‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 73 sur 91 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le roi rentre ï Paris. — Aventare du maréchal d* Ancre. — Ambassadeur du roi Jacques I*'.

Le roi, à sa rentrée dans Paris, fut reçu dans la plaine de Hontrouge par douze mille hommes de la milice bourgeoise que lui et la reine passèrent en revue. Louis XIII entra le premier dans Paris, à cheval, entouré par des flots de peuple ; le corps de ville accompagnait la reine, et les bataillons de la milice bourgeoise fermaient la marche.

Louis XIII était rentré dans Paris le 16 mai 1616; mais pas un seul de tous ceux qui s'étaient montrés hostiles aux princes ne restaient dans le conseil; deux ministres, en attendant l'arrivée du nouveau garde-des-sceaux, le composaient tout entier , c'était le sieur de Yilleroy et le président Jeannin.

La reine-mère, vu l'extrême jeunesse de Louis XIII, avait toujours la grande main dans Télat. Pour aflermir son autorité, la reine-mère résolut de composer le conseil d'houmies sur

lesqaels elle pouvait compter; elle commença par le pré»dent Jeannin ; la reine lui Ata sa place de contrôleur-général des finances pour eu gratifier un de ses principaux domestiques, le sieur Barbier, intendant de sa maison.

Le sieur de Yilleroy fut celui de tous les anciens ministres qui resta le plus longtemps; mais à la fin il fut dans la nécessité de résigner ses fonctions comme ses collègues.

La reine-mère, après avoir peuplé le conseil de ses créatures, tourna ses vues du côté de Tarmée ; elle voulait s'en assurer en lui donnant pour la commander un personnage à sa dévotion. Son choix tomba sur le comte d'Auvergne, qu'elle tira de la Bastille pour en faire un général en chef.

Il arriva, vers la même époque, au maréchal d'Ancre une aventure qui mit le comble à la haine que le peuple lui portait, et qui fui comme le pronostic de sa triste destinée ; la voici :

Quand le roi ne résidait pas à Paris, la milice bourgeoise avait la garde des portes; il arriva, qu'elle reçut à cette époque l'ordre de ne laisser sortir personne à cheval sans passeport.

Un jour, le maréchal d'Ancre, qui était à Paris depuis un peu de temps, se présenta à la porte de Bussy , avec son cortège ordinaire de valets et de gardes; comme il ne put représenter de passeport, le bourgeois qui était de garde, fidèle à sa consigne, lui refusa la sortie; sur les instances de plus en plus vives du maréchal d'Ancre, le milicien de faction appela le poste, qui sortit en armes pour barrer le passage, ayant à sa tête un sergent nommé Picard, cordonnier de la rue de La Harpe, qui présenta môme la pointe de sa hallebarde au maréchal d'Ancre.

Le fovori de la reine-mère se vit donc dans la nécessité de

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rétrograder ; mais quelques jours après ses valets , qui entendaient venger leur maître à leur manière, après avoir guetté longtemps le cordonnier Picard, le rencontrèrent dans le faubourg Saint-Germain et le meurtrirent de coups de bâton.

A cette nouvelle, il n'y eut qu'un cri dans la capitale contre le maréchal d'Ancre; son écuyer, qui avait monté le coup, eut à peine le temps de s'échapper, et deux de ses valets furent accrochés à une potence élevée au pont Saint-Michel ; le ma-réchal d'Ancre lui-même fut contraint» pour se soustraire à l'exaspération du peuple, de se réfugier dans son château de Casigny en Brie.

Cet incident décida la reine-mère à dépêcher sur-le-champ vers le prince de Condé pour hâter son retour; cette mission fort délicate fut confiée au jeune évéque de Luçon, si connu dans l'histoire sous le nom du cardinal de Richelieu, et qui s'était déjà fait connaître par un discours qu'il avait prononcé pour le clergé aux derniers états-généraux; sa mission eut un plein succès , puisque le prince de Condé eut hâte de revenir à Paris, où il fut reçu par la population avec transport, et par la reine mère avec un air de contentement où perçait néanmoins l'inquiétude.

Sur ces entrefaites, le roi d'Angleterre, Jacques, envoya en France un ambassadeur extraordinaire, qui arriva à Paris le 4 août; il était chargé de deux missions : la première, de complimenter, au nom de son maître, le roi Louis XIII sur son mariage, la seconde de lui demander la main de l'une de ses sœurs pour le prince de Galles, fils unique et héritier du roi d'Angleterre. Il était question, depuis longtemps, de cette alliance; mais le roi Jacques, tout en la désirant, avait chargé son représentant de n'en faire la demande formelle qu'au cas où

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Tunion lui parut bien aflermie à la cour de France. Aussi l'ambassadeur ne dit-il pas un mot de cet objet principal de sa mission à sa première audience ni à celles qui suivirent.

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