CHAPITRE XX
Gaerre d'Allemagne et d'Italie.
Ferdinand II , empereur d'Allemagne , avait ramené sous son obéissance tous les états héréditaires de la maison d'Autriche; onze années de règne avaient été pour ce prince onze années de prospérité toujours croissante; il avait à son service les meilleurs généraux de l'empire , tels que les Bucquoy, les Tilly et les Walstein. Ce prince se disposait à envahir l'Italie, et menaçait, d un autre côté, la liberté des Etats germaniques.
Deux rivaux s'étaient présentés déjà dans la lutte pour combattre cet accroissement prodigieux de puissance, mais ils avaient été vaincus ; l'un était Frédéric , électeur palatin qui errait dans les états étrangers après avoir été dépouillé des siens propres; l'autre, Christian, roi de Danemark, s'estima heureux que Ferdinand II voulût bien lui accorder la paix.
Mais le cardinal de Richelieu , qui cherchait de tous côtés des ennemis à la maison d'Autriche, finit par en trouver un, qui devait la mettre à deux doigts de sa perte, dans la personne de Gustave Adolphe » roi de Suède.
Ce prince, dès l'âge de dix ans , avait montré l'âme d'un héros en assurant sur sa tête une couronne qu'on lui contestait, et en se maintenant contre tous ses rivaux.
Plus tard, Gustave Adolphe porta ses armes en Moscovie,
en Danemark et en Pologne , et, par ses victoires , accrut ses états héréditaires de plusieurs provinces; il était alors en guerre avec les Polonais, auxquels l'empereur d'Allemagne ne cessait d'envoyer des secours, quand il reçut des ouvertures de la cour de France.
Le premier soin de la France fut de faire conjplure une trêve de six années par l'intermédiaire de son envoyé, le baron de Charnacé, entre la Suède et la Pologne ; ce point important obtenu , l'envoyé du cardinal de Richelieu se rendit auprès de Gustave Adolphe, à Stockolm. Là, Gustave Adolphe fut vivement sollicité d'entrer dans la ligue de la France et des Etats allemands , contre la maison d'Autriche ; Gustave Adolphe sembla accueillir cette proposition avec froideur, quoiqu'il en eût reçu de même nature des princes d'Allemagne qui le conjuraient de se mettre à leur tête pour défendre l'indépendance germanique; cependant il finit par dire à l'envoyé français que ce projet pouvait être discuté en Hollande par les ambassadeurs de France et de Suède.
Tandis que le cardinal de Richelieu préparait de tous côtés Forage qui devait fondre un peu plus tard sur la maison d'Autriche, celle-ci prenait elle-même l'initiative de la guerre, en faisant marcher une armée sur le Mantouan , que Ferdinand II réclamait comme un fief de l'empire, dont il n'avait pas accordé l'investiture; le duc de Mantoue menacé invoqua l'appui de la France. Les délibérations du conseil ne furent pas longues ; il fut décidé que Ton irait au secours du duc de Mantoue ; en conséquence le cardinal partit avec les pleins pouvoirs du roi , les plus étendus qu'il pût donner à un sujet, pour se mettre à la tête de quarante mille hommes, commandés sous lui par trois maréchaux de France, le comte
de Schomberg , le marquis de la Force et le duc de Créquy.
L*araiée française entra en Savoie dans le mois de janvier 1 630 ; mais , voyant la mauvaise volonté du duc , le cardinal s'avança lentement dans le Piémont; le duc de Savoie avait fini par se renfermer dans Turin , qu'il se mit à fortifier, pensant que les Français pourraient bien venir l'attaquer; mais, au lieu de marcher droit à Turin , le cardinal Richelieu se dirigea sur Pignerol , place forte qui gardait un autre passage des Alpes ; investie par l'armée française , elle ne tint que sept jours, et ouvrit ses portes. La prise de Pignerol devint la cause d'instances plus vives que jamais de la part du légat du pape pour arranger le difiérend survenu entre le roi et le duc de Savoie.
Mais le cardinal , avant de pousser les opérations, écrivit à Louis XIII pour savoir quel parti il voulait définitivement prendre , donner la paix au duc de Savoie ou faire la conquête du Piémont. Le roi» mis en demeure de s'expliquer par le cardinal , résolut de se rendre sur les lieux pour s'assurer de l'état des choses, avant de prendre une dernière détermination. Il se rendit à Lyon par Dijon , et se dirigea sur Grenoble, où son premier soin , en arrivant , fut de tenir conseil avec le cardinal et les chefs de l'armée. Le cardinal opina vigoureusement pour qu'on gardât Pignerol , et qu'on continuât la guerre en Savoie. Le roi adopta son avis, qui fut également celui de la majorité du conseil.
En conséquence , l'arméç française reprit son mouvement d'offensive ; elle s'empara successivement des villes de Chambéry, Annecy et Rumiliy et de tous les châteaux qui bordaient la route de Chambéry à Genève; Tarmée du duc de Savoie battait toujours en retraite; le roi sa mit à sa poursuite à tra-
vers les vallées et les montagnes de telle sorte qu'en fort peu de jours, et presque sans combats, l'armée française occupa toute la Savoie.
