CHAPITRE XXm
Procès da msréebal de Uarillae. — lUbellkm do doc de MonUBoreBcy.
Le roi , après six semaines de séjour à Metz , retourna , en toute hâte , à Versailles.
Après le retour du roi, on s'occupa d'instruire le procès du maréchal de Marillac» Tune des grandes iniquités d'un prince que des flatteurs avaient surnommé le Juste (4).
(1) Louis de Harillac, maréchal de France , frère do précédent, naquit en ÀOTergne, en juillet 157i. Gentilhomme ordinaire de la chambre do roi, il servit sons Henri IV et la reine-mère. Il avait donné au maréchal d*Ancre des instmctions sur Tordre et la police de la guerre; mais ce fut sa valeur qui le fit nommer marécbal-decamp au Pont-de-Cé en 1620. Au siège de La Rochelle , il fut chargé des travaux de la digue et s'en acquitta avec autant d'intégrité que de lèle. Hais promu k un commandement à Tannée de Champagne » et devenu gouverneur de Verdun , des levées de contributions dans la province et les frais de construction de la citadelle , n'offrirent pas la même retenue : on lui vit accrottre ses dépenses avec son autorité , surtout lorsqu'il fut créé liiaréchal de France, en 1629. La maladie de Louis XIII ayant donné des craintes pour la vie de ce prince , le maréchal , consulté par la reine-mère, parut avoir influé sur ses dispositions , pour éter, de concert avec le gard&4es-soeaux, le ministère au cardinal de Richelieu. Mais, au rétablissement du roi, lorsque, d'après la promesse du monarque et sa bonne intelligence avec la reine-mère , le cardinal de Richelieu semblait disgracié; le jour même où on le croyait perdu , le 11 novembre 1630 , le ministre , mandé par le roi au conseil , fit tout changer. Ce Jour fut appelé la journée des dupes. L'ordre fut expédié au maréchal de Schomberg pour s'assurer de la personne de Marillac : ce dernier fut arrêté au camp de Fogglizzo , en Piémont , le lendemain du jour où il avait reçu sur ses opérations des compliments du roi. Il fut amené au château de Sainte-Menehould. La vengeance du cardinal tomba principalement sur le maréchal , quoique le garde-des-sceaux eût été appelé k le remplacer ; mais la conduite intéressée de Marillac prêtait des armes contre lui. On fit des informations sur les contributions levées en Champagne et sur l'emploi des sommes destinées à la construction de la citadelle de Verdun. Une chambre de justice fut établie pour faire son procès. Deux fois le maréchal la déclina pour en appeler au parlement de Paris, dont il était'justiciable.
Le parlement lui donna droit; mais les arrêts du conseil cassèrent chaque fois ceux du parlement. -La reine-mère fit des tentatives inutiles pour le sauver. La chambre ,
Au fond» rinfortuné maréchal n*était coupable que de l'atta*chement qu'il portait à la reine- mère , à laquelle il devait sa fortune, et de sa haine pour le cardinal; mais ce dernier, qui voulait le faire périr sous couleur de justice, en le livrant à des commissaires qu'il avait choisis , le fit accuser du crime, c de malversations et concussions par lui commises dans sa c charge de général d'armée en Champagne. »
Deux commissaires connus pour être les ennemis de l'accusé firent les premières informations; mais le maréchal s'adressa au parlement, qui défendit aux commissaires de con-
transférée k Rnel , nnisoii de campagne dn cardinal, fat augmentée de nooTeanx jages qoe le maréchal récasa. Les commissaires le condamnèrent pour crime de pécalat. Mais ils forent partagés relativement à la peine : sur vingt-quatre jages , Tavis ne remporta qoe d'ane voix. Les démarches des parents da maréchal auprès da roi et da cardinal de Richelien ayant été infructoeuses , on crat lui faire grftoe en plaçant l'échafand auprès da dernier degré du perron de rHôtel-de-Ville , pour loi épargner la eonfosion d'être conduit au supplice dans une charrette. Il 8*éUit confessé et avait communié la veille. Il fut décapité le 10 mai 1632.
