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CHAPITRE XXII

GosUTe-Adolphe.

Nous avons déjà eu occasion de parler du jeune Gustave Adolphe, roi de Suède; le cardinal de Richelieu, au moment même oii nos armées étaieut occupées en Italie, en 1630, lui adressa de nouvelles instances qui reçurent cette fois un meilleur accueil , puisque quelque temp3 apr^ ce prince avait quitté la Suède pour faire une invasion en Allemagne; en moins de deux mois , ce jeune conquérant se rendit maître de la Poméranie et du Mecklembourg , et comme l'hiver ne l'arrêta même pas , et que les alliés commençaient à lui arriver de tous côtés, la maison d'Autriche se hâta de réunir toutes ses forces pour s'opposer k ses progrès.

Lorsque le cardinal de Richelieu vit que le roi de Suède s'était mis en campagne , il se hâta d'ouvrir des négociations avec lui; elles aboutirent à un traité d* alliance qui fut signé le 27 janvier 1631 , à Berwald, par le baron de Charnacé pour le roi Louis XIH, et par le feld-maréchal Gustave de Horn pour le roi de Suède (1),

(1) Gnstaye-Àdolphe on Gastaye II , surnommé le Grand, roi de Saède , naquit le 9 décembre 1594. U était petit-fils de Gustave Wasa, et fils de Charles IX et de Christine de Holstein. On a prétendu qu'à sa naissance, Tycho-Brahé prédit ses glorienses destinées d*après Tinspection des astres. Charles IX , qui avait choisi le trône de Suède à la faveur des circonstances et aux dépens de Sigismond, son neveu, désirait assurer le pouvoir suprême à sa postérité, et donna les plus grands soins à Téducation de son fils.

Le jeune prince fut instruit dans les belles-lettres, Thistoire, la géographie, la politique, la philosophie et les mathématiques, par Jean Skytte, qui avait fait ses études en Allemagne. Une trêve ayant interrompu cette guerre fameuse , soutenue par les Hollandais contre l'Espagne , plusieurs officiers allemands , Anglais et français , qui avaient été au service de la Hollande , passèrent dans le nord pour y chercher des occasions d'exercer leur valeur. Gustave-Adolphe les fit appeler, les interrogea sur leurs campagnes, et reçut les premières leçons de tactique du célèbre Maurice , regardé comme le plus grand capitaine de son temps. En 1611, le jeune prince, suivant l'usage alors reçu en Suède, fut présenté par son père aux états du royaume, et déclaré digne de porter les armes.

* Charles IX mourut la même année : peu de temps avant sa mort, une loi avait été faite pour fixer l'âge de majorité à vingt-quatre ans ; un conseil de régence avait même été désigné. Mais les talents de Gustave , et la maturité qu'il manifestait déjà , engagèrent les états à lui confier sans délai les rênes du gouvernement. Il leur remit , le 11 décembre 1611, un acte solennel où il prenait l'engagement de réper selon les lois du royaume. Quoique cet acte restreignît, sous plusieurs rapports, l'autorité royale , il ne mit jamais d'obstacle b l'exécution des desseins du roi. La nation , connaissant ses lumières et ses vertus, eut toujours en lui cette confiance qui prévient les soupçons et les inquiétudes. Aussi , Gustave disait-il souvent : « Ce que je connais de plus doux, c'est que je pourrais dormir sans crainte et dans les bras de mes sujets. » Immédiatement après son élévation au trône , le roi porta ses regards sur les hommes de mérite dont il pourrait mettre k profit les lumières , et qui formeraient son conseil. Il plaça ii la tête de ce conseil Oxenstlem, avec le titre de chancelier ; et ce ministre, distingué par ses profondes connaissances dans toutes les parties de l'administration, devint son confident et son ami. Lorsque Gustave-Adolphe commença de régner, la Suède était en guerre avec le Danemark, la Pologne et la Russie. Les Danois, maîtres des forteresses

