les garanties de sûreté; car quel inconvénient ne résulterait-il pas d'aller se découvrir à ceux qui n'offriraient pas ces conditions? Enfin il faut, en dernier lieu, que lé duc de Monteleone soit très-circonspect à l'égard de toutes les

La saperstitioii , ce vice des âmes faibles , avilit encore le règne de Pliilippe III : sa eoar ne fat qu'on chaos d'intrigues , comme celle de Louis XIII. Ces deux rois ne pouvaient vivre sans favoris , ni régner sans premiers ministres. Le doc de Lerme, depuis cardinal , gouverna longtemps le roi et le royaume : la confusion où tout était le diassa de sa place. Son fils lui succéda , et l'Espagne ne s'en trouva |ia8 mieux.

à84. HISTOîttte DE FRANCE.

))âroles et propositions qui lui viendront de h part de ceux qui ne sont point encoi^ rentt*és sous l'obéissance de leur roi. »

C'était avec un soitt particulier que Philippe lit avait choisi Itti-knénae toutes les dames espagnoles qui devaient accompagner l'infente. L'état de la maison de la jeune princesse nous a été également conservé : ses domestiques, ses femmes sont nombreux ; tous sont Espagnols d'origine, car le roi avait re- Commandé spécialement à sa fille de tle s^entourer que de Castillans. L'infante avait auprès d'elle un cohfesseur. le père François de Ribas ; don Pedro de Casto était le premier aumôtïier; Marc-Antonio de Harco, confesseur du commun; les médecins, apothicaires, chefs, aides de cuisine, échansons, gardiens d'oiseaux, porte-clés, maîtres es -vols de faucon, valets de pied, balayeurs de chambres, tout cela était Castillan; et puis douze jeunes filles d'Espagne; la comtesse de La Torre, dame d'honneur; Louise d'Osorio, dame d'atour; les signorettes de Mendoza et d'Aragon, demoiselles d'honneur; quatorze femmes de chambre; et tous ces employés s'élevaient à plus de cent au traitement de cent-quatre-vingt mille réaux par mois (1).

Nous avons vu que de tous les conseillers de la reine régente, les plus exposés à la haine du peuple étaient le maréchal d'Ancre et le chancelier de Sillery, et depuis le fflaiiage de Louis Xni , on s'accordait à voir se retirer d'eux là faveui* royale.

Mais la maréchale ayant réussi à reprendre tout son empire sur l'esprit de sa maîtresse , elle intrigua si bien , que le chancelier fut seul destiné à servir de bouc émissaire, s'il fallait

(i) RicheUeo, Maiarin , par Capefigue.

LOUtB XIII. 9S3

faire un sacrifice pour ameiier ut) accommodeffiini avee les pHnces; e^la n'empêcha pas que la cour ne prit toutes ses mesures, comme si ce rapprochement ne pouvait avoir lieii; pQîste roi quitta Bordeaux pour retourner à Paris, toujours en bataille , ayant nommé le duc de Guise j»our lieutenant^ général de Tarmée qui couvrait sa marche contre les insultés ^mécontents et des huguenots auxquels le prince de Gpndé s'était lié , malgré la haine qu'il leur portait et qu'il leur porta loute sa tie.

Le roi arrivait à peine à la Rochefoucauld, qu'il reçut une lettre du prince de Gondé ; die exprimait le désir d'un arrangement et parlait d'une conférence pour arriver à ee but. Mais le prince ^ toujours constant dans ses demandes « voulait que le roi eût enfin égard aux remontrances des Etats^ Généraux , du parlement et aux siennes propres.

Le roi consentit à la conférence et envoya à cet ef et à Foit-^ tenay-le-Gomte le maréchal de Brissac et le sieur de YiUerojr vers le prince de Condé; une trêve fut conclue , et le lieu de k conférence fixé à Loudun; le roi quitta alors Poitiel^ ^ut se rendre à Tours.

Déjà la réaction contre les ennemis des princes se faisait sentir : le premier d'entre eux qui tomba en disgrâce fut le propre frère du chancelier, le commandeur deSittery, chevalier d'honneur de la reine; peu de jours après ce fut le tour du conseiller •" d'état de BriUière, et comme Louis de Dolé mourut à la même époque, la haine du parti des princes n'a^ vait plus à s'exercer que sur le chancelier et le maréchal d'Ancre.

A la conférence de Loudun, qui fut ouverte par une pro^ cession et qui se tint chez la comtesse de SoiiM»s entre les

commissaifes du roi et les délégués des princes, ces derniers demandèrent qu'une procédure fût instruite sur la mort du feu roi; que l'article du tiers-état sur Tindépendance de la couronne fût publié, et les libertés de TEglise gallicane maintenues, et que défense fût faite au clergé de publier le concile de Trente.