Lorsque le greffier qui lut son arrêt en vint à ces mots : péeulat , concussion , exactions , le maréchal dit avec furie : «Gela est famx. » À Tarticle qui ordonnait la
levée de cent mille écus sur ses biens comme restitution , il s'écria : « Mon bien ne les vaut pas. > Le chevalier Dogeret , qui raccompagnait à la mort , lui voyant les mains liées derrière le dos , et lui ayant dit : « J*ai grand regret de vous voir ainsi. — Ayez en regret pour le roi et non pour moi , » répondit le marédial. On l'enterra auprès de sa femme dans l'église des Feuillants, où l'on voyait son buste avec cette, devise : Sorte fnnetta elarua. On prétend que le cardinal ne put s'empêcher de dire qu'il n'aurait pas imaginé qu'il y eût de quoi condamner un maréchal de France à la peine capitale; et l'on rapporte que le prince de Gondé , en voyant la chétive maison de campagne a demi-construite , alléguée contre le maréchal pour le perdre , s'était écrié , çi^U n'y tnait pas là de quoi fouetter u» page. L'inscription mise sur la tombe de ce personnage ferait supposer qu'on aurait , comme on l'assure , procédé à la réhabilitation de sa mémoire après la mort du cardinal de Richelieu. On ne doit pas lire sans précaution les Observations sur ht vie et la condamnation du maréchal de Marilke, publiées dans le Recueil de Duchastelet, l'un de ses juges, qui avait composé une satire en prose latine et rimée , contenant les plus cruelles invectives contre les deux frères. L'histoire dn procès et de l'exécotion de Harillac se trouve dans le journal do eardinal-de Richelieu , dans son Histoire par Le Clerc.
tinuer. Croirait-OD qu'ils firent emprisonner Thuissier qui vint leur signifier Tarrét de cette cour souveraine?
Le cardinal de Richelieu , voyant que le jugement et la condamnation arrêtée du maréchal de Marillac souffriraient à Paris de grandes difficultés , conseilla au roi de le faire juger à Verdun. Ce conseil fut suivi : une nouvelle commission extraordinaire fut nommée; Tinfortuné maréchal fut transféré h Verdun; de cette ville, il continua de se pourvoir devant le parlement de Paris; mais le roi fit casser, en son conseil, tous les arrêts de cette cour, qui étaient favorables à la défense de l'homme qu'il voulait perdre.
Cependant on trouva bientôt que les juges de Verdun n'allaient pas assez vite en besogne ; la commission fut transférée à Pontoise; puis , coouBe pour se jouer des lois protectrices de la défense , transférée à Ruel , dans l'hôtel même da eardinal de Richelieu. Voilà la justice de ce temps-là.
Les procédures continuèrent ; le jugement fut rendu ; il condamnait le n^récbal de Marillac à la peine de mort , à une seule voix de majorité , et l'arrêt fut exécuté le 40 mai , sur la place, de Grève ; la tyrannie eut sa victime.
On eherchait, depuis qudque temps , ua prétexte pour exiger de nouveaux sacrifices du duc de Lorraine; malheur aux faibles i On le trouva dans une lettre du roi de Suède, q[ui se plaignait vivement des nombreuses levées que faisait le duc; en conséquence le roi se dirigea sur la Lorraine; le duc eut encore recours à la soumission; il lui en coûta les villes de Stenay et de Jannets , la place de Mai:s9l çt le comté de Clermont , en Argonne.
Sur ces entrefaites , on était à la poursuite du duc d'Orléans, qui parcourait la France sans trouver aucun adhérent
LOUIS Xllh SOS
à sa cause ; les villes , k son approche , fermaient leurs portes ^ et les villages étaient déserts.
Après avoir traversé la Loire à DijM , le dttc d'Oriéailâ entra dans le Bourbonnais et dans l'Auvergne ; ses soldats pillaient tout ce qu'ils trouvaient , ayant toujours Tarrnée du maréchal de la Force à leur poursuite.