Le but de ce traité d'alliance était de rétablir les princes et les états du corps germanique dans l'état où ils étaient avant

de Golmar et d'Elfborg, faisaient des incnreions dans Tintérieur da pays, et lear flotte menaçait la capitale. Le roi évita tout engagement qui eât pn exposer une année affaiblie, et se contenta d'arrêter les progrès de l'ennemi par des moQTements combinés. En même temps il négociait la paix, qni fut conclne k Rnaeryd en 1813 , sons la médiation de l'Angleterre et de la Hollande, k des conditions peo onéreuses. Le feld maréchal Jacques de la Gardie avait soutenu Thonneur des armes suédoises en Russie ; et les russes de Nowgorod avaient offert le sceptre k Charles-Philippe, frère de Gustave. Les négociations relatives ii cet objet furent conduites avec beaucoup de lenteur de la part des ministres suédois. Charles-Philippe était retenu à Stockolm, tantôt par les sollicitations de la reine , sa mère , tantdt par les irrésolutions du roi , qui craignait les suites de cette élévation de son frère sur un trône chancelant et entouré d*éeoeils.

Le prince partit enfin , mais s'arrêta de nouveau sur la frontière , et pendant ce retard, la régence de Moscou proclama Michel Féderowitch Romanow. Le nouveau czar recommença la guerre, mais la fit avec peu de succès ; et en 1617, il signa la paix à Stolbowa , en cédant la contrée entre Nowgorod et la Baltique , et en renonçant aox prétentions sur l'Esthonie , la Livonie , mises en avant par ses prédécesseurs. Ayant réduit les Moscovites, Gustave dirigea toute son attention du côté de la Pologne. Sigismond, qui régnait dans ce pays, n'avait pas renoncé i l'^poir de remonter sur le trône de Suède ; l'épuisement de ses forces l'avait réduit à consentir à une trêve de deux ans , qui allait expirer. Pendant cette trêve , il n'était pas resté oisif, ses émissaires avaient cherché k lui former un parti en Suède. II était parvenu à intéresser la nation polonaise à sa cause. Gustave-Adolphe résolut de le prévenir, et prépara des forces considérables pour marcher contre lui. Dans le même temps, il acquit un allié utile en épousant Marie-Éléonore , fille de Sigismond , électeur de Brahdebourg, auprès duquel il s'était rendu en personne pour négocier ce mariage. La guerre avec la Pologne recommença en 1621. Ce fut alors que Gustave- Adolphe conçut le plan de la discipline et de la tactique nouvelles, qu'il perfectionna ensuite en AUemape, et qui produisirent une révolution dans l'art de la guerre. Il publia un code où étaient tracés les devoirs des chefs et des soldats , l'ordre à observer dans les marches et dans les campements, et la manière d'exercer le culte religieux. II distribua la cavalerie en escadrons, donna à l'infanterie l'importance qu'elle devait avoir dans les batailles, prescrivit des alignements plus favorables aux évolutions , perfectionna les armes et surtout les canons , et fit régner la subordination la plus sévère dans tous les corps. Les préparatifs pour la campagne étant achevés, le roi s'embarqua avec une armée de 2<4,000 hommes, arriva en Livonie , et mit le siège devant Riga. La défense fut opiniâtre , les habitants eux-mêmes avaient pris les armes ; mais enfin, la ville se rendit en obtenant le maintien de ses privilèges : on y trouva plusieurs jésuites, qui furent aussitôt renvoyés , avec la défense de reparaître jamais. On accusait ces religieux d'intrigues en faveur du roi de Pologne, dans l'intention de rétablir ie catholicisme en

la dernière guerre. Le roi de Suède s'engageait à fournir et à commander une armée de trente mille hommes, et le roi de