Ces demandes, et celles d'entretenir les anciennes alliances au-dehors, de prot^er Tétat de Savoie, de satisfaire les Suisses, de veiller à la sûreté de Sedan et d'anfiuler tous les arrêts rendus contre le prince de Condé, formaient le principal; le reste avait trait à Texécution des édits rendus contre les réformés.

Toutes ces demandes furent remises aux commissaires du roi, et plus de deux mois furent employés à les discuter. La conférence durait encore dans les premiei^ jours de mai, une circonstance imprévue la termina : le prince de Condé, étant tombé malade, fit venir chez lui tous les membres de la conférence; la dispute commençant à s'échauffer, sans égard pour l'état du prince, il imposa silence; puis ayant demandé les pièces, il les signa toutes sans les lire, en disant : « Ceux qui m'aiment feront comme moi , 'et ceux qui ne le feront pas, on le leur fera faire. » Il congédia ensuite l'assemblée; mais la conférence fut reprise chez la comtesse de Soissons. La dispute recommença; mais toutes les parties intéressées finirent par signer les actes que le prince de Condé venait de souscrire : ainsi se termina la conférence de Loudun, qui fut célébrée par un Te Deum et par des illuminations générales.

La disgrâce du chancelier suivit de près; il fut rempbcé dans ces hautes fonclious par Guillaume Duvair, premier président du parlement d'Âix. ,

Ud historien fait le tableau suivant de la désolation des guerres civiles :

Jamais la France n'avait offert un spectacle de désolation semblable au désordre qui accompagnait cette guerre civile; il y avait double gouvernement , celui des princes et celui du roi, et par conséquent double impôt, double taille» efforcement de femmes et de filles, ravages des champs, dépouillement des laboureurs. Les assemblées elles-mêmes de gentilshommes ou de huguenots voyaient avec douleur la tristesse générale du peuple , qui pouvait à la fin agir, comme les communes de Guienne et de Béarn , c'est-à-dire se réveiller indépendantes. Tandis que le roi et sa mère s'acheminaient de Tours à Blois, sans oser s'avancer vers Paris, tant i'Ile-de- France était peu sûre, les parlementaires s'entremirent encore et vinrent à bout de quelques articles de trêve arrêtés à Fontenay-le-Comte. Et comment n'aurait-on pas songé à la paix , quand tant de pronostications, d'événements tristes venaient démontrer l'ire de Dieu? Les ponts au Change et de Saint-Michel s'étaient éboulés ; il avait paru des monstres en toutes les provinces , des bœufs à deux têtes, des béliers avec des ailes d'aigles; il était temps d'apaiser la colère céleste ; le parle* ment faisait arrêt de défense à tous capitaines, soldats et autres gens de guerre de s'approcher de plus de six lieues de Paris, et le roi donnait commission pour traiter de la paix avec le prince de Condéet terminer la guerre cruelle. < Louis, à notre trè^-cher et bien aimé cousin le comte de Brissac, maréchal de France , et à nos amés et féaux conseillers de Villeroy, de Thou, de Vie et de Pontchartrain ; salut. Ayant été résolu et arrêté de notre paît avec notre cousin le prince de Condé, de faire une conférence en noire ville de Loudun, T. XIII. 25

3ë« HISTOIRE DE FRANGE.

pour aviser aux moyens de remettre ce royaume en repos ; plein de confiance en vos fidélités et affections à notre service et au bien de notre royaume, et en la grande expérience et connaissance que vous avez des affaires d'icelui ; nous vous avons commis, ordonnés et députés pour vous transporter en notredite ville de Loudun et vous trouver en ladite conférence ; là, voir et entendre ce qui vous sera proposé par notredit cbusin le prince de Condé, traiter, conférer, convenir et accorder avec eux des choses que vous trouverez être justes , botines et convenables, et qiii pourront être utiles au bien de notte service, au repos de notre état et au soulagement de nos sujets; et généralement, traiter, gérer, conclure toutes choses, demandes et propositions qui pourront vous être faites pour parvenir à une pacificatioii et accommodement général ; promettons, en foi et parole de roi, d'avoir pour agréable et tenir ferme et stable ce qui sera par vous géré et négocié en noire nom, l'observer et accomplir comme si nous TaviOns fait et promis en propre personne. »

Si le conseil du roi se montrait si accommodant , si désireux d'en finir avec les batailles civiles , c'est que les moyens de guerre s'épUisaient. Le but qu'on se proposait , c'est-à-dire le mariage, était atteint; que pouvait-on désirer alors, si ce n'ébt une pacification? Le roi employait envers les uns leprestij^e de la puissance royale , se manifestant par des hérauts d'armes couveirts de la cotte de mailles et portant le bâton de commandement; envers les autres , il recourait aux prières. Le prinde de Condé , de son côté , n'était point éloigné de la pabL. Â cette vie de guerre , de fatigues dans la campagne, disputant ses apanages, il préférait l'influence de cour, la préaideDee du oodmîI » le doia exercice de l'autorité. Pourtant