Enfiu le duc d'Orléans trouva un partisan dans le duc Henri de Montmorency (1), gouverneur du Languedoc, ce descen-
(i) HontiDoreiicy, { Henri II , dne de ) maréchal de Franoe , etc. naquit h Ghantllly, en lli95. Le roi Henri IV toalot le tenir enr les fonts de baptême , et lu! asevra dèe^Iofs la sonritaiiee dn gonvernement de Langaedoe , qu'arait le connétable, son père. Il ne l'appelait jamais que son fili , lui donnant tontes les marques de la pi» constante affection.' Loois XIII le fit amiral , en 1612 , à Tftge de dix-sept ans, et eheraliefr da Saint-Esprit, en 1619. De tons les grands seignenis de son temps, le jevne dnc de Montmorency fnt le pins aimable et le plus aimé. Joignant à la valenr la pfa» brillaiite le nom le pins français , les formes les plus attachantes , le caractère le pins généreux , il était l'idole de la cour et des pro?inees , du peuple et de Tarmée. n se signala, ponr la première fois , en 1690 , époque oà les intrigues et les tranble« , dont ta rdigion était le prétexte , agitaient la cour et déchiraient le royaume. Le fils de Henri IV commençait li régner par In^méme , ou phtdt il régnait par ses favoris. Montmorency, quelqiKs instances et quelques promesses que lui eât folles Marie de Médicis, k laquelle tt était allié de très-près, se souvint des conseils qu'il avait reçus de son père ; et il resta fidèle à son mattre , bien que la cour ne se montrât pas toujours jrate àr son égard. Il reprit aux protestants plusieurs places importantes; H se trouva ensuite au siège de Montauban et è celui de Montpellier, oft il Ait Messe. €ette première guerre de religion , dont le Languedoc fnt le principal théâtre, finit en 1632; mais elle se ranima en 1625. Le duc fut chargé du commandement de hr fiotte envoyée par les Hollandais à Louis XIII. Les commandants de cette flotte avaient reçu l'ordre d'éviter de combattre les protestants , qu'as regardaient comme leurs frères. Montmorency sut persuader les chefs , et s'attirer l'admiration des soldai; les ayant remplis de zèle et d'ardeur, il reprit, à leur tête, les lies de Rhé et d'Oléron. Ce fut dans cette occasion qu'il abandonna pour plus de cent mille éens de munitions , qui lui appartenaient comme amiral. « Je ne suis pas venu ici pour gagner de l'argent, • répondit-il noblement h ceux qui lui représentaient que c'était (hire un trop grand sacrifice , « je suis venu pour acquérir de la gloire. » Pendant le mémorable siège de La Rochelle, Montmoren<^ se mesurait, en Langaedoe « avec lefimeux dne de Rohan, et sortait vainqueur de cette lutte. H contnbna eneoHe à l'amnistie qui fnt accordée aux protestants. Le roi , qui
50« HISTOIHB DE FRANCE.
dant du premier baron chrétien qui eut une fin si tragique.
L*évéque dElbeuf vint, de la part du prince, proposer an
duc de s'unir à ses projets , en disant que la gloire qu'il en
ne songeait plos qa'à 86 venger de ses ennemis dn dehors, remment, en 1629 et 1630, dans le Piémont, comme lieatenant-général de ses armées. Ce fut dus eette campagne que Montmorency livra ( le 10 juillet 1629 ) le combat de Veillane, nn des plus beaux faits d*annes de toute cette guerre. Il faisait filer ses tronpes dans la montagne pour aller joindre le maréchal de La Forée , lorsque Dorla attaqoa son arrière-garde avec un gros corps d*lmpérianx. Le duc marcha vers loi à la tète des gendarmes du roi, et, ayant sauté un fossé, poussa jusqu'au premier escadron, où il blessa lui-même I^oria de denz coups d*épée. U chargea la cavalerie qui venait m secours dn prince , et la mit en désordre ; puis , s*abandonnant k son inqtétnosité , il alla droit k nn bataillon allemand, qui, sans considérer que le due n*étalt snivi presque de personne , prit Tépouvante et la faite. Les impériaux eirent sept cents hommes tués ou noyés, et six cents faits prisonniers avec Dorla. Le prinee de Piémont vit l'action du haut des retranchements , et n'osa les quitter. Louis XIII écrivit an vainqueur de Veillane : « Je me sens obligé envers tous autant qu'un roi le puisse être; et il le fit maréchal de France. C'est de 1632 que date la déplorable époque où le duc de Montmorency ternit toute sa gloire , et imprima h son nom illustre la tache dn crime le plus punissable , la rébellion contre son sonverain.