Saède. Les principales forces de Sigismond étaient alors occupées contre les Turcs ; ce prince ent recours aux négociations et demanda une trêve. Cette trêve étant expirée en 1625, et le roi de Pologne persistant dans ses dispositions hostiles, Gustave entreprit une nouvelle expédition. Ayant pris toutes les places fortes de la Livonie, il entra en Lithuanie et en Gourlande, et s'empara de Bisen. Sapicha, général des troupes polonaises, vint à sa rencontre, et les deux années se mesurèrent, en 1626, près de Walhof en Semigalle. Ce fut la première bataille rangée où se trouva Gustave-Adolphe , et il remporta une victoire complète. Après être retourné pour quelque temps en Saède , il reparut bientôt à l'armée avec un renfort considérable. Ses projets furent secondés par l'électeur de Brandebourg, en même temps duc de Prusse, et par Bethléem Gabord , prince de Transylvanie , qui avait épousé une sœur de l'électeur. ~ Les principales places de la Prusse polonaise tombèrent au pouvoir des Suédois ; et le roi victorieux fit un voyage k Stokholm, pour délibérer avec les états sur la continuation de la guerre. Ayant rassemblé de nouveaux renforts, il parut, en 1627, à la rade de Dantzick , et mit le siège devant cette place ; mais ayant été blessé en allant reconnaître le fort de Weichselmunde , il abandonna cette entreprise et se plaça dans un camp retranché , près de Dirschau. B fut de nouveau blessé en faisant une reconnaissance, et se trouva ainsi pendant trois mois hors d'activité. Pendant ce temps arrivèrent des négociateurs de plusieurs puissances. Sigismond paraissait pencher à la paix ; mais il changea d'avis lorsqu'il eut appris le succès des armes de l'empereur en Allemagne. Pendant que l'armée suédoise pressait les Polonais , Wallenstein inondait de ses troupes le Holstein et le Mecklenbourg, s'emparait de Bostock, de Wismar, et assiégeait Stralsund. L'empereur envoya dans le même temps , en Pologne , 5,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie. Les Suédois conservèrent cependant la supériorité, et remportèrent II Stnm une victoire décisive. Sigismond consentit une trêve de six ans , en accordant que le roi de Suède resterait en possession de toutes les places qu'il avait occupées en Livonie et en Russie. Les conquêtes furent confiées aux soins d'Oxenstiem , et le roi se livra à de nouveaux projets. Les armes de Tilly, de Wallenstein, avaient soumis l'Allemagne jusqu'aux bords de la Baltique, et Ferdinand II ambitionnait l'empire de cette mer, pour contenir les puissances du nord. La maison d'Autriche cimentait son pouvoir, et les protestants allaient succomber dans leur lutte contre la coalition catholique. Gustave Adolphe entreprit de s'opposer aux projets de l'empereur. Après avoir donné des secours ii la ville de Stralsund, qui se défendait encore , il entra en négociation avec les princes protestants et avec la France. Ayant obtenu un subside considérable des états de son royaume , et toutes les mesures étant prises de concert avec le sénat, il s'embarqua dans un port voisin de Stokholm , avec une armée de 15,000 hommes, et arriva sur les côtes de la Poméranie, vers la fin de juin 1630. Les princes protestants, menacés par les troupes impériales, se montrèrent incertains et irrésolus ; mais Gustave ne se laissa point arrêter : il occupa les places

France consentait à lui donner quatre cent mille écus par an pour l'entretien de cette année.

