CHAPITRE XXI
Jonrnée des dupes.
En arrivant à Paris, le roi alla habiter l'ancien hôtel d«
maréchal d'Ancre, rue de Tournon; la reine-mëre au Luxembourg et le cardinal de Richelieu au Petit-Luxembourg, que cette princesse lui avait vendu.
Le 9 novembre Texplosion éclata. Le roi revenait ce jour- R de Versailles; sa mère lui rappela sa promesse, le roi pria sa mère d'attendre jusqu'au lendemain.
Le lendemain , en effet , le roi et la reine-mère avaient de bon matin une conférence secrète au Luxembourg , on y discutait sans doute le sort du premier ministre, quand ce dernier frappa k la porte du cabinet ; ne recevant point de réponse, il se dirigea par un autre passage qui conduisait à l'oratoire de la reine , et il parut tout-à-coup devant le roi et sa mère.
Dans le premier moment , la surprise de la reine-mère fut si grande , qu'elle ne put proférer un seul mot. Le roi , en voyant le cardinal , s'était écrié : « Le voici ! » A quoi le ministre avait répondu du ton le plus froid : < Vous parliez de moi. i>
Mais la reine, bientôt remise , éclata en reproches et en injures , la scène fut des plus violentes ; mais tout se passa entre le roi , la reine-raère et le cardinal , la cour en était réduite à des conjectures; cependant on croyait la disgrâce du cardinal inévitable, il sortit triomphant de cette nouvelle épreuve; le roi, en effet, était parti après cette scène pour Versailles , le cardinal se hâta de s'y rendre , son entrevue avec le roi eut son effet ordinaire, Louis XIII se remit en quelque sorte entre ses mains ; ce fut alors aux ennemis du cardinal à trembler.
Le premier contre-coup de celte journée atteignit le gardedes-sceaux, qui dès le lendemain se vit forcé de résigner sa
charge et de partir sous escorte pour Châteaudiin , qu'on lui avait assigné pour lieu d'exil.
Le maréchal de Marillac fut arrêté au milieu même de son armée, ramené en France et enfermé à Sainte -Menehould.
Quant à la reine-mère, sa haine contre Richelieu n'en devint que plus implacable , elle chassa de sa maison tous les parents et créatures du cardinal ; mais le cardinal ne perdit rien dé son assurance: il connaissait le caractère de Louis XIII, et il osa méditer ce qu'on pourrait tenter contre la mère du roi. Il commença par se faire des créatures : l^a première fut le garde-des-sceaux , qu'il avait désigné lui-même au roi , il fit donner le bâton de maréchal au duc de Montmorency et au comte de Toiras; enfin il réussit à regagner le duc d'Orléans; mais Tévénement prouva qu'il ne fallait guère compter sur ce prince.
, Enfin , sur le conseil de Bichelieu , le roi décida le voyage, oii il emmena sa mère, après bien des hésitations de sa part; à peine étaient-ils arrivés en cette résidence, que le roi partit s.ins* bruit , avec ordre au maréchal d'Estrées , qui avait à sa disposition des forces suffisantes , de veiller à ce que la reinemère ne quittât pas Compiègne.
Le duc d'Orléans, désespéré du traitement que son frère faisait éprouver à leur mère pour plaire à son premier ministre, se mit en campagne; mais n'ayant trouvé aucun appui dans la noblesse de Bourgogne , et pressé par le ror, qui s'était mis à sa poursuite , il passa en Lorraine.
Cependant la reine-mère était toujours à Compiègne, qu'elle ne voulait pas quitter pour se rendre à Moulins. Le cardinal, ne pouvant vaincre sa résistance, et n'osant employer la forée, imagina un autre moyen; il fit retirer de la résidence de
Govnpiègne tpp sçs guerriers d'élite , qui sous prétei^te de remplir les fonctions d'une garde d'honneur auprès de la rein^-mère, n'étaient réellement que ses geôliers; mais Marie de Médicis, dans le premier moment, ne profita nullement des facilités qu'on semblait lui donner, soit pour partir, soit pour se promener ; enfin , après bien des tergiversations , elle se décida pour le premier parti , et le lendemain de son départ de Compiègne , la reine-mère touchait le sol des Pays- Bas, et le jour suivant elle faisait son entrée triomphante dans la ville d'Avesnes.
Le cardinal de Richelieu avait obtenu ce qu'il désirait, l'éloignement de la reine-mère , et de tous ceux qui le gênaient dans ses projets d'ambition ; c'est alors qu'il tourna toutes ses vues vers les moyens d'abaisser la puissance 4^ la maison d'Autriche.