‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 80 sur 91 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Retoar du roi il Paris. — Assemblée de La Rochelle. — Mort du favori.

' Mais le roi était à peine rentré dans Paris qu'il éclatait parmi les réformés de nouveaux symptômes de révolte; ils se préparaient à convoquer une nouvelle assemblée générale dans la ville de La Rochelle.

Le gouvernement pensa parer le coup et empêcher la réunion , en adressant au parlement de Paris une déclaration faisant défense à ceux qui étaient « convoqués de se réunir, c et aux habitants de La Rochelle de les recevoir, sous peine c d'être traités corn ma crimioelsde lèse-majesté. »

L'assemblée ne s'en réunit )U)s moins à La Rochelle, et

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adressa par écrit au roi les motifs de sa conduite et ses plaintes; mais le monarque pereisLi A ne pas les écouter avant que l'assemblée se fût dissoute.

Cependant le roi ne voulait pas qu'on poussât les choses à l'extrême avant de s'être assuré du duc de Lesdiguières, qui était à cette époque dans le Dauphiné ; il fut bientôt gagné par la promesse d'être promu au titre de maréchal-général des camps et armées du roi, et par la perspective d'un riche mariage avec la famille du duc de Luynes, à qui l'on réservait l'épée de connétable.

Après avoir accepté ces propositions et avant de se rendre à Paris, le duc de Lesdipiëres n'eut rien de plus pressé que d'écrire à l'assemblée de La Rochelle pour l'inviter à se dissoudre, le roi étant dans la ferme résolution de ne jamais la reconnaître (1).

Après son arrivée à Paris, le duc de Lesdiguières voulut tenter un dernier effort; mais il n'eut pas plus de succès que le premier, l'assemblée ne voulut rien entendre.

Comme l'argent est le nerf de la guerre, le roi songea aux moyens de s'en procurer: il rétablit d'abord ce même droit annuel dont nous avons déjà si souvent parlé; cette ressource, jointe à quelques autres, produisit dix millions. L'assemblée du clergé offrit un million, pourvu qu'il fût employé au siège de La Rochelle,

(1) Lesdiguières avait été on des capitaines d'Henri TV. L'arehevéqae d*Embnm, forcené lignear, avait déterminé Platel , domestiqne de Lesdiguières , à tuer son matire. Lesdiguières, aTeJti, ordonna à Platel de prendre des armes, et prit les siennes; Platel se jeta aux genoux de son maître, qui lui pardonna. Quelqu'un l'ayant bl&mé de cet excès de générosité , il répondit : « Puisque ce valet a été retenu par l'horreur du crime , il le sera bien plus par la. grandeur du bienfait. • Elisabeth disait : « S'il y avait en France deux Lesdiguières , j'en demanderais un au roi. »

D'autre part, les réformés songèrent, comme de raison, à recourir aux mêmes moyens; ils n'en trouvèrent pas de meilleur que d'arrêter tous deniers royaux provenant des tailles, aides et gabelles, les revenus des bénéfices appartenant aux ecclésiastiques, etc., etc. .

Le roi, parti de Fontainebleau pour combattre les réformés, n'arriva à Tours que pour étouffer une émeute de catholiques soulevés à l'occasion du convoi d'un huguenot. On arrêta une trentaine de séditieux : sur ce nombre, cinq furent condamnés, le reste obtint sa grâce; on crut ne pouvoir mieux faire pour contenter les réformés et ne pas exaspérer les catholiques, c Dans ce temps-là , dit Nani , l'Europe comptait, entre ses malheurs , la rencontre de trois rois dont elle avait à dépendre absolument; tous trois très-puissants, très-ambitieux et trèscontraires en intérêts , mais conformes en cela seulement qu'ils laissaient toute la direction de leurs affaires à la discrétion de leurs ministres. Richelieu gouvernait la France, Olivarès l'Espagne, etBuckingham la Grande-Bretagne. »

Le roi, continuant sa route, entra bientôt dans Saumur, dont il fit occuper le château ; toutes les villes du Poitou, de la Tûuraine, occupées par les réformés, se soumirent à l'autorité royale les unes après les autres. Arrivé à Niort, le roi publia une nouvelle déclaration contre l'assemblée de La Rochelle; ensuite il alla former le siège de Saint-Jean-d'Angély.

