CHAPITRE XIIL
Exil de Marie de Médicis ^ Biois. — Èitrevuc du roi et de sa mère.
Il y eut, à la même époque, des troubles dans le Béarn au sujet de cet édit de restitution au clergé des biens qu'on lui avait saisk pour les donner aux réformés ; le conseiller d'Etat , envoyé sur les lieux pour le faire exécuter, ne put remplir sa mission ; il fut même obligé de quitter î*au et te Béarn pour se retirer à Dax, en Guienne. La révolte était évidente; mais le gouvernement ne jugea pas convenable de recourir aux armes pour le moment , à cause des dîflBcultés suscitées par l'exil de la reine-mère à Blois.
Le sieur Barbin, ancien contrôleur général des finances, était toujours détenu à la conciergerie; tout son crime était son attachement à la reine-mère; il arriva qu'une correspondance entre cette princesse et lui vint à s'établir par l'en-
tremke de ses gardiens» le baron de Persan et le baron de Boumonville, son frère.
Mais cette correq^ondancQ était li?rée» jour par jour, au sieHr de Luynes , qui m faisait faire des extraits avant de Fen- Toyer à son adresse; et lorsqu'il crut avoir alarmé le roi , il le décida à donner commission au grand conseil de juger les auteurs d'un complot tendant à faire revenir la reine-mère , à délivrer le prince de Condé et à renverser TEtat.
Les coupables étaient ceui que nous avons nommés , les sieurs Barbin , de Persan et de Boumonville , auxquels on joipit trois pauvres pamphlétaires , dont deux furent roués et bràlés en place de Grève.
Le baron de Boumonville fut également condamné à mort, mais non exécuté; le baron de Persan, éloigné de la cour pour cinq ans; quant au sieur Barlnn, il fut condamné au bannissement, ^ue le roi, par un raffinement de cruauté, commua en une prison perpétuelle.
Cette extrême rigueur, exercée contre un ancien ministre, dont tout le crime, avons-nous dit, était son attachement à la reine-mère, reporta tout Tintérét public sur cette princesse, qui résolut celte fois de se soustraire aux continuels affronts que la dureté de son fils ne cessai de lui pro^ d%uer.
Ce fut le vieux due d'Epernon qui eut les honneurs de cette délivrance; il partit de Metz pour se diriger sur Blois, avee cinquante gentilshommes et quarante hommes d'armes; dans la nuit du 22 , k reine-mère, qui était prévenue depuis plusieurs jours , sortit furtivement de scm palais pour se rendre dans le faubourg, où elle trouva une voiture stationnée au pont de Blois ; la reine-mère y monta , et , au point du jour.
elle était sous la garde du duc d'Eperuon , qui était venu à sa rencontre.
Elle écrivit de Loches à son fils pour lui annoncer la résolution qu'elle avait prise. Grande fut la surprise de la cour; le conseil fut aussitôt convoqué; les avis furent partagés; les uns opinaient pour qu'on recourût à la force, les autres étaient pour les moyens pacifiques. Le roi prit dans les deux opinions en faisant des préparatifs de guerre et en employant la voie des négociations ; mais les mesures pacifiques finirent par prévaloir ; et les conditions de la paix ne tardèrent pas à être arrêtées, pour le roi, par le cardinal de La Rochefoucauld, et, pour la reine-mère, par le comte de Bélhune; on convint en outre d'une entrevue entre la mère et le fils; elle eut lieu dans la petite ville de Coursières; la reine s'étant écrié : mon fils , que je vous trouve grandi ! J'ai grandi pour votre service , ma mère , répondit le roi.
Après cette entrevue , le roi et la reine firent ensemble leur entrée dans la ville de Tours ; l'afiluence était grande à leur passage, et l'allégresse générale; le roi resta deux jours auprès de sa mère ; puis il la quitta pour retourner à Paris ; la reine-mère , de son côté , se rendit en Anjou pour en prendre le gouvernement.
Bien des gens pensèrent que cette entrevue était le gage d'une paix durable pour le royaume; c'était une grande erreur, ainsi que les événements devaient le prouver; mais il est nécessaire de reprendre les choses d'un peu loin.
Une assemblée générale des réformés, autorisée par le roi, devait avoir lieu à Loudun , le 23 septembre ; cette assemblée eut lieu, en effet, sous la présidence du vidame de Chartres»
LOUIS XIII. 4â9
Pendant que cette assemblée délibérait un premier cahier de remontrances , qu'elle adressa au roi , séance tenante , le prince de Gondé recouvrait enfin sa liberté ; l'assemblée apprit cette nouvelle avec une vive satisfaction ; et la reine-mère s'étant rendue à Chinon , la même assemblée voulut profiter du voisinage pour offrir à la reine-mère l'expression de ses respectueux hommages.