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il n'était point seul dans la lutte; chef de parti, il avait des engagements envers les meneurs d'opinion , les féodaux , les calvinistes surtout. Il écrivait donc au duc de Rohan , la tête remuante des huguenots : c Mon cousin , vous savez comme il y a bientôt deux ans que j'ai représenté à leurs Majestés , par mes très-humbles remontrances, les misères, désordres et malheurs qui menacent le royaume de ruine, et les ai suppliées , par diverses fois avec le respect et très-humble devoir que doit un fidèle sujet à son roi , de les détourner par toute sorte de prudence et porter la main salutaire pour y appliquer de bonne heure les remèdes nécessaires et convenables > de peur qu'étant négligés et mes avis donnés par les vœux et suffrages de tous les gens de bien , demeurant inutiles , le mal ne se rendit incurable; en quoi chacun reconnaîtra toujours, sans passion , que je n'ai eu jamais autre but que la conservation de l'état avec le repos et tranquillité publique d'icelui ; à laquelle désirant rapporter toutes mes actions et rechercher tous moyens possibles pour y parvenir, afin d'éviter les misères et calamités que la guerre civile attire après soi, j'ai fait connaître tout ce qui était de mes désirs à M. de Villeroy^ avec lequel je me promettois voir réussir heureusement les choses remontrées au contentement des bons François ; mais voyant que la résolution de retarder avoit été prise au conaeti du roi , qui avoit donné le sujet de rompre la conférence commencée, et, par ce moyen, frustré de Tespéranee de voir bientôt un règlement nouveau dans les conseils de Sa Majesté, j'ai été contraint d'assembler mes amis, prendre les armes, et obtenir par la guerre ce que par mes très-humbles prières et remontrances je n'avois pu faire, de manière que nous en sommes venus jusque-là ; mais finalement ayant appris par le

rapport de M. de Tyangcs que le dessein de Sa Majesté était de donner la paix à ses sujets et que j'ai jugée tant nécessaire au royaume, on a résolu qu'il se tiendroit une conférence pour être pourvu aux choses plus salutaires et convenables et donner lieu à une paix de durée , ce qui ne se peut faire sans en donner avis à ceux de la religion intéressés en ceci » et particulièrement à vous , étant à propos que de votre part il y ait quelqu'un envoyé en ladite conférence, pour voir, proposer, conclure et arrêter les choses p^us requises à la tranquillité de l'état, et afin de lever tout sujet de soupçon, défiance et jalousie. J'espère que Dieu me favorisera et fera connaître à la France que je n'ai autre dessein que son bien et repos , et qu'enfin Leurs Majestés jugeront de la sincérité de mes intentions. »

La guerre civile fatiguait l'esprit de la reine Marie de Mé^ dicis; les gentilshommes étaient souvent victorieux dans les combats contre l'armée royale; les princes du sang voulaient s'emparer du conseil. Que fit la reine*-mère? Pour avoir la paix publique, elle leur en ouvrit les portes. Ne pouvant vaincre par la force ouverte et décidée , Marie de Médicis se fiait à son habileté et à la ruse ; elle consenuit à une transaction que plus tard on pouvait méconnaître et atténuer; qu'importaient les concessions faites à la nécessité impérieuse 1 l'essentiel n'é^ tait*il pas de dissoudre la confédération des princes , de dis-^ perser leurs armées, qui pesaient tant sur les peuples? A Blois il y eut donc signature d'un traité de paix, plus dur encore que celui de Sainte-Menehould* Les gentilshommes en armes demandaient : « Que tous ceux qui avoient été dépouillés de leurs fiefs fussent rétablis; que les cours de parlement fussent mises en toute leur indépendance; qu'aucun étranger

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ne fût chargé d'un office de cour ou de magistrature (ceci s'appliquoit-il au maréchal d*Ancre? ) ; qu'on entretint les alliances avec les princes et potentats au-dehors; Tindépendance de tous les fiefs et de toutes les vassalités provinciales ; » et tout cela accompagné de quelques concessions populaires sur les tailles et impôts , afin de plaire h la multitude et de l'attirer à Taristocratie féodale; et tandis qu'on discutait ces traités , il y avait plus de gardes , plus de courtisans auprès du prince de Condé qu'auprès de Leurs Majestés. Tout était triste h Tours , où siégeait le roi ; tout riait à Loudun , où était M. le prince en sa cour plénière.

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