les pins importantes de la Poméranie , et força l*éIecteDr de Brandebourg , son beaafrère , à faire cause commune avec lui. Dans le même temps, il signait un tnité de subsides avec la France, et sollicitait l'électeur de Saxe de se déclarer. Ce prince , regardé comme le chef de la ligue protestante , désirait jouer le premier rôle et devenir médiateur entre le roi de Suède et Temperenr. Mais Tilly ayant saccagé Magdebonrg et rempli la Saxe de ses troupes , Télecteur appela les Suédois. Gustave-Adolphe , qni avait reçu un renfort de Suède , s'avança vers Leipzick ; son armée se fortifiait sur Ja route par des corps saxons et bessois qui venaient le joindre ; arrivée dans la plaine de Breitenfeld, près de Leipzick , elle rencontra Tilly occupant une position avantageuse. Le général autrichien reste d'abord dans sa position ; il fortifie son camp pour affaiblir l'ennemi, et pour attendre les nouvelles troupes qu'on lui avait promises; mais, entraîné par Pappenheim et d'autres généraux, il quitte ses retranchements, avance dans la plaine et présente la bataille, le 11 septembre 1631. Les Saxons furent mis en déroute, et l'électeur se sauva loin du champ de bataille, croyant ses états perdus pour toujours. Mais Gustave-Adolphe , sans s'émouvoir, fit de nouvelles dispositions; après avoir repoussé la cavalerie autrichienne , il attaqua l'infanterie , qui perdit ses canons, ses bagages, et prit la fuite. Les Suédois la poursuivirent jusqu'à la nuit, et en détruisirent la plus grande partie. Ce succès éclatant répandit dans toute l'Allemagne l'admiration et la terreur. Une vaste carrière était ouverte aux talents et k l'aaivité de Gustave, et ce prince pouvait se livrer aux espérances les plus brillantes. On prétend qu'Ozenstiem lai conseilla d'abréger la guerre d'Allemagne , et de prendre ensuite la route de la Prusse pour achever ses conquêtes vers la Baltique ; mais que l'électeur de Saxe et le duc de Weimar l'encouragèrent 2i poursuivre ses succès en Allemagne , et lui montrèrent, dans une perspective séduisante, la couronne impériale comme le terme et la récompense de ses travaux. Sans manifester d'autres desseins que celui àb secourir les protestants, Gustave se dirigea vers la Franconie, s'empara de plusieurs places , et fit avancer ses généraux jusqu'au Rhin ; d'un autre côté , il prenait des mesures pour conserver ses conquêtes dans le nord de l'Allemagne , depuis la Saxe jusqu'à la Baltique. S'étant porté avec la principale armée vers la Bavière, il arriva sur les bords du Lek en 163S. tilly entreprit de lui disputer le passage de cette rivière, et se posta dans un bois ; mais soixante-dix pièces de canon ayant été dirigées contre les Autrichiens , ils furent forcés d'abandonner leur camp , et Tilly reçut une blessure dont il mourut peu après. Le roi de Bavière fit mettre garnison dans les principales places de Bavière, et s'étant emparé de la ville impériale d'Augsbourg , il reçut le serment des bourgeois , non-seulement pour lui , mais pour la couronne de Suède.

On crut entrevoir, dans cette conduite de Gustave, le but où il tendait; plusieurs états d'Allemagne en prirent ombrage , et l'empereur conçut les plus Tives alarmes. Ce monarque eut recours à 'Wallenstein , et lui confia le commandement de ses troupes. Wallenstein s'étant renfqrcê de l'armée de Bavière , le roi de Suède se rendit en

le cardinal de Richélied aurait dé^ré que les princes allemands restassent spectateurs tranquilles de la lutte engagée

Franconie , et se posta près de Nuremberg , où les AntHcliiens le Suivirent et se rétranchèrent dans une position avantageuse. Les deux années s'observèrent longtemps , sans prendre de parti : Gustave essaya d*engager la bataille , mais ne put y décider V^allenstein , qui persista dans son inaction, et se flattait de parvenir à couper les vivres k Fennemi. Enfin les Suédois reçurent Tordre de se retirer de devant Nuremberg; 'Wallenstein s*ébranla en même temps, et marcha vers la Saxe. Le roi de Suède , laissant un corps en Franconie , se dirigea lui-même vers le Danube et la ^vière. Il s*était emparé de plusieurs places , lorsqu'il reçut de Saxe des nouvelles qni le déterminèrent à changer son plan. La Saxe avait été envahie par les Autrichiens : rélecteur, qui ne pouvait leur opposer que de faibles détachements , sollicitait iGustave de venir à son secours ; et le monarque suédois , sentant qu'il lui importait d'empêcher les ennemis de s'établir dans le nord de l'Allemagne , prit aussitôt le parti que prescrivaient les circonstances. Ayant laissé quelques corps en Bavière , en Sonabe et en Alsace , il se joignit au duc de Saxe Weimar pour se rendre dans la thuringe et de là en Misnie, où s'étaient rassemblées les principales forces de l'empereur.