Tous ces soins n'empêchaient pas l'assemblée de poursuivre le icours de ses travaux ; après avoir dressé le cahier de ses représentations, elle nomma des députés pour les porter à la cour; puis elle manifesta l'intention de ne pas se séparer avant d'avoir reçu la réponse du roi; et, comme si elle eût voulu rendre plus manifeste son intention, elle s'abstint de nommer les députés généraux qui devaient résider près de la cour.
Deux commissaires étant arrivés avec la mission de dissoudre l'assemblée , celle-ci déclara qu'elle persistait dans ses représentations, et qu'elle enverrait de nouveaux députés auprès du roi.
Mais Louis XIII , après avoir entendu ces nouveaux députés , voulant être obéi , adressa au parlement une déclaration portant qu'il était accordé à l'assemblée trois semaines pour nommer les députés généraux et se dissoudre, faute de quoi l'assemblée était déclarée illicite, et ceux qui la continueraient criminels de lèse majesté , pour être procédé contre eux avec toute la rigueur des lois.
Ce fut le prince de Condé qui présenta cette déclaration au parlement; ce fait, plus que Tacte lui-même, étonna Tassem-^ blée de Loudun, déjà ioquièle des bruits qui se répandaient d'une guerre générale contre les nouveaux sectaires ; elle
4M HISTOIRE D£ rRANGE.
erut, en oenséquenee, n'avoir rien de mieux à faire que de 86 soumettre.
ie gouvernement n'avait am«ié à bonne fin Tafl^ire des Informés de Loudun que pour retomber dans la cabale des princes et seigneurs mécontenta de toutes les ûireors que le roi prodiguait à son favori de Luynes, à ses parepts el à ses créatures ; le premier qui donna l'exemple d'une nouveUe scission fut le duc de Mayenne : il quitta préci{»tamnient Paris pour se mettre, écrivait-il au roi, hors de péril et k l'abri des discours qui se préparaient contre lui. Apfèi kâ , le duc de Vendôme, puis Henri de Savoie , enfin le comte de Soissons avec sa mère , et le chevalier de Vendôme.
Tous les princes se trouvèrent bientôt réunis à Ang en auprès de la reine-mère; la ligue, en apparence, était formidable; elle possédait le pays de Caen, le Perche, Anger^et Chinon, plusieurs villes de Poitou, laSaintenge eêl'AngouttKHs. Mais il n'y avait ni union des esprits, ni unité de vues, et les divisions, les rivalités secrètes, les ambitioss personnelles , devaient encore aboutir à l'avortement.
La ceur le savait bien ; aussi vit-dle sans crainte se fonner Torage. Le roi, à la vérité, envoya les ptss honorables persennages vers U reine pour l'amener à un accord ; mais il fit, d'un autre côté , toute diligence pour étouier la rébrilion. Des eorpe d'armée furent dirigés sur tous les points occupés ou menaoés de l'être par les princes ; et le roi hii-ménie , aeoom^ pagné du prince de Condé et suivi de forces considérabte», entra dans la Normandie; sa marche ne fut qu'une suite de triomphes; Rouen lui ouvrit ses portes; Caen, Alençen, le Mans, Verneuil, Dreux et La FertéBern^d, suivirent cet eaj^emple ; bref, en quelques jours , il ne restait rien à la ligue
MHJIS ÎUU. 4at
6/^ tQys les p^ys 8i(aéiî enire ^ouan et U ville du Mans.
Le roi reçut, im% cette dernière, ville, des pqropoaitions de paix de 1^ part de la reio^^mère ; il marcha alors vers la Loire^ avec son armée , pour en dicter les cûuditions en prince viçtQrrieux. U arriva h\i&^(ki sous les oiur^ du pont de Cé« place fffrte qui était 1^ clef du Poitou , et où sf^ trouvait la plus graad^ partie des troupes de la reine; Farmée royale s'ep eipp^a bientôt par un hardi coup de main.
l^ prise d^ peut de Ce mit les affaires de la reine dans le plus triste ét^t}» ei déçid^^ son i^cwnmodement; le traité de paix fut signé le 4 5 avril , et le lendemain parut une déclaration du roi portant que < tout ce qu'avaient foit sa p^ère et ^ eeux qui «létident jointe à elle n*avait eu d'autre but que f W bien de son seryice et de 9on état- » P eon^queu^» 1^ du€^ d'Epemon, le duc de Mayenne et les autr^ t^m/^ s'eu^pressèrent de désarmer et de faire leur so^uiission au roi. C'était toujours contre le duc de Luynes» cou^me aupa^ ravant contre te uiaréçhal d'Ancre,, et jiamais qontre le r(û^ qu'on se sQulevait* Tmt favori traînait alors après lui ^i {uerr^ civfte.