Le duc de Soubise commandait dans cette place. Le siège dura vingt-deux jours, après quoi le. duc fut obligé de se rendre; lui et tous ses gens de guerre sortirent de la place avec armes et bagages, et le duc de Soubise, en passant devant le roi, mit Le g^ou en terre et lui jura fidélité.

Le roi, décidé à punir cette ville rebelle, fit démolir ses mu-

railles et combler ses fossés ; il révoqua, en outre» tous les privilèges dont elle jouissait comme ville de guerre, < pour que < ses habitants fussent à l'avenir taillables et cotisés à toutes € levées, impositions et corvées ainsi que ceux du plat pays. »

Le roi n'avait plus qu'à prendre La Rochelle et à battre les réformés, qui s'étaient réunis en grand nombre dans la Guienne, sous les ordres du duc de Rohan et du marquis de La Force. Louis xm laissa au duc d'Epernon quatre miUe fantassins et six cents cavaliers, non pour assiéger, mais pour observer La Rochelle , ville grande et forte , sans cesse ravitaillée par la mer, et qui aurait exigé des forces bien plus considérables pour un siège sérieux. Les mesures du duc d'Epemon se bornèrent à lui couper les communications avec la terre ferme, à repousser les sorties de sa garnison , et à recueillir pour elle le produit de ses champs et de ses vignes.

Le roi marcha avec ce qui lui restait de troupes dans la basse Guienne. Toutes les places lui ouvrirent leurs portes, à l'exception de Clérac, qui, voulant résister, fut prise de vive force et eut trois de ses habitants de pendus. De là , le roi se porta sur Montauban , place de toute autre importance : ce siège offrait des dangers de plus d'un genre à cette époque de l'année, et devant une armée commandée par le duc de Rohan; mais l'audace l'emporta sur la prudence, et l'attaque fut résolue; il en coûta la vie au duc de Mayenne qui, jeune encore, donnait déjà les plus belles espérances et à un grand nombre d'autres gentilshommes. Les assiégés repoussèrent toutes les attaques. La mauvaise saison arrivait et les maladies décimaient chaque jour l'armée. Le roi se vit dans la nécessité de lever le siège.

Après avoir éprouvé cet échec, le roi se rendit à Toulouse,

où il fit une entrée solennelle; mais les habitants firent an mauvais accueil à son favori. Aussi le roi ne resta-t-il que peu de jours dans cette ville, qu*il quitta pour rejoindre son armée, qui assiégeait la petite place de Monheur. Elle fut bientôt prise. Le roi accorda la vie à la garnison, mais la ville ne put obtenir grâce. Monheur devait payer pour Montauban; elle fut donc pillée et incendiée.

Tandis que Monheur était en flammes , le connétable de Luynes, atteint d'une fièvre pernicieuse, expirait dans un village voisin ; cette mort amenait de toute nécessité de grands changements dans la cour (1 ]. Le roi regretta peu son favori, di-

(1) Voici comment nn historien raconte la faveur de De Lvynes :

« Louis XIII , déclaré majeur, entrait dans sa quatorzième année ; on le faisait apparaître aux occasions solennelles avec toute la majesté des rois ; mais dans son intérieur, fe la cour, le prince conservait tontes ses habitudes d'enfance , tons les jenx d*ane vie qui commence. A douze ans , il avait encore été fouetté « de la main potelée de la reine sa mère , » comme le dit naïvement le médecin Erouard ; et , roi majeur, il courait après les linottes, passereaux et moineaux dans tons les parcs ; « et nn jour il se mit fort en colère contre les demoiselles de la reine, qui lui avoient dérobé une linotte ; il fit rouler un petit canon , et menaça de le faire tirer devant leur porte, si ce n'étoit qu'il craignoit d'offenser la reine sa mère ; une autre fois il cadenassa les portes de ces demoiselles , parce qu'elles avoient ôté les clefs à Louise , fille de sa nourrice. »

Le commencement de l'existence du jeune prince était maladif; il avait souvent des rougeurs , des érysipèies , et comme il haïssait les médecines noires et puantes , il dissimulait le mal qu'il sentait, plutôt que de se soumettre aux remèdes amers. Louis XIII était fort marcheur ; il faisait jusqu'à trois lieues à pied ; puis , montant sur son petit cheval , il courait le cerf ou le daim dans les épaisses forêts de Fontainebleau ou de Gompiègne.