En arrivant, il apprit que Wallenstein avait détaché un corps commandé par Pappenheim; et, profitant de cette circonstance , il ordonna d'attaquer sans délai. Le 18 novembre 1635 commença une bataille sanglante dans la vaste plaine qui s'étend entre Weissenfels et Lutzen. L'infanterie suédoise fendit les lignes des impériaux , les mit en désordre , et s'empara de leurs canons; le roi voulut accélérer l'arrivée de sa cavalerie , s'avança dans la mêlée , et perdit la vie avant qu'on eât pu venir à son secours. La nouvelle de sa mort , an lieu d'abattre le courage des Suédois , donna à leur valeur un nouvel élan ; et ils fondirent sur les ennemis avec tant d'ardeur, qu'ils les mirent en fuite de toutes parts. L'arrivée de Pappenheim Suspendit quelques moments la déroute ; mais ce général ayant reçu une blessure mortelle , les Autrichiens disparurent de nouveau du champ de bataille , et se sauvèrent en Bohême. Pnflëndorf et d'autres historiens ont rapporté que Gustave-Adolphe périt par la trahison ; et ils ont surtout fait tomber les soupçons sur François-Albert , duc de Saxe-Lanenbourg, qui passa ensuite au service de l'Autriche. Le corps du roi, couvert de sang et de blessures , fut transporté à Weissenfels , pour être embaumé , et de là en Poméranie, d'où un navire suédois le conduisit à Stockholm. Les Autrichiens avaient enlevé une partie du vêtement simple et modeste de ce roi guerrier, qui les avait combattus avec tant de gloire et dont ils respectaient eux-mêînes les grandes qualités : ils déposèrent à l'arsenal de Vienne sa soubreveste de buffle, percée de part en part, et son chapeau portant les marques d'un coup de fer qui avait atteint le crâne. La mort de Gustave-Adolphe rassura la cour de Vienne , mais elle répandit la consternation dans le parti protestant. Cependant les généraux du roi de Suède, Banier, Torstenson , Weimar, Wrangel , Hom , soutinrent l'ascendant des armées suédoises;

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entre l'empereur Ferdinand II et le roi de Suède, il fit même quelques tentatives dans ce but ; mais les armes de Gustave-

et Ifl cluneelier OxensUern appnya leurs efforts par ses négociatioiis en Franee, en Hollande » en Allemagne. La paix de Westpbalie fat enfin eonclae en 1648, et changea le système pollUqoe de rAIlemagne et de l'Europe. La Suède devint la première puissance du Nord , autant par la réputation de ses années que par l'étendue de ses possessions et les ressources des provinces conquises. Après avoir considéré le guerrier et le politique , occupons-nous du législateur, de Fadministrateur et de l'homme.

Gustave-Adolphe ne fut pas moins remarquable , moins grand , sous ces rapports. Pour assurer l'exécution des lois , il fonda , en 1614 , la première cour de justice, et se soumit lui-même aux décisions 4e ce nouveau tribunal , dans une cause où il était intéressé. Les juges ayant prononcé en faveur de la partie adverse , il les récompensa de leur impartialité courageuse. Ce fut lui qui , de concert avec les états , organisa la police et l'ordre intérieur de la diète , et donna une plus grande précision aux lois constitutionnelles de l'état. Si , d'un côté , les guerres qu'il entreprit nécessitèrent des impositions inconnues avant son règne , d'un autre , il ouvrit de nouvelles sources de prospérité et de richesses. Il appela d'Allemagne et de Flandre des hommes industrieux pour exploiter les mines , pour établir des forges , et pour accrottre , chez les Suédois , les manufactures et le commerce. Il fonda des villes dans plusieurs provinces : Gottembourg , ravagée par les Danois , fut reconstruite sur un plan régulier, et des Allemands, des Anglais, des Hollandais , y arrivèrent pour le faire fleurir.

