‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 83 sur 91 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Mort de Jacques I**. ^ Le doc de BocUiigham.

Sur ces entrefaites, le roi Jacques P' mourut le 27 mars 4 685 » et son fils Charles monta sur le trône (1 ) ; la cérémonie

(1) L*édat dont brilla u jeunesse semblait lui promettre une vie plis heureuae qne celle qui lui était destinée. Aux grûces extérieures répandues sur sa personne , aA mérite d*im esprit sosceptible et avide de tons les genres d'instruction , il Joignait leebarme plus grand encore d'une modestie, d'une candeur et d'une bonté qui lui attiraient tous les cœurs. Comment arriva-t-il aux extrémités les plus fatales? par les fausses idées que Jacques son père et lui eurent du pouvoir.

Jaeques, qui succéda à EUsabeth , crnt que la prérogative royale donnait par sa nature une puissance absolue , et que si les peuples avaient quelques privilèges , ils n'en jouissaient que par la faveur des rois. N'imaginant pas seulement qu'on pût lui contester de pareilles maximes , il laissait voir sans précaution cette façon de penser dans ses discours particuliers et jusque dans ses harangues au parlement. C'était plus simplicité que tyrannie de sa part , car autant il tendait au despotisme dans la spécnlMloft , autant son caractën l'en écartait dais la pratique.

Il n'est pas étonnant qu'en roi d'Angleterre se fût fait cette idée de la monarchie , puisqu'en général le peuple même ne s'en faisait pas d'autre. Comme l'usage est la réglé des jugements de la multitude , cette opinion s'était insensiblement établie sous les rois de le maison de Tudor, et le régne d'Elisabeth y avait mis le sceau. Depuis longtemps les parlements, toujours soumis , paraissaient n'être convoqués que pour im^ose^ des subsides. Us n'osaient se mêler d'aucune affaire d'état : ils appréhendaient continuellement de toneher k le prérogative , et ils s'en tenaient d'autant pins éloignés qu'ils n'en apercevaient pas les limites. Les souverains , de leur seule autorité , exigeaient des prêts forcés , bienveillants ou dons gratuits : ils donnaient des privilèges exclusifs , ils punissaient par la prison , comme rebelles , les membres même du parlement, qui n'avaient pas été assez dociles : ils envoyaient leurs ordres à ce corps , ils le menaçaient , ils le châtiaient par des réprimandes sévères.

CependaAt le parlement respectait , comme partie de la prérogative , tons his droite qne le monarque s'arrogeait; il osait à peine faire des remontrances. Vous avez vu l'autorité que la cour de haute commission donnait à la reine Elisabeth dans les affaires ecclésiastiques. Une autre juridiction , qui était fort ancienne , ne lui eu donnait pas moins en matière civile. On la nommait la chambre étoilée. Au-dessus de toutes les lois , cette cour n'avait de règles que la volonté du prince.

L'Angleterre se soumit insensiblement à cette puissance illimîtée , parce que, de-

de son mariage avec la princesse Henriette eut lieu à Paris le M vm suivant ; au milieu des fêtes données à cette occasion, arriva le fameux duc de Buckingham , favori du dernier xoi , et qui voulait Tétre également de son fils. Il venait en grande pompe chercher la reine d'Angleterre ; le duc était d une

pais Henri VII, les arts de la paix, tous les jours plus cultivés et plus goûtés, ne permettaient pas de reprendre les armes qu'on avait quittées par épuisement. Les AngUis s'adonoèmat ï ragricultnre; les manufactures s'établirent parmi eux: ils devin< rent commerçants , et ils commencèrent k s'appliquer aux sciences.