L'éducation de Louis XIII avait été confiée à Souvré, bon gentilhomme instruit seulement dans les lois de la guerre ; il avait été choisi comme gouverneur par Henri IV, qui se connaissait mal en science ; excellent courtisan , M. de Souvré avait négligé l'éducation morale et intellectuelle de l'enfant roi , pour ne lui donner que cette activité de gentilshommes qui passaient leur vie à la cour ou à la chasse. Lo premier précepteur fut Vauquelin des Yvetots , esprit actif et de quelque capacité , mais porté vers ces idées de galanterie extravagante qui formaient le type de tonte cette époque de Marie de Médicis ; Vauquelin des Yvetots vivait en épicurien, comme dit nn par-

sent les Mémoires du temps, et le peuple, qui n*a jamais aimé les favoris, encore bien moins. Le roi se décida à partir presqu'aussitôt pour Paris : huit mille hommes de la milice bour-

lemenUire contemporain, et il fut remplacé par Nicolas Lefebvre, créature do prince de Gondé ; enfin, Flenrence Rivaut, mathématicien assez habile, prit le titre de précepteur. Au milieu de tous ces enseignements , Louis XIII n*adopta qu'un goût scientifique, ce fut celai des mathématiques appliquées aux fortifications ; il était devenu , dès son enfance , un excellent canonnler , un ingénieur remarquable , et nous trouverons des traces de cette spécialité dans toute sa correspondance. Il ne fallait pas lui demander autre chose.

Pour distraire ses jeunes années , on avait entouré Louis XIII de pages élégants, selon la vieille coutume de France ; il fallait bien lui donner des compagnons de jeux , de petits menins qui passaient par ses caprices d'enfant , et lui formaient une cour peu dangereuse. Parmi ces courtisans , il en était un d'un ftge plus avancé , et que le roi avait pris en affection particulière ; il s'appelait Charles d'Albert de Luynes ; il n'était point de la Langue d'oyl , mais du midi de la France. Né au Pont-Saint- Esprit, il sortait d'une maison pauvre qui se disait pourtant issue des Alberti de Florence ; elle possédait alors les seigneuries de Brantes et de Gadenet, « si étroites , dit ^ssompierre , le faiseur de bons mots de cette époque, qu'un lièvre sautoit dessus chaque jour. » Le père d'Albert de Luyues , brave aventurier connu sous le nom de capitaine de Luynes , fut fait chevalier de l'ordre par Charles IX , et gouverneur du Pont-Saint-Esprit ; Charles d'Albert, son atné, fut attaché comme page de la chambre du roi Henri lY ; il avait deux frères plas mal 2) l'aise que lui encore, qui portaient le nom des fiefs de Brantes et de Gadenet ; mais tant ces pauvres Provençaux se tenaient entre eux , que l'atné, qui avait reçu une pension de 1 ,200 écus du roi Henri IV, la partageait avec ses bons frères, et cherchait à les pousser, autant qu'il pouvait, en cour. Et que faisait Albert de Luynes pour conquérir les bonnes grâces de Louis XIII ? Dans sa jeunesse, passée aux «bateaux en ruine des bords du Rhône, de Luynes avait appris la fauconnerie, éducation des valets de bonne souche ; personne ne savait mieux élever les oiseaux de proie, enseigner les gentillesses aux éperviers et aux grues , aux piesgriècbes surtout ; et, venant en cour, il se mit de suite dans les faveurs de Louis XIII, en lui faisant présent de ces oiseaux ainsi dressés ; le prince ne pouvait plus s'en passer ; quand il ne le voyait pas autour de lui, il courait par toute la maison, criant : « Albert , Albert , où est-il ?» et aussitôt , prenant son petit canon , il le tirait, car c'était le signal de colère qui indiquait l'impatience du jeune Louis XIII. De Luynes avait , sous le favori de la reine , obtenu le gouvernement d'Amboise, place importante, et le titre déconseiller d'État ; c'était là un acte de politique de Marie de Médicis et du maréchal d'Ancre, qui , voyant s'accroître l'influence d'Albert de Luynes sur le roi , voulaient s'emparer de son esprit pour lutter contre l'autorité de M. de Sonvré , le gouverneur. »

gerâe se portèrent à sa rencontre, le 24 janrier 1622, elVaeconapagnèrent jusques à Téglise de Notre-Danoe, oii Ton cbaota m Te Deum.

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