Huit jours après la catastrophe de Toulouse , un exempt des gardes conduisit Madame de Montmorency prisonnière au château de Moulins. On lui permit, au bontd'sn an, de sortir et de s'établir partout où elle voudrait ; mais elle n'en profita que pour acheter une maison dans l'endroit le plus écarté. Là, elle habitait constamment nn cabinet tendu de noir, et éclairé seulement par quelques bougies. Lorsqn'enfin , à la sollicitation de ses parents et de quelques amis , eUe consentit k quitter cette triste demeure, ce fut pour se retirer dans le couvent de la Visitation. Louis XIII, passant par Moulins dix ans après la mort du duc de Montmorency, ne crut pas pouvoir se dispenser d'envoyer un gentilhomme complimenter, de sa part , une princesse qui lui appartenait de si près. Gelai qui fut chargé de ce message la trouva le visage couvert d'un mouchoir , et livrée k la plus profonde aiBiction : « Remerciez le roi , dit-elle, de l'iionneur qu'il veut bien faire à une femme malheureuse ; mais, de grftce, n'oublies pas de lui rapporter ce que vous voyez. » L'épreuve fut encore plus terrible pour elle, et toutes ses plaies se rouvrirent, lorsqu'elle aperçut un page de Richelieu , qui avait cru devoir imiter la démarche du roi ; et elle s'écria : « Assurez Monsieur le cardinal que depuis dix ans , mes larmes n'ont pas encore cessé de couler. » Après avoir fait élever, en 1652, par quatre fameux sculpteurs (Agnier, Reynaudin, Goustou et Poissant), un superbe mausolée où le corps de son époux fut transféré de Toulouse , elle prit le voile, le 30 septembre 1659, et passa le reste de sa vie auprès des cendres si chères à sa douleur, ne cherchant de consolations que dans la pratique des vertus rhrétiennes. La reine d'Angleterre , Henriette de France , versa dans son sein les
retirerait serait belle; qu'il s'agissait de rendre une patrie à la mère et au frère du roi , et de délivrer la France et le roi lui-même de la tyrannie du cardinal de Richelieu. Enfin , renvoyé du duc d'Orléans lui rappela que cinq personnes de sa famille avaient déjà porté Tépée de connétable, et que le même honneur lui était réservé; le duc de Montmorency céda, et prit toutes ses mesures pour assurer l'exécution du traité qu'il venait de passer avec le frère du roi ; il envoya en Espagne demander de l'argent, rassembla ses partisans, et, à leur tête , il alla au-devant du frère du roi , qu'il reçut dans la ville de Lunel ; il leva plusieurs régiments d'infanterie , et gagna au duc d'Orléans d'abord les villes de Béziers » d'Alais , d'Alby et de Narbonne.
Le roi avait deux armées dans ce pays : Tune, commandée par le maréchal de la Force , avait pris position au pont Saint- Esprit; l'autre, aux ordres du maréchal de Schomberg, occupait le haut Languedoc.
C'est avec cette dernière armée que le duc de Montmorency voulut commencer la lutte; il réunit, en conséquence, toutes ses troupes à Béziers.