Cependant le cardinal n'avait pas rempli le but principal de cette expédition , la levée du siège et le ravitaillement de la place de Casai, et, pour accomplir cette œuvre » il fallait passer le mont Cenis. Le roi , avant de prendre cette détermination, voulait avoir le consentement de sa mère ; mais« ne pouvant la décider à venir le trouver, le roi se rendit à Lyon, en compagnie du cardinal, pour décider avec cette princesse ce point important ; et il fut arrêté, dans le conseil qui se tint à ce sujet, que l'armée française entrerait en Piémont.
En conséquence, Tavant^arde, sous les ordres du duc de Montmorency, passa le Mont-Cenis et vint descendre à Saint- Ambroise sans coup férii^.
Le duc de Savoie était retranché dans Yeillane avec quinze mille hommes; lorsqu'il crut apercevoir que le moment d'attaquer les Français était arrivé, il sortit de la place à la tête de ses troupes, et vint attaquer les Français. Ceux-ci le reçurent avec vigueur et finirent par rejeter l'ennemi dans la place, après avoir laissé un grand nombre de morts sur le lieu du combat. Le résultat de cette victoire fut la prise de Saluées, que le duc de Savoie, renfermé dans Savignan, ne put secourir. La prise de cette dernière ville influa de la manière la plus triste sur la santé du duc de Savoie, qui tomba malade et mourut le 36 juillet, à l'âge de soixante-dix huit ans, après avoii; passé la plus grande partie de sa vie dans les tourments de l'ambition, avec la douleur de voir la moitié de ses états occupée par les Français.
Pendant que toutes ces choses se passaient en Piémont, Louis XIII était resté à Saint-Jean-de-Maurienne» malade et peu disposé à des projets de conquête; on se reposa donc sur ces premiers succès sans vouloir les pousser plus loin , et le roi reprit le chemin de son royaume, laissant au cardinal le soin de préparer un nouveau corps de troupes sous les ordres du maréchal Schomberg, pour agir en Piémont. Le départ du roi, qui fut suivi bientôt par le cardinal, paralysa toutes les opérations militaires en Italie; les maladies et les désertions affaiblirent Tarmée.
D'un autre côté, les Allemands s* emparèrent de Mantoue; les généraux Français qui commandaient en Piémont gagnèrent, il est vrai, un peu de terrain sur Fennemi; mais en définitive ils n'avaient pas des forces sufiSsantes pour songer à reprendre l'offensive ; ils acceptèrent donc une trêve qui leur fut #erte par l'intermédiaire du légat.
Pendant que ces choses se passaient en Piémont , le roi tomba malade à Lyon. Le mal fit des progrès effrayants, et tout le monde crut que le roi n'en reviendrait pas; mais l'événement dissipa bientôt toutes les craintes, car le rétablissement de Louis fut aussi prompt que les atteintes de la maladie avaient été cruelles, et le cardinal, qui n'avait pas été sans éprouver de sérieuses inquiétudes personnelles pendant toute la crise de la maladie, put reprendre ses travaux et songer particulièrement aux affaires d'Italie.
La trêve finie, l'armée, partagéeen trois corps, commandés par les maréchaux de La Force, de Schomberg et de Marillac, se dirigea de Saluées, où elle était concentrée, vers la place de Casai, en suivant la rive droite du Pô.
L'armée arrivait au bourg de Cerisoles, quand des envoyés
se présentèrent 9ux trois inaréc])aux pQur leur remettre pn traité conclu à Ratisbonne entre les am])assadeurs de F^a^ce et d'Allemagne; mais comme Tarmée française avait affaire aux Espagnols et non aux Allemands, le maréchal de Schomberg prit sur lui de passer outre, et on se trouva bientôt en présence de l'armée espagnole. La bataille était déjà engagée quand iw çavaliçr, agitant un mouchoir blanc, se jeta entre les deux années: amené au maréchal de Schomberg, il lui annonça que les généraux espagnols acquiesçaient à toutes les propositions et demandes que les commandants de l'armée française leur avaient faites; par suite de cette convention, le.^ Français prirent possession de Casai, où ils mirent garnison, puis chaque partie belligérante garda ses positions en attendant l'effet des négociations entamées pour arriver à une paix générale.
Sur ces entrefaites, le roi, encore convalescent, quitta Ljon pour retourner à Paris.
Il parait que dans les premiers jours de sa convalescence il fut vivemeçt touché des soins que la reine sa mère et la princesse son épouse n'avalent cessé de lui prodiguer; qu'un rapprochement des plus tendres entre le jeune roi et la jeupe reine en avait été la suite, et que, dans Tépanchement de famille, on convint que le cardinal de Richelieu était Tauteur de toutes ces querelles et de ces défiances , et que la disgrâce du cardinal avait été demandée et promise.