Ainsi , bien loin de contester l'autorité , dont le monarque était en possession , les peiples, tau remostor plus haut, jugeaient qu'il avait droit d'en jonir, par la seule raison qu'il en jouissait. On ignorait trop l'histoire pour combattre les exemples qu'on voyait par des exemples plus anciens. Tout paraissait donc favorable il l'idée que Jacquet I*' se faisait de sa prérogative. Mais remarquez que ee prince n*a ni argent ni troupes. Tonte sa puissance est donc appuyée sur l'opinion. Elle s'évanouira , par conséquent, si le peuple s'éclaire , et si quelque intérêt l'invite à secouer le joug. Supposons donc qu'une faction soit intéressée k diminuer l'autorité du roi; elle formara des doutes, et elle acquerra bientôt des lumières qu'elle répandra. Si dans de pareilles conjonctures , le monarque laisse échapper adroitement quelques parties de la prérogative , il en conservera plus sûrement les autres. En cédant les droits qui efiriNichcnt davantage la liberté, il écartera tonte inquiétude; il gagnera la confiance ; il obtiendra des subsides. Il donnera le tempe de s'éteindre aux factions qui s'allument par la résistance , et il pourra recouvrer un jour tout ce qu'il a cédé !

11 faat suitoit qu'il paraisse d'autant plus respecter les privilèges du peuple, qu'on s'appliquera davantage k vouloir limiter sa prérogative. Voilà l'histoire de ce que les Stuarts n'ont pas fait.

lacqnes et son (Us Charlee I" ne se oonteiteront pas de défendre opiniâtrement la prérogative.- Plus on voudra la limiter, plus ils voudront l'étendre. Si le parlement refuse des subsides , ils mettront des impôts de leur seule autorité : ils châtieront si on leur résiste , ou si on crie h la tyrannie : en un mot , ils parleront et ils agiront toiysors pins es maitres. Cependant l'opinion , qui faisait l'appui du trône , passera peu à peu : la violence sans armées trouvera tous les jours plus de résistance : ce sera une nécessité d'avoir recours au parlement , qu'on projetait de ne plus convoquer : ce corps se plaindra et refusera des subsides. Il faudra donc revenir k des moyens violents , avec aussi peu de succès que la première fois , pour revenir ensuite au parlement , qui sera plus fondé que jamais à se plaindre et k refuser. Ainsi les rois, moutraot tonr-ii-tottr de la fermeté et de la faiblesse , élèveront insensiblement un parti contre eux , et enfin ils se verront à la discrétion des sujets armés. Cette conduite , qu'on ne conçoit pas dans un souverain qui n'a point de troupes , et qui même n'a point de gardes , causera de grandes guerii» et d'étranges rèvulations.

beauté rare ; rien n'égalait la magnificence élégante de sa toilette; il était généreux jusqu'à la profusion, et poussait la galanterie jusqu'à l*audace; quelques mémoires du temps rapportent qu'il conçut un violent amour pour Anne d'Autriche , femme de Louis XIII , et qu'il osa le lui déclarer. Les mêmes mémoires disent que la jeune reine recevait les hommages de Buckingham avec complaisance , et qu'elle prenait plaisir à ne pas réprimer trop durement une faiblesse qu'elle aurait dû punir comme un crime.

Après le départ de la princesse Henriette pour l'Angleterre, on revint aux aifaires d'état.

11 s'agissait , en premier lieu , de terminer cette affaire de la Yalteline, dans laquelle il était plus aisé de se débarrasser des Espagnols que du pape; le chef de TEglise avait envoyé aux deux rois de France et d'Espagne , comme légat , son neveu le cardinal Barberini. Le conseil donna ordre de lui rendre les plus grands lionneurs sur son passage, mais avec la résolution bien prise de ne lui rien concéder.

Cependant, lorsque le cardinal Richelieu s'aperçut que le légat, de son côté, ne voulait rien relâcher de ses prétentions, il s'avisa d'un moyen qui mettait également sa responsabilité à couvert, comme ministre et comme prince de l'Eglise romaine.

Ce fut de conseiller au roi de convoquer une assemblée extraordinaire des principaux seigneurs du royaume, pour lui soumettre cette question de lu Yalteline , et suivre son avis en celte circonstance.

Le légat , en apprenant que le conseil venait d'adopter cette mesure, vit bien que sa présence en France était désormais inutile; il pi^rtit , en conséquence, brusquement , après avoir

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