Quand la nouvelle de la révolte du duc de Montmorency arriva dans la capitale, on commença par mettre le scellé sur
larmes amères que loi arrachait le souvenir de Charles I*', immolé à la rage de ses sujets. C'est aussi auprès d'elle que Mademoiselle et les duchesses de Longueville et de ChMillon venaient chercher le calme qu'elles ne pouvaient trouver dans les agitations et les intrigues de la cour. Louis XIV et Anne d'Autriche l'honorèrent plusieurs fois de leur visite ; et il n'y eut pas jusqu'à la reine Christine de Suède , qui ne voulût voir cette illustre veuve dans sa retraite. Elle fit beaucoup de bien aux dames de la Visitation, leur bfttissant une église , et les assistant dans leurs besoins temporels. Elle mourut supérieure de ce couvent, le 5 juin 1666, Agée de 66 ans. Son corps fut déposé auprès de celui du duc, son mari, dans l'église de la Visitation, qui sert maintenant de chapelle au lycée de Moulins,
son h6tel, où l'on trouva ane somme de cinq cent cinquante mille livres ; puis on s'occupa des moyens de réprimer cette nouvelle prise de boucliers ; le roi se décida à marcher en personne contre son frère; mais, avant de partir pour Lyon, il se rendit au parlement pour y faire enregistrer une nouvelle déclaration contre les adhérents de son frère ; elle portait iqu'ils étaient rebelles, criminels de lèse-majesté et perturbateurs du repos pubUc, et en cette qualité punis comme tels.
Pour ce qui était relatif au duc d'Orléans , le roi daignait le recevoir en grâce , s'il faisait cesser les actes d'hostilité dans le délai de six semaines , sinon le roi ordonnerait contre lui c ce qu'il estimerait devoir faire pour la conservation de € son Etat , suivant les lois du royaume et les exemples de € ses prédécesseurs. »
Par une autre déclaration, le duc de Montmorency était déclaré criminel de lèse-majesté, déchu de tous grades, honneurs et dignités, et jugé par le parlement de Toulouse , nonobstant le privilège de la pairie, duquel il s'était rendu indigne.
Enfin les ducs d'Orléans et de Montmorency marchèrent contre le maréchal de Schomberg: la rencontre eut lieu près de Castelnaudary ; il y eut.à peine un combat, car dès le commencement de l'action le duc de Montmorency, percé de plusieurs coups de feu, tomba dans un champ sous son cheval, qui s'abattit sur lui, nu)rtelleaient atteint, elfut fait prisonnier par un archer de la garde du roi.
. A cette nouvelle, toute son armée se dispersa, et le duc d'Orléans ne trouva pas de meilleur parti k suivre que de traiter avec son frère. Les conditions qu'il accepta furent des plus humiliantes , puisqu'il fut contraint d'abandonner tois^ ceux
qui avaient épousé sa cause, et entre autres le duo de Montmorency.
n ne restait plus qu'à tirer une vengeance éclatante de cette échàuffourée : les exécutions ne se firent pas longtemps attendre; le sieur de Cornenini fut exécuté à Beziers ; le sieur de Caputân eut le même sort à Lyon , et le vicomte de L'Estrange fut décapité au Pont-Saint-Esprit.
Enfin, le duc de Montmorency fut traduit devant le parlement de Toulouse, qui le condamna à mort ; tout ce que la famille et les amis du condamné purent obtenir de la clémence royale , c'est qu'il serait exécuté dans la cour de l'hôtel-deville au lieu de l'être sur la place publique de Toulouse. Cette sanglante tragédie eut lieu le 30 octobre.
Qu'ont produit , s'écrie Gaillard , tant de supplices éclatants, parmi lesquels il y en eut de notoirement injustes, tels que celui du maréchal de Marillac , et celui de Saint-Preuil (1 ] ? Les conjurations ont-elles cessé pendant la vie de Richelieu ?