Les entreprises commerciales de la Suède s'étendirent jusqu'en Asie, en Afrique; et des colons suédois et finois se rendirent en Amérique pour former des établissements sur les bords du fleuve Delaware. Les sciences ne fixèrent pas moins l'attention de Gustave. Il renouvela l'Université d'Upsal , et lui fit don de tous les domaines de la famille Wasa. De plus , il ouvrit de nouvelles écoles , fonda des collèges , et , pour développer les lumières et le goût dans son pays , il pensionnait un homme de lettres chargé de traduire en suédois les meilleurs ouvrages étrangers. Sans être savant, Gustave-Adolphe avait l'esprit très-cultivé ; il connaissait surtout l'histoire , la politique et les mathématiques; outre sa langue maternelle, il parlait le latin, le français , l'allemand , et entendait l'italien. 11 écrivit lui-même des Mémoires historiques, qui furent conservés en manuscrit au palais de Stocliholm , mais dont l'incendie de ce palais , qui eut lieu à la fin du dix-septième siècle , consuma la plus grande partie. Ce qui en restait a été publié avec des remarques par Benoît Bergius. Les relations intimes que Gustave entretint avec Oxenstiern, Banier, Torstenson prouvent que son ftme était ouverte aux sentiments de ramitié et de la reconnaissance. Entraîné quelquefois par des mouvements de vivacité , il les réprimait bientôt ou en témoignait du regret , disant : « Il faut me le pardonner, car je le supporte chez les autres. » Né avec un esprit actif, une Ame élevée, il conçut de vastes projets, et les exécuta avec gloire ; mais il conserva toujours une grande simplicité dans acs

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Adolphe allèrent plus vite que sa politique. Après avoir sauvé l'éleetear de Brandebourg de sa ruine, Gustave- Adolphe marcha au secours de rélecteur de Saxe, menacé d'être écrasé par le général de l'empereur, comte de Tiily.

La bataille se donna sous les murs de Leipsick , Gustave- Adolphe remporta une victoire complète, l'armée autrichienne perdit sept mille morts, cinq mille prisonniers, vingt-huit canons, soixante-dix drapeaux et vingt-deux étendarts; il fut bientôt aux portes de Mayence.

Tandis que le roi de Suède poursuivait le cours de ses victoires en Allemagne, le cardinal de Richelieu apportait toute son étude à pacifier l'Italie; ce fut l'objet d'un traité définitif qui fut signé à Gherasco.

s; et les snceès les plos brillants ne porent lui faire perdre cette modération , oompafpie de la Traie grandenr. En voyant \e$ habitants des villes conquises venir ra-devant de lui avec des acclamations , Je crains, disait-il , que la Divinité , offensée par eelni qn**i]s honorent comme un Dieu , ne prouve bientôt qu*il n'est qu*nn homme mortel. »

En soutenant , par ses armes , le protestantisme en Allemagne , pour des motifs qne lui dictaient son éducation , ses rapports avec les princes protestants , et une politique analogue k la situation de l'Europe , il se déclara , dans plusieurs cireon»tances , contre l'esprit persécuteur ; et il reçut , dans son royaume , des hommes de tontes les religions , qui lui paraissaient recommaudables par leur conduite et leurs talents. Gustave-Adolphe transmit plusieurs de ses qualités à Christine , sa fille , hé* rltière de son ixém , et le seul enfant qu'il eût de son mariage avec Marie-Eléonore de Brandebourg. Il vécut toujours dans la plus grande union avec cette princesse , mais ne lui permit jamais de prendre part aux affaires, parce qu'il l'en avait jugécf incapable; Marie-Eléonore n'en fut pas moins attachée k son époux, dont elle pleura longtemps la mort, et dont elle conserva religieusement le cœur dans un écrin richement orné. Avant son mariage , Gustave avait en un fils naturel de Catherine Gabeltan, dont le père, né en Hollande, s'était établi en Suède. Ce fiis reçut le nom de Yasaborg , et fut élevé au rang de comte , sous le règne de Christine. l\ se maria en Allemagne , et obtint des possessions en Westphalic , où ses descendants ont subsisté jusqu'à la fin du dernier Biede. On a un grand nombre de Mémoires nr les campagnes de Gustave- Adolphe , tant en français qu'en allemand et en italien. (Gallevilu.) ' T. XIII. 32

