CHAPITRE XVI
Le cardinal de Richelieu a la préséance dans le conseil.
Vers la même époque , le cardinal de Richelieu fut défitiitivement établi dans le conseil. Il en fut redevable au marquis de la Vielleville , premier ministre, qui travailla en cette circonstance contre ses intérêts; la part d'administration qu'il obtint était bien chétive, en apparence; c'était un démembrement des affaires étrangères dont le titulaire en exercice était le sieur de Puisieux ; mais son titre de cardinal lui donnait, d'un autre côté, la préséance sur tous les autres membres du conseil (1).
(1) Richelieu, dit Gondillac, ayait alors toute la confiance dn roi et de la reine. Tont se faisait par Ini , et il s'affermissait d'autant plus qu'il cachait son ambition, ne paraissant point impatient d'obtenir de grâces ni d'avancer sa famille. U faisait asaei la cour à la reine-mère pour la ménager, et pas assez pour donner de Tombrage an roi, auquel il avait l'adresse de persuader qu'il ne voulait dépendre d'aucun autre et pour lequel il montrait beaucoup de complaisance.
LOUIS Xin. I «Al
Une déUbérttlîon très-inoporuiiie fut gomnise m tORsail presqu'immédiatement après son entrée.
Après la rupture du mariage projeté entre le prinee de Galles et l'infante d'Espagne , le roi d'Angleterre fit denaoïr de?, pour son fils , la main de la princesee Heoriette Hê France, troisième flUe de Henri iV.
Le eardinal Richelieu y donna soa avis avec pleiue liberté; il dit que cette alliance ne comportait aucune dificulté politique ; mais qu'on ne pouvait en dire autant de la queetimi religieuse. Il fallait que la sœur du roi put exercer libreioient sa religion , et qu'elle ne vit pas sous ses yeux poiarsuivue et porséeut^ des catholiques. Sur les observations des ambawb* 4eurs anglais , que la cour de France devait être moins ^geante que celle d'Espagne , le cardinal eonaentit ic^ue oetl# Idérance devint l'objet d'un article seeret , en deiion» du contrat de mariage , et sur la seule garantie du roi laeques et de son fils , le prince de Galles.
Il se montra plus homme d'Etat dans une eulre questiKH) ; encore plus dâieate; il s'agissait de eavoir ai la France lorr merait une nouvelle alliance avec les Hollandais , protestaMts, contre les E^gnols , catholiques. Les Hollandais menaçaient de traiter avec les E^agnols , si la France ne venait fm k leur secours. Le cardinal fit décider qu'on fournirait aux Ifoltandais des soldj^ et de l'argent; mais, pour concilia sa conscience de cardinal avec sa poUtique de miiM$tre, il fit décider également que l'ambassadeur de France aurait une chapelle en Hollande, et les régiments français à son service des aumôniers.
La ruine du surintendant de la Vielleville ne tarda pas ; die avait été décidée entre le cardinal et le roi , qui était
fatigué de ce ministre remuant; on ne se contenta pas de sa seule démission; on l'arrêta , et il fut enfermé dans le château d'Amboise, pour le mettre dans l'impossibilité de trahir les secrets de l'Etat.
La disgrâce du surintendant , comme c'est l'ordinaire » remit en faveur tous ceux qui avaient été éloignés de la cour par son influence. Le comte de Scbomberg rentra dans le conseil; le comte d'Ornano fut mis en liberté, et reprit sa phice de gouverneur auprès du jeune frère du roi.
Après avoir affermi son autorité dans l'état, le cardinal de Richelieu porta son examen sur les affaires étrangères; la maison d'Autriche avait pris un ascendant qui menaçait l'indépendance de l'Allemagne et de l'Italie , et qui inquiétait déjà la France ; il était temps de prendre ses précautions.
Le pape Urbain YIII, du consentement des parties, avait été chargé d'arranger l'affaire de la Valteline ; le pontife crut, dans l'accommodement qu'il proposa , devoir accorder à l'Espagne le passage de ses troupes par ses possessions d'Italie. Le conseil de France entreprit de faire annuler cette disposition.
En conséquence, un nouvel ambassadeur fut envoyé vers le pape ; il avait ordre de demander que les forts de la Valteline fussent remis entre les mains des habitants.
Enfin le marquis de Cœuvres, envoyé en Suisse avec une mission diplomatique, eut ordre d*agir; il leva un corps de Suisses, auquel se joignirent des troupes françaises, et à la tête de dix mille hommes , il entra dans la Valteline, dont les villes et les forteresses tombèrent en peu de jours ^en son pouvoir.
Mais une diversion intérieure à laquelle le cabinet iie s*At-
tendait pas , vint tirer l'Espagne d'inquiétude , et voici à quelle occasion.
Le duc de Soubise se présenta tout-à-coup avec plusieurs bâtinaents devant le port de Blavet , où se trouvait la flotte royale ; après s'être eoiparé des vaisseaux et de la ville , il assiégea la forteresse , qui fut secourue à temps par le duc de Vendôme; mais le duc de Soubise , en quittant le port de Blavet, n'en emmena pas moins la flotte du roi.
Ceci devait naturellement donner à penser au conseil de France. Il sentait bien que cette tentative des réformés » qui avaient le duc de Rohan pour unique chef, n'était que partie remise; on venait d'acquérir, en outre, la certitude que ce coup avait été préparé par l'or de l'Espagne ; c'est dans cette circonstance que le génie plein d'audace du cardinal de Richelieu se montra tout entier.
Le conseil, sur son avis, organisa en Languedoc et en Poitou , deux corps d'armée pour tenir en respect les huguenots de ces deux provinces; on demanda des vaisseaux au roi d'Angleterre et à la Hollande pour combattre le duc de Soubise , enfin ordre fut intimé au marquis de Cœuvres de poursuivre ses opérations en Yalteline , sans être arrêté par de nouveaux projets de trêve présentés par le pape.
Cependant le conseil de France avait une autre afiaire à conclure avec le Saint-Père , c'était d'obtenir les dispenses pour le mariage de la sœur du roi avec le prince de Galles; le pape exigeait que l'article secret qui garantissait la liberté des catholiques en Angleterre fût rendu public ; mais le roi d'Angleterre s'y étant refusé, le cardinal de Richelieu fit déclarer au pape que cette difliculté n'empêcherait pas le mariage. La cour de Rome expédia les dispenses.