(1) On sait qne )e crime da marécliai de Mariilae et de Saint-Preiil fat d*aToir déplu , l'an au cardinal de Richelieu , l'autre au maréchal de la Meilleraye , parent , ami et créature du cardinal.
Nom ne mettons point au nombre de ce» victimes innocentes de la politique et de b vengeance François-Auguste de Thou , parce qu'il paraît trop chargé par les différents actes recueillis dans les Mémpires de Montrésor, dans le journal du cardinal de RicheHeu , et surtout dans le quatrième tome des Mémoires d'histoire , de critique et de littérature de M. Tabbé d'Artigny, et parce qu'après avoir nié dans tons ses interrogatoires , qu'il eftt eu aucune connaissance du voyage de Fontrailles en Espagne et du traité conchi avec les Espagnols par Monsieur, par Cinq-Mars et le duc de Bouillon , il finit par avouer, k sa confrontation avec Cinq-Mars y qu'il avait appris , par FontraiHes lui-même , Texistence de ce traité , et que Cinq-Mars la lui avait depuis confirmée. Cette variation , les liaisons de de Thou avec les conjurés , ses démarches auprès d'eux pendant le cours de cette affaire , les rendez-vous qu'il ménageait entre eux avec beaucoup de mystère , leurs conférences , dont il parait ne s'être éloigné on absenté que pour pouvoir dire qu'il n'avait pas su ce qui s'y traitait, toutes ces circonstances le rendent au moins très-suspect , quoiqu'elles puissent s'expliquer
Le supplice du comte de Chalais» la mort trop prompte du maréchal d'Ornano dans la prison n'empêchèrent point les grands d'entrer dans toutes les cabales qui se formaient à la
en partie par on point qui est demearé eonstant an procès; c'est qne de Thon n'approuva jamais le traité avec l'Espagne, el ne cessa d'en détonmer Cinq-Mars, mnis sans vouloir le dénoncer.
Au reste , nous croyons qu*on doit peser avec attention Tapologle que Pierre da Pny a Ciite de cet infortuné magistrat , et qui termine le quinilème vofaime de la traduction française , ln-4* , de l'histoire du président de Thou , son père ; car, s'il est vrai qu'on ait falsifié les actes du procès , s'il est vrai qu'on ait supprimé une lettre , par laquelle Monsieur rétractait ce qn'on lui avait fait dire dans sa déclaration, sur la connaissance qu'avait eue de Thou du traité fait avec l'Espagne et sur les démarches qu'il avait faites auprès du duc de Beanfort pour l'engager dans ce complot; s'il est vrai que le chancelier Séguier, entièrement vendu an cardinal, ait rédigé la déclaration , seul avec Monsieur, hors de la présence des antres commissai> res; s'il est vrai qne le chancelier ayant averti le cardinal qu'il n'y avait point de charges suffisantes contre de Thou , le cardinal ait répondu : If importe, U faut qa^U meure; s'il est vrai que le prince de Gondé ayant voulu , è la sollicitation do chancelier, disposer le cardinal è permettre qu'on osflt de quelque indulgence envers de Thon , le cardinal ait encore répondu : Monsieur le ekaneelier a beau dire , U fmU qu'il meure; s'il est vrai qu'en conséquence le chancelier ait employé l'intrigue et l'autorité pour porter le procureur-général et les juges li la rigueur; toutes allégations avancées et répétées partout dans l'ouvrage de du Puy , ce seraient sans doute de puissants préjugés de l'innocence de M. de Thoo, ce seraient an moins d'énormes irrégularités delà part de ses juges.
On ne peut trop peser encore ce que dit du Pny sur l'ahus de donner force de preuve h la déposition d'un témoin, accusé, coupable, et non confronté, quelle qne puisse être la qualité du témoin ; il faut examiner aussi la discussion détaillée qne fait le même du Puy de la loi (juiequiB ad legem, M. Majeet., de la loi de Louis XI, rapportée par Laubardemont, et des sentiments des jurisconsultes sur ces objets.