Il est bon de remarquer que la Omette de Frame , la première gazette qui ait été publiée eu France, parut le 90 mai de Tannée 1634.

Le roi , vers la même époque, érigea la terre de Ricbelieo en duché^pairie, avec transmission à ses successeurs et ayantcause mâles et femelles.

Un des objets du cardinal était de reculer les frontières de la France. 11 formait des projets de conquête sur les Paya* Bas ; il pensait à repousser les Espagnols au-delà des Pyrénées en leur enlevant le Roussillon , et il se proposait d'acquérir Philisbourg, l'Alsace et toutes les places que les Suédois avaient sur le Rhin. U aurait élevé par là une barrière contre l'empire , et il se serait ouvert l'Allemagne. Pignerol donnait une entrée libre en Italie.

Le génie despotique du cardinal songea ensuite aux prisonniers qui étaient à la Bastille , et aux coupables obscurs dont les biens avaient été confisqués en vertu d'une déclaration enregistrée au parlement. Une commission fut nommée pour juger les prisonniers, elle est connue sous le nom de chambre de l'Aitenal; une autre chambre, nommée chambre du domaine , devait connaître des confiscations et décider à quelles personnes elles seraient adjugées.

On ne peut se former une idée du degré d'abaissement dans lequel le parlement tomba sous le cardinal de Richelieu ; sa volonté, qu'il imposait au monarque, pouvait passer pour la loi vivante. Il ne craignit pas, en effet, de dépouiller le parlement de Paris de ses prérogatives, pour les transporter à des espèces de chambres étoilées qui ne connaissaient d'autres règles de justice que ses passions ou sa politique, et quand le parlement voulait résister pour conserva sa vieille

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indépendance» il faisait intervenir l'autorité royale, qui brisait tontes les résistances ; c'est ce qui arriva au parlement au sujet de cette monstrueuse création de la chambre de TArse- Dal et de celle dite du domaine.

Les affaires réglées en Italie, le roi partit pour visiter son arrmée de Champagne i commandée par le maréchal de la Force , et observer de plus près ce qui se passait en Allema^

Après s*étre assuré i par le choix de nouveaux gouverneurs, des villes qui paraissaiait suspectes, surtout de Verdun , )e roi songea à obtenir satisfaction du prince souverain de Lorraine. Louis Xni était à Metz quand le duc arriva pour faire 891 soumission; ee fut l'objet d'un traité dans lequel le prince de Lorraine s'engagea à ne contracter aucune alliance àve6 les eanemis du roi«

C'est dans cette ville de Metz que Louis Xm l'eçut, aveè toute la hauteur d'un despote, les présidents et les conseillers dti parlement, qu'il avafit mâfndés prèâ de lui. L'humiliâiffe^n de ces représentants de la première cour de justice du royaume, que leur indépendance de caractère avait rendus chm au peuple, devant les ambassadeurs des puissances étrangères, fut grande; U les fit longtemps attendre, et leur parlai en fermes fort durs; et, pour comble d'humiliation , il retînt cinq de ces magistrats fom qu'ils af prissent i des soldats et des courtisans , lettr devoir de sujets.

Le roi reçut, dans la môme ville, deux lettres de sa mère; il jeta la première au feu , en présence de toute la cour, aussitôt qu'il en eut fait la lecture ; le cardinal empêcha le roi de faire éprouver le même sort à la seconde.

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