Il faut avouer cependant que cet ouvrage de du Puy contient bien des déclamations contre le cardinal de Richelieu , et qu'on y trouvé des imputations bien étranges. Gomment ajouter foi, par exemple, an trait suivant? « On sait et très-certainement « qu'il ( Richelieu ) avait fait instance , par le cardinal Bagni, d'obtenir, sons le nom « du roi , un bref du pape pour faire mourir, sans charge de conscience , des per- « sonnes dans les prisons par des voies secrètes, sans forme ni figure de procès, « contre lesquelles il n'y aurait point de preuves suiBsantes pour les faire mourir en < justice , ce qui lui fut dénié avec horreur de Sa Sainteté, et avec cette considéra- € tion qu'il plaignait grandement le roi et la France d'être entre des mains si barba- « res et si cruelles. »
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coar contre le cardinal de Richelieu, et de servir en toute occasion la haine que la reino-mère et Monsieur avaient conçue pour ce ministre. La journée des Dupes (4 ) , la destitution du garde-des-sceaux de Marillac , la détention du maréchal et son procès suivi de son supplice , la fuite de la reine-mère à Bruxelles y la retraite de Monsieur en Lorraine, tous ces violents effets de la vengeance de Richelieu ne firent que préparer la défection du maréchal de Montmorency.
Le supplice de ce seigneur, coupable à la vérité, mais si vaillant (2), si généreux (3), si digne de grâce (4) par les
ObsenroBs m reste qae ce fait si ineroyable est rapporté anssi comme ineontestable dans les Mémoires de Montchal , archetéque de Toulouse , tom. I, page 19.
Qoant il la maxime qne du Pnj attriboe dans le même endroit à Richelieu, sa?oir : « ^wi fmori , qu'un fiimistre , ne périt Jamaiê pour fairt trop de mal, mais pour m ii'ra faire pae aeeei , » il parait qu'en effet elle a dirigé toute la conduite de ce ministre; mais nous croyons pouvoir assurer qne cette maxime trompera tous ceux qni auront le malheur de l'adopter.
(1) On appela ainsi le jour où la reine-mère et les Marillac furent sacrifiés au cardinal de Richelieu , dont la perte paraissait assurée.
(t) Saint>Prettil , interrogé après le combat de Castelnaudari , s'il n'atait pas m h duc de Montmorency attaquer, les armes à la main , l'armée royale , répondit : que la panetière et la fumée en canon V avaient empêché de le bien recowMUtre , maie qu^offont vu un eeul homme attaquer une armée , percer cinq rangs des ennemis , et porter la mort et la terreur partoift ok il tournait ses pas, U avait kien connu que ce ne pouvait être un autre que le maréchal due de Montmorencffé
(3) Montmorency, tenant les états du Languedoc , gagna un jour an jeu dix mille écns d'un seul coup. Un pauvre gentilhomme , qni le regardait jouer, dit tout bas : Vu pareil coup me mettrait bien à mon aise , moi et toute ma famille, « Cette somme « est à TOUS , dit le duc , qui l'entendit , je serais bien honteux d^avoir manqué de « faire la fortune d^uu homme tel que vous, pour si peu de chose. »
(4) Les juges sont obligés de suivre la loi dans toute sa rigueur, et de se renfer* mer dans l'objet soumis à leur décision; ils déclarent qne la loi inflige telle peine pour tel crime , et que l'accusé est dans le cas de la loi. La loi est inflexible , elle n'a égard ni aux circonstances étrangères , ni aux omsidérations personnelles , le crime est commis, il suflit, la loi punit, et le juge est l'organe de la loi. La justice du prince n'est point ainsi bornée, elle embrasse tous les temps, évalue tontes les cireonsunces , tient compte des services, et Ait toutes les compensations convena^
510 HlSTOniB DE PRANCE.
services de ses pères, par les siens, par ses talents, psr ses vertus, suscita de nouveaux vengeurs; Puykureas en*tralna Monsieur dans de nouvelles révoltes , et après avoir été tour-à-tour récompensé de les avoir suspendues et puni de les avoir entretenues, il mourut à la Bastille, lieu si suspeot alors , et qui voyait trop souvent et trop brusquement mourir les ennemis de Richelieu.
Puylaurens est au nombre de ses victimes; Puylam^ens eut aussi des vengeurs. Les complots contre le cardinal croissaient avec ses violences ; on ne s*en tint plus à de simples cabales, on attenta directement à sa vie. Le comte de Soissons f MoQtrésor , Saint- Ibal , allaient délivrer Monsieur de cet implacable ennemi, si Monsieur lui-même n*eût retenu leurs bras par Thorreur que lui inspira, au moment de Texéculion , le crime de verser le sang d'un prêtre.
Urbain Grandier, brûlé vif pour magie, Grancey et Praslin , mis à la Bastille pour de mauvais suecès à la guerre , le duc de la Valette décapité en effigie pour le même sujet , tandis que le cardinal de la Valette son frère , nommé par le due d'Epernon leur père le cardinal valet , servait Richelieu à la
bles. C'est pour exercer cette jostice dans toute son étendae que le prines a !• piifi^ léf e de faire grAee. Cette aoUe , celte heureuse prérogative du th^ne ne doit peint étr» exercée au hasard ; tonte gr&oe du aou?erain doit être une justice. Qwiid le se»verain pardonne à un* coupable convaincu , il déclare que le crime de cet homme était ou affaibli par les circonstances , ou réparé d'avance par ses services , ou racheté par ' ses vertus. À tous ces titres , le maréchal de Montmorency et M. de Tho« , si l'on ▼eut qae ce dernier fât coupable , auraient di obtenir leur grâce de Louis-le*^ste.
• MoMe jffMitr, disait un magistrat sévère au duo de Bourbon Louis II , vont urm m ici him àea coupables ^ voici le regitlre ie leurs erimes, Chtmsau . répondit le duc • en jetant le registre au feu , ovom-vous musi lem» re^itlrê des teniees q^iU m'ont m rendust w
Ce mot tendre et sublime nous montre la différence de la jutiee du prinee et d» celle de juge. La pnoièie tfinl ngitl^tf tfe« MraéoM renAie.
LOUIS XIU. 511
cour et à Tarmée, toutes ces violences juridiques, toujours exercées par des comiDlssions , aigrissaient encore les esprits ; la cour des aides de Paris et le parlement de Rouen interdits, le parlement de Paris menacé, Tiutrépide et vertueux Mole, procureur-général, décrété, tous ces coups d'autorité révoltaient plus qu'ils n'effrayaient , et tous les ennemis de Richelieu avaient pour eux la faveur publique.
Le comte de Soissons , joint aux ducs de Guise et de Bouillon , lui fit ouvertement la guerre. Vainqueur à la Marfée , il fut assassiné après la bataille par un émissaire du cardinal, au moment où sa victoire allait peut-être opérer une grande révolution.
Ces événements arrivaient l'année d'avant la mort du cardinal , et l'esprit de faction , loin d'être étouffé par tant de supplices et de violences, était plus animé que jamais, il poursuivit le cardinal jusqu'au tombeau ; la conjuration de Cinq- Mars fut la dernière qu'il eut à punir, trois mois avant sa mort , et si dans ce dernier intervalle on ne vit point éclater de conjuration nouvelle , c'est que dans l'état de dépérissement où on le voyait , la haine même se reposait sur la nature du soin de le détruire.
Le duc d'Augouléme demanda au roi la vie de ce beaufrère , à qui il devait sa liberté ; le roi ne répondit pas.
UnoflScier du duc d'Orléans, porteur d'une lettre du prince son frère, se jeta aux pieds du roi, qui ne parut nullement ému; le duc d'Epernon supplia à son tour, Louis XIII garda le plus morne silence et ne reprit la parole que pour permettre au duc de se retirer aussitôt qu'il voudrait.
5tS HISTOIRE DE FRANGE.